Les États-Unis n’ont plus d’espoir de trouver un « accord » avec les Taliban


par Matthew Rosenberg et Rod Nordland pour The New York Times

Alors que le volume des forces militaires américaines est en diminution et que les Taliban représentent toujours encore une forte menace, des généraux américains et des fonctionnaires civils avouent avoir renoncé presque entièrement à ce qui fut l’objectif de leur stratégie pour mettre un terme à cette guerre – soit de contraindre par les armes les Taliban à signer un traité de paix.

On remplace donc les anciens plans ambitieux pour faire cesser la guerre par un objectif nettement plus modeste, soit d’aplanir le chemin, afin que les Afghans, une fois les troupes étrangères en grande partie retirées, puissent s’entendre entre eux et qu’il soit garanti que le Pakistan soit inclus dans un tel arrangement.

Certaines personnes officielles du monde militaire et diplomatique, tant en Afghanistan qu’à Washington, ont déclaré qu’il ne fallait pas escompter, malgré les tentatives de contact avec les chefs des Taliban au cours de cette année, pouvoir progresser avant 2015, lorsque l’essentiel des troupes de l’OTAN aura quitté le pays.

« Je ne puis imaginer que cela se passera dans les deux ans à venir », a déclaré un officier supérieur de la coalition. Il ne s’est exprimé, comme d’autres fonctionnaires, que sous réserve de l’anonymat, les efforts fournis pour entamer des négociations étant trop délicats.

« C’est un ennemi très robuste et je me garderai de vous dire le contraire. Ce sera une bataille sans répit qui durera des années », a estimé cet officier.

L’échec de la tentative d’engager des pourparlers raisonnables avec les Taliban met en lumière la fragilité des succès obtenus par les nombreuses troupes envoyées dans le pays par le président Obama en 2009. Il est vrai que les 30 000 soldats supplémentaires ont réussi à récupérer des territoires tenus par les Taliban, mais il ne fut pas possible de mettre ces derniers à terre.

Les critiques de l’administration Obama estiment que les Etats-Unis auraient, en fixant la limite concernant leur participation aux combats à 2014, amoindri leur capacité d’action et abandonné aux Talibans l’objectif pour lequel ces derniers combattent depuis une décennie.

Toutefois, l’administration Obama s’en tient à ce délai, nécessaire pour permettre aux militaires afghans et au gouvernement de reprendre l’entière responsabilité du pays, mais aussi politiquement indispensable pour le peuple américain devenu hostile à cette guerre, qui est devenue entre temps la plus longue dans l’histoire des Etats-Unis.

Pour les généraux américains en Afghanistan, de Stanley A. McChrystal, en passant par David H. Petraeus jusqu’à l’actuel commandant John R. Allen, c’est un mantra souvent répété que les Etats-Unis ne sortiront pas de l’Afghanistan par la force. Ils estiment que cette guerre, comme d’ailleurs la plupart des révoltes, ne peut être terminée que par des négociations.

Des représentants américains en arrivent maintenant à déclarer qu’ils ont continué à réduire leurs objectifs – afin de poser avec patience les bases pour des négociations de paix ultérieures, une fois que leurs troupes auront quitté le pays. Ils expriment l’espoir que les Taliban se trouveront alors face à une armée afghane plus capable de se défendre qu’ils ne l’auraient imaginé. Ils espèrent aussi que les Taliban se trouveront contraints, une fois les troupes de l’OTAN retirées, à conclure des négociations avec un gouvernement qu’ils tiennent aujourd’hui encore pour un gouvernement de marionnettes.

Auparavant, les Etats-Unis n’avaient pas encore renoncé à négocier. Ils ont décidé, le mois passé, de mettre en place un comité avec le Pakistan qui devrait examiner d’éventuels partenaires de négociations des Taliban, et selon certains fonctionnaires, actuels ou anciens, l’administration d’Obama réfléchit à relancer l’idée d’un échange de prisonniers avec les insurgés, en espérant que cela pourrait permettre de reprendre les négociations préliminaires qui avaient échoué en mars. Mais tout ceci sont des efforts à longue échéance.

A la fin de la présente saison de combats, les Taliban auront résisté à la plus grande manœuvre de guerre menée par la coalition contre eux. Un tiers des troupes américaines s’est retiré ce mois-ci et la plupart des 68 000 hommes restants en feront autant l’année prochaine. L’objectif est de garder qu’une petite troupe d’instructeurs et quelques unités spéciales jusque vers la fin de 2014.

Selon des fonctionnaires américains, c’est une stratégie risquée de vouloir faire participer le Pakistan à la recherche de contacts avec les Taliban. Il faut encore préciser les détails pour la nouvelle commission de vérification de la sécurité et « si nous dépendons en cela du Pakistan, c’est risqué. On ne sait jamais s’ils tiendront bons », déclare l’un des fonctionnaires.

Le déplacement des Etats-Unis dans un rôle assez marginal dans ces efforts de paix marque un nouveau recul de Washington par rapport aux visées primitives sur l’Afghanistan qui consistaient à augmenter les nombres de troupes et, en même temps, à augmenter les attaques nocturnes par des opérations de forces spéciales contre des commandants talibans pour obliger les Taliban à entamer des négociations qui permettraient de faciliter le retrait des troupes occidentales.

Pour un court moment, cette stratégie a semblé fonctionner. Des négociations préliminaires, soigneusement planifiées pendant toute l’année 2011, ont été entamées au début de cette année au Qatar dans le Golfe persique.

Toutefois ce fut l’échec lorsque l’administration Obama ne put, du fait d’une opposition interpartis à Washington, engager l’échange de prisonniers prévu, soit cinq chefs talibans, retenus à Guantánamo Bay à Cuba, contre le seul prisonnier américain en mains des rebelles, le sergent Bowe Bergdahl.

Cet échange aurait dû être un premier pas de rétablissement de confiance pour des négociations ultérieures sérieuses. Selon certains fonctionnaires actuels ou anciens, ces négociations ne seront – si l’administration Obama décide de les relancer – possibles qu’après les élections présidentielles, et cela ne laisserait probablement trop peu de temps pour conclure un accord avant 2014.

Selon Shamila N. Chaudhary, analyste pour l’Asie du Sud du « Eurasia Group » et directrice pour le Pakistan et l’Afghanistan au « National Security Council », il semblerait qu’à Washington « la tendance irait vers moins d’implication des Etats-Unis et plus d’engagement à long terme de l’Afghanistan. »

Les Américains espèrent toujours pouvoir exercer une influence en coulisse, mais sans savoir comment s’y prendre, toujours selon cette directrice qui pense, en plus, que « tout est situé dans un avenir trop lointain. »

Les Qataris sont toutefois toujours disposés à organiser ces entretiens et au Qatar un négociateur des Taliban a déclaré qu’on pourrait reprendre les négociations dans la mesure où l’échange de prisonniers aurait lieu et qu’on autoriserait les rebelles à ouvrir un bureau au Qatar, une activité déjà approuvée par les Américains.

Dans une interview accordée au NHK World TV japonais [service international de la radio/TV japonaise] le mois passé, Sohail Shaheen, négociateur des Taliban, a déclaré que si ces deux conditions « sont remplies et que les Etats-Unis entreprennent les pas nécessaires, les négociations continueront. Il n’y a pas d’autres obstacles. »

Matthew Rosenberg et Rod Nordland

Eric Schmitt a contribué à ce compte-rendu de Washington et Sangar Rahimi de Kaboul.

Article original : U.S. Abandoning Hopes for Taliban Peace Deal

Traduction : Horizons et débats

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