La Sale Guerre des terres rares (documentaire)


Les métaux rares issus des terres rares sont devenus un enjeu stratégique majeur, car ils sont indispensables au développement des produits technologiques. La demande a explosé cette dernière décennie. Aujourd’hui, la Chine, qui en possède la plus grande réserve mondiale, a restreint ses exportations. Est-ce que les métaux rares seront l’arme économique du XXIe siècle ? Est-ce que l’Afghanistan et ses minerais stratégiques était une autre raison officieuse de la guerre ? De même que pour un autre Grand Jeu, celui en Arctique, où les hydrocarbures ne sont pas les seuls objets de convoitise.

Cérium, terbium, samarium, gadolinium, ces métaux demeurent méconnus du grand public. Pourtant, ils sont présents dans les écrans, les téléphones et jusque dans les billets de banque. Communément appelés « terres rares », ces métaux sont l’objet de luttes économiques âpres. De plus, leur extraction a des conséquences dévastatrices pour l’environnement. Les dernières mines des Etats-Unis ont fermé, laissant la Chine en situation de monopole. Face à la demande croissante, on estime que dans cinq ans, la Chine ne pourra plus répondre à ses propres besoins en terres rares. Maintes opérations de prospection ont lieu : il y aurait des gisements en Afrique du Sud, en Australie, au Canada, au fond des mers et sur la Lune.

Trois questions à Guillaume Pitron, réalisateur de « La Sale Guerre des terres rares ».

Il est possible que vous n’ayez jamais entendu parler des « terres rares », ces métaux indispensables à la fabrication de nos téléphones, de nos ordinateurs, de nos éoliennes et autres produits high-tech. Hautement stratégique, leur exploitation suscite pourtant de très vives tensions internationales. Car, comme le montre « La Sale Guerre des terres rares », une remarquable enquête de Guillaume Pitron  – coréalisée avec Serge Turquier  –, la Chine en a acquis le monopole. Et elle en tire parti…

Pourquoi ce monopole de la Chine, alors que de grandes puissances comme les Etats-Unis disposent d’importantes réserves enfouies dans leur sol ?

Guillaume Pitron : Les Américains ont longtemps pensé que ces métaux seraient disponibles en abondance et pas chers. Ils n’avaient pas vraiment conscience que le monde est fini, que les ressources ne sont pas inépuisables. Ils n’imaginaient pas non plus que la Chine utiliserait ce marché des matières premières comme une arme politique, modifiant le volume et le prix des exportations à sa guise. Par ailleurs, l’extraction et le raffinage sont des opérations extrêmement polluantes : il faut séparer les terres rares de l’uranium et du thorium, des minerais par nature radio­actifs. Ces opérations étant difficilement compatibles avec les normes environnementales occidentales, ils ont laissé le sale boulot aux Chinois ! Qui le paient au prix fort : des zones entières contaminées par les rejets toxiques.

Votre film ne parle guère de l’Europe ?

Guillaume Pitron : Parce qu’elle n’a pas voix au chapitre. Elle ne possède pas de mines, la bataille ne se situe donc pas sur son sol. La France dépend pourtant fortement de ces minerais. Certes, moins que le Japon, où l’industrie high-tech est un secteur majeur, mais tout de même, sans terres rares, pas d’Airbus ni de voiture électrique Renault. La Chine est en mesure de menacer gravement notre économie.

Pourquoi cette « sale guerre » ne fait-elle pas davantage la une des journaux ?

Guillaume Pitron : Les enjeux liés aux métaux stratégiques au sens large, du tungstène à l’acier, sont bien connus des scientifiques et des économistes. Ils tirent la sonnette d’alarme depuis vingt ans. Ça n’a guère intéressé les politiques et les journalistes jusqu’au coup de tonnerre de septembre 2010, lorsque la Chine a stoppé net ses exportations de terres rares vers le Japon [pour protester contre l’arraisonnement d’un bateau de pêche par des garde-côtes japonais, NDLR]. Brusquement, le monde a pris conscience que la dématérialisation a beau être en marche, nos économies ont un besoin vital de ces matières premières que sont les terres rares.

3 réponses à “La Sale Guerre des terres rares (documentaire)

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  3. Votre blog demeure véritablement réussi ! Cet article m’a surpris sur beaucoup de choses sur le recyclage et la pollution et surtout sur l’environnement en general.

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