C’est l’heure des puissances émergentes


Même affaiblis, les Etats-Unis restent une puissance sans égale dans le monde de l’après-Guerre Froide. Mais d’autres grands pays se réveillent et développent leurs ambitions. De la Chine au Brésil, de l’Inde à la Russie, ils revendiquent un nouveau partage de l’influence et du pouvoir sur la scène mondiale. Et ils viennent d’obtenir une victoire spectaculaire au récent sommet de Pittsburgh : le G20, qui inclut les grands pays émergents, a décidé de devenir le principal forum de coopération économique internationale. Aux dépens du G8, qui ne rassemblait que des pays industrialisés du Nord. Un ouvrage collectif [1] dirigé par Sebastian Santander (Université de Liège) explique la stratégie des pays émergents dans la construction d’un monde multipolaire, plus décentralisé que l’actuel.

Archive du 2 octobre 2009

Jusqu’en 1989, le monde paraissait figé et sa « lecture » semblait aisée : les relations internationales étaient dominées par un affrontement entre deux superpuissances dotées d’arsenaux nucléaires tellement énormes qu’ils dissuadaient l’un et l’autre de vouloir s’en servir. Car une première frappe nucléaire de l’un l’aurait exposé, de la part de l’autre, à des représailles susceptibles de l’anéantir complètement. C’est ce que l’on appelait le risque d’une destruction mutuelle assurée, élément clé de la dissuasion. Ce risque ne concernait pas seulement les superpuissances nucléaires, les Etats-Unis d’Amérique et l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS ou Union soviétique). Il menaçait potentiellement de s’étendre aux alliés des deux « grands », rassemblés au sein d’alliances militaires rivales : l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) pour les « Occidentaux » (Amérique du Nord et Europe occidentale) et le Pacte de Varsovie pour les pays communistes (Union soviétique et Europe de l’Est). Au-delà des questions stratégiques, l’antagonisme Est-Ouest se prolongeait par l’influence que l’un et l’autre des deux blocs s’efforçait d’exercer sur les pays du Tiers-monde, dans une optique de domination et de structuration de l’espace. C’est que chacune des deux grandes capitales, Washington et Moscou, nourrissait des convictions idéologiques qui, selon elles, avaient vocation à s’imposer à la planète tout entière. Alors que l’Occident prônait la démocratie représentative et l’économie libérale de marché, les pays communistes proclamaient la supériorité des théories marxistes et de leurs dérivés : l’économie planifiée et l’internationalisme prolétarien. Peu désireux de se soumettre à l’un des « grands » au risque de s’aliéner l’autre, un grand nombre de pays, surtout du Tiers-monde, créèrent le Mouvement des non-alignés, censé se tenir à l’écart des deux superpuissances.

Les choses auraient pu en rester là si les populations des pays d’Europe de l’Est, lasses du joug imposé par leurs gouvernements communistes, n’avaient entrepris de le secouer. Et si le dirigeant de l’URSS ne les avait pas laissées faire, renonçant ainsi à la tradition de son pays, qui consistait jusqu’alors à mater, par une intervention militaire, toute velléité de soulèvement dans les pays « satellites ». Nous sommes alors en 1989 et assistons, le 9 novembre, à l’événement le plus spectaculaire de la fin du XXe siècle : la chute du Mur de Berlin, symbole, depuis 1961, du « rideau de fer » qui divisait l’Europe en deux parties, l’Est et l’Ouest. L’un après l’autre, tous les pays d’Europe centrale et orientale emboiteront le pas et tourneront le dos au communisme. Mais ce n’est pas tout : l’URSS, affaiblie politiquement, économiquement et idéologiquement, explosera elle-même en 1991, sa dissolution entraînant la naissance de quinze nouveaux Etats indépendants remplaçant les anciennes républiques fédérées de l’URSS.

La fin du monde bipolaire

La fédération de Russie est l’héritière de l’Union soviétique, dont elle constituait déjà le noyau central. Elle a aussi hérité de son arsenal nucléaire et reste, de loin, le pays le plus étendu de la planète. Mais l’ancien « empire » a perdu 150 millions d’habitants depuis l’explosion de l’URSS. Et, surtout, son affaiblissement économique et moral l’a ravalée au rang d’une puissance de second ordre. Tant et si bien qu’à la fin du XXe siècle, il n’est plus question d’un quelconque « antagonisme des blocs » : les Etats-Unis restent la seule superpuissance et semblent désireux d’assumer ce leadership implicite sur le reste du monde. Autrement dit, le monde a cessé d’être « bipolaire », c’est-à-dire axé sur deux pôles de puissance antagonistes, l’Est et l’Ouest, comme il l’a été tout au long de la Guerre Froide (1947-1989).

A-t-il, pour autant, vocation à graviter éternellement autour de la seule hyperpuissance américaine, dont l’effondrement du pôle soviétique semble avoir consacré la suprématie sur l’échiquier politique planétaire ?

Rien n’est moins sûr. En dépit de leur suprématie militaire toujours inégalée, les Etats-Unis sortent affaiblis des réactions qu’ils ont entreprises en réponse aux attentats du 11 septembre 2001. Leurs interventions armées en Afghanistan et en Irak leur ont occasionné un coût économique, politique et militaire considérable. Mais les enlisements irakien et afghan ont montré les limites de leur pouvoir de coercition et leur leadership intellectuel et moral en sort très affaibli. Enfin, la crise économique et financière mondiale provoquée par les errances du « modèle » américain a fait le reste, affectant sensiblement la vocation « naturelle » des Etats-Unis à dominer la planète.

Par ailleurs, l’économie traditionnelle « occidentale » (la « triade » Etats-Unis + Union européenne + Japon), qui représentait l’essentiel des flux mondiaux jusqu’au début des années 1990, doit faire face à la concurrence croissante d’un certain nombre de pays engagés dans la construction ou la réhabilitation de leur statut de puissance. Une analyse trop centrée sur la « triade » négligerait l’évolution et les aspirations de ces pays, la plupart du Sud, qui sont bien décidés à réclamer une place plus conforme à leur poids dans le concert international et, surtout, une répartition qui leur serait plus favorable du pouvoir économique et politique en ce début du XXIème siècle.

C’est ici qu’intervient le livre piloté par Sebastian Santander. Au départ d’une réflexion menée à l’Unité de recherche en relations internationales de l’ULg sur la redistribution des cartes à l’époque de la post-Guerre Froide et sur le sens de l’ordre international actuel, il a pris le parti d’étudier le rôle joué par les puissances que l’on appelle désormais « émergentes ». L’attention y est focalisée sur les pays dits du « BRICSAM ». Un acronyme pour Brésil, Russie, Inde, Chine, South-Africa, Mexique (auxquels s’ajoute l’Association des nations de l’Asie du Sud-est, l’Asean). Le BRICSAM représente un ensemble plus large que le « BRIC », qui n’inclut que les quatre premiers de ces pays. Le concept de « BRIC », d’un usage courant dans les cercles diplomatiques et financiers, s’est imposé à la suite d’un rapport de prospective réalisé en 2003 par la banque d’investissements Goldman Sachs qui, mettant l’accent sur les facteurs tangibles de la puissance, relevait que les pays qu’elle qualifiait d’« émergents » ont en commun l’étendue territoriale, un certain poids démographique, d’abondantes ressources naturelles, des taux de croissance élevés et une participation active au commerce mondial. Mais le poids territorial, démographique, économique (…) ne signifie pas nécessairement source de puissance et nouvelle configuration des relations internationales. Il faut encore que les pays qui possèdent ces facteurs les mobilisent consciemment pour produire de l’influence et du pouvoir politique. Il faut aussi que ces pays soient capables de s’affirmer comme des « références » en mobilisant des ressources immatérielles comme l’idéologie, les institutions, la culture. Autre élément fondamental dans la construction d’un statut de puissance : la représentation, c’est-à-dire l’image qu’un pays a de lui-même et qu’il cherche à imposer sur la scène internationale. Enfin, il faut la reconnaissance, car l’image que l’on cherche à projeter de soi-même doit être reconnue comme telle à l’extérieur. Pour mesurer l’essor des « nouvelles puissances », Sebastian Santander a fait appel à des chercheurs reconnus pour leur expertise des divers pays retenus par le livre.

Afrique du Sud, Brésil : des différences de poids

Aujourd’hui considérée comme le leader principal du continent, l’Afrique du Sud doit une part de sa reconnaissance internationale au fait qu’elle représente un géant économique à l’échelle, toute relative, d’un continent majoritairement pauvre. Malgré un poids démographique modeste (50 millions d’habitants), elle cherche à progresser en termes d’influence, comme le montre sa prétention à devenir membre permanent au Conseil de sécurité des Nations unies (CSNU). L’activisme diplomatique sud-africain, émaillé de discours africanistes et anti-impérialistes, se veut porteur des intérêts du monde en développement. Mais les discours de Pretoria sont contredits par sa conduite effective, conforme à l’ordre libéral et axée sur la poursuite de deux objectifs : l’expansion régionale du capitalisme sud-africain et sa reconnaissance en tant que puissance émergente au niveau multilatéral. Un moment clé de la quête d’émergence de l’Afrique du Sud se situe en 2003, lors de la formation de l’IBSA (Inde, South-Africa, Brésil), une triade avec laquelle Pretoria entend développer sa « stratégie du papillon. » Une aile du papillon recouvre l’Atlantique sud et rejoint le Brésil, tandis que l’autre s’étend au-dessus de l’Océan indien pour rejoindre l’Inde, le corps de l’insecte représentant le continent africain tout entier. Mais cette vision grandiose est souvent démentie, notamment par les pays africains qui se méfient de ce « grand frère » parfois surpris à exporter ses armes vers toutes les parties au sein d’un même conflit. Incapable de remédier au marasme dont souffre le Zimbabwe, son voisin immédiat, Pretoria laisse donc planer des doutes quant à ses capacités à exercer une influence positive à l’échelle continentale. Il n’est donc pas certain qu’elle soit capable de soutenir durablement un statut de puissance régionale, conclut Sylvain Turcotte, chargé de cours à l’université du Québec à Montréal.

Sans doute en va-t-il tout autrement du Brésil, 5ème pays le plus vaste et le plus peuplé du monde (192 millions d’habitants) et qui, animé d’un sentiment de supériorité par rapport au reste des pays latino-américains, aspire « tout naturellement » et de longue date, à exercer le leadership du sous-continent. Aussi la construction d’un statut de puissance au sein d’un monde multipolaire est-elle une véritable stratégie d’Etat que développe tout nouveau gouvernement appelé à diriger la 10ème puissance économique mondiale. Les aspirations de Brasilia rencontrent des réactions critiques en Amérique latine, où l’on fustige parfois l’impérialisme jaune-vert, et la résistance de certains pays, comme l’Argentine, le Mexique et le Venezuela, également engagés dans une stratégie d’influence. Aussi le Brésil n’hésite-t-il pas à engager ses moyens financiers dans des projets communs et cherche-t-il toujours à apparaître comme un acteur bienveillant, évitant d’user de sa force pour asseoir sa puissance. Il veut aussi imposer cette image sur la scène mondiale, où il se présente volontiers comme le porte parole des pays en développement (PED). Son tiers-mondisme ne va cependant pas jusqu’à remettre en question les postulats néolibéraux de la globalisation, et cette réputation de pays modéré, sérieux et responsable lui vaut le soutien de Washington comme de Bruxelles. Un tremplin pour l’objectif tant convoité d’un siège permanent au CSNU ?

La Chine : leader des puissances émergentes

« La Chine sera une grande réalité politique, économique et même militaire » : ainsi parlait le général de Gaulle, en 1964, peu avant l’explosion de la première bombe atomique chinoise. Du haut de son 1,36 milliard d’habitants et de sa puissance régionale aux ambitions globales, la Chine est aujourd’hui un espace économique aux ramifications mondiales, de plus en plus intégrée au système international. Sans être porteuse de valeurs culturelles universelles imposable aux autres, elle désire rayonner dans le monde à partir de sous-ensembles régionaux sino-centrés, écrit Sophie Wintgens, chercheure-enseignante à l’ULg. Longtemps indifférente aux conflits lointains, étrangers à ses propres intérêts, elle entend aujourd’hui s’adapter avec réalisme à l’état du monde pour l’utiliser au profit de son projet de puissance.

L’Inde : l’autre géant asiatique

Forte de 1,36 milliard d’habitants et de ses bonnes performances économiques, l’Inde accentue une position mondiale qui, sans être dominante, s’est considérablement renforcée au fil des années. Son développement économique est, certes, inégal et n’a pas encore résorbé les fortes disparités sociales et régionales. Le pays a cependant atteint aujourd’hui un niveau « acceptable » en termes de démocratie, de défense de l’état de droit et de respect des droits humains, estime Olivier Dupont, collaborateur scientifique à l’ULg et consultant international. Sans être une terre d’opulence, elle finance des projets tiers-mondistes en Afrique, se lance dans l’aventure spatiale et revendique, elle aussi, un siège permanent au CSNU. La possession de l’arme nucléaire et un rôle international croissant donnent sans doute plus de poids à cette ambition. L’Inde est également impliquée dans de nombreux projets régionaux et sa présence de plus en plus affirmée dans les instances multilatérales l’incite à briguer une place supérieure dans la sphère politique mondiale.

Le Mexique : trop près des États-Unis ?

On hésite parfois à inclure le Mexique dans le nouveau club des puissances émergentes d’autant qu’il subit l’influence de son voisin nord-américain. Toutefois, il en possède néanmoins la plupart des attributs : une population de plus de 105 millions de personnes, une situation géographique stratégique qui fait le pont entre l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud et lui donne accès aux océans Atlantique et Pacifique et, enfin, un produit intérieur brut qui le situe au 12ème rang des plus grandes économies à l’échelle mondiale, relève Mathieu Arès, professeur à l’université de Montréal. Au cours des vingt dernières années, le Mexique est parvenu à renverser une politique internationale effacée pour revendiquer un espace politique propre. Il a été aidé en cela par le recul des Etats-Unis en Amérique latine, qui a représenté une opportunité d’émancipation vis-à-vis de la tutelle américaine. Le Mexique est de plus en plus souvent invité, aux côtés de la Chine, de l’Inde et du Brésil, à des sommets internationaux de très haut niveau.. Ce qui permet d’exercer, progressivement, un rôle charnière dans le système international.

Russie : surmonter l’humiliation

Malgré les années de misère, la Russie a conservé ses attributs de grande puissance que sont l’arsenal nucléaire et un siège permanent au Conseil de sécurité, ce qui a contribué à la perception de soi comme une grande puissance affaiblie, mais non défaite. Elle se voit donc plutôt comme un pays ré-émergent dans un ordre mondial reconfiguré, explique Nina Bachkatov, chargée de cours à l’ULg et professeure invitée à l’ULB. L’intérêt de Moscou pour les « BRIC » s’explique par son attachement au développement d’un monde multipolaire et la possibilité d’utiliser ce cadre pour imprimer une dynamique qui, sans être ostensiblement tournée contre les Etats-Unis, offre un contrepoids au système international dominé par l’Occident, tel que ce dernier imaginait l’imposer après la guerre froide. Il s’agit donc de conforter la spécificité russe, sans se fondre dans un système créé par d’autres et dans lequel la Russie entrerait, par la petite porte, avec le souci de se conformer. Mais la crise économique de 2008-2009 contraint Moscou à reconsidérer les moyens utilisés pour reconstruire sa grande puissance, dans l’euphorie des prix élevés de l’énergie. Le statut futur de la Russie pourrait s’apparenter à celui d’une « grande puissance régionale », capable d’exercer son influence sur la scène internationale. Cette définition correspond assez bien à la vision russe d’un monde multipolaire dont elle serait une composante incontournable, avec toutefois la modestie qu’il faut pour accepter un recul par rapport au statut de superpuissance de la Guerre Froide.

Vers un directoire mondial

A l’époque de la Guerre Froide déjà, certains pays que l’on qualifie aujourd’hui d’émergents étaient à la recherche d’un système de relations internationales différent de celui qu’imposait la confrontation Est-Ouest. C’était le cas, tout particulièrement, des deux géants asiatiques, l’Inde et la Chine. La disparition de l’ordre bipolaire ménage de nouveaux espaces d’action et ouvre aujourd’hui davantage de perspectives politiques aux puissances émergentes. Forts de leur croissance tonique et d’un développement accéléré, elles créent une série de liens quasi institutionnels tels que le BRIC, le G20 plus ou l’IBSA. Ces cadres relationnels regroupent des pays partageant l’idée que la structure économique et politique internationale « officielle » est loin de refléter la répartition réelle du pouvoir international. Ces enceintes constituent un espace d’affirmation qui renforce leur poids par rapport aux puissances traditionnelles. Rassemblée au sein du « G7 » depuis les années 1970, la « triade » Amérique du Nord-Europe-Japon s’était longtemps arrogé le droit de définir, seule, les grandes orientations économiques et politiques internationales. Mais les évolutions récentes ont assis la légitimité d’un groupe alternatif au G7 : celui du G20, qui regroupe les pays nantis du Nord et les économies émergentes. Il apparaît désormais comme le nouveau club des puissances mondiales chargées, notamment, de définir les règles de la finance et du commerce internationaux. Contrairement aux idées préconçues, ce n’est pas parce que les « clubs de puissance » s’élargissent que les relations internationales se démocratisent, avertit Sebastian Santander dans la conclusion de l’ouvrage. Les puissances émergentes sont en effet conscientes que le multilatéralisme permet d’entériner et de légitimer les relations de puissance. Le but de leurs politiques étrangères est donc de décrocher ou de renforcer une place au sein des espaces de puissances dans le cadre des institutions multilatérales encore dominées par les pays du Nord. Ce faisant, elles contribuent moins au développement de l’égalité au sein du système multilatéral qu’à la légitimation de la notion de directoire mondial.

Le pouvoir, pas la révolution

Malgré leurs discours mobilisateurs aux accents d’émancipation et de conquête de l’égalité, les puissances émergentes n’ont aucune intention de réveiller l’esprit tiers-mondiste ou de ranimer un quelconque front anti-impérialiste. Elles ont beau se présenter comme les porte-drapeaux des pays en développement, dans les faits, elles sont à la conquête de nouveaux marchés. Elles se réservent des zones d’influence régionale et construisent, avec leurs voisins, des relations de type Nord/Sud où le pays dominant échange ses produits manufacturés à haute valeur ajoutée contre des matières premières ou des produits agricoles à faible valeur ajoutée. Les puissances émergentes ne projettent donc pas de remettre en question les postulats néolibéraux de la mondialisation issue de la domination occidentale.

Dans l’éventail disparate des pays étudiés ici, la Chine semble s’imposer davantage comme tête de pont des puissances émergentes. Elle dispose du potentiel pour troubler la puissance américaine, d’autant plus qu’elle est devenue le premier créancier des Etats-Unis et qu’elle détient l’une des plus importantes réserves de dollars du monde. Les dirigeants chinois savent bien sûr que la valeur de leurs avoirs en dollars dépend de l’évolution de l’économie américaine. Mais la prise en considération de cette interdépendance, à Washington comme à Pékin est, peut-être, une garantie que ces deux très grands pays ne laisseront pas leur inévitable concurrence dégénérer jusqu’au stade d’un conflit armé.

Puisque de nouveaux pôles de puissances émergent, peut-on déjà dire que le monde est devenu « multipolaire » ? Cela reviendrait à affirmer qu’il existe plusieurs pôles économiques et politico-militaires de caractéristiques comparables et qui se contrecarrent, ce qui ne reflète pas la réalité de la scène mondiale actuelle. Malgré leurs difficultés économiques et leurs revers politico-militaires, les Etats-Unis demeurent encore, pour le moment, une puissance sans égale. Néanmoins, l’émergence des nouvelles puissances participe indiscutablement à la décentralisation progressive du monde.

Note

[1] L’émergence de nouvelles puissances. Vers un système multipolaire ? Sous la direction de Sebastian Santender, Paris, Editions Ellipses, 2009.

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4 réponses à “C’est l’heure des puissances émergentes

  1. Au moins une bonne nouvelle : une guerre nucléaire semble exclue dans les futurs maux qui viendront affliger notre malheureuse Terre au cours de ce XXI° siècle !… Les US sont les seuls qui y auraient vraiment intérêt ( vu la déliquescence de leur pouvoir impérial !…) et ils sont toujours neutralisés, car ils auraient trop à perdre !…

  2. Pingback: Le RIC face aux antimissiles « MecanoBlog·

  3. Un scénario-catastrophe n’est pas à exclure , évidemment : il était en germe dans un article de « Science & Vie » des années 60 où on dénonçait la capacité des arsenaux USA/URSS « associés » (!) de pouvoir vitrifier 20 fois la totalité des terres émergées !… Les survivants dans leurs abris « protégés » n’y feraient pas long feu!…Cependant, ces armements sont à la discrétion des néo-cons., une « secte » ( ou une mosaïque , à l’image du nazisme !) dont l’idéologie est celle des évangélistes apocalyptiques wasp, antisémites et « alliés » des Israéliens pour le motif du retour du Messie des Juifs : celui-ci sera considéré comme l’AntéChrist et donc, son arrivée précédera celle du Sauveur, qui viendra enfin instaurer le royaume de la Jérusalem Céleste sur toute la planète et toute l’Humanité sera définitivement à son « service » et la victoire du « Bien » assurée pour toujours !…
    Or ces concepts d’absolutisme monarchique seraient mis en péril avec un projet de Chaos suicidaire : Dieu ne semble pas enclin à inaugurer son règne dans les nuages radioactifs !… Ce qui peut donc laisser espérer qu’une faction extrémiste sera neutralisée par une autre !…

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