Résurrection de Ground Zero


par Pepe Escobar pour Asia Times Online

Dans le génial Cosmopolis de David Cronenberg, basé sur le roman homonyme de Don DeLillo, le jeune milliardaire Eric Packer traverse lentement New York dans sa limousine blanche, trônant sur sa banquette en cuir avec écrans intégrés.

Il ne ressent… rien; il absorbe essentiellement l’inertie de ce monde. À l’extérieur de sa chambre insonorisée, c’est le chaos total, comprenant des activistes lançant des rats dans des restaurants chic et la menace pesante d’apocalypse imminente.

C’est le monde en mutation, ou qui s’englouti, un ultra-capitalisme dématérialisé, un monde en crise dirigé par la violence, et avec la violence comme unique possibilité d’horizon. A l’image de cette marchande d’art libidineuse (Juliette Binoche) qui dit à Packer: « C’est le cyber-capital qui crée l’avenir. »

Une marche funèbre, une nuit new-yorkaise à Ground Zero qui offre un contexte supplémentaire à Cosmopolis. C’est là que notre modernité post-apocalyptique a commencé, il y a 11 ans – et où le cyber-capital crée toujours un peu moins l’avenir. Comme le montre Cosmopolis, le turbo-capitalisme n’est pas seulement en crise; le turbo-capitalisme, pour faire court, EST la crise.

Ground Zero reste une vision effrayante au plus profond de la nuit. Il y a le mémorial. Il y a la nouvelle tour de verre inachevée. Et là les trous béants de Ground Zero aussi démesurés que le récit officiel.

Cette semaine, 11 ans après le 9/11, le sujet de conversation (de crise) en vogue est un « héros » de la Navy SEALs négociant son anonymat pour une bonne vieille poignée de dollars, qui dit les choses telles qu’elles sont – « les choses » étant la disparition de « Geronimo » alias Oussama ben Laden, le cerveau présumé du 9/11, tout un cirque organisé sous forme de célébration de la « traduction en justice. » [1]

Pourtant, l’élimination de « Geronimo » n’a apporté aucune réponse, ce qu’il a engendré, c’est d’avoir balancer un lot de vérités dérangeantes au fond de la mer d’Arabie. Il y a plus de trois ans, l’indispensable Sibel Deniz Edmonds a certifié comment Oussama était « l’un de nos bâtards » jusqu’au 9/11. [2] Et Richard Behan avait précédemment livré une déconstruction succincte de la route du 9/11 dénonçant une fois de plus le sophisme de « la guerre contre le terrorisme. » [3]

Lorsque j’ai interviewé le Lion du Panjshir, Ahmad Shah Massoud, à la fin du mois d’août 2001 – deux semaines seulement avant son assassinat le 9 septembre, le feu vert pour le 9/11 – il était convaincu que les Etats-Unis n’envahiraient pas l’Afghanistan pour capturer « Geronimo. » (Voir Massoud: de guerrier à homme d’Etat, Asie Times Online, 12 septembre 2001.)

Ce que Massoud n’a pas su à ce moment-là, c’était ce qui avait eu lieu le 2 août à Islamabad, lorsque la négociatrice du Département d’État américain Christine Rocca a pour la dernière fois réitéré à l’ambassadeur taliban au Pakistan Abdul Salam Zaeef en des termes on ne peut plus clairs : « vous acceptez notre offre d’une couverture d’or, ou nous vous enterrons sous un tapis de bombes. » L’offre concernait le Pipelineistan – des droits de transit « en or » pour les Taliban pour la construction par Unocal du pipeline TAP « Turkménistan-Afghanistan-Pakistan. »

Pourtant même avant l’offre finale de Rocca, – en juillet à la réunion du Groupe des Huit à Gênes, en Italie – l’administration Bush avait déjà secrètement informé les Européens, le Pakistan et l’Inde, que Washington commencerait à bombarder l’Afghanistan en octobre. C’était plusieurs semaines avant que les néocons qui chérissent tant « Pearl Harbor » soit expédié par la Providence sous forme du 9/11.

Une dose de combattants de la liberté

Onze ans plus tard, les sténographes proverbiaux de l’Empire font maintenant l’exaltante promotion… d’Al-Qaïda (que s’est-il passé ?). L’administration de Barack Obama – la mise au placard de la terminologie « guerre contre le terrorisme » et de ses méthodes orwelliennes – travaille en collaboration avec le Groupe de Combat Islamique Libyen lié à Al-Qaïda pour renverser Mouammar Kadhafi en Libye, et, côte à côte, la Maison des Saoud pour soutenir un chapelet de djihadistes salafistes de la variété d’Al-Qaïda pour renverser le régime de Bachar al-Assad en Syrie. [4]

Nous nous souvenons tous des moudjahidins sur la photo au côte de Ronald Reagan, ils ont été vénérés comme des « combattants de la liberté ». Le blowback était inévitable en Afghanistan, comme il le sera en Libye, en Afrique du Nord, en Syrie et au Moyen-Orient.

En attendant, toutes ces questions innombrables resteront sans réponse. Parmi elles :

  • Pourquoi « Geronimo » n’a jamais été officiellement inculpé par le FBI en tant que responsable du 9/11 ? Comment se peut-il que les 19 prétendus auteurs des attentats musulmans ont été identifiés en moins de 72 heures – sans même une enquête sur les lieux du crime ?
  • Qui a subtilisé les huit boîtes noires indestructibles sur les quatre vols le 9/11 ? Comment se fait-il que tous les systèmes de défense élaborés du Pentagone aient été mis hors service ? Pourquoi la DC Air National Guard de Washington était AWOL (« absente sans permission officielle ») ?
  • Comment se fait-il qu’un grand nombre d’architectes et d’ingénieurs réputés sont catégoriques sur le fait que la version officielle ne suffit pas à expliquer le plus grand effondrement d’une structure dans l’histoire (les Tours Jumelles), ainsi que l’effondrement du WTC 7, qui n’a même pas été frappé par un avion ?
  • Pourquoi est-ce que le maire de New York Rudolph Giuliani a instantanément autoriser l’expédition des décombres du World Trade Center en Chine et en Inde pour le recyclage ?
  • Pourquoi a-t-on retrouvé des débris métalliques trouvé à pas moins de huit miles du site du crash de l’avion qui s’est écrasé en Pennsylvanie – suggérant que l’avion a peut-être été abattu sous les ordres de Dick Cheney ?
  • Qui de l’intérieur de l’ISI a transféré 100 000 dollars à Mohammed Atta, à l’été 2001 – sous les ordres du lieutenant Ahmad lui-même à la tête de l’ISI, comme les services secrets indiens le soutiennent ? Est-ce que Omar Sheikh était véritablement un agent de l’ISI, le spécialiste des technologies de l’information d’Oussama ben Laden qui a ensuite organisé l’assassinat du journaliste Daniel Pearl à Karachi ? Est-ce que le renseignement pakistanais a été directement impliqué dans 9/11 ?
  • Et « Geronimo » a-t-il été admis à l’hôpital américain de Dubaï le 4 juillet 2001, au départ de Quetta, au Pakistan ou il séjourna pour un traitement jusqu’au 11 juillet ?

Nous ne le saurons jamais. Et « Geronimo » garde le silence. Ce que nous savons vraiment c’est que ce cyber-capital crée l’avenir; et que « la guerre contre le terrorisme » fut – est – une escroquerie monumentale; et les élites de Washington ne pouvaient pas moins se soucier d’une bande d’enturbannés; c’est l’Empire du Millieu qui les remplit de l’effroi.

Pepe Escobar

Notes

1. Voir la vidéo de CBSNews ici.

2. Voir Daily Kos ici.

3. Voir « Masterpiece of Propaganda » ici.

4. Voir Syria’s eerie parallel to 1980s Afghanistan, by David Ignatious, Washington Post, September 6, 2012.

Article original : Ground Zero redux

Traduction : MecanoBlog

Une réponse à “Résurrection de Ground Zero

  1. Boomerang : les US paieront le prix fort des impostures de leurs dirigeants : tout le monde n’est pas capable de prendre la Bastille, surtout ces foies-jaunes de wasp !…

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