Gaza : Netanyahou remporte une victoire à la Pyrrhus


par M. K. Bhadrakumar pour Asia Times Online

A première vue, le Premier ministre israélien a mis dans le mile en lançant l’attaque contre Gaza. La feuille de score de cette opération, longue d’une semaine et portant le nom de code « opération Pilier de Défense », peut sembler valoir la note de 10 sur 10.

Le seul inconvénient est que c’est une victoire à la Pyrrhus. On se souvient peut-être de l’illusion créée par les sorcières dans la pièce de William Shakespeare : « Ris-toi dédaigneusement du pouvoir de l’homme. Nul homme né d’une femme ne peut nuire à Macbeth ». Mais alors, la réalité n’est pas loin : « Jamais Macbeth ne sera vaincu, jusqu’à ce que la grande forêt de Birnam marche contre lui vers la haute colline de Dunsinane ».

L’illusion est que l’offensive israélienne a détruit le siège du Hamas et mis en pièces Ahmed Jabari, le commandant du mouvement, dans un assassinat ciblé qui ensevelit apparemment le mouvement de résistance. Mais la stupéfiante réalité est que le Dôme de Fer « invincible » d’Israël se termine comme un mythe ; il a raté plus des deux tiers des roquettes du Hamas. Cela laisse-t-il à Israël d’autre choix qu’une offensive sur le terrain ?

Mais cette option pourrait également s’avérer être une autre illusion, comme cela s’est produit durant l’opération israélienne contre le Hezbollah, au Liban en 2006, lorsque les militants insaisissables étaient aussi des groupes du voisinage. La réalité crue pourrait être, ainsi que le Président des Etats-Unis Barack H. Obama a prévenu, « Si les troupes israéliennes sont dans Gaza, elles auront beaucoup plus de risques de subir des pertes ou d’avoir des blessés ».

Effectivement, il devient clair que la réalité politique peut devenir assez affolante. En fin de compte, Israël a fait quelque chose qu’il n’avait jamais fait auparavant dans son histoire : il s’est rendu à la table des négociations pour solliciter la paix dans les trois jours après avoir lancé son offensive militaire.

10 sur 10

Le paradoxe est que l’on peut considérer que Netanyahou a tapé en plein dans le mille. Il a habilement flatté les appels pour un Grand Israël dans l’opinion publique intérieure en lançant l’attaque contre le Hamas et peut très bien avoir amélioré les perspectives de son parti, le Likoud, qui est dans une alliance avec le parti ultra-nationaliste d’Avigdor Lieberman, Israel Beiteinu, pour les prochaines élections de janvier.

La popularité du Likoud a décliné et le parti était menacé par l’alliance de l’opposition entre Shaul Mofaz, de Kadima, emmené par l’ancien Premier ministre Ehud Olmert, et Yair Labed. Netanyahou a jugé correctement que la société israélienne est devenue très à droite et militariste et qu’une démonstration de force sous son leadership serait la tribune appropriée pour couper l’herbe sous le pied de l’opposition israélienne.

Netanyahou peut maintenant se vanter que sous son leadership, Israël « a dégradé » la machine de guerre du Hamas et affaibli la menace que ce dernier pose à Israël. Il peut aller plus loin et affirmer que le Hamas, ces derniers temps, avait pris la grosse tête et qu’il l’a envoyé paître.

Il y a quelque mérite dans le jugement de Netanyahou, selon lequel l’interruption des liens entre le Hamas et Damas (et Téhéran), ces douze derniers mois, devait être saisie comme étant le bon moment pour frapper. Les nouveaux protecteurs du Hamas – le Qatar, la Turquie, etc. – sont connus pour n’être capables que d’aboyer et non de mordre, contrairement à la Syrie et à l’Iran. De la même manière, la fissure avec la guerre civile en Syrie a créé une certaine distance entre le Hamas et le Hezbollah, ce qui œuvre à l’avantage d’Israël.

Il est évident que les régimes iranien et syrien ont été réduit au rôle d’observateurs passifs, alors qu’ils auraient pu être deux acteurs qui auraient fait toute la différence pour la capacité militaire du Hamas. Ainsi, avec l’Irak réduit à l’âge de pierre et la Syrie entraînée dans une guerre civile prolongée, Israël n’avait vraiment plus que l’Egypte à maîtriser et avait donc les mains assez libres au niveau régional.

Le vrai grand plus pour Israël dans ce dernier conflit a été de pouvoir engager un dialogue constructif avec le gouvernement égyptien dirigé par Mohammed Morsi, membre des Frères Musulmans. L’envoi au Caire de deux négociateurs israéliens aguerris souligne l’empressement avec lequel Tel Aviv a engagé le dialogue avec le gouvernement de Morsi. Le fait que pour la première fois Morsi a été obligé d’articuler le mot « Israël » dans une déclaration publique faite au Caire samedi, lors d’une conférence de presse, était certainement plus qu’une victoire symbolique pour Tel Aviv.

Sans aucun doute, Morsi a été poussé – par les Etats-Unis, la Ligue Arabe et Israël – à jouer un rôle de « médiation » pour négocier un cessez-le-feu. Du point de vue de Tel Aviv, les fondements de tout cessez-le-feu (même sous les auspices de l’ONU) qui serait conclu porteraient en eux l’autorisation implicite de Morsi, et cela serait la sorte d’ouverture qu’Israël a cherché désespérément à développer, et sur laquelle Israël peut maintenant espérer travailler (avec l’aide des Etats-Unis) dans la période à venir, tant sur le terrain qu’au niveau de l’ONU, en termes opérationnels. Bien sûr, personne n’imagine un retour à l’ère de Hosni Moubarak, mais il vaut mieux quelque chose que rien du tout.

Manifestement, le Président [israélien] Shimon Perès n’a pas perdu de temps pour saisir la fenêtre d’opportunité qui lui était offerte lorsqu’il a ouvertement apprécié les efforts de Morsi pour mettre fin aux hostilités, en disant : « L’Egypte est un acteur important au Moyen-Orient ». Le stratagème israélien consistera à essayer d’affaiblir les liens entre les Frères et le Hamas, qui ont progressivement transformé la politique de Morsi à l’égard de Gaza.

De façon similaire, le conflit à Gaza a également forcé le public égyptien à regarder en face le moment de vérité – c’est-à-dire qu’ils sont pris dans une sorte de no-man’s land. Leur compassion va vers les Palestiniens, mais ils ne veulent aucune escalade qui pourrait entraîner leur pays dans un conflit avec Israël. Les Égyptiens ont des affinités culturelles avec les Gazaouis mais ils sont également nerveux du fait que cette enclave palestinienne contient un assez gros paquet de militants qui pourraient entraîner l’Egypte dans une nouvelle guerre avec Israël.

Quant à la Turquie, l’autre gros acteur régional, Israël a également forcé le Premier ministre islamiste Recep Tayyip Erdogan à voir que la catastrophe est imminente, c’est-à-dire que c’est le Caire, pas Ankara, qui est devenu le centre de la diplomatie concernant le confit à Gaza. Le rédacteur en chef turc, Murat Yetkin, a écrit dans le quotidien de l’establishment, Hurriyet, qu’Ankara est mécontent de son « rôle secondaire » et d’avoir à reconnaître que la puissance régionale de l’Egypte dépasse celle de la Turquie. Voici ce qu’il a écrit à propos de ce qui ulcère Ankara :

« Le rôle de l’Egypte dans la région est de retour après la Révolution Tahrir, et son gouvernement est plus fort qu’avant [.] L’opposition syrienne, qui a commencé dans des camps de réfugiés en Turquie, a dit qu’elle considère le Caire comme son quartier général. Le Printemps arabe a travaillé pour l’Egypte, et ce pays se relève une fois encore de ses cendres, apportant un modèle réaliste pour les pays arabes. Et si Morsi réussit à sauver Gaza des foudres d’Israël, il pourra devenir un second Gamal Abdel Nasser, en plus d’être l’élu pour le monde arabe. »

L’attaque d’Israël contre Gaza a déplacé le centre de gravité de la politique au Moyen-Orient. Cela va sûrement forcer à réévaluer la politique turque. Israël attendrait d’Erdogan qu’il fasse preuve d’un plus grand réalisme en ce qui concerne ses liens avec l’Etat hébreu. Israël a rabâché que la fracture de ces liens n’ont fait jusque-là que nuire aux intérêts nationaux vitaux de la Turquie alors que les échanges entre les deux pays en matière de renseignements sont au point mort et qu’Ankara a perdu sa capacité de médiation dans les conflits au Moyen-Orient.

Mais on ne peut encore rien dire à ce sujet. Erdogan est aussi un démagogue. Sa rhétorique véhémente domine celle de Morsi, alors qu’il a traité Israël d’Etat « terroriste » et a poursuivi en déclarant que Tel Aviv cède au « nettoyage ethnique ». Erdogan semble préférer surfer sur la vague de l’opinion populaire arabe plutôt que de « réinitialiser » les relations turco-israéliennes.

Dans l’ensemble, vu sous l’angle de la politique étrangère, Netanyahou a remporté, en apparence, une série de succès. Pour s’en assurer, sa plus grosse « proie » a impliqué Obama. Netanyahou a forcé le président des Etats-Unis à prendre une position de solidarité avec Israël sur le théâtre du Moyen-Orient, malgré les divergences flagrantes qui sont apparues, depuis un an, sur de nombreux aspects entre les deux hommes, et en dépit du flirt mal-conçu du dirigeant israélien avec Mitt Romney dans les étapes cruciales de la récente élection présidentielle américaine, ce qui a contrarié Obama.

La perspicacité est vraiment importante dans la politique au Moyen-Orient, et une fois encore Israël a montré sa capacité de continuer à mener l’administration américaine par le bout du nez.

Netanyahou est un observateur averti de la politique américaine, et il a estimé qu’il forcerait la main d’Obama, étant donné l’emprise d’Israël sur le Congrès des Etats-Unis ainsi que sur les médias et les think tanks, peu importe les signes troublants qui apparaissent de temps en temps montrant que l’esprit du Président américain commence à œuvrer vers une correction de cap majeure dans la stratégie défaillante de l’Amérique au Moyen-Orient.

L’estimation de Netanyahou s’est avérée juste. Soit dit en passant, l’opération Pilier de Défense a autre chose en commun avec la sanglante opération Plomb Durci (de décembre 2008) : toutes deux ont suivi les victoires électorales d’Obama.

Ce n’est pas une mince réussite, non plus, qu’à l’exception des pays arabes, personne n’ait réellement condamné le « droit de se défendre » d’Israël. Des acteurs influents comme la Russie, la Chine et les pays européens ont adopté une position neutre tout en appelant à la « retenue » des deux camps dans ce conflit. La Russie et la Chine espèrent toutes deux de grosses possibilités d’affaires sur le marché israélien. (Moscou compte également sur les affinités de Lieberman en tant qu’immigré de l’ancienne Union Soviétique.)

Sans aucun doute, les gigantesques champs pétroliers et gaziers Léviathan en Méditerranée ont catapulté Israël au statut de partenaire énergétique convoité. Ce Léviathan commence à angoisser les Européens, les Russes et les Chinois. Dit autrement, Israël n’est plus un grand invalide avec une économie qui essaye de percer.

Compter les points

Finalement, le conflit à Gaza a peut-être étouffé la manœuvre menaçante de l’Autorité palestinienne de forcer un vote à l’Assemblée générale des Nations unies le 29 novembre pour la reconnaissance d’un Etat de Palestine, à laquelle Israël s’oppose bec et ongles. Les signes croissant étaient que Ramallah serait capable de mobiliser le soutien nécessaire dans l’organisation mondiale, mais il se pourrait, dans le milieu rapidement changeant de la sécurité régionale, qu’il y aura une énorme pression exercée sur Mahmoud Abbas pour qu’il ne précipite pas des tensions supplémentaires.

Cependant, les « gains » d’Israël – politiques, diplomatiques et militaires – auront besoin en fin de compte d’être mesurés à la lumière des « pertes » qui ont pu se produire en déchaînant une telle violence « disproportionnée » et gratuite contre les infortunés civils de Gaza. L’image d’Israël dans la communauté mondiale a pris un coup. Le bon argument serait que les pertes peuvent en fin de compte avoir surpassé de loin les gains, et que l’histoire se répète probablement – Israël frappant avec fureur et désespoir tout en se retrouvant face à face avec des réalités émergentes, ce qui ne résout rien et peut même compliquer l’avenir.

Il est vrai qu’Israël a peut-être dégradé les capacités du Hamas en termes militaires. Mais cela n’est certainement rien de plus pour le Hamas qu’un revers temporaire, ce qui n’est pas certain, considérant que ce n’est qu’une question de temps avant que ce dernier ne refasse le plein de ses stocks d’armes.

La réalité sur le terrain est que les roquettes du Hamas ont continué de pleuvoir sur Israël, qui ne dispose pas des renseignements pour savoir par où elles sont arrivées. C’est Israël qui cherche aujourd’hui la paix, pas le Hamas. Plus important, les roquettes les plus meurtrières sont de conception iraniennes. Le Hamas réaliserait que le soutien continu de l’Iran vaut son pesant d’or, alors qu’il aspire à atteindre le niveau du Hezbollah afin de forcer un pas stratégique avec Israël. Bref, Israël renvoie peut-être le Hamas dans les bras de l’Iran, quelque chose qu’il devrait trouver effroyable.

En termes diplomatiques et politiques, le Hamas a aussi énormément gagné. Le blocus de Gaza par Israël n’est plus soutenable. La série de ministres des Affaires étrangères qui se sont rendus à Gaza, mardi, depuis la région, en dit long. Le Hamas a cassé de façon décisive la stratégie « d’isolement » voulue par Israël. L’ironie, c’est qu’Israël a peut-être également commencé à « négocier » avec le Hamas sans le réaliser, alors que le modèle de diplomatie pour mettre un terme au conflit actuel se dépliera dans les jours à venir.

Israël devrait savoir que le paysage politique de la région a changé de façon phénoménale en faveur du Hamas, du fait même que Khaled Meshal a tenu une conférence de presse au Caire alors même que les jets israéliens pilonnaient Gaza. En somme, le Printemps arabe a produit une récolte amère pour Israël, et l’ascendance de l’islamisme dans la région sous la bannière des Frères Musulmans travaille à l’avantage du Hamas.

Dans le processus, Israël a peut-être déplacé l’équilibre au sein du camp palestinien en faveur du Hamas et du Djihad islamique (contre le Fatah), en tant que véritable voix de la résistance. La posture de l’Iran semble justifiée, alors même que les alliés secrets d’Israël, comme la Jordanie ou les oligarchies du Golfe Persique ont été obligées de rester sur une position défensive.

Le combat pour forcer un « changement de régime » en Syrie devient encore plus compliqué alors que surgit l’agenda de la résistance. Cette semaine, en plein maelström dans la région, les manœuvres brusques de la Grande-Bretagne et de l’Union Européenne pour accorder la reconnaissance diplomatique à l’opposition syrienne trahit la nervosité à ce sujet.

Le problème est que tant que la question palestinienne reste au centre de la table, l’Occident subira de fortes pressions pour rationaliser sa priorité irrationnelle de « changement de régime » en Syrie – tandis que l’Occident ne fait rien, par ailleurs, sur la question centrale du conflit arabo-israélien. Israël a peut-être desservi lourdement les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France, ainsi que leurs alliés régionaux, en replaçant le centre de l’attention sur le problème palestinien non résolu.

De la même manière, tandis que l’Egypte négocie un cessez-le-feu au conflit actuel, on ne peut attendre d’elle qu’elle aide à faire respecter le blocus de Gaza en étranglant le passage de Rafah ou en faisant renaître la coopération en matière de renseignements de l’ère Moubarak. C’est-à-dire que Morsi a peut-être simplement essayé de faire face aux pressions rivales exercées contre lui en ce moment, tandis que ses orientations stratégiques vis-à-vis de la question palestinienne et des relations entre l’Egypte et Israël se poursuivront. Il a déjà montré qu’il était un maître tacticien, et on peut s’attendre à ce qu’il laisse Israël dans le flou quant à ses intentions.

La mise à l’épreuve sera le Sinaï, qui est un baril de poudre. Il n’y a aucune solution facile pour ramener le Sinaï hors-la-loi sous contrôle, et les partisans de la lutte armée se regroupent alors que les services de sécurité égyptiens ne maîtrisent visiblement pas la situation. Israël se retrouve face à un dilemme et l’attaque contre Gaza pourrait avoir compliqué les choses un peu plus.

La faille fondamentale dans la stratégie de Netanyahou est que le Moyen-Orient est aujourd’hui une région complètement différente. Voici comment Nic Robertson, de CNN, analyse les choses :

« Le Hamas est aujourd’hui dans un endroit complètement différent. Toujours coincé dans l’enceinte peuplée des quartiers bondés de Gaza, où ils ont été élus il y a six ans, il dispose maintenant de plus d’amis à l’extérieur. Ce qui a changé dans le sillage du Printemps arabe, qui a balayé quelques-uns des anciens alliés régionaux d’Israël, les remplaçant par des dirigeant plus compatissants pour le Hamas […] l’Egypte est loin d’être seule dans la révolution régionale qui commence à isoler Israël […] Donc, quel est le choix pour Israël ? Dit simplement, tandis qu’Israël est plus fort militairement, il est dans une position politique plus faible que n’était la sienne en 2009. La rhétorique de l’Egypte aujourd’hui, tout en n’abrogeant pas le traité avec Israël, a largement adopté une ligne pro-Hamas. Le grand universel du monde arabe est son aversion de la façon dont l’Etat israélien traite les Palestiniens. Dans le passé, la plupart des dirigeants arabes de la région étaient des dictateurs, capables d’emprunter un chemin très différent du point de vue de la rue arabe. Plus maintenant. Les nouveaux dirigeants post-Printemps arabe démocratiquement élus n’ont que trop bien conscience des jusqu’au-boutistes radicaux qui n’attendent qu’une occasion ».

Obama semble saisir le problème qui lui fait face et voit un besoin impératif de s’occuper de la restructuration fondamentale du discours des Etats-Unis avec le monde arabe. Sa première conférence de presse après la victoire électorale de mercredi dernier indique fortement dans quelle direction vont ses idées pour façonner la politique des Etats-Unis sur des problèmes comme la Syrie et l’Iran.

Il est suffisant de dire qu’Obama garde peut-être ses réflexions pour lui-même, alors que Netanyahou l’a bousculé pour précipiter la crise sur Gaza, mais cela ne signifie pas que ses pensées vont s’atrophier. Au contraire, Obama sera contraint plus vite que ne l’imagine Netanyahou à rompre le blocage qui nuit gravement aux propres intérêts à long terme des Etats-Unis au Moyen-Orient.

Le cœur du problème est que la stratégie des Etats-Unis au Moyen-Orient est confrontée à une crise profonde, et à moins de résoudre les contradictions profondément ancrées, et jusqu’à ce que cela soit fait, les Etats-Unis ne peuvent détourner ou économiser leurs ressources pour les « rééquilibrer » en Asie, où prend forme un défi historique au destin plus large pour les Etats-Unis en tant que superpuissance.

Il y a des moments où dans la griserie d’une bataille qui a été remportée, on peut perdre de vue que la guerre a été perdue. Cela pourrait bien être un tel moment. Netanyahou a peut-être gagné la bataille pour forcer Obama à le soutenir, mais le temps n’est pas éloigné où il réalisera que ce ne fut pas, après tout, une victoire.

M. K. Bhadrakumar

Article original : Netanyahu wins a Pyrrhic victory

Traduction : Jean-François Goulon pour Questions Critiques