La contre-alliance russo-chinoise: l’OCS peut-elle émerger comme un contre-poids à l’OTAN ?


par Andreï Ilyashenko pour Global Research

Il est impossible de ne pas remarquer que l’Organisation de Coopération de Shanghaï est maintenant au-delà des problèmes régionaux. A la réunion de Pékin, le texte de la déclaration finale des États membres de l’OCS a été adopté. D’après les sources de Ria Novosti auprès de la délégation russe, le document condamne le programme du bouclier anti-missile américain. Une position consolidée de l’OCS sur les systèmes anti-missiles balistiques a le pouvoir potentiel de devenir un important contre-poids aux plans de l’OTAN dans ce domaine.

« Moscou et Pékin argumentent contre la présence continue de troupes étrangères en Afghanistan, présence qui va bien au-delà d’une question de sécurité et de police dans le pays. »

Bien que depuis des années l’OCS marchait sur des œufs en faisant certaines déclarations sur la politique étrangère, l’organisation change. L’OCS est pour des changements majeurs en jugeant par les résultats de la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’organisation dans la capitale chinoise avant le sommet de l’OCS programmé à Pékin les 6 et 7 juin courant. L’OCS a été créée dans les années 1990 comme une institution devant servir à un regain de confiance entre la Russie, la Chine et quatre pays d’Asie centrale: le Kazakhstan, le Kirghyzstan, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan, ceci principalement dans le domaine de la coopération militaire.

Les États membres de l’OCS étaient unis par la menace commune que représentait le fondamentalisme islamique, représenté par la dominance des Talibans en Afghanistan. Mais aux début des années 2000, l’OCS a changé son objectif sur la lutte contre le terrorisme international et contre le trafic de la drogue, ainsi que dans la coopération économique et humanitaire. L’organisation a tenu des positions équilibrées et raisonnables sur les évènements internationaux et a continué une politique très prudente, ne donnant jamais raison aux analystes de la considérer comme une alliance politique et militaire sérieuse. L’Inde, le Pakistan, l’Iran et la Mongolie rejoignirent l’organisation en tant qu’observateurs, tandis que la Biélorussie et le Sri Lanka devenaient des “interlocuteurs”. Mais les temps ont changé et l’OCS a changé avec eux. Les crises au Moyen-Orient, incluant celles déclanchées par le “printemps arabe”, le rôle des nations occidentales dans la situation et le retrait des troupes américaines de l’Irak et de manière plus importante d’Afghanistan, ont appelé à une révision de l’approche de l’organisation et de développer ses efforts de politique étrangère.

Comme l’indique le discours du ministre russe des Affaires étrangères Sergeï Lavrov donné dans une réunion récente de l’OCS: à partir de dorénavant l’OCS formulera une politique commune pour tous ses participants si une crise doit apparaître dans la région. Il apparaît que le nouveau mécanisme de fonctionnement sera lancé dès le mois prochain, à la veille de la conférence internationale sur l’Afghanistan programmée pour le 14 juin à Kaboul. “La situation en Afghanistan et ses alentours soulève des préoccupations majeures. Nous devrions participer activement à toutes les discussions internationales ayant trait à ces problèmes liés à l’Afghanistan en coordonnant nos positions”, a dit Lavrov. L’OCS prendra évidemment en considération les décisions du sommet de l’OTAN qui se tiendra fin mai à Chicago et qui adressera la situation dans ce pays.

Des déclarations antérieures du ministre russe des Affaires étrangères ont clairifié que la nature de la présence militaire américaine et de l’OTAN en Afghanistan sera la priorité de l’agenda. Moscou et Pékin argumentent contre la présence continue de troupes étrangères en Afghanistan, présence qui va bien au-delà d’une question de sécurité et de police dans le pays. Moscou aimerait aussi entendre parler d’un rapport concernant l’application de la résolution de l’ONU qui a servi de base pour participer à cette campagne militaire en Afghanistan.

La position consolidée de l’OCS soutiendra de manière substantielle les efforts de la Russie et de la Chine dans ce domaine. Les demandes de Moscou et de Pékin seront même plus soutenues si le nombre d’États membres ou de pays associés augmentent. Pendant la réunion récente, Lavrov a appelé à l’approbation des demandes d’intégration enregistrées pour l’Inde et la Pakistan. De plus, l’organisation est en faveur de donner à l’Afghanistan le statut d’observateur et de faire de la Turquie un interlocuteur. Il est donc impossible de ne pas noter que l’OCS est maintenant au delà de la portée des seuls problèmes régionaux.

A la réunion de Pékin, le texte définitif de la déclaration des États membres de l’OCS a été arrêté. D’après l’agence de presse Ria Novosti et de ses sources auprès de la délégation russe, le document condamne le programme de bouclier anti-missile des Etats-Unis. RIA Novosti cite une partie du document qui dit que l’expansion illimitée unilatérale du système anti-missile balistique pourrait endommager le sécurité et la stabilité stratégique internationales. Cette déclaration soutient clairement les efforts de Moscou à répudier les plans du système américain anti-missile, qui s’il est mis en application, pourrait dévaluer le potentiel stratégique russe. Quoi qu’il en soit, la Chine est également intéressée à désarmorcer le processus américain, alors que ses forces nucléaires sont même plus vulnérables (que les Russes).

Une position renforcée de l’OCS sur les systèmes anti-missiles a le potentiel de devenir en l’occurence un sérieux contre-poids aux plans de l’OTAN dans ce domaine. Néanmoins, d’après les documents et les déclarations publiés, il n’y a aucune provision pour donner à l’OCS des fonctions militaires et de défense. Il est pourtant possible, comme le dit le journal Kommersant, que quelques instruments additionnels soient contenus dans la stratégie de développement futur de l’organisation, ce qui devra être approuvé par les chefs-d’État des membres de l’organisation. L’essence même de la stratégie demeure inconnue, puisqu’elle est toujours sujette à négociation.

Andreï Ilyashenko

Article original : Russia China counter-alliance: Can the SCO emerge as a counterweight to NATO ?

Traduction : Résistance 71

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Une réponse à “La contre-alliance russo-chinoise: l’OCS peut-elle émerger comme un contre-poids à l’OTAN ?

  1. L’impérialisme des US jusqu’à la guerre au ViêtNam avait ruiné une première fois ce pays qui prétend se surnommer « the world » ( « le monde » ) !… Cette banqueroute ne leur a pas appris la sagesse !… La politique du Nouvel Ordre Mondial ( NOM) n’est qu’une longue fuite en avant : s’endetter sans cesse pour payer des déficits antérieurs !… Les « autres » savent que cette position se fragilise un peu plus chaque jour et ils préparent le début de leur « propre » règne !…

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