Des drones états-uniens au Niger pour les guerres africaines


par Antonio Mazzeo

L’Afrique sera le nouveau terrain de chasse des avions sans pilote de l’armée états-unienne. Le gouvernement du Niger a autorisé le déploiement de drones du Département de la Défense et de la CIA pour les opérations de surveillance et de renseignement contre les diverses milices pro-Al Qaïda actives dans la région nord-ouest du continent. La demande de création d’une base d’opérations au Niger a été officialisé il y a une dizaine de jours par l’ambassadeur états-unien Bisa Williams lors d’une rencontre avec le président Mahamadou Issoufou.

drone MQ-9 Reaper

Comme l’ont révélé les principaux quotidiens états-uniens, les drones ne seront pas armés, mais on n’exclut pas la possibilité que, dans l’avenir, ils puissent être utilisés pour effectuer des frappes de missiles « contre la menace croissante du terrorisme ». Les missions d’espionnage et de strike (frappe) pourront être coordonnées avec les forces armées françaises qui opèrent depuis le 11 janvier 2013 dans le conflit au Mali et seront dirigées par l’US AfriCom, le commandement états-unien des opérations militaires en Afrique basé à Stuttgart (Allemagne). Les avions sans pilote seront probablement stationnés sur une base aérienne de la région désertique d’Agadez, près de la frontière avec le Mali et l’Algérie.

Des négociations en vue de développer le partenariat Niger-États-Unis et de définir le statut juridique et les fonctions des militaires états-uniens appelés à intervenir dans ce pays d’Afrique ont été engagées l’an dernier. Il y a quelques mois, le commandant de l’US AfriCom, le général Carter Ham, avait visité le Niger et rencontré les plus hautes autorités civiles et militaires. Après le début des combats dans le nord du Mali et de l’intervention française contre les milices islamiques radicales d’AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique), les autorités gouvernementales nigériennes ont décidé de mettre noir sur blanc le texte d’accord bilatéral proposé par Washington.

« Ils ont exprimé le désir de nouer des relations plus solides avec nous et nous avons été heureux de les nouer avec eux », a déclaré le porte-parole du Pentagone George Little. En plus de déployer des drones, l’armée états-unienne pourra utiliser les principaux aérodromes pour stationner les avions-espions pilotés et quelques unités spéciales d’intervention d’urgence qui appuieront les forces armées nigériennes pour le contrôle des frontières et la formation à l’« anti-terrorisme ». Le Pentagone n’a pas révélé le nombre de soldats autorisés à résider au Niger; jusqu’à présent, ils ont été environ cinquante, mais ils pourraient bientôt atteindre 300 hommes. Rien que pour garder en orbite une batterie de drones (quatre avions en vol pendant 24 heures consécutives), sont en effet nécessaires pas moins de 170 militaires en appui au sol.

Le Niger est l’un des pays les plus pauvres du continent africain : l’espérance de vie est de 54,7 ans, le taux de mortalité infantile de 160,3 %, tandis que seulement 28,7 % des adultes sont alphabétisés. Néanmoins, le gouvernement consacre une grande partie des ressources financières à l’achat de moyens de guerre et aider l’allié politico-militaire états-unien dans la « lutte contre le terrorisme mondial » déclenchée après le 11 septembre 2001. Plusieurs officiers du Niger ont été invités aux États-Unis pour suivre des cours sur « la lutte contre le terrorisme », la logistique et les télécommunications. En collaboration avec les forces armées du Mali, du Tchad et de la Mauritanie, sous le commandement de l’ US AfriCom, l’armée nigérienne a pris part à des exercices dans le désert, avec l’utilisation de nouvelles méthodes de guerre. Avec l’aide de « conseillers » du Pentagone, en décembre 2004, les forces armées ont également lancé un raid sur une grande échelle dans la région du Sahel – à plus de 600 km de la capitale Niamey – contre un groupe de miliciens islamistes radicaux basé en Algérie. Comme l’a déclaré le commandant adjoint des forces états-uniennes en Europe, le général Charles F. Wald, plus de 750 officiers du Niger, du Mali, du Tchad et de la Mauritanie ont déjà été formés et spécialisés, pour un coût de 7,75 millions de dollars.

carte des avions-espions et drones américains en Afrique

En 2009, le Corps d’ingénierie de l’U.S. Army a lancé un programme d’intervention dans les communautés les plus pauvres et les plus isolées de l’ouest du Sahara par le biais d’un fonds d’« aide humanitaire » géré par le commandement AfriCom à Stuttgart. Localisé dans les zones frontalières entre le Mali et le Niger, le programme vise à réaliser des « puits d’eau, des écoles, des points de santé et des banques de céréales » pour un coût total de 1,7 millions de dollars. Évidemment l’« humanitaire » vise à accroître le consensus local au plan de pénétration militaire et économique états-unien dans la région. « Notre espoir est de soutenir les objectifs de sécurité de l’AfriCom et d’acquérir de l’expérience sur le continent et d’être plus efficaces à l’avenir », a admis Diana Putman, responsable du plan d’« aide humanitaire » du Commandement stratégique des troupes sur le continent africain.

En 2010, un coup d’État fomenté par l’armée pour empêcher la réélection de l’ancien président Mamadou Tandja a refroidi les relations entre le Niger et les États-Unis. La décision de la junte militaire d’organiser une élection présidentielle en mars 2011 pour restituer le pouvoir aux civils, a cependant convaincu Washington de pousser l’accélérateur pour obtenir la permission de déployer ses fameux avions sans pilote au Niger.

Le Département de la Défense et la CIA ont déjà stationnés des drones d’attaque espions dans plusieurs pays africains. La base principale d’opérations est certainement celle de Camp Lemonnier à Djibouti, qui abrite plus de 2000 militaires états-uniens engagés dans des conflits qui déchirent la Corne de l’Afrique, le Yémen et le nord-est du continent. D’après le Washington Post, le centre de drones qui coordonne tout le système de renseignement en Afrique serait au Burkina Faso. Sous le couvert d’un programme top secret au nom de code Sand Creek, une douzaine de militaires et de sous-traitants états-uniens opéreraient de manière stable dans la zone militaire de l’aéroport de Ouagadougou. Les avions espions décolleraient aussi du Mali, de Mauritanie, d’Éthiopie, du Kenya, d’Ouganda et de l’archipel des Seychelles (océan Indien). Une autre base pourrait être activée prochainement au Sud-Soudan et – comme l’ont admis certains responsables états-uniens – l’Algérie serait sur le point d’autoriser les atterrissages et les décollages de drones pour combattre les milices d’AQMI en échange de sessions d’entraînement, d’équipement et de systèmes d’armement états-uniens.

Antonio Mazzeo

Article original : Droni USA in Niger per le guerre africane

Traduction : Fausto Giudice pour Tlaxcala

3 réponses à “Des drones états-uniens au Niger pour les guerres africaines

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  2. Et en plus l’êtat-major US a le sens de l’humour: « le commandant de l’US AfriCom, le général Carter Ham ». Nommer un « jambon » pour s’occuper des intégristes musulmans…

    Plus sérieusement,ou presque, je constate que les USA ont investis 7,75 millions de dollars pour former (formater?) des officiers de différents pays africains et dans le même temps 1.7 millions de dollars pour l’humanitaire. Le pire c’est sûrement le fait que tout le monde applaudit des deux mains en louant la bonté étasunienne. God blesse américa (accessoirement c’est le deuxième album de Saez, peut-être pas le meilleur, mais bon…). Merci pour cet article, et aussi pour les autres.

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