Honte à nous tous


par Philip Giraldi pour Antiwar.com

Le spectacle honteux des politiciens américains cherchant à se surpasser l’un l’autre dans une course effrénée de dévotion à Israël, s’est joué de nouveau la semaine dernière. La lutte avait commencé avant les Jeux Olympiques de Londres. Israël avait demandé une minute de silence à la cérémonie d’ouverture pour commémorer l’assassinat des 11 athlètes israéliens à Munich, il y a 40 ans. Le président Obama avait complaisamment approuvé la proposition et Romney avait suivi, même si ce n’était pas de leur propre initiative. Mais les organisateurs britanniques l’ont rejetée. Et ont également refusé de fournir une protection spéciale pour les athlètes israéliens, faisant valoir que la sécurité était suffisante pour toute personne participant aux jeux.

Se préparant à se rendre à Londres, Mitt Romney a alors fait une surenchère lors de la convention de Reno au Nevada, le 24 juillet, devant des anciens combattants de la Seconde Guerre mondiale, il a déclaré sous des applaudissements réservés que « le président Obama aimait donner des leçons aux dirigeants d’Israël. Qu’il avait même été surpris au microphone, les ironisant. Qu’il avait affaibli leur position, déjà bien assez difficile à tenir. De même qu’à l’Organisation des Nations-Unies, sous les applaudissements enthousiastes des ennemis d’Israël, il avait parlé comme si notre plus proche allié au Moyen-Orient était le véritable problème. Le peuple d’Israël mérite mieux que ce qu’il a reçu du chef de file du monde libre. Et que le chœur d’accusations, de menaces et d’insultes à l’Organisation des Nations-Unies ne devrait plus jamais inclure la voix du président des États-Unis. » Mitt a également fustigé la Russie avant de passer à sa cible réelle. « Il n’y a pas de plus grand danger dans le monde aujourd’hui, que la perspective d’ayatollahs à Téhéran possédant des armes nucléaires. »

Notez que Romney a approuvé la demande israélienne et des néoconservateurs que l’Iran ne devrait même pas avoir la capacité de créer une arme nucléaire, même si elle est déjà en mesure de le faire, comme un certain nombre d’autres pays. Cela signifie que l’option militaire est déjà sur la table. Mitt a ensuite déclaré « Ces mêmes ayatollahs qui marquent chaque année, les jours fériés de leur principal chant « Mort à l’Amérique ! » et dont il ne faut pas évoquer leur quête d’armes nucléaires. […] Une ligne claire doit être établie: Il doit y avoir une suspension totale de tout enrichissement. »

Arrivé à Londres, l’entretien à la chaine télévisée NBC de Mitt  fut désastreuse en ce qui a concerné sa qualification de « troublantes » et « peu encourageantes » les défaillances d’une société privée chargée d’assurer la sécurité des Jeux, et qui pourrait avoir été partiellement engendrée par l’échec britannique à accéder aux demandes israéliennes pour une sécurité accrue. Si ce fut le cas, ou même s’il avait un autre objectif, le commentaire a été suffisamment absurde pour ne rien engendrer de grave, si ce n’est renforcer la perception que Romney est affligeant lorsqu’il s’agit de politique étrangère. Il a également oublié le nom du chef  du Parti travailliste, se référant à lui comme « M. Leader » puis  au cours de la visite des quartiers du 10 Downing Street, résidence du chef du gouvernement, Mitt Romney a, sans le faire exprès, commis une faute de goût en déclarant avoir apprécié le « derrière » du bâtiment (au lieu de l’arrière). Un « derrière » dont la signification usuelle britannique serait « fesses », sans doute la métaphore parfaite de la performance globale de Romney.

Avec Romney assurément fourvoyé dans des tentatives d’explication à Londres, le président Barack Obama a pu lâcher une bombe lors d’une cérémonie publique en promulguant une loi renforçant la coopération en matière de sécurité et de défense avec l’Etat hébreu pendant qu’en marge, une source anonyme racontait comment le Conseiller à la sécurité nationale Tom Donilon s’était entretenu avec Benyamin Nétanyahou en détail sur les plans d’attaque de l’Iran. Sur le cliché illustrant la signature, Obama pouvait être vu entouré de Richard Stone, de la sénatrice Barbara Boxer, du Républicain Harold Berman, et d’Howard Friedman. Friedman est un ancien président de l’« American Israel Public Affairs Committee » (AIPAC), Stone est le président de la « Conference of Presidents of Major Jewish Organizations. »

La loi de coopération de sécurité renforcée entre les Etats-Unis et Israël, qui trouve son origine dans le bureau de Berman, aurait été rédigée en partie par l’AIPAC. Ce projet de loi signé par Obama prévoit essentiellement un chèque en blanc réglé par le contribuable américain afin de garantir à Israël l’« avantage militaire qualitatif » sur l’ensemble de ses voisins. Il s’agira pour la Maison Blanche de préparer un rapport annuel sur la façon dont la supériorité sera maintenue. Critiquant le projet de loi, Ron Paul a fait remarquer : « Ce projet de loi stipule que c’est à la politique des États-Unis de réaffirmer l’engagement constant des États-Unis pour la sécurité de l’Etat d’Israël en tant qu’Etat juif. Toutefois, conformément à notre Constitution, la politique du gouvernement des États-Unis devrait être de protéger la sécurité des États-Unis, non pas de garantir la composition religieuse, ethnique ou culturelle d’un pays étranger. » Paul a voté « non » et a été rejoint par seulement un membre du Congrès, John Dingell du Michigan.

Ce projet de loi engage le peuple américain à opposer leur veto à des résolutions critiques sur Israël, de fournir un soutien militaire, « s’il est nécessaire », de payer pour la construction d’un système anti-missile afin de fournir « défenses » et équipements tels que des ravitailleurs (offensifs), de donner à Israël un ensemble de moyens spéciaux (tels que les bombe à charge pénétrante « Bunker Buster », elles aussi offensives), à terme de déployer plus d’équipement militaire américain à l’usage d’Israël, d’offrir à la force aérienne israélienne des formations et équipements aux États-Unis, le renforcement de la coopération du programme d’avancement de sécurité et technologie, l’extension des garanties de prêts et enfin l’élargissement du partage de renseignement, y compris l’imagerie satellitaire à haute résolution. L’objectif étant de fournir à Israël des ressources et un soutien politique pour attaquer l’Iran, si elle choisit de le faire, tout en liant étroitement ensemble les Etats-Unis et Israël. Quel que soit le choix, les États-Unis auront « un engagement inébranlable envers la sécurité d’Israël », dixit Benyamin Nétanyahou, déclaration que notre président a si bien répété lors de la cérémonie.

La loi prévoit également « un rôle élargi pour Israël au sein de l’Organisation du Traité Atlantique Nord (OTAN), y compris une présence accrue au siège de l’OTAN ». Une partie des mesures concernant Israël dans le cadre de l’OTAN, dénote clairement les intentions du Congrès, cela signifierait que les États-Unis et l’Europe seraient obligés de venir en aide à une nation qui a initié une série de guerres régionales, qui actuellement vise une expansion de ses frontières, et qui s’est engagé dans des hostilités avec trois de ses voisins.

Romney, qui s’est rendu en Israël au lendemain de la signature, savait que M. Obama avait marqué un point, il lui fallait donc rattraper son retard. Son porte-parole, plaintif, rapportait alors : « Malheureusement, ce projet de loi signé à la Maison Blanche ne fait rien pour répondre aux attentes, le président Obama reconnait-il Jérusalem comme capitale d’Israël, il a soulevé un doute quant à l’engagement du président avec notre plus proche allié dans la région. » À son arrivée à Tel Aviv, un des principaux assistants de Romney sur le Moyen-Orient, Dan Senor, ancien employé de l’AIPAC, a déclaré que son patron allait engager son administration dans un soutien à Israël dans le cas d’une entreprise d’action militaire contre l’Iran, et de souligner de nouveau que l’Iran ne devrait même pas avoir la capacité de développer une arme. Cette position est en contraste frappant avec les tentatives de l’administration Obama dans ses efforts de tenir à distance une attaque unilatérale qui pourrait menacer l’armée américaine et ses unités navales dans la région. Romney soutiendrait en substance que les intérêts d’Israël dans la région l’emporteraient sur les intérêts des États-Unis et qu’il donnerait le feu vert pour une attaque sur les Iraniens. Senor a également raccourci le calendrier de l’action militaire par l’adoption de la nouvelle ligne de tramway israélienne de la ligne rouge, en notant que quelque chose doit être fait avant que l’Iran soit capable de renforcer ses sites nucléaires contre une possible attaque aérienne ou navale.

Après son arrivée en Israël, Romney a fait l’inévitable séance de photos lors de sa visite , devant le Mur des Lamentations  à Jérusalem à la fois ému et résolu, et a livré un discours sur les mêmes points relatifs à la perfide Iran et a ponctué celui-ci d’une « vérité fondamentale », les États-Unis et Israël seront toujours unis et « encouragés » par la crainte que nos ennemis communs inspirent ». Romney a ensuite réitéré les propos de Senor sur l’approbation d’une attaque israélienne unilatérale contre l’Iran, s’il était le président américain en charge. Avant de nommer, grandiloquent et emphatique, l’Iran comme une « théocratie radicale », et comme étant « l’essentiel parrain du terrorisme et la nation la plus déstabilisatrice dans le monde. Nous avons un solide devoir et un impératif moral de refuser aux dirigeants iraniens les moyens de donner suite à leurs intentions malveillantes. » Il n’était pas manifeste que même les Israéliens croyaient vraiment tout de cette rhétorique amplement dramatisée.

Ainsi, le bilan de tout ceci est que nous aurons probablement une guerre au Moyen-Orient uniquement parce que Mitt Romney veut devenir président et qu’il se dit disposé à laisser tomber les intérêts vitaux des Etats-Unis afin de parvenir à cet objectif. Obama a déjà suivi cette voie, laissant peu d’espoir auquel s’accrocher pour le reste d’entre nous. Ironiquement pendant ces, génuflexions, récupérations et concessions, un autre élément est apparu, et que la presse a rapidement relégué au fond du tiroir. Le journal israélien Haaretz a rapporté une histoire d’Associated Press, la CIA désignerait Israël comme une des menaces les plus grandes en matière d’espionnage envers les États-Unis, « des responsables américains de la sécurité considèrent Israël comme, parfois, un allié frustrant et une menace en matière de contre-espionnage, véritablement « responsable de la mort d’un agent de la CIA en Syrie. » Ce qui nous mène à cette conclusion « les services secrets des États-Unis ont plus confiance en d’autres gouvernements du Moyen-Orient qu’en Israël. » Allez comprendre. Mitt ? Barack ? Des commentaires ?

Philip Giraldi

Article original : Shame on all of us

Traduction : E. de R. pour le MecanoBlog