La préoccupation de Washington grandit à propos de l’aide à Al-Qaïda en Syrie


par Philippe Grasset pour Dedefensa et John Glaser pour Antiwar.com

Commentaire de la rédaction

Dedefensa nous a interpellés hier soir avec les extraits repris de l’article de John Glaser pour Antiwar.com. Nous reproduisons pour vous l’analyse de Dedefensa ainsi que la traduction entière de l’article de John Glaser. Les informations que rapportent les officiels du renseignement états-unien vont dans le même sens que ceux rapportés par le renseignement allemand lors d’une séance parlementaire, à savoir Al-Qaïda est partout en Syrie.

La question à se poser est donc si nous sommes devant un remake de l’« Opération Cyclone » ? Connaissant les évènements qui se sont produits par la suite, jusqu’aux guerres d’Afghanistan et d’Irak, le renseignement états-unien a de très bonnes raisons d’être préoccupé par l’ampleur que prend Al-Qaïda en Syrie. Washington s’est déjà brûlé les doigts dans le passé, et il semble que l’histoire se répète.

En se montrant alarmiste, les conséquences les plus graves pourraient être l’embrassement général du Moyen-Orient, et, par extension, leur perte sur les ressources stratégiques. Mais n’étant pas géographiquement dans la région, c’est Israël qui pourrait bien faire les frais d’un hypothétique conflit confessionnel entre sunnites et chiites, sans parler de toutes les autres minorités.

Toutefois, pour empêcher que se développe le fameux « croissant chiite » d’Iran au Liban en passant par l’Irak et la Syrie, Washington et sa périphérie de gendarmes peuvent ne pas avoir d’autre stratégie à long terme sous la main. Reste encore les nombreuses zones d’ombre tels que l’Egypte des Frères Musulmans, la Turquie avec la question kurde et le Kurdistan.

Al-Qaïda forme déjà un quart de la rébellion en Syrie

Il commence à se dire beaucoup, dans la presse-Système US, qu’al Qaïda tient une place de plus importante dans la “rébellion” en Syrie. L’estimation, communiquée par le parlementaire républicain Mike Rogers, est qu’un quart des 300 groupes qui forment la rébellion évoluent “officiellement” sous le contrôle complet d’al Qaïda et formé exclusivement de militants d’al Qaïda, et que l’expansion de cette présence est en constante accélération avec le flot d’al Qaïda venu d’Irak. Qui plus est, comme s’en réjouissait encore récemment un expert du Council of Foreign Relations, les combattants d’al Qaïda sont de très loin les plus efficaces et ne cessent d’affirmer leur position en éliminant ou en marginalisant les autres groupes. Cette expansion s’est établie dans un laps de temps d’à peu près 4-6 mois, si bien qu’à ce rythme, et si les évènements se poursuivent tels qu’on les voit, al Qaïda sera proche d’être majoritaire dans la rébellion à la fin de l’année.

John Glaser, d’Antiwar.com, relève dans la presse US les principales informations à ce propos, ce 14 août 2012.

D’anciens combattants en Irak et en Afghanistan utilisent leur expérience en Syrie, avec le soutien des États-Unis.

Bien que la présence d’Al-Qaïda combattant aux côtés de Etats-Unis en soutien aux rebelles de Syrie soit reconnue depuis un certain temps maintenant, les responsables du renseignement américain sont de plus en plus préoccupés par la croissance spectaculaire du groupe terroriste au sein de l’opposition syrienne.

« Al-Qaïda s’est avancé en Syrie bien au-delà des foyers d’activité isolées et développe maintenant un réseau de cellules bien organisées, d’après des officiels du renseignement américain, ils craignent que les terroristes soient sur le point d’établir un axe semblable à celui de l’Irak et qui s’avérerait difficile à vaincre si les rebelles évinçaient le président Bashar el-Assad », rapporte l’Associated Press.

Le fait que les officiels du renseignement parlent de plus en plus à la presse, bien que sous couvert d’anonymat, de l’appui à Al-Qaïda en Syrie montre la préoccupation de plus en plus croissante à Washington envers une politique aussi insensée.

Les Etats-Unis ont envoyé une aide « non létale », tel que des équipements de communication et assistances au renseignement, aux milices rebelles en Syrie, tandis que la CIA facilitait la livraison d’armes en provenance du Golfe comme l’Arabie Saoudite et le Qatar.

Selon une estimation du renseignement américain, un quart des groupes rebelles, 300 en Syrie seraient des combattants sous la bannière d’Al-Qaïda, d’après Mike Rogers, le président de la commission du renseignement de la Chambre des Représentants. Mais ces chiffres sont de plus en plus remis en cause, chaque jour de nouveaux combattants se joignent à l’organisation.

« La CIA exerce en principe un « processus de filtrage » pour éviter de voir l’aide tomber entre les mains d’extrémistes islamiques, mais le processus est composé de personnalités discutables, et de diverses sources externes, les officiels du renseignement ont récemment déclaré au « Washington Post » et au « Los Angeles Times » qu’en vérité les Etats-Unis ne savaient pas qui obtenait l’argent et les armes.

Ce qui semble rendre les raisons et ambitions politiques envers le changement de régime en Syrie plutôt singulières, une grande lessive dans le sens littéraire du terme qui fait que les États-Unis soutiennent ceux qu’il ont combattu dans ses derniers deux-guerres. Les responsables du renseignement ont déclaré à l’AP que « des anciens combattants de l’insurrection en Irak employant leur expérience dans la fabrication de bombes avaient réalisé plus de deux dizaines d’attaques jusqu’à présent », tandis que « d’autres se servent de leur expérience en Afghanistan pour la coordination de petites unités de combattants et afin d’attirer de nouveaux adeptes. »

Le plus intéressant dans ces nouvelles est sans aucun doute le fait que la CIA commence à activer publiquement ses sources diverses dans la presse-Système, d’une façon non dissimulée, pour avertir du danger majeur que constitue al Qaïda et que des parlementaires des commissions secrètes du Congrès rendent publics des détails significatifs. (Mike Rogers, qui est le président de la commission du renseignement de la Chambre des Représentants, a donné ces précisions chiffrées sur al Qaïda sans aucun doute avec l’accord de la direction de la CIA et du Director of National Intelligence.) La probabilité la plus acceptable est bien que l’administration Obama ne s’opposerait pas à cette action d’information indirecte et officieuse, et même qu’elle la favoriserait. Cela signifierait alors qu’elle voudrait rendre publique l’évaluation du danger que représente al Qaïda, éventuellement pour disposer d’arguments soi-disant “objectifs”, ne venant pas en apparence de sa propre évolution politique et donc écartant les critiques de “mollesse” contre le candidat Obama, pour écarter des idées d’engagement US en Syrie d’une façon plus accentuée. Par ailleurs, il est très loin d’être évident que tous les républicains suivent une ligne belliciste à cet égard. L’intervention de Rogers (un républicain) montre que cette préoccupation concernant al Qaïda touche aussi bien les républicains.

D’autre part, l’activisme du département d’État (Hillary Clinton, l’ambassadrice Rice à l’ONU) semblerait aller contre cette appréciation, ou bien il s’agit essentiellement d’un activisme de communication. Reste le fait de quelques décisions, ou annonce de décisions factuelles, comme celle de la livraison de missiles sol-air portables type Stinger, qui constitue une démarche semblant aller contre le courant décrit ci-dessus. Diverses analyses peuvent être proposées, comme l’une d’annonce-bidon, une autre de livraisons très réduites à des groupes parfaitement identifiés (mais avec le risque que ces armes parviennent finalement à des groupes al Qaïda), etc. ; reste aussi le fait de l’annonce d’une décision de principe, dont il n’est pas assuré que le Pentagone, qui contrôle les livraisons d’armement, l’exécute. Enfin, l’analyse générale selon laquelle il y a absence de coordination ou concurrence entre les bureaucraties et les grands ministères et agences, qui rencontre toujours une réalité à un moment ou l’autre dans le système de l’américanisme, peut être finalement retenue comme une option sérieuse.

D’une façon générale, on observera donc que le grand courant de déstabilisation de la crise syrienne commence à toucher également la Grande République et sa vaste communauté de la sécurité nationale. En cela, la crise syrienne est plus que jamais un membre très actif de la crise haute

Article original : Official Concern Grows Over Aiding al-Qaeda to Victory in Syria

Traduction : E. de R. pour le MecanoBlog

Source : Dedefensa

 

2 réponses à “La préoccupation de Washington grandit à propos de l’aide à Al-Qaïda en Syrie

  1. LA CIA a crée al qaida ! Depuis le début c’est Zigbniew Brzezinski qui a formé les djihaistes contre les russes en Afghanistan. Et depuis ils tirent les ficelles de tous les mouvements, contras, escadrons de la morts un peu partout dans le monde. Les USA mettent des milliards au service de la guerre totale, partout dans le monde au service de la logique du PNAC et du remodèlement du moyen-orient en vue d’agrandir Israel. Israel qui veux partir du sinai à la mésopotamie en passant donc sur le Liban, la Syrie, l’egypte. Ils craignent la démographie des pays arabes voisins. Pour eux c’est vital de s’agrandir au dépends des autres pays.

Les commentaires sont fermés.