« Le nouveau monde sera post-américain »


par Yves Gounin

« Le système unipolaire américain qui a résulté de l’écroulement de l’URSS n’a pas vocation à durer éternellement. Le nouveau monde sera post-américain. »

Quels sont les déterminants de la puissance ? Comment s’organise le système international ? La suprématie américaine est-elle vouée au déclin ? L’émergence de la Chine et des BRICS annonce-t-elle un nouvel ordre mondial ? La crise financière mondiale de 2008 et l’arrivée au pouvoir de Barack H. Obama redonnent à ces interrogations une actualité que le 11 septembre et la guerre d’Irak avaient un temps occultée.

Trois essayistes américains renommés esquissent des réponses. Elles sont étonnamment semblables. Cela n’est pas si surprenant, G. John Ikenberry (« Liberal Leviathan : The origins, crisis, and transformation of the American world order »), Joseph S. Nye (« The Future of Power ») et Fareed Zakaria (« Le monde postaméricain ») appartenant tous trois à la mouvance libérale et multilatéraliste.

Tout en contestant que les États-Unis exercent une domination impériale sur le reste du monde, ils font tous trois le constat d’un ordre international caractérisé par l’hégémonie américaine. Les États-Unis, pour G.J. Ikenberry, sont un « Léviathan libéral », oxymore renvoyant au paradoxe d’un ordre international à la fois libéral et hégémonique. J.S. Nye rappelle que les États-Unis sont passés maîtres dans l’exercice du soft power.

Cette hégémonie a vocation à durer. À rebours des théories déclinistes, ces auteurs estiment que la puissance américaine restera encore longtemps inégalée. Sans doute la puissance relative des États-Unis diminue-t-elle ; mais cela est moins dû à un déclin qu’à « l’ascension des autres » (F. Zakaria). Chacun consacre de longs développements à l’émergence de la Chine. Tous en relativisent la portée et contestent la projection mécanique des courbes de croissance actuelles, qui prédisent son accession au premier rang mondial vers 2030. Pour J.S. Nye, l’influence de la Chine dans le monde sera limitée par son insuffisante capacité d’attraction. Pour G.J. Ikenberry, elle est une puissance de statu quo, qui a moins intérêt à révolutionner l’ordre libéral qu’à s’y intégrer.

Cela ne signifie pas que la domination américaine ne connaîtra aucun changement. Le système unipolaire américain qui a résulté de l’écroulement de l’URSS n’a pas vocation à durer éternellement. Comme l’analyse J.S. Nye, les critères de la puissance évoluent avec la dissolution du système westphalien et avec l’émergence de nouveaux acteurs non étatiques. Cette idée est au centre de la démonstration de F. Zakaria : le nouveau monde sera post-américain.

Il ne sera pourtant pas nécessairement anti-américain. Les trois ouvrages sont des plaidoyers en faveur d’une participation plus intelligente des États-Unis à la marche du monde. En creux, ils se lisent comme une critique sans concession de l’unilatéralisme mis en oeuvre par George W. Bush. C’est G.J. Ikenberry qui est le plus radical dans sa description des impasses de cette politique : il souligne les illusions dont se sont bercés les néoconservateurs quant à la popularité des États-Unis dans le monde et leur cruelle sous-estimation des résistances que leur action unilatérale allait entraîner. J.S. Nye souhaite que la puissance américaine s’exerce par la séduction plus que par la contrainte et combine les ressources du soft et du hard power pour donner naissance à un smart power. F. Zakaria – dont l’ouvrage a initialement été publié en France sous le titre « L’Empire américain : l’heure du partage » (Paris, Saint-Simon, 2009) – estime que les États-Unis resteront le pivot du nouveau système international, à condition de jouer un rôle bismarckien de faiseurs d’alliances.

L’optimisme de ces auteurs est frappant. Loin du catastrophisme de certains prophètes qui prédisent l’éclatement du système international sur fond de prolifération nucléaire, de faillites d’États et de protectionnisme rampant, la fine fleur de l’école libérale américaine est plus sereine. Sans se cacher le caractère exceptionnel et temporaire de la domination américaine, nos auteurs estiment que Washington n’est pas sans atout face à l’avenir : à condition de faire bon usage de leur puissance, les États-Unis auront leur mot à dire dans le monde post-américain.

Yves Gounin

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Une réponse à “« Le nouveau monde sera post-américain »

  1. « L’unilatéralisme » des US bushistes, celà s’appelle le fascisme … puisque c’est le nom que s’est choisie cette dictature à « bande étroite » en 1920, sans doute pour sacrifier à la « tendance » de l’époque , le « rayon de la mort » de Marconi ( en fait , de Tesla : même pour son nom, cette idéologie n’évite pas les faussaires !…)
    Manifestement, Obama n’a pas rompu avec cette politique, gérant seulement les affaires courantes de cet empire mort-né ( Emmanuel Todd) : dans les mois suivants
    le 11 septembre , l’administration Bush fut contrainte à une révision humiliante de son diktat protectionniste sur l’acier , annulant le renchérissement des prix des aciers étrangers : leur sidérurgie nationale agonise et les forces armées du «nouvel empire » commençaient à manquer de pièces de rechanges !… Sur le terrain , en Iraq , les « super-troupes » ont été obligées de déterrer les chars T-72 de la garde présidentielle de Saddam Hussein pour les dessosser et installer des plaques de blindages sur leurs « humvees » , véritables cercueils roulants !… Enfin, est survenu le 3° coup de cymbale, le débat à la Diète japonaise pour savoir s’il y avait lieu de ravitailler en carburant les navires de la Flotte du Pacifique !… La Honte !…

    L’empire US n’aura pas lieu !…En fait, les Etats US eux-mêmes …. On peut considérer que la dislocation a commencé , ( voire la Sécession ) : révoltes « miliciennes » au Texas, certains Etats fondateurs ( comme le Maine ) ravitaillés en pétrole par … le Vénézuéla d’Hugo Chavez , fusillades de tueurs-zombis au Colorado, après des feux de forêts allumés par des « météorites » … Le mandat d’Obama ressemble davantage à la Mission Impossible de resserrer les boulons d’un système vermoulu , tout en resserrant le périmètre défensif autour de « l’ Autorité » fédérale ( ou ce qu’il en reste !…) . En 2003, les US sont devenus officiellement un Etat-voyou !… Maintenant, ce sont des régions entières qui vont devenir des territoires de non-Droit , voire des Bantoustans ( genre le projet de « Republica del Norte de 2000 !…) Pratiquement, tous les romanciers de Science-Fiction prédisent la déchéance des US …. Celle-ci finira bien par arriver !…

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