À quoi va ressembler le second mandat de Barack H. Obama ?


par David A. Fahrenthold pour The Washington Post

Réélu, le président Obama défendra enfin la légalisation du mariage gay. Les organisations de défense des droits des homosexuels en sont quasi certaines. Il prendra des mesures drastiques pour lutter contre le réchauffement climatique. Cela, les écologistes n’en doutent pas. En outre, M. Obama finira par répondre aux vœux du Congressional Black Caucus, le groupe parlementaire qui rassemble les élus noirs du Congrès, à savoir faire plus en faveur des Africains-Américains. C’est, du moins, ce dont sont persuadés plusieurs élus de ce groupe. De leur côté, les conservateurs sont tout aussi convaincus que, s’il remporte un second mandat, Obama réalisera les rêves les plus fous de la gauche. Le candidat à l’investiture républicaine Mitt Romney prédit une prodigalité budgétaire incontrôlée. Son rival, Newt Gingrich, entrevoit une “guerre” avec l’Eglise catholique. La National Rifle Association [NRA, principal lobby pro-armes à feu] redoute, elle, un tour de vis contre les détenteurs d’armes à feu, dont elle défend les intérêts.

Le plus drôle dans tout cela est qu’Obama lui-même n’a guère précisé ce qu’il ferait. Dans ses récents discours, le président s’est contenté d’esquisser un vague programme pour son prochain mandat. Il veut améliorer la politique d’immigration, mettre en œuvre les derniers volets de sa réforme de la santé, reconstruire les infrastructures et relancer le secteur industriel. “Et”, a-t-il martelé lors d’une récente allocution à San Francisco, soulignant avec emphase ce qui semble une évidence, “il nous faudra trouver comment payer tout cela.”

Des espoirs et des peurs

Ce décalage est l’un des éléments les plus étonnants d’une campagne électorale elle-même inhabituelle. Même après trois années passées à la Maison-Blanche, Obama demeure un test de Rorschach politique, ses partisans plaçant toujours leurs plus grands espoirs entre ses mains et ses ennemis projetant sur lui leurs pires cauchemars. Les uns comme les autres demeurent convaincus qu’ils n’ont pas encore vu le vrai Obama à l’œuvre.

“Durant son premier mandat, il a caressé les propriétaires d’armes à feu dans le sens du poil, mais cela fait partie d’un vaste complot visant à tromper les électeurs”, a ainsi souligné le vice-président de la NRA, Wayne LaPierre, lors de la Conservative Political Action Conference, le grand rendez-vous annuel des conservateurs américains, qui s’est déroulé au début du mois de février. “Il cache ses vraies intentions, qui sont de supprimer le deuxième amendement de la Constitution [qui garantit le droit de porter des armes] au cours de son second mandat”, souligne M. LaPierre, qui en veut pour preuve les déclarations passées du président en matière de contrôle des armes à feu et la nomination à la Cour suprême de deux juges hostiles, selon lui, au port d’armes.

Ces spéculations sur le futur programme du candidat Obama constituent un point commun surprenant entre la droite et la gauche, en une année électorale où les clivages politiques sont particulièrement profonds. Elles éclairent également la stratégie qu’adoptera chacun des deux camps, à savoir essayer de mobiliser la base en exploitant les multiples peurs et espoirs que suscite Obama.

L’équipe de campagne du président sortant jure pourtant faire preuve de la plus grande transparence. A les en croire, le locataire de la Maison Blanche a déjà exposé une grande partie de la politique qu’il entend mener durant son second mandat. “Il n’y a aucun mystère sur ses orientations politiques à court terme comme à long terme”, assure le porte-parole de campagne de M. Obama, Ben LaBolt. “Il a défendu sa vision d’une économie solide, où le travail paie, où le sens des responsabilités est récompensé et où les règles du jeu sont les mêmes pour tous.” Pour plus de détails, ses collaborateurs conseillent de réécouter le discours sur l’état de l’Union prononcé le 24 janvier dernier par Obama et de se pencher sur le projet de budget pour 2013 qu’il a présenté début février. Il y est question d’une réforme de la fiscalité visant à alourdir l’imposition des riches. Obama envisage également de rendre les études supérieures plus abordables et de renforcer l’industrie manufacturière américaine. Si sa vision semble claire, le président n’a cependant pas explicité comment il envisageait de la mettre en œuvre.

Marge de manœuvre réduite

Les candidats républicains qui aspirent à le remplacer ont, eux, fait des dizaines de propositions précises, que ce soit en matière de baisse d’impôts, de réduction des dépenses de Medicare [programme fédéral d’assurance-santé pour les personnes âgées et les handicapés] et même de colonisation de la Lune. Et ils ne se sont pas privés de brosser un sombre tableau de ce à quoi ressemblerait l’Amérique après quatre années supplémentaires de présidence Obama. “A mon avis, le pays s’en trouverait fondamentalement transformé”, a souligné l’ex-sénateur de Pennsylvanie Rick Santorum. Il redoute notamment un plus grand interventionnisme de l’Etat dans la vie quotidienne des Américains et une transition vers un “socialisme à l’européenne, au minimum. Ainsi, nous aurons perdu l’essence même de ce qu’est l’Amérique.”

En cas de victoire du président sortant, cependant, tant les rêves que les cauchemars pourraient ne pas se réaliser. Pour mettre en œuvre les réformes réclamées par les progressistes – en matière de fiscalité, d’immigration ou de port d’armes –, Obama aurait besoin de pouvoir s’appuyer sur une solide majorité démocrate au Congrès. Mais cela semble peu probable. La bipolarisation de la vie politique américaine, qui a conduit à la quasi-paralysie de l’action gouvernementale l’année dernière, ne devrait pas disparaître en 2013, estime Andrew Roth, du Club for Growth, un comité d’action politique républicain. “Une chose est sûre : le prochain président, quel qu’il soit, disposera d’une marge de manœuvre très réduite”, conclut-il.

David A. Fahrenthold

Article original : Obama allies, foes speculate on a big — and hypothetical — second-term agenda