Pas de ferveur électorale malgré l’ampleur des enjeux


par Ramzy Baroud pour The Palestine Chronicle

Le 6 novembre à venir, les électeurs américains vont décider de prolonger le mandat d’Obama de quatre ans, ou de remettre à l’ancien gouverneur du Massachusetts le destin d’un pays qui a depuis longtemps franchi la ligne de la récession économique pour entrer dans le domaine de l’inconnu depuis la Grande Dépression de 1929. Romney, l’archétype de l’élite américaine avec ses gros moyens, son style de vie et son langage tant éloigné de l’Américain moyen fait de son mieux pour exploiter les échecs d’Obama à défaut de sauver l’économie actuellement en lambeaux, et en grande partie mise à mal. La reprise, malgré le battage médiatique, fait au mieux encore défaut. Avec un croissant et important déficit, et un emprunt gouvernementale incontournable, les perspectives d’avenir restent incertaines.

« La croissance économique n’a jamais été aussi faible depuis la reconstruction de l’après-guerre. Les dépenses des ménages n’ont jamais été aussi faibles. C’est l’unique fois où la croissance de l’emploi a été la plus lente », écrivait Paul Wiseman, dans le Huffington Post du 15 août. Ce sont ses conclusions basées sur une analyse minutieuse effectuée par l’Associated Press, qui a conclu que depuis 2009 la reprise du champion – Obama – a été la plus faible des dix récessions américaines depuis la Seconde Guerre mondiale.

La récession remonte à 2007-2008, et les théories abondent sur ce qui a déclenché la réaction en chaîne faisant reculer la croissance économique américaine et qui a coûté de nombreux emplois. Les Républicains omettent délibérément de rappeler les huit ans d’héritage de l’ancien président George W. Bush et les dépenses militaires massives.

Par ailleurs, les Démocrates focalisent leur stratégie en répartissant leurs messages de campagne entre économie (situant le délai de reprise possible selon l’optimisme des nouveaux indicateurs économiques positifs) et d’autres questions qui importent à de vastes secteurs de la société américaine, comme les soins de santé, l’avortement, l’immigration, les droits civils, et ainsi de suite. Avec l’économie poursuivant une logique impulsive, les deux partis sont toujours occupés à définir les problèmes qui se posent à leur nation, en laissant la tâche de concevoir des solutions, le cas échéant, à une date ultérieure.

Incontestablement c’est une très grande déception qui se fait ressentir chez de nombreux Américains. Il est loin « l’espoir et le changement », la ferveur de la campagne d’Obama lors des dernières élections. Les Démocrates n’ont plus de réponses sensationnelles à offrir, principalement sur la difficile et longue route à braver. Les Républicains semblent plus unis par leur propre aversion d’Obama que leur affinité pour Romney. L’absence chez ce dernier de cohérence, l’incapacité à former et à résolument défendre une vision cohérente, exprime clairement le désintérêt des 47 % d’électeurs américains (par fuite d’un enregistrement vidéo) qui peuvent difficilement reconnaître en lui le sauveur tant attendu.

De plus les Républicains, sont désorganisés et divisés entre conservateurs traditionnels, partisans du Tea Party, fanatiques religieux, guère prêts entre autres pour le tant convoité « lanslide »(raz de marée), audacieusement anticipé par Keith Edwards dans American Thinker (2 octobre).

L’importance de ces élections n’est guère renforcée par l’ampleur politique ou les aptitudes de ses principaux candidats, mais par la transition historique que les Etats-Unis sont en train de traverser, non seulement dans le domaine d’une économie dévastée, mais aussi dans sa position sur la scène internationale.

Le moment de la transition propre au Moyen-Orient – illustrée par les révolutions en cours, les troubles politiques et des guerres civiles – ne pouvait pas être plus difficile ou inopportune. Tout comme la politique étrangère américaine a décidé de reconsidérer la sagesse guerrière des néoconservateurs, les évènements d’une importance capitale dans tout le Moyen-orient font des ravages sur une retraite américaine déjà désordonnée. Incapable de radicalement changer sa vieille politique militante, l’administration Obama tente de résister à la tempête, au moins jusqu’à ce que les élections soient terminées.

Dans la tribune libre du Wall Street Journal datant du 1er octobre, Romney a rechargé avec l’espoir de contester les accusations croissantes qui voient son expertise en matière de politique étrangère déficiente et malavisée. « Notre pays semble être à la merci des évènements plutôt que de les mettre en forme », écrit-il, exigeant encore une fois l’action contre l’Iran, encore plus de soutien américain à Israël et une plus grande intervention en Syrie, en Libye et ailleurs. Son administration, a t-il dit, « encouragera la liberté et l’opportunité » pour remplacer l’extrémisme au Moyen-Orient.

Bien que certaines des différences réelles peuvent être soulignée entre les deux candidats sur diverses questions concernant le Moyen-Orient, les deux sont de fervents partisans d’Israël, à la fois sans relâche en lice pour le soutien du puissant lobby pro-israélien à Washington. Toutefois, Obama refuse de céder aux exigences israéliennes d’accord sur les « lignes rouges » et la quête nucléaire supposée de l’Iran. Romney exploite cette divergence au maximum.

Pour une fois, cependant, il y aura peu de pays du Moyen-Orient qui peuvent attendre le résultat des prochaines élections. La région semble muée par sa propre dynamique, en dépit des tentatives insistantes des États-Unis à intervenir ou de s’ingérer dans les « issues » des zones de conflit. Tout aussi important, peu importe qui va résider à la Maison Blanche, la faiblesse de l’économie et la crainte de s’empêtrer dans de nouvelles aventures militaires, vont probablement redéfinir l’avenir des relations des États-Unis dans la région.

Ramzy Baroud

Ramzy Baroud (ramzybaroud.net) est un chroniqueur international et le rédacteur en chef du site The Palestine Chronicle. Son dernier livre est « Father Was a Freedom Fighter: Gaza’s Untold ».

Article original : No Election Fervor, But Much at Stake

Tradution : MecanoBlog