Morsi propose une solution à la crise syrienne


par M. K. Bhadrakumar pour Indian Punchline

Hier pour Asia Times j’ai écrit que, dans les affaires politiques musulmanes tel que lors d’un évènement comme la réunion au sommet de l’OCI, qui s’est tenue à Djeddah pendant la crise syrienne, invariablement les sous-titres s’avèrent plus importants que la narrative.

Dans la présente affaire la narrative est bien rodée, bien propagée par les médias occidentaux (surtout américains) et elle déteint inévitablement sur les discours des Indiens, à savoir, comment le sommet de l’OCI à Djeddah relèverait le défi, de la « guerre froide » saudi-iranienne.

Mais le diable se cache dans le détail. L’objet de toutes les attentions était l’attitude adoptée par le président égyptien Mohammad Morsi (appartenant à l’organisation des Frères Musulmans) au sommet de l’OCI. Trois raisons pourraient être citées à cet effet.

  1. Ce fut la première intervention de Morsi sur la scène internationale et le fait qu’un dirigeant élu dans une démocratie islamiste du Moyen-Orient soit intervenu à la tribune de l’OCI est devenu alors un moment fort.
  2. L’Egypte, avait jusqu’à présent évité de prendre position sur la situation syrienne et l’adoption d’une position officielle égyptienne sur la crise syrienne revêt une importance particulière quant aux gages de développements, étant donné la volonté sans ambiguïté de ce pays de reprendre le leadership du monde arabe – en somme, l’Egypte pourrait être un allié ou un adversaire pour l’Arabie saoudite.
  3. Les Frères Musulmans, font face à un dilemme. Ils sont arrivés au pouvoir en surfant sur la vague d’un « changement de régime », néanmoins, ils sont conscients que les Frères Musulmans en Syrie ont des caractéristiques bien singulières comme leurs relations secrètes avec les puissances occidentales et la Turquie (et certains disent même avec le renseignement israélien) comme allait en témoigner la création de milices et le recours à la violence afin de forcer la « chute du régime » à Damas. Les Frères Musulmans d’Egypte ont, au contraire, soutenu la voie non-violente dans leur marche vers le pouvoir à travers des décennies de traversées de désert politique.

Évidemment, il y a une lutte intense afin d’influencer les Frères Musulmans d’Egypte. Ainsi, la décision étonnante du Qatar d’attribuer le joli montant de deux milliards de dollars à l’Egypte afin d’aider Morsi à faire face à la crise économique ne serait pas seulement le fait d’un soudain élan de générosité.

Bon nombre d’observateurs peuvent voir que le Qatar a créé un effet de levier au Caire au moment où l’influence saoudienne et américaine est confrontée à des incertitudes. Curieusement, l’élan de générosité du Qatar envers l’Egypte a coïncidé avec le sommet de l’OCI à Djeddah.

Dans ce cas, Morsi a été à la hauteur de la situation. La narrative, retiendra qu’il a appelé à une transition en Egypte. « Il est temps pour le régime syrien de quitter le pouvoir », dixit Morsi. Jusqu’ici tout va bien. Les médias occidentaux on applaudi des deux mains. Mais alors vinrent les sous-titres. Morsi a appelé à une voie non-violente. Dans l’immédiat, il a appelé à un cessez-le feu pendant le Ramadan. De surcroît, il sollicitait une solution islamique.

Puis vint la bombe. Morsi a proposé qu’un groupe de contact,de discussions et de réconciliation, soit formé pour résoudre la crise syrienne par des moyens pacifiques. Et, je vous prie, qui formerait ce groupe ? Il a souligné l’Arabie Saoudite, l’Egypte, la Turquie et l’Iran.

En un mot, Morsi a rejeté la stratagème de « changement de régime » en Syrie par les États-Unis alliés de la Turquie, de l’Arabie Saoudite et du Qatar (et d’Israël, dans l’ombre employée aux opérations secrètes). L’ensemble des mesures que prône, Morsi ressemble à s’y méprendre à celle que propose l’Iran.

Pas étonnant, que Téhéran soit infiniment satisfait. Contrairement, au silence assourdissant d’Ankara, Riyad et Doha, Téhéran a vivement accueilli la proposition de Morsi. Les Saoudiens sont perturbés par la trajectoire indépendante du Caire en matière de politique étrangère qui a sans doute plus de points communs avec Téhéran que le cap choisi par les États du CCG. La Turquie se sent découragée par le fait que la nouvelle Egypte ne soit pas exactement d’humeur à se rallier à la direction dite islamiste incarnée par le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan.

En effet, nous pouvons anticiper qu’une période très favorable attend les Frères musulmans d’Égypte afin de donner l’impulsion de leur révolution. Nous nous approchons lentement d’une réponse à la question qui a suscité de nombreuses angoisses aux parties concernées (Washington, Tel-Aviv, Riyad) : Est-ce que la nouvelle Egypte sera axée sur l’Arabie Saoudite ou Téhéran ?

La réponse cristallise les attentes : Morsi se propose de suivre la voie du milieu. En fait, c’est exactement ce que sa dernière décision suggère, quand à sa participation au sommet du Mouvement des non-alignés à Téheran (lire Téhéran s’adresse à l’Egypte de Morsi).

Donc, il est temps de passer à la question suivante : A qui la voie du milieu de Morsi (et des Frères Musulmans) serait-elle la plus profitable – l’Arabie saoudite ou l’Iran ? Je ne remporterai pas la mise avec une réponse. C’est l’Iran, Crétin ! Tout ce qu’a toujours espéré Téhéran tout au long de ces 34 dernières années, depuis la révolution islamique a toujours été la considération sur un même pied d’égalité dans la région arabe. Et l’Egypte est prête à reconnaître, que cette aspiration est tout à fait légitime.

M. K. Bhadrakumar

Article original : Morsi gives solution to Syrian crisis

Traduction : E. de R. pour le MecanoBlog

Une réponse à “Morsi propose une solution à la crise syrienne

  1. la solution est dans les mains de l’ibrahimi on doit le soutenir .

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