Téhéran s’adresse à l’Egypte de Morsi


par M. K. Bhadrakumar pour Indian Punchline

Il s’agit d’un événement qui a le potentiel de secouer la politique au Moyen-Orient, en l’occurence la visite au Caire du vice-président iranien. Les deux pays avaient coupé les ponts à la suite de la révolution iranienne en 1979, s’en était suivie une sombre période jusqu’à la fin de l’ère Hosni Moubarak. La révolution sur la place Tahrir il y a un an a annoncé un dégel, le premier signe a été la permission accordée à un navire de guerre iranien de traverser le canal de Suez pour se rendre en Syrie.

De discrets contacts ont suivi, parmi lesquels une réunion entre les deux ministres des Affaires étrangères en marge de la réunion du Mouvement des Non-Alignés à Bali, en Indonésie en mai de l’année dernière. L’Iran appuie de tout son poids pour la reprise des relations diplomatiques. L’Egypte a demandé plus de temps. Téhéran n’a pas insisté d’avantage, non plus, comprenant les complexités de la situation égyptienne.

Pendant ce temps, la junte militaire a autorisé un second navire de guerre iranien à traverser le canal de Suez, sans tenir compte de la sévère réprimande par les États-Unis et Israël (et l’embarras de l’Arabie saoudite). Pour sa part, évidemment avec l’assentiment du Caire, Téhéran a commencé à inviter une série de délégations amicales de la société civile égyptienne dans un effort soutenu pour atteindre les différentes parties – en particulier les forces islamistes – de la société égyptienne.

Certes, une importante masse de voix ont commencé à s’élever en Egypte, y compris au sein des Frères musulmans, quant à la restauration des liens normaux avec l’Iran.

Soumettre l’Arabie saoudite

Profitant de la crise économique en Egypte, Riyad a offert une aide économique, mais sous certaines conditions. La ligne de fond pour les Saoudiens, c’est que l’Egypte ne devrait pas diluer la campagne régionale de Riyad pour « isoler » l’Iran. Le principal souci pour les Saoudiens est que si l’Egypte, le plus grand et le plus puissant pays arabe sunnite, colmate la brêche avec l’Iran, toute la thèse géopolitique construite autour d’un artificiel schisme entre sunnites et chiites sectaires piétinerait, et l’axe américano-israélo-saoudien s’exposera comme la pièce maîtresse du Printemps Arabe.

Les enjeux sont en effet très élevés. Par conséquent, l’Arabie saoudite a invité le nouvellement élu Mohammed Morsi de la fraternité à visiter Riyad le mois dernier. Les Saoudiens espèrent que Morsi jouera des pieds et des mains sur le front sunnite-chiite et obtiendra de l’Egypte qu’elle joue pleinement son rôle dans la crise syrienne.

Mais, en lisant entre les lignes, on a plutôt l’impression que les Saoudiens ne sont pas sûrs de pouvoir traiter avec Morsi. D’éminents commentateurs saoudiens ont depuis émis de vives critiques à l’encontre de Morsi et des Frères musulmans. Même après la rencontre entre le roi Abdallah et Morsi le mois dernier, un reportage très critique est paru dans la presse saoudienne, opposant même les Frères musulmans contre Al-Azhar dans un stratagème intelligent pour diviser le camp islamiste en Egypte. (Al-Azhar est l’establishment religieux de l’Egypte.)

La conclusion en est que Riyad a la plus grande crainte des Frères musulmans, le spectre des Frères musulmans en fer de lance d’un « changement de régime » en Arabie saoudite hante à un certain point les dirigeants saoudiens. Les relations entre les Saoudiens et les Frères musulmans ont été passablement troublées et souvent violentes avec l’ancien prince héritier Nayef utilisant des méthodes brutales pour briser les activités des Frères musulmans sur le sol saoudien.

C’est là où un tel rapprochement égypto-iranien devient un revers majeur pour le régime saoudien. Si l’on en croit le rapport d’informations de l’agence iranienne Fars, le vice-président iranien Hamid Baqayee pourra se rendre au Caire, pour remettre en main propre la lettre d’invitation du président Mahmoud Ahmadinejad à Morsi afin d’assister à la prochaine réunion au sommet du Mouvement des Non-Alignés à Téhéran.

Ahmadinejad avait téléphoné à Morsi le mois dernier pour prolonger l’invitation iranienne et suite à la conversation, a manifestement incité à une mission complémentaire du vice-président Baqayee. En effet, Téhéran fait un geste important en termes de protocole, c’est à dire la visite du pays par la délégation du vice-président avec lequel il n’avait plus de liens diplomatiques. Il importe de tirer la conclusion que la probabilité que Morsi voyage à Téhéran est plutôt élevée.

Nous pouvons être certains qu’un passionnant chapitre s’ouvre dans les chroniques du Printemps Arabe. L’Iran a affirmé que tout au long du Printemps Arabe, cela aura d’inévitables répercussions favorables en termes politiques. Du point de vue de Téhéran, l’islamisme est un trait d’union qui finira par lier l’Iran aux régimes démocratiques dirigés par les partis islamistes – que ce soit la Tunisie, la Libye ou le Yémen – qui émergent dans le monde arabe et comme le temps passe, peu importe les manipulations par des tiers.

En effet, les Iraniens estiment que ces régimes du Printemps Arabe viendront assez tôt sous la contrainte plutôt que d’être tardivement attentif à l’opinion populaire de la soi-disant Rue Arabe, ce qui favorisera des politiques pan-islamiques, puisque le monde arabe verra par là la politique de sectarisme que l’Occident et ses alliés régionaux comme l’Arabie saoudite et Israël ont propagé dans l’intérêt de leur auto-préservation ou à la perpétuation de leur hégémonie sur le Moyen-Orient musulman. Les Iraniens prennent bien sûr une perspective à long terme en termes de forces sociales et politiques déclenchées par le Printemps Arabe dans le stagnant monde arabe.

C’est là que la position de l’Egypte devient cruciale. L’Egypte est le cœur du monde arabe et elle aspire manifestement à reprendre le rôle qu’elle a perdu dans la période écoulée depuis l’Accord de Camp David en 1979 au profit des Saoudiens. L’ensemble des trois protagonistes – l’Arabie saoudite, l’Iran et l’Egypte – savent que Riyad perdra définitivement la guerre idéologique si Le Caire refuse de jouer la politique sectaire dans le Moyen-Orient musulman, et Téhéran sera alors le grand gagnant.

Si Morsi se rend à Téhéran à la fin de ce mois-ci, cela deviendra un moment déterminant dans la politique régionale. On aimerait être une mouche sur le mur si Morsi venait à rencontrer le Guide Suprême de l’Iran, l’ayatollah Ali Khamenei.

M. K. Bhadrakumar

Article original : Tehran reaches out to Egypt’s Morsi

Traduction : Saïd Ahmiri pour le MecanoBlog

6 réponses à “Téhéran s’adresse à l’Egypte de Morsi

  1. Pingback: Morsi propose une solution à la crise syrienne | MecanoBlog·

  2. Ce que l’Orien doit absolument ne jamais oubier est qu’il n’a qu’unique rivale l’occident: l’occident sous le Non de « ONU » utilse le monde pour lui, et en tant pour lui sous-entend contre l’orient. Devant la realite resultane des evenement dirigee par l’ONU dans les mains de l’occident, ce n’est pas l’orient qui gagne en puissance,en economie ou autre mais c’est occident qui tire toujurs prof. L’Irak, quoique pro-chiite ou por-sunnite etait une puissance islamique obstaculaire la domination d’Isrfael, des usa et de l’occident. La Lybie quoique chiite ou sunnite etait une puissance obstaculaire de la domiation imperialiste de l’occdent. Donc sunnite ou chiite le compte doit d’abord pour la puissance islamique avant toute partage ethnique. Une politique qui se veut protecteur de ses biens sans puissance est une contradiction: l’arabie saoudite, le quatar et la turque croient qu’en s’alliant a la volonte de l’occident ils tireronds profi ou preserveront leur interet,economi ou autre. Or comme je l’ai dit pas de bonheur sans la puissance qui le preserverait. L’Islam doit etre d’abord le reflet de l’Orien, la democratie conjuguee de la democratie l’Occidentale. D’ailleurs ce n’est pas a l’Occident de montre l’Orient le chemin de la vie tant que l’Occident n’acceptera pas d’etre guidee par l’Orient. Ni l’un ni l’autre n’a pas le droit d’imposer a l’autre le chemin et ce meme au prix de la mort. La « Paix » internationale est un mot de detournement de consience deriere laquelle se cache des criminele internationnale contre l’humanite.

  3. Pingback: La realpolitik brouille la ligne rouge américaine sur la Syrie | MecanoBlog·

  4. Pingback: La realpolitik brouille la ligne rouge américaine sur la Syrie « Actualités Alternatives « Je veux de l'info·

  5. Pingback: La realpolitik brouille la ligne rouge américaine sur la Syrie | Afrique Démocratie·

  6. Pingback: La Realpolitik brouille la ligne rouge US sur la Syrie!, par Pepe Escobar | La Voix de la Syrie·

Les commentaires sont fermés.