Comment je suis devenu l’un des 99 %


par George Packer pour The New Yorker

Comme Ray Kachel, parti de Seattle avec 200 dollars en poche pour rejoindre le mouvement Occupy Wall Street à Manhattan, des centaines d’Américains ont investi Zuccotti Park pour crier leur colère face aux injustices économiques fin 2011. Récit.

Jusqu’à l’automne 2011, Ray Kachel avait vécu le plus clair de ses 53 ans à quelques kilomètres seulement de son lieu de naissance, à Seattle. Homme à tout faire, autodidacte, il travaillait dans l’informatique. Dans les années 1990, après la mort de ses parents, il s’était replié sur lui-même, ne gardant des liens qu’avec quelques amis. De petite taille, les cheveux courts, avec ses vêtements quelconques et ses manières réservées, il était du genre à ne pas se faire remarquer.

Quand la récession a frappé, les emplois dans le secteur des technologies ont commencé à se raréfier à Seattle. Après le décès du propriétaire de son principal client – une société pour laquelle il faisait de la customisation de DVD –, Kachel s’est retrouvé privé de tout contact professionnel. En mars 2011, il s’est aperçu qu’il arrivait au bout de ses économies. La bouche sèche, malade d’angoisse, il en a perdu l’appétit. Il s’est présenté à tous les postes qu’il a pu trouver dans son secteur, mais n’a décroché qu’une offre venant d’une société qui évalue les résultats de recherche sur Internet. Kachel a donc signé pour un boulot instable en tant qu’“agent indépendant à domicile”, mal payé, travaillant sur son iMac. Ce fut son dernier emploi. En septembre, il a payé son loyer en retard. Qu’y a-t-il de pire que de perdre son logement, s’est-il dit, dans sa ville natale en plus ? A l’automne, alors qu’il se disposait à quitter son appartement, il a appris sur Twitter que plusieurs centaines de manifestants avaient commencé à occuper une esplanade à Manhattan.

Parmi ses amis en ligne, aucun n’a pu lui expliquer l’origine exacte du mouvement, entamé le 17 septembre. Mais Occupy Wall Street, puisque tel était son nom, s’était lancé avec une telle spontanéité qu’il a rapidement drainé l’énergie d’une foule de gens issus de tous horizons. Son slogan, “Nous sommes les 99 %”, était aussi simple qu’habile, et suffisamment rassembleur pour donner à une multitude de personnes ayant vécu des expériences très diverses le sentiment d’être concernées.

Les manifestants de Zuccotti Park étaient exaspérés par des choses que Kachel pouvait comprendre pour les avoir vécues : l’injustice d’un système économique où riches et puissants aspirent l’énergie vitale de la classe moyenne. Il y avait longtemps déjà qu’il jetait un regard critique sur les grandes banques, les compagnies pétrolières, les multinationales qui ne payaient pas d’impôts. Il était particulièrement inquiet de la menace l’extraction de gaz naturel par fracturation hydraulique.

Il ne lui restait que 450 dollars. Un billet à bord d’un bus Greyhound à destination de New York en coûtait 250. Il n’était jamais allé plus loin que Dallas, mais New York, une ville si peuplée, si bariolée, était le théâtre d’un tel foisonnement culturel qu’il lui semblait pouvoir y gagner sa vie. S’il réussissait à s’y adapter, il y trouverait sûrement un endroit où subsister. Le dernier soir de septembre, il se coucha en se disant :

Oh, c’est complètement dingue, tu ne peux pas faire ça !”

Le lendemain, il avait les idées claires : “C’est exactement ce que je vais faire.” Le 3 octobre, sur un blog WordPress, il écrivait : “Vais prendre le bus pour NYC. Pas sûr que je revienne jamais à Seattle… J’ai un peu flippé, me suis demandé si je n’avais pas complètement perdu la boule. C’est bien possible. Mais ces moments-là passent vite, mon goût pour l’aventure reprend le dessus et me voilà plus près que jamais de prendre la route.” Il est parti avec pour tout bagage un petit sac de toile et un sac à dos, qui contenaient quelques vêtements de rechange, et un portable bon marché avec assez de mémoire pour envoyer et charger des tweets. Le 6 octobre, à 5 heures du matin, Kachel débarquait au Port Authority Bus Terminal, la gare routière de New York, à Manhattan. A 10 heures, il avait traversé le centre-ville pour rejoindre le mouvement.

Zuccotti Park – “place de la Liberté”, comme l’avaient baptisé ses occupants – s’étend sur un petit espace rectangulaire dans le quartier financier, à l’ombre des gratte-ciel, à l’est du site du World Trade Center. La municipalité avait interdit les tentes, et les manifestants devaient donc se contenter, pour dormir sur place, de bâches bleues étendues sur le granit. A l’extrémité ouest du parc, des djembés battaient un rythme incessant, de l’adrénaline pour les occupants et une nuisance pour les riverains. La zone des percussions, dite “le ghetto”, rassemblait des anarchistes purs et durs et des sans-abri de longue date, un monde à part. Le centre du parc était consacré à l’organisation improvisée du mouvement : la cuisine bâchée, où de la nourriture préparée à l’extérieur était apportée et servie à quiconque faisait la queue ; le poste de propreté, où les manifestants pouvaient récupérer des lingettes, des articles de toilette et des vêtements ; le site de recyclage, où ils transformaient les déchets alimentaires en compost et pédalaient à tour de rôle sur un vélo stationnaire pour produire de l’électricité ; la bibliothèque, où plusieurs milliers de livres étaient empilés sur des tables ; le studio en plein air, où des ordinateurs et des caméras diffusaient des images en direct de l’occupation vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

C’est à l’extrémité est du parc que s’opérait la jonction avec le public. Les manifestants, alignés en rang, agitaient des panneaux comme des vendeurs à la sauvette vantant leurs marchandises, des salariés profitant de leur pause déjeuner, des touristes et des badauds s’arrêtaient pour jeter un coup d’œil, prendre des photos, bavarder, débattre. Un vieil homme portant un veston et une casquette de golf brandissait un panneau : “Pour un capitalisme réglementé. Contre des inégalités scandaleuses. Recherche un grand programme de création d’emplois.” Un électricien syndiqué et casqué : “Occupez Wall Street. Faites-le pour vos gosses.” Une jeune femme en jeans : “Où est passé mon avenir ? La rapacité me l’a volé.”

La foule était compacte, les conversations s’entrecroisaient. Epuisé par sa traversée du pays, Kachel s’est senti dépassé par ce capharnaüm. Il n’a presque pas dormi, avec pour seule literie une couverture de survie en Mylar. Il s’est refermé sur lui-même, empaqueté dans sa polaire et son plastique, sur les marches, près du côté est du parc. Le lendemain, il a surpris une discussion entre jeunes occupants, assis à quelques pas de lui. Ils parlaient de lui comme s’il n’avait pas été là. “Il ne s’en sortira pas comme ça ici, a lancé l’un deux. Il ne prend pas soin de lui.” Ils avaient raison. Ses chaussettes et ses chaussures, trempées par une averse, étaient humides depuis plusieurs jours. Il a compris qu’il ne pourrait pas survivre seul dans le parc. Il devait s’intégrer à la communauté sans réserve, ce qu’il n’avait jamais fait jusque-là.Il s’est porté volontaire pour le nouveau groupe de travail sanitaire.

Pour ne pas se geler la nuit, il a passé des heures à balayer les sentiers et les trottoirs. Un autre occupant, le voyant travailler, lui a donné un sac de couchage et une bâche. Kachel a commencé à se faire des amis : Sean, un immigré irlandais du Bronx, qui faisait partie d’une équipe de nuit chargée d’appliquer un revêtement ignifugé sur de l’acier, et qui venait passer ses journées à Zuccotti ; un enseignant remplaçant diplômé de physique et sans domicile fixe ; Chris, un vagabond de Tarpon Springs, en Floride, tellement choqué par la vidéo, diffusée sur YouTube, d’un policier shootant des manifestantes en plein visage à la bombe lacrymogène qu’il a pris le train jusqu’à Manhattan pour venir défendre ces dames.

Kachel a vu un panneau clamant : “Non à la fracturation hydrauliqueUne fois ses corvées effectuées, il a passé quelques jours à discuter avec des inconnus sur le trottoir, sur le côté sud du parc. C’était un peu comme jouer un rôle, et il s’est aperçu qu’il était tout à fait disposé à s’exprimer. Il tweetait régulièrement, et a bientôt compté plus de 1 300 abonnés. Peut-être ses lecteurs étaient-ils attirés par l’humilité et l’objectivité de ses réflexions sur le mouvement. 22 octobre : “Suis surpris d’avoir un ange gardien, pas surpris qu’il soit un Irlandais bosseur et discret du Bronx.” 27 octobre : “On parle tt le tps de ‘violences policières’ cf ows [Occupy Wall Street]. 2 + semaines que je suis là, rien vu, rien entendu.” 13 novembre : “Vécu dans mon ancien appart à Seattle près de 10 ans et connaissais à peine 2 autres locataires.… vécu Liberty Square pdt tt juste 1 mois, parle souvent avec bcp de voisins et me suis fait bcp de nouveaux amis.”

Du coup, il ne s’est pas vraiment inquiété quand, par une nuit d’orage, son sac a été volé et son duvet a pris l’eau ; il n’a pas bronché non plus quand le lendemain matin des membres trop zélés du groupe de nettoyage ont jeté le reste de ses affaires, le laissant sans vêtements de rechange. Il est tout simplement allé voir ses nouveaux amis et a récupéré un sac de couchage sec. Parfaitement intégré au mouvement Occupy, il est comme chez lui à Liberty Square.

Russell Garofalo a 32 ans. Ce comptable de Brooklyn, originaire de l’Arizona, a lui aussi rejoint le mouvement. Issu de la classe moyenne, Russell Garofalo a vu, il y a dix ans, sa mère et son beau-père dégringoler de l’échelle sociale. Tout a commencé quand son beau-père a perdu son travail : l’entreprise d’informatique où il était ingénieur a fait faillite et il a été mis à la porte après onze ans de bons et loyaux services. Ses parents ont ensuite décidé de monter une petite affaire dans l’import mais sans succès. Pour garder leur maison, ils ont accepté de travailler à plus d’une heure de chez eux pour des salaires dérisoires ; ils gagnaient même moins que leur fils, qui, à l’époque, était serveur. “C’était la mort du rêve américain, un plongeon dans l’inconnu, sans filet. Mes parents n’étaient pourtant pas des marginaux. Et nous ne sommes même pas au bas de l’échelle.”

Garofalo est parti pour New York en 2005 afin de tenter sa chance dans le stand-up. Après une formation en comptabilité, il a commencé à remplir les feuilles d’impôts de ses amis qui étaient à leur compte. Ce travail lui a ouvert les yeux sur les inégalités de revenus. “Je suis tous les jours aux prises avec les difficultés des gens, le malheur n’est pas une chose abstraite, je peux même le chiffrer, dit-il. 10 000 dollars de dettes par exemple, c’est un bon départ. Ou des centaines de milliers.” Cette année, son travail lui a rapporté 30 000 dollars. Et pourtant il ne peut toujours pas se payer de couverture santé – la réforme de la santé d’Obama n’a encore rien changé pour lui –, et l’idée que la maladie pourrait mettre sa famille en péril est une chose qui le met hors de lui.

Plus il se familiarisait avec l’argent et la politique, plus il avait ce sentiment persistant de n’être qu’un pion sur l’échiquier. Mais il ne savait pas comment l’exprimer. Il a beau avoir été, comme ceux de sa génération, déçu par Obama, Garofalo estime que ce n’est pas une si mauvaise chose car cette déception leur a permis de comprendre qu’il fallait se prendre en main. Pour certains, les réformes lancées par Obama – la couverture santé, la réforme des cartes de crédit ou encore la régulation financière – auraient pu résoudre les difficultés du pays. Mais le gouvernement démocrate n’a pas réussi à canaliser la colère des Américains ni à relancer l’économie.

Le mouvement Occupy Wall Street n’a donc pas eu beaucoup de mal à allumer la mèche. Du jour au lendemain, on a pu enfin évoquer en public et à peu de frais les problèmes du pays : les liaisons dangereuses entre l’argent et la politique, les inégalités de revenus, la rapacité des grosses entreprises ; autant de sujets qui préoccupaient les Américains sans qu’ils sachent comment les exprimer. Et grâce à ce slogan implacable, “Nous sommes les 99 %”, ce mécontentement diffus a enfin pris corps.

Le blog We are the 99 percent réunit des photos d’anonymes qui brandissent une feuille où ils évoquent en quelques mots leur situation. Le 17 novembre 2011, un internaute a écrit sur une feuille qui lui dissimulait le visage : “J’ai fait tout ce qu’on m’avait dit pour réussir. J’ai toujours eu les meilleures notes au lycée. Je suis allé à la fac et j’ai obtenu mon diplôme. Aujourd’hui, je ne peux plus payer le remboursement de mon prêt étudiant et je n’arrive pas à trouver du travail. Je vais bientôt être expulsé de mon appartement et je n’ai nulle part où aller. J’ai 42 dollars sur mon compte en banque. JE FAIS PARTIE DES 99 %.”

Ces témoignages ont autant de force que les meilleures pages de Steinbeck. Mais surtout ils permettent de mieux comprendre l’écho rencontré par Occupy Wall Street dans tout le pays. Selon Dylan Byers, du site Politico, le nombre d’occurrences dans les médias de l’expression “inégalité de revenus” a été multiplié par cinq après le début de l’occupation. En ce sens, Occupy Wall Street a déjà atteint son objectif. Car il ne faut pas s’attendre à ce que ce mouvement protéiforme devienne une machine politique capable d’entreprendre des réformes et de remporter des élections. C’est à quelqu’un d’autre de prendre le relais. Fin octobre, la municipalité a arrêté d’appliquer la loi contre le camping sauvage. Et Kachel, qui vient d’hériter d’un sac de couchage contre les grands froids et d’une petite tente, n’attend pas pour s’installer.

Il a pris l’habitude de se lever tôt chaque matin pour voir le soleil se lever sur l’East River et de se balader dans le Lower East Side et Chinatown avant de rentrer à Zuccotti Park. L’absence d’intimité du parc commence à lui peser mais, tant que la cantine continue à servir des repas gratuits, il ne s’inquiète pas de ne plus avoir que quelques dollars en poche. Peu après, une nuit, il est réveillé par des éclats de voix. Les lumières du parc ont été éteintes et des projecteurs braquent leurs faisceaux lumineux sur les tentes. Après avoir enfilé ses chaussures, Kachel sort de sa tente et voit un policier à quelques mètres de lui. Des haut-parleurs ont été installés pour ordonner aux manifestants de quitter les lieux : Zuccotti Park va être fermé pour raisons d’hygiène et de sécurité. Kachel démonte sa tente, empaquette ses affaires et lève le camp.

Il est à peine arrivé à Broadway qu’une vague de policiers envahit le parc, saccageant tout sur son passage. Les rues de Lower Manhattan se remplissent de gens furieux qui hurlent leur colère aux policiers en tenue antiémeute. Des véhicules de police, des fourgons pénitentiaires et même une pelleteuse investissent le quartier et les faisceaux lumineux des hélicoptères balaient les rues. Le quartier de la finance est devenu une zone militarisée. Kachel n’a plus qu’une idée en tête : prendre la fuite. Empruntant son itinéraire matinal, ses maigres effets serrés contre lui, il passe devant la Réserve fédérale, devant le siège de la Chase Manhattan Bank (où il a toujours 42 cents sur un compte qu’il avait ouvert chez Washington Mutual avant qu’elle n’implose et ne soit rachetée par la Chase), devant la tour AIG, et emprunte le tunnel sous la route à trois voies vers l’East River. Fuyant le tumulte, il trouve un coin tranquille près du pont de Brooklyn et s’assoit sur un banc pour tweeter : “Suis à mon endroit préféré du matin, un peu plus tôt que prévu. Ne fais plus vraiment partie du mouvement : j’ai laissé tomber mes camarades.” Les hélicoptères sillonnent le ciel au-dessus de sa tête, mais il est bien caché. Kachel s’enquiert anxieusement sur Twitter d’un nouveau point de ralliement mais, à 4 heures du matin, personne ne sait encore où les manifestants vont pouvoir se retrouver et la batterie de son portable commence à donner des signes de fatigue. Il est décidé à retrouver ses camarades et à relancer ce mouvement qui lui a tant apporté sur le plan humain. Mais pour l’instant il n’est plus qu’un simple SDF à New York.

George Packer

Article original : All the angry people

10 réponses à “Comment je suis devenu l’un des 99 %

  1. moi je crois jamais (enfin ça reste une opinion) à ces mouvements dont on ne sait jamais l’origine (comme les anynoumous d’ailleurs ces derniers me rappellent le film Hackers) … je crois qu’un tel mouvement n’a été lancé que par le gouvernement lui même pour en faire une sorte d’exercice en terrain réel pour leurs gardes (flic, agent infiltré, service de renseignement) et ceci avant le vrai désordre qui va certainement pas tarder

    • Sans être un « complotiste »,, il est vrai que des mouvements de ce genre ne sont jamais spontanés. Il y a toujours une organisation et des organisateurs. Le tout est de savoir quels sont les organisateurs et quels sont les buts réels poursuivis.

    • J’ai participé à quelques rassemblements des Indignés. Un tiers était des SDF, un second tiers était des alcoolos et toxicomanes, le dernier était un mélange d’antimondialistes, altermondialistes, anarchistes, New Age, etc..

      D’accord, les complots existent mais il ne faut pas voir des complots partout. Organiser un tel mouvement pour former des agents à la gestion des foules, c’est tiré par les cheveux. De plus, il existe des dizaines de formations de ce type que les forces de l’ordre emploient pour leurs futurs agents. Il ne faut pas confondre avec les agents infiltrés dans les manifestations qui poussent les casseurs à se faire connaître/griller pour être plus facilement arrêtés.

      • peut être je me suis fait mal comprendre, loin des complots, d’ailleurs si on veut en parler, tout ce qui paraissait une sorte de complot hier se confirme sous nos yeux aujourd’hui … je vois que l’empire ricain arrive à son agonie comme tout empire précédent, (d’ailleurs il fallait s’y attendre), avec sa politique ultralibéralisme, il s’est tiré une balle dans les pieds pour pas dire dans la tête (sans parler aussi des mains occultes qui œuvrent dans les coulisses), et pour son cas je ne vois que deux issues : soit renoncer à tous ses projets hégémoniques et procéder à des réformes politiques et sociales comme le suggérer paul Ron et ça je crois que ça serait une mission impossible vu les corrompus qui pullulent ; soit déclencher un conflit mondial vu qu’il tient beaucoup au monde unipolaire, parce que je ne crois qu’il survive dans un monde multipolaire où son influence n’aura aucun effet .

        • Même dans un monde multipolaire (qui peut devenir polycentriste), il y a de fortes probabilités que les Etats-Unis restent la première superpuissance. Son influence aura certes baissé (comme c’est déjà le cas) et Washington ne pourra plus agir à sa guise n’importe où, n’importe quand.

      • @ Bao
        Les manifs et les rassemblements ne sont composées, pour l’essentiel que du tout venant. C’est justement cela sa force. Mais pour que cette masse populaire puisse se former, il faut obligatoirement une initiation organisée. Pour qu’un peuple descende spontanément dans la rue, il faut un évènement particulièrement exceptionnel et c’est rarissime. Le recul historique nous montre, après analyse, qu’il n’y a jamais eu de spotanéité de ce genre. Une fois lancés, ces mouvements entrainent un suivisme automatique de tous ceux qui s’y reconnaissent qui, le plus souvent, n’ont aucune conscience de l’organisation initiatrice.
        C’est la raison pour laquelle les sociétés fortement policées arrivent à bien gérer ces mouvements en contrôlant à l’avance les « meneurs » perturbateurs qui sont souvent déjà fichés.

        • Il est vrai qu’il faut s’interroger sur le caractère de spontanéité de certains rassemblements et manifestations. Bien gérer ces mouvements, oui. Cependant, je rajouterais qu’il existe une certaine peur palpable (comme le cas à Marseille avec 60 CRS et un hélico pour un seul manifestant). J’en ai été témoin lorsqu’une manifestation des Indignés a été interdite de suivre son itinéraire initial et que les manifestants ont du dévier pour se réunir ailleurs. Ce qui m’a permis de discuter avec un agent de la Sûreté d’Etat (services secrets de l’intérieur belges) qui n’était pas vraiment à l’aise et avait été appelé en renfort de peur que cela déborde à cause de l’éventuelle arrivée de nouveaux individus pouvant être des perturbateurs.

  2. Je crois que ces mouvements sont naturellement nés d’un mécontentement global. Effectivement, le phénomène d’accrétion de la masse populaire commence à se faire autour des Anarchistes, et autres marginaux sociaux, autour de ceux qu’on devrait peut-être regarder maintenant comme des sages ou des visionnaires plutôt que comme les fous ou les sociopathes qu’on nous a toujours décrits.

    Le fait est également que les pouvoirs en place ont tout intérêt à canaliser de tels mouvements; cependant, le mécontentement grandit dans chaque couche de notre société, et ses 99% de population qui voit la vie se compliquer, et ce, de façon exponentielle. Il suffit d’écouter nos collègues de travail; certes, beaucoup restent des moutons qui, même en parlant des faits, réfutent la possibilité d’un retour ou d’une lutte, mais évoquent cependant le problème.

    Je travaille dans ce qu’on peut appeler une multinationale. Sa structure même, sans parler d’intentions, est préjudiciable à la qualité de vie humaine. La recherche de performance, de gains, entraîne inéluctablement des licenciements. Pour que le 1% d’en haut soit encore un tout petit peu plus riche, des centaines, des milliers de personnes seront considérablement plus pauvres.

    C’est la tendance, dans le vieux continent comme dans le nouveau monde. En Asie, la tendance, elle, est inverse, si j’en crois ce que j’en lis.
    Pourtant, dans l’ensemble du monde, c’est le retour – ou l’arrivée – du fascisme et de l’ère de la sécurité.

    Big Brother, sans doute ce qu’on pourrait nommer métaphoriquement l’antéchrist, est en train de naître. Les 99% doivent agir, et vite, s’ils veulent écarter le risque d’un dictat mondial, basé sur la seule valeur de l’Or, et non pas du sang… Mais pour agir, il faudrait déjà pouvoir comprendre.

    Les journalistes doivent se réveiller… et faire le travail en lequel ils avaient foi en se rendant à l’école de journalisme… et pas se plier à la politique de leur entreprise, qui est, comme celle de toute les autres, de se maintenir à flot, et d’accumuler de l’argent pour les actionnaires.

    Les Dormeurs doivent se réveiller.

  3. … et l’Humanité sortir de son « cocoon » , avant que l’espèce ne s’installe, suffisante et résignée , dans son 3° âge … prélude à son extinction !…
    Sinon, le « grand pas » d’Armstrong sera aussi le dernier !…

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