L’âme en sang (doumentaire)


 

 

par Olivier Morel

L'âme en sang

Wendy, née mexicaine, envoyée en Irak à l’âge de 19 ans a vu l’enfer de la guerre dans un hôpital de combat ; la vie de Jason, déchirée entre ses médicaments et son refuge dans la musique ses textes poignants et sa voix fantômale ; la rage sur le visage d’ange de Ryan, son virage politique à 180° ; Lisa, policière de Chicago dans l’un des quartiers les plus dangereux des Etats-Unis traumatisée par sa présence à Abu Ghraïb ; David, un officier de carrière qui pensait être immunisé contre la guerre après avoir survécu sans encombre à huit conflits en 26 ans de carrière, et qui a pris sa retraite en 2006 avec les honneurs, après que l’Irak l’eût bouleversé psychologiquement ; les multiples vies de Vinny écartelées entre son loyalisme envers les Marines et son dégoût des choses qu’il a vues et qu’on lui a ordonnées de faire…

Ce film est hanté : par la figure d’un « soldat inconnu », Jeff., qui incarne les 23 vétérans qui se suicident chaque jour dans une indifférence scandaleuse, au sein de la société américaine actuelle.

Les plaies de l’après-11 septembre

Ces vétérans américains vivent sur la brèche, dans une société où le taux de suicide a atteint un niveau inégalé, dans ce que je vois encore comme une relative indifférence si on considère l’ampleur de l’épidémie…

J’ai découvert l’importance du traumatisme de guerre en voyageant à travers le monde pour filmer et interviewer les derniers vétérans de la Grande Guerre à la fin des années 90, début des années 2000 : ils avaient vécu plus d’un siècle, mais montraient toujours occasionnellement des signes de traumatisme : à la fin du vingtième siècle, leurs cauchemars les ramenaient sur les lieux de l’horreur nommée « Verdun », « La Somme » (1916), ou « Le Chemin des Dames » (1917)…

Quand j’ai commencé à développer « L’âme en sang », j’ai aussi redécouvert à quel point le traumatisme de guerre est lié à une culture, une nation, une histoire. Sachant combien les guerres mondiales avaient affecté l’histoire du vingtième siècle européen, je voulais essayer de comprendre comment les vétérans américains de la guerre en Irak percevaient la société et la culture américaines de l’après-11 septembre.

Plus qu’une investigation sur la vision qu’a l’Amérique actuelle de « l’ennemi », je me suis spécifiquement intéressé à la façon dans les vétérans Américains pouvaient avoir perçu les irakiens comme des êtres humains. J’ai filmé l’officier de police Lisa Zepeda se faisant tatouer : deux plaques d’identité militaires attachées l’une à l’autre. L’une disant « Armée U.S. » et l’autre « Salam », paix en arabe. « C’est difficile à supporter, parfois, d’être associée à un crime dans lequel vous n’avez rien à voir. […] C’est ma demande de pardon, une extension du rameau d’olivier », dit Lisa. Lisa a 45 ans. Latina de Chicago-Sud, une mère célibataire, policière, elle a passé 16 mois dans une unité médicale de la tristement célèbre prison d’Abu Ghraïb à Bagdad. J’ai aussi filmé Vince. Je le connais particulièrement bien, tout comme ses amis : ils vivent dans une sorte de « communauté de vétérans » informelle dans les bois de la rive Sud du Lac Michigan. Tous ont été déployés plusieurs fois. Un des amis de Vince, Chris, était gardien à Guatanamo : Chris est devenu instable et maintenant, il « surf » du canapé d’un ami à l’autre. Sergio demeure presque toujours silencieux. Comme lui, Vince était dans les Marines et a été déployé dans l’une des zones les plus dangereuses de l’Irak en 2006.

L'âme en sang 2

Tous, sont hantés. C’est aussi une époque de leur vie où ils ont fait des virages politiques et axiologiques (valeurs religieuses, par exemple) à 360°. Vince prenait de la drogue. Il était suicidaire. Il peinait à domestiquer ses pulsions violentes. Les médecins civils lui disaient : « Tu as un PTSD [Post-traumatic Stress Disorder] ». Mais les Marines voulaient le redéployer.

Le film présente les aspects les plus perturbants des guerres en cours. Ces vétérans dévoilent des choses, ils ont eu le courage exceptionnel de parler, d’exprimer publiquement les pires aspects de la guerre, avec tous les effets dévastateurs que cela a pu avoir sur leur équilibre…

Le rôle principal du film est de briser les stéréotypes et les stigmas associés au PTSD, ainsi que les (mé)représentations qui frappent les vétérans en général, en réveillant les consciences sur ce que c’est que d’avoir participé à une guerre aujourd’hui.

Olivier Morel

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3 réponses à “L’âme en sang (doumentaire)

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  2. Quand je pense au peu de cas qui a été fait pour les suicides massifs chez France-Télécom ou ceux du techno-centre de Renault, ou à la Poste, ce qui est déjà choquant …
    Quand je constate que la même chose est réalisée à grande échelle pour un conflit armé au service d’intérêts privés ( le fameux complexe militaro-industriel),
    Je comprends qu’il n’y a plus rien à espérer de ceux qui nous gouvernent et du système qu’ils ont si bien dévoyé.
    L’absence de prise en charge existe également en France pour les militaires.

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