L’intensification du conflit à Gaza menace de dégénérer en violence régionale


par Viktor Kotsev pour Asia Times Online

Les tirs continus entre Israël et Gaza, après une mystérieuse intrusion robotique dans l’espace aérien d’Israël attribuée au groupe militant libanais, le Hezbollah, fait apparaître un danger qui n’a pas reçu beaucoup d’attention – un conflit régional entre Israël et les groupes de Gaza et/ou le Hezbollah.

La série actuelle de tensions a éclaté lundi avec les tir de quelque 55 roquettes et de mortier dans le sud d’Israël, qui ont fait de lourds dégâts matériels, mais sans faire, jusqu’à présent, de victimes humaines. La veille au soir, une frappe aérienne israélienne dans la bande de Gaza a gravement blessé deux présumés agents du Djihad Mondial (dont l’un est mort des suites de ses blessures) et blessé plus ou moins légèrement un certain nombre de Palestiniens, dont cinq enfants.

Dans un signe particulièrement inquiétant, et contrairement aux autres escalades récentes de la tension, le Hamas, l’organisation militante qui domine à Gaza, a pris l’initiative des combats. Certains analystes soutiennent que ses tirs étaient une riposte symbolique à la frappe aérienne de dimanche et qu’il devait « sauver la face » par rapport aux autres groupes. Sous cet angle, il y existe un espoir d’une pause durable dans cette violence de lundi soir, mais les risques sont également importants, compte tenu, notamment, des récents développements.

Samedi dernier, l’armée de l’air israélienne a intercepté un petit hélicoptère sans pilote qui s’est introduit dans l’espacé aérien d’Israël, près de Gaza, et qui a survolé le sud d’Israël pendant quelque 30 minutes avant d’être abattu. Des rapports non confirmés laissent entendre que le Hamas menait un exerce militaire à peu près au même moment – ce qui a pu contribuer à la montée des tensions – mais les dirigeants israéliens ont accusé le Hezbollah, voire l’Iran lui-même, de cette incursion.

Si le drone avait décollé du nord, afin d’entrer en Israël en survolant Gaza, dans le sud, il lui aurait fallu faire un détour considérable par la Méditerranée. Selon les Israéliens, celui-ci a été fabriqué en Iran et était destiné à tester les défenses aériennes d’Israël. Parmi les questions les plus pressantes de la presse israélienne : se dirigeait-il vers le réacteur nucléaire de Dimona ?

Les experts font remarquer que cette opération était un projet très sophistiqué.

« Opérer un drone à distance depuis si loin nécessite des capacités avancées, dont Israël n’avait pas conscience de l’acquisition par le Hezbollah », a écrit l’analyste militaire israélien Ron Ben-Yishai. « Les drones du Hezbollah ont infiltré l’espace aérien d’Israël dans le passé, depuis le nord, mais leur activation ne nécessitait pas de système de navigation. Le véhicule aérien sans pilote [UAV – unmanned aerial vehicle, selon la classification américaine] qui s’est infiltré, samedi, était bien pourvu d’un tel système ».

Le site internet israélien d’analyse du renseignement, DEBKA File’s, connu pour lancer des rumeurs extravagantes aussi bien que des fuites légitimes, soutient que « l’armée de l’air et les renseignements israéliens ont livré une guerre cybernétique, ce samedi 6 octobre, contre des parties non identifiées, très probablement le Hezbollah ou l’Iran (.) pendant 30 minutes, alors que l’hélicoptère survolait le sud d’Israël, opérations prises en main tour à tour par les agents cybernétiques et des agents inconnus ». Ce compte-rendu n’a pu être vérifié.

En riposte à cet incident, Israël a activé une batterie supplémentaire de défense aérienne Patriot, près de la ville d’Haïfa, dans le nord, et des avions israéliens ont violé l’espace aérien libanais, simulant des attaques aériennes dans le sud.

L’armée israélienne a également riposté vigoureusement aux tirs de missiles de lundi par le Hamas, à l’aide de frappes aériennes, de tirs d’artillerie et de chars. Tandis qu’il a fallut énormément de vigilance pour protéger la vie des civils – malgré les cinq blessés rapportés – l’armée israélienne a envoyé un message puissant en se retenant de bombarder une mosquée. Nous pourrions interpréter cela comme une sorte d’ultimatum : des responsables israéliens ont récemment menacé d’une « riposte massive » à des tirs de barrage de grande envergure.

Ces incidents soulignent que la menace d’une guerre au Moyen-Orient ne s’est pas éloignée malgré la vague de reportages qui soutiennent qu’Israël s’abstiendra, cette année, de frapper le programme nucléaire iranien. Les éruptions sporadiques de troubles civils, la semaine dernière, dans la République islamique, lesquels, pense-t-on, auraient fait changer d’avis Israël, pourraient servir de déclenchement pour un conflit plus limité de ce type.

Etant donné les récentes frictions entre le Hamas et ses anciens protecteurs iraniens – qui a progressivement pris parti contre le président syrien Bachar el-Assad, allié clé du Hezbollah et de l’Iran, dans la guerre civile – l’Iran pourrait avoir intérêt à attirer les militants à Gaza dans une confrontation avec Israël. Se faisant, il punirait l’infidélité et ferait croître simultanément la véhémence contre Israël, tout en détournant l’attention de ses nombreux problèmes.

Ainsi que Ben-Yishai l’a fait remarquer, « [Le Hezbollah] voulait que ce drone entre en Israël près de Gaza, peut-être dans une tentative de faire accuser le Hamas, qui est actuellement considéré comme hostile aux éléments loyaux envers l’Iran ».

Compte tenu du fait qu’aucune violence significative n’a été rapportée lundi soir, il est possible qu’un tel scénario soit contré, mais cela dépend beaucoup des victimes occasionnées par tout incident supplémentaire. Les propres motivations d’Israël doivent être examinées. Tandis que la plupart des analystes sont d’accord sur le fait que l’Etat juif ne peut guère se permettre d’attirer une attention négative supplémentaire sous l’angle du soulèvement régional provoqué par le Printemps Arabe, il y a également certains arguments stratégiques qui militent en faveur d’une opération courte mais intense.

Par exemple, une campagne pour dégrader les capacités militaires du Hamas et du Hezbollah constituerait une frappe préventive limitée contre la sphère d’influence de l’Iran. En choisissant, l’un après l’autre, les atouts militaires iraniens, en particulier dans le cadre d’une justification légale pour le faire (comme l’autodéfense), Israël offrirait à l’Iran et à la Syrie un choix terrible : rester sur le banc de touche ou être accusés d’une guerre qui pourrait aisément impliquer les Etats-Unis. La Syrie, dont les troubles intérieurs sont nombreux, se contenterait probablement de choisir la première option.

Une telle escalade de la part des Israéliens, si elle se produit, ferait monter la pression sur le Président Obama mais ne les conduiraient probablement pas à être officiellement accusés d’interférer dans les élections américaines. Le conflit qui s’ensuivrait serait probablement de courte durée mais très violent. Il pourrait aussi devenir incontrôlé et y embraser tout le Moyen-Orient.

Viktor Kotsev

Article original : Gaza escalation threatens regional violence

Traduction : Jean-François Goulon pour Questions Critiques

Une réponse à “L’intensification du conflit à Gaza menace de dégénérer en violence régionale

  1. A vue de nez :

    le bloc sinorusse n’a pas les moyens ou ne se risquera pas à poser ses cojones sur la table. L’ascension économique de la chine et le savoir faire russe font que le temps joue en leur faveur. leurs intérêts majeurs ne sont pas affectés par cette crise. L’état-client syrien ne sera « que » soutenu indirectement

    Le bloc occidental n’a pas les moyens politiques et économiques de prendre les choses en main. In finé, tant que la sécurité d’israel semble assurée, pas de raisons de s’affoler : le choix entre un statut-quo (guerre civile/religieuse interminable) ou une issue victorieuse d’une des parties leur est objectivement insignifiant (d’un point de vue stratégique).

    Les lignes ont bougé : les anciennes puissances ont perdu leur hégémonie et les nouvelles n’ont pas encore vraiment émergé pour pouvoir intervenir efficacement dans des affaires qui ne relèvent pas de leurs intérêts vitaux.

    Malgré les tentatives de récupération, la lutte de libération syrienne est authentique : sur le long terme, ils ne peuvent pas « perdre ».
    Certes, le temps qui passe augmente le prix à payer : la ruine physique du pays et la mise en suspens du potentiel humain sont déja bien avancés. Mais leur liberté n’a pas de prix, les syriens finiront par l’obtenir si dieu veut.

    Pour l’heure, on peut se demander si le rôle qu’est appelé à jouer la syrie dans le renouveau de ce que l’on qualifie faute de mieux de « monde arabo-musulman » (mosaïque de + d’une centaine de peuples, en fait) n’est pas étranger à l’impasse dans laquelle ce grand pays se trouve : aucune des autres parties en jeu n’a vraiment intérêt, du point de vue stratégique encore une fois, de voir la syrie s’émanciper et prendre en main son devenir.

    ça a toujours été dur pour les peuples, surtout les fiers

    peace

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