Que ce soit Obama ou Romney qui remporte la présidentielle, les relations entre les États-Unis et le monde arabe changeront


par Robert Fisk pour The Independent

Après la démonstration d’amour pour Israël, la semaine dernière, par Obama et Romney, les arabes ont décidé petit à petit lequel de ces deux hommes serait meilleur pour le Moyen-Orient. Ils semblent avoir choisi Barack H. Obama ; mais le problème – comme toujours – est le triste fait, pathétique et outrageusement évident, que cela ne fera pas la moindre différence.

George W. Bush a envahi l’Irak après avoir donné la permission à Ariel Sharon de poursuivre la colonisation de la Cisjordanie occupée. Obama s’est retiré d’Irak, a accru les attaques de drones sur la frontière pakistano-afghane et a ensuite agi comme un toutou lorsque Benyamin Netanyahou lui a dit qu’il n’y aura aucune discussion sur le retrait d’Israël derrière les frontières de 1967. Au lieu de dire, « Si ! Il y en aura une ! », comme un président fort et indépendant, Obama s’est couché comme un chien battu dans sa Maison Blanche alors que le Premier ministre israélien lui disait que la Résolution 242 du Conseil de sécurité de l’ONU – la base-même du « processus de paix » non-existant – était vouée à l’échec.

Depuis lors, bien sûr, Mitt W. Romney, qui semble comprendre aussi bien le Proche-Orient que le pasteur texan qui a brûlé un Coran, a dit que les Palestiniens « n’étaient absolument pas intéressés à établir la paix » et il n’a toujours pas donné d’explication satisfaisante sur le fait qu’en 2005, en tant que gouverneur du Massachusetts, il ait semblé très désireux d’espionner électroniquement les mosquées. Alors, bonne chance aux arabes !

Cependant, la vérité est que le prochain président n’aura pas la liberté de décider de sa politique au Moyen-Orient. La vieille histoire d’amour avec Israël se poursuivra – à moins qu’Israël n’attaque l’Iran et n’entraîne l’Amérique dans une autre guerre au Moyen-Orient – mais, pour la première fois de l’histoire des États-Unis, celui qui remportera l’élection présidentielle aura affaire à un nouveau monde arabe : en vérité, un nouveau monde musulman.

Le point critique est que le réveil arabe (oublions, si vous voulez, le terme de « Printemps ») représente un appel populaire à la dignité. Celui-ci inclut aussi bien les musulmans non-arabes – quoi d’autre la mini révolution verte après les dernières élections iraniennes fut-elle ? – et cela signifie que les millions de personnes vivant dans cette partie du monde que nous aimons toujours appeler le Moyen-Orient – on ne se sent pas très « moyen » lorsque l’on vit là-bas – ont maintenant l’intention de prendre leurs propres décisions, fondées sur leurs souhaits, et non pas sur ceux de leurs anciens satrapes de présidents et – à leur tour – leurs maîtres à Washington. La Clinton semble toujours ne pas l’avoir capté. Peut-être Obama l’a-t-il compris ? Et Romney ? Je parie qu’il ne pourrait pas dessiner une carte avec les pays de cette région, à part un, bien sûr.

Contrairement à la croyance occidentale selon laquelle les arabes se battent toujours pour la « démocratie », la bataille et la tragédie d’aujourd’hui au Moyen-Orient – que ce soit dans le sillage de la « révolution » douce en Tunisie ou la boucherie en Syrie – est en rapport avec le mot dignité, avec le droit, en tant qu’être humain, de dire ce que l’on veut sur celui que l’on désire et ne pas laisser un despote s’accaparer de tout un pays (tant qu’il a la permission des États-Unis) et le traiter comme sa propriété privée.

Oui, les révolutions sont sales. La révolution égyptienne ne s’est pas déroulée tout à fait comme nous le pensions. La Libye peut facilement éclater. La Syrie est un cataclysme. Mais les arabes élèvent enfin la voix et ils s’assureront à présent que leurs présidents et leurs Premiers ministres respectent leurs souhaits, pas la parole de Washington ou de Moscou. Contrairement à la croyance à-la Romney que les arabes manquent de valeurs civilisationnelles – cf. ses remarques extraordinaires sur la civilisation d’Israël – les peuples du Moyen-Orient démontrent plutôt l’opposé. C’est une affaire qui progresse lentement : tous les lecteurs de cet article seront morts de vieillesse avant que la « révolution » arabe ne soit achevée.

Mais l’époque où les présidents étasuniens ordonnent aux potentats du Moyen-Orient ce qu’ils doivent dire et faire arrive à son terme. Il faudra beaucoup de temps avant que le régime saoudien ne se désagrège, et pareillement pour les autres stations services du Golfe. Et je suppose qu’il doit être dit que la tragédie des Palestiniens se trouve probablement au cœur du réveil arabe.

Hélas ! Les Palestiniens sont les seuls à ne pas bénéficier des révolutions arabes. On ne leur a pas laissé assez de terre pour avoir un État. C’est un fait qui dépasse le doute (comme Enoch Powell avait l’habitude de dire). Tous ceux qui doutent de ces mots devraient prendre un vol pour Israël et jeter un coup d’œil sur la Cisjordanie. Il n’y a pas de place pour la Palestine ; c’est la vraie tragédie à laquelle les présidents états-uniens devront faire face dans les années à venir.

Robert Fisk

Note

La résolution 242 du Conseil de sécurité est adoptée le 22 novembre 1967 à la majorité absolue des 15 membres :

« Le Conseil de sécurité,

Exprimant l’inquiétude que continue de lui causer la grave situation au Proche-Orient,

Soulignant l’inadmissibilité de l’acquisition de territoires par la guerre et la nécessité d’ouvrer pour une paix juste et durable permettant à chaque État de la région de vivre en sécurité,

Soulignant en outre que tous les États Membres, en acceptant la Charte des Nations unies, ont contracté l’engagement d’agir conformément à l’Article 2 de la Charte :

  1. Affirme que l’accomplissement des principes de la Charte exige l’instauration d’une paix juste et durable au Proche-Orient qui devrait comprendre l’application des deux principes suivants :
  • a. Retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés au cours du récent conflit ;
  • b. Fin de toute revendication ou de tout état de belligérance, respect et reconnaissance de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de l’indépendance politique de chaque État de la région et de son droit de vivre en paix à l’intérieur de frontières sûres et reconnues, à l’abri de menaces ou d’actes de violence ;

2. Affirme d’autre part la nécessité

  • a. De garantir la liberté de navigation sur les voies d’eau internationales de la région ;
  • b. De réaliser un juste règlement du problème des réfugiés ;
  • c. De garantir l’inviolabilité territoriale et l’indépendance politique de chaque État de la région, par des mesures comprenant la création de zones démilitarisées ;

3. Prie le Secrétaire général de désigner un représentant spécial pour se rendre au Proche-Orient afin d’y établir et d’y maintenir des rapports avec les États concernés en vue de favoriser un accord et de seconder les efforts tendant à aboutir à un règlement pacifique et accepté, conformément aux dispositions et aux principes de la présente résolution ;
4. Prie le Secrétaire général de présenter aussitôt que possible au Conseil de sécurité un rapport d’activité sur les efforts du représentant spécial. »

Article original : Whichever of Obama or Romney wins, US dealings with the Arab world will change

Traduction : Jean-François Goulon pour Questions Critiques

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5 réponses à “Que ce soit Obama ou Romney qui remporte la présidentielle, les relations entre les États-Unis et le monde arabe changeront

  1. dans la résolution le mot palestine n’est pas ! .. la résolution comprends comme état : israel , d’un coté , et l’égypte et la jordanie de l’autre ?

  2. Vos discourt anti-israelien m’etonne. Qu’avez-vous contre israel pour déferler une tel haine ? Pourquoi ne pas parler du manque total de liberté dans les pays de la region au lieu de toujours mettre la faute sur « les sionnistes ». Vous avez un veritable probleme avec les juifs sur ce site.

  3. Pingback: Obama/Romney comme Sarkozy/Hollande: le changement en pire? | Le citoyen engagé·

  4. Résumé médias : http://mounirbensalah.org/2012/11/01/reseaux-sociaux-et-revolutions-arabes/

    http://mounirbensalah.org/about/

    Mounir BENSALAH
    Réseaux sociaux et révolutions arabes ?

    Depuis les événements post-électoraux de 2009 en Iran jusqu’au printemps arabe de 2011, le monde a découvert l’incroyable pouvoir de mobilisation des réseaux sociaux. Facebook, Twitter ou YouTube sont devenus une des sources principales d’information et un moyen de rassemblement incontournable. La jeunesse arabe est parvenue à s’imposer là où personne ne l’attendait. Lina Ben Mhenni, Wael Abbas, Ibn Kafka : ils sont des centaines voire plus à s’activer sur la Toile, parfois de manière anonyme mais toujours avec un seul but : dire, révéler, dénoncer.

    Mounir Bensalah est l’un d’entre eux. Blogueur depuis huit ans, il a choisi de dresser la topographie du militantisme cybernétique de la région, pays par pays, et revient sur les débuts des blogs et des réseaux sociaux dans le monde arabe. Toutefois, après avoir précipité la chute de Moubarak ou Ben Ali, la plupart des cyberactivistes ont été écartés de la scène politique. Peut-on alors parler de « révolution de Facebook », quand tous ou presque refusent ce raccourci médiatique ? À l’heure où l’espoir semble vaciller face à la menace obscurantiste, comment s’est opérée la révolution ? Jusqu’où Internet a-t-il bouleversé les codes socioculturels de la région ? Comment les sociétés arabes actuelles se sont-elles adaptées à ce nouvel espace de communication ? Une enquête de terrain sur la genèse des réseaux sociaux, doublée d’entretiens inédits avec les principaux blogueurs de la région.

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