Les efforts états-uniens pour affaiblir les rebelles islamistes en Syrie semblent avoir échoué


par David Enders

Soutenu par les Etats-Unis, un effort pour mettre en place des conseils militaires dans toute la Syrie pour unifier les centaines de groupes qui combattent pour renverser le président Bachar al-Assad et coordonner la fourniture d’aide aux groupes rebelles laïcs semble avoir largement échoué.

Alep

Les rebelles expliquent que les officiels états-uniens ont poussé à la création de ces conseils dans chacune des 14 provinces syriennes en réponse aux demandes des rebelles de fourniture d’armes et d’autres soutiens. En décembre, les représentants de plusieurs organisations rebelles se sont réunis en Turquie et ont élu un Conseil Militaire Suprême de 30 membres qui a ensuite désigné à sa tête le général syrien déserteur Salim Idriss

Mais des militants syriens affirment que les conseils sont devenus un sujet de dérision et de moquerie en Syrie dans les semaines qui ont suivi et que d’autres organisations, dont le Front al-Nusra lié à Al-Qaïda ont assumé le rôle de coordination centrale que les officiels états-uniens espéraient voir revenir aux conseils militaires.

« Je n’ai pas beaucoup entendu parler des conseils militaires », déclare Jeff White, un analyste militaire du Washington Institute for Near East Policy. « Je n’ai pour l’instant vu aucun signe que le Conseil Militaire Suprême ou les commandements régionaux aient entrepris une action quelconque ».

Des membres des conseils militaires ont accusé les Etats-Unis et d’autres pays pour leur absence d’assistance, affirmant que sans aide, les conseils étaient incapables d’acquérir une influence sur les combats à l’intérieur de la Syrie.

« Ils avaient ce plan, mais personne n’a reçu aucun soutien », affirme Mahmoud, un Syro-américain qui a mis en place un petit camp d’entraînement rebelle au nord de la Syrie et dit recevoir de l’aide de donateurs individuels. Il a demandé que son identité complète ne soit pas divulguée pour des raisons de sécurité.

Ce lundi, des responsables américains à Washington continuaient à exprimer leur appui à l’opposition anti-Assad.

« Je pense que nous avons vu l’opposition en Syrie faire des progrès continus », a déclaré à la presse Jay Carney, le porte-parole de la Maison Blanche. « Je pense que nous avons vu l’emprise d’Assad sur le pouvoir en Syrie continuer à diminuer. Nous continuons à faire des démarches avec nos partenaires pour fournir à la fois de l’aide humanitaire et de l’assistance non létale [terme de la novlangue américaine supposé désigner des armes qui ne tuent pas, NdT] à l’opposition et à travailler avec nos partenaires pour contribuer à parvenir à une Syrie post-Assad qui reflète la volonté du peuple syrien, parce que le bon résultat ici sera que les Syriens décident de leur propre avenir ».

L’échec des conseils militaires à s’organiser rapidement et à gagner en influence a court-circuité ce que les officiels états-uniens espéraient être un système qui aurait permis aux Etats-Unis et à leurs alliés de diriger l’aide vers les organisations rebelles qui prônent une Syrie post-Assad démocratique, où les droits des minorités ethniques et religieuses seraient respectés, et non vers des groupes comme al-Nusra qui veulent un régime basé sur la loi islamique.

Mais les organisations islamistes restent en pointe dans les récents combats, alors que les conseils militaires fonctionnent à peine. Ce constat se vérifie dans tout le pays, y compris dans le sud où plus de 20 000 personnes ont fui les combats vers la Jordanie rien que la semaine dernière.

Le présumé gouvernement syrien en exil, la Coalition Nationale Syrienne des Forces Révolutionnaires et d’Opposition, a également échoué à s’imposer – un autre important revers pour la politique américaine. La secrétaire d’Etat Hillary Clinton était le principal promoteur de la coalition qui s’était constituée après que Mme Clinton avait annoncé publiquement que les Etats-Unis ne pouvaient plus soutenir la structure qui l’avait précédée, le Conseil National Syrien.

Mais après que des dizaines de pays eurent reconnu cette nouvelle structure comme étant le successeur du régime Assad, elle a également échoué à avoir de l’influence. Elle n’a pas respecté la date butoir qu’elle s’était elle-même fixée pour désigner un Premier ministre par intérim et l’engagement des Etats-Unis auprès de cette organisation, qui avait atteint son apogée avant l’élection présidentielle américaine de novembre, a décliné après que le leader de la coalition, Cheikh Mouaz Khatib, a critiqué la désignation par les Etats-Unis du Front al-Nusra comme organisation terroriste qui se confond avec al-Qaïda en Irak.

Les militants syriens dissent que le plan américain pour réduire le rôle des groupes islamistes dans la lutte anti-Assad a au contraire abouti à un renforcement de la puissance des islamistes.

« Les bataillons islamistes sont les seuls bataillons qui agissent sur le terrain », déclare Omar Shakir, un militant anti-gouvernemental d’Homs, la troisième plus grande ville du pays.

Il explique que les efforts des Etats-Unis pour aider le conseil militaire à Homs ont cessé quand les commandants de cette ville ont refusé de couper les ponts avec les groupes islamistes, tels que les Etats-Unis l’avaient exigé.

« Les bataillons islamistes ont leurs propres sources pour les armes et l’argent, ils se battent vraiment bien contre le régime », déclare Shakir. « Donc, après que les Etats-Unis ont interrompu leur aide, le conseil militaire est devenu impuissant et la plupart des combattants rejoignent les bataillons islamistes ».

Ces bataillons, qui comprennent al-Nusra et une autre brigade islamiste, Ahrar al-Sham, ont été à la pointe du combat dans toute la Syrie. Des groupes islamistes plus modérés comme les Brigades Farouq et Liwa Tawhid, qu’on considère toutes eux comme affiliées aux Frères Musulmans syriens, opèrent également dans tout le pays.

On considère que al-Nusra dispose d’environ 5000 hommes en armes, et on pense que al-Sham est encore plus importante, ce qui fait des groupes d’obédiences islamiste les plus importantes organisations combattantes d’une opposition syrienne aux multiples facettes.

Selon les Nations unies, plus de 60 000 personnes ont péri dans les violences depuis que le soulèvement anti-Assad ont commence en mars 2011.

David Enders

Article original : U.S. effort to undercut Islamist rebels in Syria appears to have failed

Traduction : Mounadil al-Djazaïri

5 réponses à “Les efforts états-uniens pour affaiblir les rebelles islamistes en Syrie semblent avoir échoué

  1. Pingback: Les efforts états-uniens pour affaiblir les rebelles islamistes en Syrie semblent avoir échoué | Infos en français | Scoop.it·

  2. Pingback: Les efforts états-uniens pour affaiblir les rebelles islamistes en Syrie semblent avoir échoué | Autres Vérités | Scoop.it·

  3. « « Je pense que nous avons vu l’opposition en Syrie faire des progrès continus », a déclaré à la presse Jay Carney, le porte-parole de la Maison Blanche. « Je pense que nous avons vu l’emprise d’Assad sur le pouvoir en Syrie continuer à diminuer… »

    Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir…pour le peuple syrien.
    Au fait, il en est où, le projet Nabucco? Toujours au point mort? Si Assad s’entête, ce sont les russes et les chinois qui vont gagner.

  4. La nature du pouvoir d’un tyran est l’attraction à la mort, fort présente.

Les commentaires sont fermés.