Bien fait pour les Républicains !


par Thomas L. Friedman pour The New York Times

En octobre 2010, le sénateur Mitch McConnell, chef de file des républicains au Sénat, a eu cette célèbre saillie : « Notre objectif prioritaire, c’est de veiller à ce qu’Obama soit le président d’un seul mandat. » Son parti et lui s’y sont ardemment employés.

Alors, Mitch, heureux ?

En fin de compte, tout s’est joué sur le fait qu’une majorité d’Américains a estimé que, quels que soient ses torts, Obama était bien celui qui faisait tout son possible pour soigner les maux de notre pays. Il était en outre confronté à un parti républicain qui, viscéralement, ne cherchait pas à lui tendre la main, se contentant d’espérer qu’il échoue afin de pouvoir s’engouffrer dans la brèche et tirer les marrons du feu.

Selon moi, c’est ce qui a fait la différence. La droite a perdu une élection qu’elle aurait dû remporter, vu la situation économique, à cause d’un excès de cynisme, d’une pénurie d’idées neuves et d’une pléthore d’idées franchement mauvaises – sur l’immigration, le climat, les créations d’emplois, l’avortement et d’autres questions de société.

Apparemment, bon nombre d’Américains se sont rendus aux urnes sans grand enthousiasme pour l’un ou l’autre des candidats. Mais, quoi qu’il en soit, ils savaient clairement qui ils préféraient. C’est comme si la majorité disait à Obama : « Tu n’as pas fait tout ce qu’il fallait la première fois, mais on te donne une seconde chance. » D’une certaine façon, ils ont revoté pour « l’espoir et le changement », tout en affirmant : « On sait que tu fais des efforts. Eh bien, fais-en plus. Tire les leçons de tes erreurs. Engage le dialogue avec l’autre camp, même s’il te tourne le dos, et concentre-toi comme un laser sur l’économie, pour que ceux d’entre nous qui ont voté pour toi sans véritable ferveur aient le sentiment d’avoir pris la bonne décision. »

Et c’est pour cela que la victoire d’Obama est un tel camouflet pour les conservateurs. Un pays qui affiche un taux de chômage frôlant les 8 % a préféré donner une seconde chance au président plutôt qu’une première chance à Mitt Romney. Il est temps que les républicains aient un petit tête-à-tête avec eux-mêmes.

Trop proche de la droite extrême

Leur parti a perdu deux présidentielles d’affilée parce que, à chaque fois, il a contraint son candidat à faire une campagne si proche de la droite la plus extrême pendant les primaires qu’il lui a, ensuite, été impossible de revenir au centre pour remporter l’élection au niveau national. Il ne leur suffit pas d’avouer en privé à leurs collègues démocrates : « Je ne demande pas mieux que de vous aider, mais notre base est dingue. » Ce qu’il leur faut, c’est une réforme interne. Le centre droit doit avoir une franche conversation avec la droite extrême à ce sujet, sous peine de se retrouver dans l’opposition pendant de très longues années.

En Amérique, beaucoup de membres des jeunes générations savent que le changement climatique n’est pas une plaisanterie, et ils veulent que quelque chose soit fait pour l’endiguer. Beaucoup, dans les générations qui viennent, vont être d’origine hispanique et ils défendent le principe d’une réforme de l’immigration pour ouvrir la voie à une régularisation des clandestins. La prochaine génération va avoir besoin d’une immigration de personnes de haut niveau, prêtes à prendre des risques, venues d’Inde, de Chine et d’Amérique latine – si l’on veut que les États-Unis se maintiennent à la pointe de la révolution informatique. Beaucoup, dans ces jeunes générations, connaissent des gays et des lesbiennes, dans leurs familles, sur leur lieu de travail, dans les casernes, et ils ne veulent pas qu’ils soient privés du droit au mariage accordé aux autres. Aujourd’hui, sur toutes ces questions, les républicains sont en décalage avec bien trop de jeunes Américains.

Cela dit, je pense que le plus grand défi national, au cours des quatre prochaines années, tiendra à notre réaction face aux changements – dans le domaine technologique, sur les marchés et dus à la mondialisation – qui ont en très peu de temps condamné à l’obsolescence les emplois de qualification moyenne convenablement rémunérés, la colonne vertébrale de la classe moyenne. Les seuls emplois désormais correctement payés seront ceux requérant de hauts niveaux de spécialisation.

Pour répondre à ce défi, il faudra faire preuve d’une imagination politique sans précédent – une combinaison de réformes de l’éducation et de collaboration entre entreprises, établissements scolaires, universités et Etat, seule susceptible de bouleverser le système de formation des salariés. L’Amérique a aujourd’hui désespérément besoin d’un parti républicain capable de proposer des approches fondées sur le mérite et sur le marché, capable également de tendre la main aux démocrates. Le pays manque cruellement de coopération entre les deux camps, il récompensera ceux des politiques qui sauront s’y risquer, et châtiera les autres. Les bulletins ont été dépouillés. Le président Obama doit maintenant se mettre au travail pour justifier la seconde chance que l’Amérique lui a offerte, et les républicains feraient bien d’essayer de comprendre ce qui vient de leur arriver.

Thomas L. Friedman

Article original : Hope and Change

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