Bahreïn : un cri dans la nuit (documentaire)


Ce n’est pas parce que les médias ne parlent plus de la révolution de l’ex 14e province de l’Iran : le Bahreïn qu’il n’y a plus de révolution. Bien au contraire, cette révolution arabe ne s’est jamais interrompue. Mais les liens très étroits avec les gérontocrates moyen-âgeux du Golfe et les enjeux stratégiques comme la base de la Cinquième Flotte de l’U.S. Navy à proximité du détroit d’Ormuz sont tels qu’il est préférable pour les politiques occidentales de ne pas témoigner d’une quelconque position, ou plutôt il convient d’user d’une vieille recette qui marchera toujours, celle du deux poids deux mesures.

 

En mai 2011, le président Barack H. Obama s’était exprimé sur les changements au Moyen-Orient liés au Printemps arabe. Il avait notamment déclaré à propos du Bahreïn :

« Le Bahreïn est un partenaire de longue date et nous avons pris des engagements pour sa sécurité. Nous reconnaissons que l’Iran a essayé de tirer parti des troubles là-bas et que le gouvernement bahreïni a un intérêt légitime dans la séparation constitutionnelle de la justice et du pouvoir.

Néanmoins, nous avons insisté, à la fois publiquement et en privé, pour dire que les arrestations massives et la force brutale sont contraires aux droits universels des citoyens bahreïnis, et nous continueront de le faire – et de telles mesures ne créeront pas les raisons légitimes pour faire disparaître la réforme. La seule manière d’avancer est que le gouvernement et l’opposition engagent le dialogue. Et il ne peut y avoir de réel dialogue lorsque des composantes de l’opposition pacifique sont en prison. [Applaudissements] Le gouvernement doit créer les conditions du dialogue et l’opposition doit participer à l’élaboration d’un avenir juste pour tous les Bahreïnis. »

Et la réprimande s’est arrêtée là, à ce discours. D’autres pays n’ont pas eu ce luxe. Pourquoi le Bahreïn n’est pas la Syrie ? Pour décoder le casse-tête d’Obama au Bahreïn et comprendre une partie de la réalité de la situation, il faut aller plus en profondeur et s’étendre non seulement sur les questions politico-religieuses et celles économiques et stratégiques indispensables à la politique étrangère américaine, en prenant en compte la relation entre les États-Unis et le Conseil de coopération du Golfe (CCG).

Lors de l’entrevue avec Adam Hanieh pour Real News, l’universitaire spécialisé en économie politique du Moyen-Orient et l’auteur de « Capitalism and Class in the Gulf Arab States », a déclaré :

« [i]l me semble crucial de situer la politique américaine, la politique étrangère des Etats-Unis au Moyen-Orient via la relation USA-CCG. Malheureusement, c’est un élèment souvent oublié lorsque l’on parle du Moyen-Orient en général, et particulièrement des soulèvements en Égypte et Tunisie, ceux-ci ne peuvent être compris, je pense, sans les replacer dans le contexte de la politique américaine envers le CCG. Le CCG est le cœur du capitalisme au Moyen-Orient. C’est le premier lieu d’accumulation. C’est aussi le lien avec le marché global. Et la politique étrangère américaine, pas juste des États-Unis, de l’Europe et d’autres États, perçoit sa relation au Moyen-Orient via les yeux du CCG. Évidemment cela a rapport aux vastes réserves de pétrole de la région. Mais cela a aussi rapport au poids financier du CCG. On peut voir que le CCG est un investisseur majeur dans l’économie globale. Pour toutes ces raisons les Etats-Unis, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, et particulièrement dans la période post 1970, lorsqu’ils sont devenus la puissance dominante au Moyen-Orient, a vraiment mis l’emphase sur une force militaire et une alliance politique avec le CCG, comme coeur de sa politique moyen-orientale. Comme vous l’avez mentionné, les Etats-Unis ont leur 5e flotte basée à Bahreïn. Mais il y a aussi le CentCom, le QG de CentCom, qui pour l’essentiel coordonne les politiques militaires américaines dans 27 Etats voisins, incluant l’Asie Centrale, l’Afghanistan et l’Irak. Le QG du CentCom est au Qatar. »

Après le documentaire « Bahreïn, plongée dans un pays interdit », chronique d’une révolution politique réduite au silence. Un documentaire sur le soulèvement populaire, filmé de l’intérieur par les journalistes d’Al-Jazeera, seule télévision présente sur place. Abandonnée par les pays arabes et ignorée par l’Occident, cette révolution commence dans l’espoir pour se terminer dans le carnage, malgré le courage des manifestants réunis sur la mythique place de la Perle.