Néocons contre « Printemps arabe » : retour sur le sentier de la guerre


par Ramzy Baroud pour The Palestine Chronicle

Maintenant la Syrie promet d’ouvrir la voie à un retour total des néoconservateurs sur le champ de bataille du Moyen-Orient.

Les néoconservateurs sont de retour avec une volonté de vengeance. Tandis que des soulèvements populaires en Tunisie, en Égypte, au Yémen et dans d’autres pays arabes les ont brièvement mis hors piste dans la région, l’intervention occidentale en Libye a marqué une nouvelle opportunité. Maintenant la Syrie promet d’ouvrir la voie à un retour total des néoconservateurs sur le champ de bataille du Moyen-Orient.

« Washington doit cesser de sous-contracter la politique syrienne aux Turcs, aux Saoudiens et aux Qataris. Ils participent clairement à l’effort anti-Assad mais les Etats-unis ne peuvent tolérer que la Syrie devienne un état mandataire pour une autre puissance régionale » écrivait Danielle Pletka, vice présidente des Etudes de politiques étrangères et de défense à l’American Enterprise Institute (Washington Post, 20 juillet 2012).

Comme beaucoup de ses pairs néoconservateurs des think-tanks pro-israéliens, Pletka devrait être un nom familier aux journalistes arabes, qui sont bien conscients du niveau de destruction provoqué au Moyen-Orient dans la foulée des politiques néoconservatrices. Mais ces noms tristement célèbres sont pourtant rarement évoqués dans les comptes-rendus sur la situation en Syrie – comme si les principales puissances responsables de la redéfinition des cartes géopolitiques de la région étaient subitement insignifiantes.

Pletka était la principale partisane d’Ahmad Chalabi, l’Irakien ex-exilé qu’elle décrivit un jour comme « un  associé fidèle de la CIA, acteur-clé dans un coup malchanceux pour renverser  Saddam Hussein » dans les années ’90 (L.A.Times, 4 juin 2004). Chalabi a dirigé le Congrès National Irakien, qui fut faussement désigné comme une authentique initiative nationale irakienne. Finalement les membres du Conseil, composé surtout d’Irakiens en exil ayant des liens avec la CIA et d’autres services de renseignement occidentaux, réussirent à balancer le pendule dans leur sens, et l’Irak fut détruit.

Bien que la destruction d’un pays arabe ne soit pas une question morale en ce qui concerne les néoconservateurs, le chaos et la violence ultérieure qui ont suivi la guerre lancée par les États-Unis en 2003, ont interdit aux « intellectuels » pro-guerre de promouvoir leurs idées avec le même langage que naguère. Il fallait réinventer.

Des organisations discréditées furent fermées et de nouvelles créées à la hâte. L’une de ces plate-formes était l’Initiative de Politique Étrangère, fondée par des néoconservateurs qui reformulèrent habilement les vieux slogans. Matt Duss, écrivait dans ThinkProgress.org au sujet de la conférence inaugurale de l’Initiative de Politique Étrangère sur l’Afghanistan en mars 2009 : « J’ai été frappé par le peu de sujets de controverse abordés » écrit-il. « Et c’est vraiment ça, l’idée – dans le sillage de la débâcle irakienne dont les néoconservateurs sont à juste titre tenus pour responsables, il ne serait tout simplement pas rentable de battre les tambours de guerre pour le maximalisme militaire américain. Il faut être un peu plus astucieux que ça. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que ces gars sont astucieux ».

Astucieux, en effet, puisque les néoconservateurs tentent maintenant de louvoyer dans leur version du jeu final en Syrie. Leurs efforts sont extrêmement ciblés et bien coordonnés, faisant un usage impressionnant de leurs liens directs avec le lobby israélien, les principaux médias US et les dirigeants syriens en exil. Ils sont présentés comme des « experts en politique étrangère », alors que leur expertise se limite simplement à leur capacité à détruire et refaire des pays selon leur convenance – et même cette capacité est complètement mise en échec.

Dans CNN Online, Elise Labott rend compte d’une offensive néoconservatrice pour augmenter l’engagement américain en Syrie : « Mercredi 1er août, des experts en politique étrangère ont pressé l’administration Obama d’accroître son soutien à l’opposition armée ». Ces « experts » incluaient : Andrew Tabler du Washington Institute for Near East Policy (WINEP), un autre canal pro-israélien à Washington. Il a été fondé en 1985 comme département de recherche pour l’influent groupe de lobbying israélien AIPAC, mais depuis il a réussi à se rebaptiser comme organisation américaine intéressée à faire progresser « une compréhension équilibrée et réaliste des intérêts américains au Moyen-Orient ».

Obama sous la pression des « experts » néoconservateurs

Obama, est bien sûr sous la pression des « experts ». Selon CNN, il a « signé un ordre secret faisant référence à une ’découverte’ du Renseignement, permettant un soutien clandestin par la CIA et d’autres agences ».

Mais les néoconservateurs en veulent davantage. Le bain de sang en Syrie a dévasté non seulement la société syrienne, mais il a aussi marqué l’arrêt, dans les sociétés arabes, des campagnes en faveur d’une démocratie selon leurs propres conditions.

Le conflit prolongé en Syrie et l’implication de différents acteurs régionaux font qu’il est impossible aux néoconservateurs de rester cachés derrière leurs nouvelles appellations et de dissimuler le fait qu’ils préparent doucement leur retour. Pour eux, c’est maintenant ou jamais.

Le 31 juillet, l’AIPAC écrivait à tous les membres du Congrès, les pressant de signer un projet de loi présenté par Ileana Ros-Lehtinen et Howard Berman. Intitulé « La réduction de la menace iranienne et l’Acte pour les droits humains en Syrie (HR.1905, » ce projet, s’il passe, « établira un état de guerre virtuel avec l’Iran », selon le Conseil pour l’intérêt national. La conviction des vieux néoconservateurs arguant d’un lien inéluctable entre la Syrie, l’Iran et leurs alliés dans la région est maintenant exploitée au maximum.

Quelques jours plus tôt, le 27 juillet, 56 éminents « experts conservateurs en politique étrangère » avaient pressé Obama d’intervenir directement en Syrie. « Si les États-Unis n’agissent pas les premiers, soit individuellement, soit de concert avec des nations de même inspiration, des milliers d’autres civils syriens vont sans doute mourir, et la guerre civile émergente en Syrie attisera probablement d’autres instabilités au Moyen-Orient ».

Le timing de la lettre organisé en partie par l’Initiative de Politique Étrangère, ne devait rien au hasard. Elle a été publiée la veille de la première réunion du groupe de contact « Amis de la Syrie » en Tunisie, ce qui suggère qu’elle visait à aider à définir l’ordre du jour américain relatif à la Syrie. Parmi les signatures des noms familiers associés à l’histoire de la guerre irakienne : Paul Bremer, Elizabeth Cheney, Eric Edelman, William Kristol, et bien sûr Danielle Pletka.

En l’absence d’une stratégie claire concernant la Syrie, les néoconservateurs toujours organisés semblent être les seuls à avoir un projet clair, quoique désastreux. Dans son article du Washington Post, Pletka argumente en faveur d’une intervention, enjambant pays, peuples, sectes et groupes de tous types comme si le Moyen-Orient n’était qu’un échiquier gouverné par des ambitions délirantes mais persistantes. Dans un seul paragraphe, elle mentionne l’Iran, le Hezbollah, les Gardiens de la Révolution iranienne, des terroristes cherchant à déstabiliser l’Irak, « le gouvernement fantoche à Beyrouth » et « les groupes terroristes palestiniens voués à a destruction d’Israël ».

Ce n’en est pas moins cette sorte d’« expertise » qui a gouverné la politique étrangère US au Moyen-Orient pendant près de deux décennies. A présent que le bref répit s’achève, les néoconservateurs sont de retour avec leurs cartes géographiques délirantes, leurs visions sinistres et une recette infaillible pour un conflit sans fin.

Ramzy Baroud

Article original : Neocons vs. the ‘Arab Spring’: Back on the Warpath

Traduction : Marie Meert pour Info-Palestine

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