Compte-à-rebours vers la guerre : la doctrine Blair contre la doctrine Poutine


Les discussions qui ont suivi les sommets du G8 et de l’OTAN ont été dominées la semaine dernière par le retour sur le devant de la scène de l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair en tant que conseiller pour la réélection de Barack Obama à la Présidence des Etats-Unis.

« Les principes majeurs nécessaires à toute civilisation incluent la sécurité pour tous les Etats, le rejet de tout usage excessif de la force, et le respect inconditionnel des fondements du droit international. »

Ce dévouement de sa part, of course, n’est pas gratuit. Blair et son équipe de « spin-doctors »,qui avaient été la véritable cheville ouvrière de la guerre en Irak (il avait fourni à Georges W. Bush le fameux mémorandum « prouvant » l’existence sur les armes nucléaires irakiennes, qui se sont révélées par la suite être inexistantes), entendent profiter d’une victoire d’Obama en novembre prochain pour reprendre les rênes du pouvoir en Angleterre.

Comme l’avait rapporté le Guardian de Londres en février 2009, Obama avait présenté Blair comme son « premier ami officiel » lors d’un petit déjeuner de prière à la Maison-Blanche, un mois à peine après son inauguration.

Le nouveau binôme espère diriger le monde (ou ce qui en restera), en s’appuyant sur la doctrine qu’avait annoncée Blair lors d’une conférence à Chicago en 1999 :   sous prétexte d’« établir et de répandre des valeurs qui nous sont chères », inaugurer une nouvelle forme de « coopération internationale » en liquidant le Traité de Westphalie de 1648 (et bien sûr en réformant la Charte de l’ONU), c’est-à-dire en sacrifiant l’Etat-nation souverain pour faire place à un nouvel empire.

Comme nous l’avons rapporté sur ce site, avec la création de l’Atrocities Prevention Board (APB — Conseil de prévention des atrocités) Barack Obama a décrété le 23 mars 2012 que les violations des droits de l’homme, où que ce soit dans le monde et tels que son Administration les conçoit, portent directement atteinte… à la sécurité nationale des Etats-Unis !

Un nouvel ajout à la doctrine Blair (la version 2.0) est que l’OTAN doit être capable d’aller en guerre sans consulter les législatures nationales, car il « faudrait trop de temps » pour obtenir leur permission. C’est en effet ce que vient de demander le général Sir David Richards, le chef d’état-major britannique lors d’un discours au Centre pour les études stratégiques et internationales (CSIS) le 23 mai à Washington, une proposition qu’il a qualifiée de « défense intelligente. »

Ceci correspond également à ce que le secrétaire américain à la Défense Leon Panetta avait déclaré au comité responsable du Sénat plus tôt cette année, au nom de l’administration Obama : pour aller en Libye, nous n’avions besoin que de la permission de l’OTAN. Le respect de la Constitution, qui exige que nous obtenions l’autorisation préalable du Congrès n’est pas très pratique. Nous vous tiendrons informés à notre retour.

Or, comme le résumait l’économiste américain Lyndon LaRouche récemment, la doctrine Blair est l’exacte antithèse de la doctrine défendue par Vladimir Poutine comme base de la politique étrangère russe, qui consiste à défendre le système de droit international hérité du Traité de Westphalie, en réelle coopération avec la Chine, l’Inde, et plus récemment le Pakistan.

Dans son article du 27 février 2012 dans Moskovskiye Novosti, Poutine a réitéré sa position selon laquelle « les principes majeurs nécessaires à toute civilisation incluent la sécurité pour tous les Etats, le rejet de tout usage excessif de la force, et le respect inconditionnel des fondements du droit international. » Il est clair qu’à chaque fois que ces principes ont été négligés, explique-t-il, « les relations internationales ont été déstabilisées ».

Le 17 mai, à la veille du sommet du G8 et du sommet de l’OTAN à Chicago, le Premier ministre russe Dimitri Medvedev, lors de son discours au 2e Forum juridique international de St.Petersbourg, discours posté par la suite sur le site du gouvernement de la Fédération russe, a lui aussi, tenu à rappeler la doctrine russe :

« Il est souvent dit que le système de droit international est obsolète. Je l’ai moi-même entendu à maintes reprises dans la pratique politique. Ses règles ne permettent pas toujours de lutter efficacement contre de nouvelles menaces. C’est vrai en partie, parce que tout devient obsolète un jour ou l’autre — y compris le droit. Mais le besoin vraiment nécessaire et urgent de moderniser le droit international ne veut pas dire abandonner ses fondements, ce qui me semble absolument évident.

Particulièrement dangereux, à mon avis, sont les actions unilatérales qui vont à l’encontre des principes fondamentaux de la Charte des Nations unies, qui est la principale plate-forme de la communauté internationale pour résoudre ses problèmes. Nous n’avons pas d’autre plate-forme, même si cela déplaît à quelqu’un. Il n’y en a simplement pas d’autre ! Et nous comprenons que la Charte des Nations Unies demande surtout le respect de la prééminence du droit et de la souveraineté des Etats.

Une autre remarque, qui me semble importante au regard de mon expérience et de ma pratique politiques — le principe de la souveraineté de l’Etat. Il ne doit pas être affaibli, même si ce serait commode pour la réalisation de certains objectifs politiques immédiats, y compris le but de gagner une élection. Se donner cela comme objectif revient simplement à mettre l’ordre mondial en danger.

Et les exemples d’attaques sur le principe de la souveraineté ont été nombreux au cours des dernières années. Parmi elles, les opérations militaires contre des gouvernements étrangers contournant le cadre des Nations Unies, les déclarations sur la perte de légitimité de tel ou tel régime politique par des gouvernements étrangers et non pas par le peuple du pays, l’introduction de toutes sortes de sanctions collectives contournant les institutions internationales.

Tout cela n’améliore pas la situation dans le monde ; les opérations militaires précipitées dans d’autres pays finissent généralement par provoquer l’arrivée de radicaux au pouvoir. De telles actions, qui portent atteinte à la souveraineté des États, peuvent entraîner facilement de véritables guerres régionales, et même, sans vouloir faire peur à quiconque, à l’utilisation des armes nucléaires. Chacun devrait garder cela en mémoire, surtout lors de réflexions sur la question de la souveraineté de l’Etat ».

Alors que le monde transatlantique vacille au bord d’une désintégration spectaculaire de son système financier, il faut bien rappeler ici que les nuées de l’orage financier portent avec elles le risque immédiat d’une guerre globale.

La tentation permanente des élites géopolitiques (fr)anglo-américaines de renoncer à l’outil de la diplomatie pour solutionner nos problèmes avec l’Iran et la Syrie avec des sanctions, des frappes et des guerres humanitaires, est donc de très mauvaise augure.

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Source : Solidarité & Progrès

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6 réponses à “Compte-à-rebours vers la guerre : la doctrine Blair contre la doctrine Poutine

  1. Au moins en paroles, la guerre ( mondiale ) est déjà déclarée : par les US, et à la planète toute entière, où toutes les exactions peuvent être commises quand elles ne dérangent pas la « sécurité intérieure  » de cet empire de polichinelles !… ( C’est vraiment le plus humiliant démenti pour l’auteur de « Le secret de l’Espadon » , Edgar P. Jacobs, qui avait bâti en 1946 cette bd-culte, monument culturel dédié à la guerre froide et au « bon Droit » obligatoire de l’Occident à se défendre face aux perfides ennemis surgis d’Orient !…

    Et ce sera la dernière guerre : l’emploi des armes nucléaires, construites pour terminer un conflit et non pour le prolonger, signifiera que celui-ci sera sans issue, se terminant faute de combattants et donc de survivants !…

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    • En effet, je n’avais pas envisagé que la machination contre Polansky avait été instrumentalisée par Blair depuis Londres !… C’est plus sérieux qu’une tractation entre la Suisse et la « Justice » US : il est en effet peu vraisemblable que les autorités helvétiques aient tenu à assumer ce rôle de guet-apens tendu à Polansky … et qui vaudra une fameuse « casserole » à traîner par le cinéma suisse , complètement ahuri devant le comportement de leurs dirigeants !… Beaucoup plus logique que cette opération ait été concoctée dans l’un des salons feutrés d’un quelconque « Diogène ‘s Club » !…Après tout, ce n’était jamais que la troisième machination contre lui depuis 1969 : quand on demande à un Californien si le mois de juillet 1969 lui évoque un évènement particulier, il répond en majorité « le massacre de Bel Air !…» ( propriété de Polanski où « la famille » à Charles Manson assassina Sharon Tate et ses amis, Polanski échappant miraculeusement au piège, ayant dû se rendre à un rendez-vous imprévu … à Londres !) L’alunissage de Apollo XI n’intervenant qu’en seconde position !… ( Je reste d’ailleurs convaincu que les 2 évènements sont liés, même si les mobiles peuvent paraître … abracadabrants !…) . Le traquenard de 1977 fut tout aussi transparent : les parents de la mineure « séduite » auraient dû être les premiers inquiétés !… Or, ils ne le furent jamais et la « mineure » était une fille de 25 ans ( témoignage de Costa-Gavras ) … chose banale aux US où le changement de nom et
      d’état-civil est une pratique notoire. La « violée » venait d’avoir un rapport sexuel avant celui avec Polanski … dont le « juge » ne se soucia nullement !… Quand Polanski apprit que ce pseudo juge voulait le remettre en prison, il fut clair que son suicide au fond de sa cellule était programmé !…
      L’ère Reagan qui se préparait n’avait nullement l’intention de laisser le « pape » de la contre-culture dominer à nouveau les collines de Hollywood !… Le laisser s’enfuir permettait de l’accuser de lâcheté et de définitivement liquider ces saltimbanques arrogants qui osaient voler au-dessus des nids de coucou !… L’esprit libertaire parvint à survivre et l’Europe, qui n’est pas tombée de la dernière pluie, n’allait certainement pas traiter en pestiféré un survivant de la Shoah !… Les comploteurs ne font pas toujours de bons calculs , mais le reaganisme a réussi à exiler un Polanski … si le Blairisme s’est ramassé un bide total !… Ce ne serait pas mauvais que l’on rappelle au cinéma suisse ( qui n’a qu’imparfaitement effacé cette tache ! ) qui est le responsable de cette souillure !… ( à la place des cinéates helvétiques, c’est ce que je penserais de ce déshonneur, en tout cas !…)

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