Romney veut en finir avec la « politique du reset »


par Alexandre Artemiev et Olga Kouzmenkova pour Gazeta

Dans l’hypothèse où le candidat républicain l’emporterait le 6 novembre, la politique de relative ouverture pratiquée par Obama vis à vis de la Russie serait condamnée. Syrie, Iran, Géorgie : les sujets de tension et de conflits entre les deux pays reviendront au premier plan.

En mars, le vainqueur de la primaire républicaine avait fait de retentissantes déclarations, affirmant que la Russie était l’ennemi géopolitique numéro un des Etats-Unis. Cela n’était pas simplement destiné à séduire les conservateurs américains, c’était un véritable credo de politique étrangère. Le jour de son investiture officielle comme candidat, à la Convention nationale républicaine, les conseillers de Mitt Romney dans ce domaine, à l’invitation de la fondation conservatrice Foreign Policy Initiative, se sont réunis pour une table ronde au cours de laquelle ils ont vertement critiqué Moscou. Richard Williamson a ainsi affirmé : « La Russie est un ennemi géopolitique considérable. Le gouverneur Romney en a conscience. Mais cela ne signifie pas qu’ils (les Russes) représentent aujourd’hui la même menace militaire qu’autrefois ».

La Russie a été désignée comme ennemi il y a cinq mois, lorsque les conservateurs ont tenté de déclencher un scandale autour d’un échange entre Barack Obama et Dmitri Medvedev, qui était alors encore président de la Russie. Un micro ouvert, que les deux hommes n’avaient pas remarqué, avait capté une phrase du président américain promettant qu’après le scrutin de novembre il aurait une plus grande marge de manœuvre concernant le bouclier anti-missiles. Romney avait aussitôt réagi sur CNN, avant d’insister encore plus lourdement en juin : « Le pays qui nous contrecarre sans cesse à l’ONU, c’est la Russie. C’est elle notre adversaire géopolitique, et je pense qu’il est clair qu’elle continue à mener une politique contraire aux intérêts de notre Etat ».

Obama accusé de faiblesse face à Moscou

Williamson, qui fut assistant au Secrétariat d’Etat du temps de Ronald Reagan, dirige l’équipe des conseillers en politique étrangère. Comme l’a relevé The New Republic, Williamson n’a que peu de chances d’accéder à une quelconque fonction dans une éventuelle administration Romney, mais pendant cette campagne, c’est lui qui l’aide à « arrondir les angles de ses déclarations les plus saillantes ». Toutefois, dans ce cas précis, il a décidé de ne pas atténuer les propos de son patron.

Un autre des conseillers de Romney, Pierre-Richard Prosper, qui avait travaillé au Département d’Etat sous Bush junior, va dans le même sens : la Russie, sous le nouveau mandat de Vladimir Poutine, s’est positionnée comme adversaire de l’Occident, et en premier lieu des Etats-Unis. Si Romney l’emporte, ce sera la fin du reset [perezagrouzka en russe, politique de « redémarrage » des relations sur de nouvelles bases], une politique que Barack Obama avait initiée en 2009. Romney entrera en conflit avec Moscou, entre autres au sujet de la Syrie, de la Géorgie [Moscou soutient et a reconnu les deux territoires sécessionnistes de Géorgie, l’Abkhazie et l’Ossétie du sud] et de l’Iran.

La politique extérieure d’Obama a depuis l’origine été attaquée par Romney et les républicains au Congrès. Ce qui les a irrités plus que tout, ce sont les accords conclus entre nos deux pays dans le domaine de l’endiguement stratégique. Si la ratification du Traité de réduction des armes offensives stratégiques a tant bien que mal passé l’épreuve du Congrès, les nouveaux projets d’Obama visant à créer un système de défense anti-missiles continuent à faire l’objet de critiques. Les républicains ont été indignés par le rejet des projets négociés sous les mandats de Bush junior sur le déploiement des éléments terrestres d’un bouclier anti-missiles en Europe, en République tchèque et en Pologne, et la création, à la place, d’un mécanisme européen de défense anti-missiles, en une approche adaptative échelonnée [jusqu’en 2020], avec des radars et des intercepteurs basés en mer et équipés du système Aegis. Les républicains ont vu là une défaite dans le grand jeu contre Moscou, car aucune concession du Kremlin n’a été obtenue en échange.

Une équipe très influencée par les néoconservateurs

En octobre dernier, Romney exhortait ainsi l’administration : « Nous devons revenir en arrière, au moment où nous avons renoncé aux projets de déploiement du bouclier en Europe orientale. Je ne l’aurais pas fait, mais puisque c’est déjà acté, il (Obama) aurait dû obtenir en contrepartie une concession extrêmement importante en matière de politique étrangère, or ça n’a pas été le casToute la politique d’Obama pourrait se résumer par la formule ‘nous offrons, la Russie prend’ », a-t-il répété lorsqu’on lui a reproché ses propos acerbes du mois de mars.

En politique étrangère, l’équipe Romney est très influencée par les néoconservateurs, qui n’ont aucune intention de prendre des gants avec la Russie, la Chine ou les pays arabes, et sont prêts à revenir à l’esprit de Bush junior. Romney va critiquer Moscou pour les atteintes aux droits de l’homme, promettent ses conseillers, évoquant entre autres un soutien à la loi sur la « liste Magnitski* ».

« Le reset a été un échec, a résumé Williamson. Ils (les Russes) ont étouffé la société civile, foulé aux pieds les droits de l’homme, se sont opposés à un grand nombre de nos intérêts. Nous devons remettre à zéro cette politique de remise a zéro, qui a failli ». Prosper l’a appuyé : « La Russie se qualifie de démocratie, mais ne se comporte pas comme telle. Quelle est la dernière fois où vous avez vu la Russie se placer du côté de la paix ? Et du côté de l’humanité ? »

Les conservateurs soutiennent ainsi l’adoption de la « loi Magnitski » qui interdira l’accès des Etats-Unis aux responsables russes liés à la mort du juriste du fonds Hermitage Capital, et gèlerait leurs actifs aux Etats-Unis. Ils proposent en échange une abolition de l’amendement Jackson-Vanik, qui restreint les échanges commerciaux [en vigueur depuis 1974, il n’est plus appliqué depuis 1989, mais toujours pas aboli]. Le programme de politique étrangère des républicains dit ainsi que « la Russie doit bénéficier du régime de nation la plus favorisée, à la condition que soient prises des sanctions à l’encontre des personnalités officielles russes qui ont usé de leur fonctions pour enfreindre les droits de l’homme ».

Alexandre Artemiev et Olga Kouzmenkova

Note

* Sergueï Magnitski était un fiscaliste russe qui travaillait à Moscou pour le fonds d’investissement américain Hermitage capital, qui avait pris des participations dans des sociétés russes. Il est mort dans des circonstances très suspectes en novembre 2009, à 37 ans, dans une prison de Moscou où il attendait son procès depuis près d’une année ; il était accusé de fraude, alors qu’il avait lui-même accusé des personnalités russes de corruption et détournement de fonds.

Article original : Ромни прощается с « перезагрузкой »

Traduction : Courrier international

5 réponses à “Romney veut en finir avec la « politique du reset »

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  2. De plus il est Mormon et les USA qui vivent déjà dans une théocratie ultra-chrétienne va savoir ce que c’est que vivre à leur niveau. De toute façon c’est bonnet blanc et blanc bonnet les jeux sont faits hélas …Le monde devient de plus en plus dangereux.

  3. Le journal Foreign Policy a récemment fait remarquer que même si Romney avait voulu poursuivre la tradition d’une vice-présidence portée sur la « politique étrangère », il n’aurait pas eu le choix. Les « As » de ce domaine quittent progressivement le monde de la politique pour laisser leur place à un nouveau genre d’acteurs politiques.

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