À la recherche de la nouvelle star (djihadiste)


par Pepe Escobar pour Asia Times

Djihadistes du monde, unissez-vous, vous n’avez rien à perdre que votre trac. Après la Bosnie, la Tchétchénie et l’Afghanistan, l’Occident est tombé amoureux de vous tous une fois de plus – un grand moment.

Et si toute preuve supplémentaire était nécessaire, la voilà – directement de la bouche de l’establishment états-unien, incarné par le Council of Foreign Relations (CFR). [1]

Comment il est charmant d’apprendre que « les bataillons de l’Armée Syrienne Libre (ASL) sont fatigués, divisés, chaotiques, et inefficaces. Abandonnés par l’Occident, les forces rebelles sont de plus en plus démoralisées… Al-Qaïda, cependant, peut aider à améliorer le moral. L’afflux de jihadistes apporte la discipline, la ferveur religieuse, l’expérience du combat de l’Irak, le financement des sympathisants sunnites dans le Golfe, et surtout, des conséquences mortelles. En bref, l’ASL a besoin aujourd’hui d’Al-Qaïda. »

Maintenant, nous allons réécrire ce qui précède et le placer au milieu des années 2000, en Mésopotamie. « La résistance sunnite irakienne est fatiguée, divisée, chaotique et inefficace. Se sentant abandonné par le monde arabe, les forces rebelles sont de plus en plus démoralisées dans leur lutte contre l’armée la plus puissante de l’histoire. Al-Qaïda, cependant, peut améliorer le moral. L’afflux de djihadistes apporte la discipline, la ferveur religieuse, l’expérience du combat de tous les coins du monde musulman, le financement de sympathisants sunnites dans le Golfe, et surtout, des conséquences mortelles. En bref, le résistance sunnite irakienne contre l’occupation américaine a besoin aujourd’hui d’Al-Qaïda. »

Imaginez les hurlements d’horreur à travers l’Occident si quelqu’un avait proposé cela il y a quelques années. Comment est-il humainement possible de soutenir des « terristes* » ?

C’est simple : aussi longtemps que ces « terristes » sont « nos bâtards. »

Le messager de « terro », dans ce cas le CFR, est un Ed Husain, décrit comme « un membre senior pour les études du Moyen-Orient » au CFR. Avant de se mettre en place le premier think tank de contre-terrorisme en Grande-Bretagne, il était « un militant de la Jamat-e-Islami, Hizb ut-Tahrir (HT), et d’organisations écrans des Frères Musulmans au Royaume-Uni ». Mais grâce à Allah, il se repentit, et est devenu « un critique sévère de l’extrémisme et l’islamisme ».

La Syrie prouve une fois de plus que l’Occident aime les transfuges. Pourtant, notre transfuge islamiste prend soin de couvrir ses arrières, en ajoutant, « le calcul tacite entre les décideurs politiques doit être d’abord de se débarrasser d’Assad en premier – affaiblissant la position de l’Iran dans la région – et de négocier ensuite avec Al-Qaïda plus tard. »

Évidemment, notre transfuge – qui parle arabe et est « familier » avec l’ourdou – doit croire que le « blowback » est un film porno (en fait, il est également). Même les nourrissons savent qu’après le djihad afghan des années 1980 les États-Unis, l’Arabie saoudite et le Pakistan ont obtenu leur changement de régime à Kaboul. Ils ont également obtenu les Taliban, Oussama ben Laden, Ayman al-Zawahiri et un « terro » mondial.

Maintenant, j’ai une raison d’être patient.

La Syrie est aujourd’hui l’ultime version du morceau « Holiday in the Sun » (le remix djihadiste) des Sex Pistols; un aimant pour les Libyens, les Jordaniens, les Saoudiens, les Algériens, les Tchétchènes, les Af-pakis, et même les Britanniques aux forts accents londoniens. [2]

Ils se battent aux côtés des islamistes syriens comme cet Abou Bakr, qui vient d’avoir ses 15 minutes de gloire sur Reuters. [3]

Interrogé sur ses plans futurs, Abou Bakr a admis : « Je ne veux pas imposer dans l’immédiat la charia et commencer à couper les mains des gens qui ont volé. Je crois en la charia. Mais si nous l’imposons à la population, nous allons créer la peur. Nous devons rassurer les minorités que nous les traiterons bien. »

Le mot clé ici est bien sûr « dans l’immédiat. » D’abord, nous nous débarrassons du sanguinaire dictateur et de son régime maléfique. Nous nous gardons de couper les mains et décapiter les infidèles alaouites, chrétiens, druzes et les Kurdes pour plus tard.

Composant la farce d’une ASL totalement infiltrée par des djihadistes, et dans le cas de nombreux gangs ou brigades, dominant en réalité tout cela, les médias occidentaux ne se préoccupent pas des prisonniers dénonçant la présence de la CIA sur le terrain en train d’exécuter le travail innocent de séparer le blé ASL de l’ivraie djihadiste, arbitrant plutôt sur qui reçoit les valises pleines de dollars américains.

Croyants, prenez note : les armes de destruction massive de Saddam Hussein sont à présent en vente sur Ebay.

Apparemment, personne n’a rien raconté à la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton – auteure de la célèbre phrase « Nous sommes venus, nous l’avons vu, il est mort » (lorsqu’elle a été mise au courant de la mort de Kadhafi, ndlr) – à propos de ce « monkey business » djihadiste. [4]

Elle est infléxible, elle n’aura rien de tout cela, peu importe que ce soit « la discipline, la ferveur religieuse, l’expérience de l’Irak » des éloges à Al Qaïda. Mais elle l’aura quand même : l’Iran, après tout, reste le Mal Suprême au-delà de tout Axe possible; d’ailleurs, Washington a besoin d’une tête de Turc  fiable sur qui jeter la fauet dans la mascarade sans fin de la « guerre contre le terro. »

Alors oubliez le prochain film de Kathryn Bigelow [réalisatrice US de films sur la violence et les menaces contre l’humanité, note de Tlaxcala]  glorifiant le raid contre Oussama Ben Laden à Abbottabad. « Nous dépensons des milliards de dollars. Et nous ne sommes toujours pas près d’en finir avec notre ennemi. »

Vous ne vainquez votre ennemi, vous le séduisez et co-optez. Imaginez un remake de l’emblématique « Sunset Boulevard » de Billy Wilder, avec Norma Desmond joué par Oussama ben Laden. « J’avais l’habitude d’être grand. Ce sont les images qui sont devenus petites. »

Djihadistes du monde, vous n’avez rien d’autre à perdre que votre collection de discours d’Al-Zawahiri sur DVD. Le temps est venu pour vous d’aller en pèlerinage à Hollywood, et enfin d’entrer dans la légende; « Je suis prête pour mon gros plan, M. Ben Laden. » Préparez-vous à être submergé par des critiques dithyrambiques.

Pepe Escobar

Notes

* Prononciation erronée du mot « terroriste » propre à George W. Bush. [note de Tlaxcala]

[1] Al-Qaeda’s Specter in Syria

[2] None of insurgents were Syrian: UK journalist

[3] Insight: Syria rebels see future fight with foreign radicals

[4] Clinton warns of « proxies, terrorists » coming to Syria

Article original : American (jihadi) Idol

Traduction : Saïd Ahmiri pour le MecanoBlog