Un mot


mecanoblog original

Hello Mécanoblogeurs, Mécanoblogueuses,

Cela fait un bail ? Je ne vais pas vous faire l’historique de mon parcours depuis l’arrêt, depuis cette période sombre avec le décès de Claude Covassi, fondateur de Mecanopolis. Après un tel silence, j’estime vous devoir un mot, à toi qui a lu, aidé, critiqué, soutenu ce blog.

Pourquoi ai-je arrêté ? Pourquoi ce blog s’est interrompu ?

Les réponses sont multiples et la première commence par la prise de conscience de mon intellect. Lorsque vous en venez à mépriser les mêmes gens pour qui vous combattez et que vous aspirez à voir s’élever au-dessus de leurs conditions résumées par la formule « Engendré par le Système pour servir le Système« , c’est que la machine est en panne.

Lorsque vous comptez les morts comme des statistiques, lorsque vous diffusez des images considérées en temps normal comme étant insoutenables mais qui ne vous affectent même plus, lorsque vous passez près de 20 heures sur un article faisant lune analyse de l’Afghanistan qui n’intéressait personne ou un article étalant le bilan final des morts du siècle dernier, des heures à vérifier les sources, des heures à comptabiliser des chiffres cachant des vies fauchées, des heures à lire les yeux dans le macabre, les larmes de haine sur les bords ciliaires et relire en étant habité de pensées pleines de rancœur, il importe de sonder son âme pour éviter de basculer dans la misanthropie.

Celui qui doit combattre des monstres doit prendre garde de ne pas devenir monstre lui-même. Et si tu regardes dans un abîme, l’abîme regarde aussi en toi.

Nietzsche, Par delà le bien et le mal, 1886.

Puis, j’ai douté. Qui étais-je pour croire que ce petit blog pouvait influer sur le genre humain ? Du moins, un e-microcosme sociétal ou juste un seul lecteur ou une seule lectrice ? Impacter son esprit et/ou l’ego, changer la réflexion d’autrui, pousser l’impulsion à acter et œuvrer le changement, et non pas seulement le crier sur tous les réseaux sociaux. Informer n’est qu’un moyen. Les vrais résultats ne s’obtiennent pas derrière son écran. Je ne vais pas m’éterniser sur ce point. Vous connaissez sûrement ce proverbe arabe « Qui s’instruit sans agir laboure sans semer« . J’avais estimé que le temps n’était plus à l’érudition. Pardonnez le progressisme m’habitant.

Il y a des guerres qui ne se gagnent pas et encore moins celles où vous êtes votre propre ennemi. Puis, il existe aussi des guerres qui ne peuvent être gagnées à l’échelle d’une vie d’homme. Certaines prennent des générations.

Impérialement, j’en avais marre. Je vous l’avoue. Je n’avais plus de vie. La lutte était totale, chronophage, dangereuse pour votre humanité telle une nietzschéenne pente glissante. Chacun expérimente la mère de toutes les crises, la crise psychologique, à sa manière. Cela a été dit et je le répète.

De plus, ce n’est pas le blog qui payait mes factures. Je n’ai jamais demandé un sou. Ce n’est pas le blog non plus qui allait m’apporter un peu de ce droit au bonheur auquel tout individu aspire. Un bonheur comme fonder une famille. Parfois, un bonheur simple comme voir un sourire. Puis l’éternel questionnement qui m’assaillait « Au nom de quoi aurais-je droit au bonheur pendant que ça tue en masse ? » Non, la guérilla intellectuelle n’attend pas. Des gens meurent. Il faut lutter.

Mais non, j’ai flanché.

Amer est le goût du bonheur dans la bouche d’un intérimaire de 33 ans qui se voit offrir un CDI chez Google. C’est un autre point qui a causé l’arrêt du blog.

C’était il y a cinq ans. Alors que les crises frappaient sans pitié, j’ai été épargné mais pas mon intégrité. Ce n’est pas toi, ni toi, que je vois dans le miroir. Il est vrai que je n’avais de compte à rendre à personne, sauf Claude mais c’est avec une impression de lâcheté que j’ai exploité ce nouvel horizon professionnel pour mettre un terme à toutes mes activités sur le blog et en dehors du blog (débats, manifs, groupes d’étude).

La classe sociale change peut-être, le zoo humain demeure comme votre reflet dans la glace. Selon mon expérience, mon parcours, mon vécu, je vous assure que l’argent ne fait pas le bonheur, et il n’y contribue certainement pas. C’était juste une autre pensée que je souhaitais partager avant de fermer ce billet, ce petit mot d’explication.

anémie

Si mon horizon professionnel a changé, il y a un autre horizon que je n’ai jamais lâché du coin de l’œil, celui de l’humain. Avec du recul, après la croisée des chemins, j’en suis arrivé à un modeste constat « La Grande Guerre de ce nouveau millénaire, c’est grandir. » Les ennemis ne sont que des clones des gens dont le nom est légion dans les livres de ces rangées des bibliothèques.

Mes armes sont au râtelier. Certes, un peu rouillées, je vous remercie d’avance pour votre indulgence. Loin de moi toute ambition passée, le Mecanoblog va reprendre ses activités en douceur. Toute aide est la bienvenue, vos articles, vos traductions. En attendant, veuillez accepter mes excuses pour les travaux et tout l’embarras occasionné lors de la lecture.

Bao.

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2 réponses à “Un mot

  1. Bonjour,
    Surprise en ce matin du 02 mai de voir réapparaître dans le courrier un nom connu. A l’époque de vos activités j’avais plaisir a vous lire. Je vous souhaite une bonne renaissance et vous pouvez me compter d’ores et déjà au nombre de vos lecteurs?
    Salutations

  2. Quelle surprise !

    Mecanoblog a été le premier blog que j’ai consulté, en 2012…

    Je me suis mis assez tard à Internet, parce que je n’en voyais pas trop l’utilité (les réseaux dis sociaux qui permettent de s’échanger les photos du dîner avec un chinois totalement inconnu, mais qui empêche les âmes d’un même foyer de se parler, ça me semblait totalement bidon, voire anti-humanité), mais j’ai vite compris que si – effectivement – la lutte derrière un écran ne vaut pas une discussion de vive voix, des échanges d’hommes à hommes (ou de femmes à hommes, je ne suis pas sexiste/macho) ; le Net permet d’avoir accès à des infos/nouvelles/luttes qui resteraient lettres mortes en temps normal…

    Du coup, les liens qui peuplent votre site m’ont permis de me faire un genre de carnet d’adresses. Cependant, le fait que vous ayez mis votre blog en sommeil m’a en quelque sorte poussé à me lancer dans l’aventure. Malheureusement, étant totalement nul en informatique, je me voyais mal ouvrir mon propre blog…

    Mais, coup de chance ! un blog où j’avais l’habitude de commenter me proposa d’écrire des articles. J’avoue avoir sauté sur l’occasion !
    Hélas, quelques petites centaines d’articles plus tard, j’eus un genre de malédiction de la page blanche. Un peu comme vous, trop de temps passé derrière un écran (alors que j’avais une famille et un travail assez prenant, voire très prenant), une sensation d’écrire dans le vide même si le nombre de vues/lectures me disait le contraire, et puis surtout avoir la sensation d’oublier l’Humain pour ne se concentrer que sur les causes ou les conséquences…

    Psychologiquement, ça use.

    Depuis, je me suis recentré sur des sites qui traitent un peu plus de l’humain et je fréquente quelques jeunes étudiants que j’aide – sur un plan psychologique – lorsqu’ils en ont besoin et que je le peux…

    Bref ! Je suis ravi de votre retour sur la toile !
    Si vous avez besoin d’un coup de main, mon anglais est un peu rouillé, mais il me reste une centaine de site en marque-page… 😉

    Merci pour tout, et encore une fois, bon retour…

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