l’OTAN et le crime de « guerre sans fin », requiem des stratèges (+ vidéo)


par Mario Tomé

Le néolibéralisme, depuis le début de son expansion, il y a presque trente ans, poursuit son avancée sournoise, continue et victorieuse en direction de la liquidation du modus vivendi européen, inauguré au lendemain de la catastrophe de la 2° Guerre Mondiale : Le plan Marshall assurait la base matérielle du rêve européen, menacé par la constestation et les mouvements sociaux qui exigeaient des tansformations radicales dans l’économie, la politique et la culture, et réclamait l’adoption, comme fondement, de la social-démocratie et de l’Etat social et même, dans l’euphorie de la victoire sur le nazisme, de l’American Way of Life.

L’Atlantique, comme un liquide amniotique, berçait sans chocs le nouveau né : l’OTAN. Les militaires équilibraient l’apport économique du plan Marshall, les deux contrats furent les instruments de la prise de pouvoir des États-Unis sur l’Europe : subordination militaire plus dominance économique.

Rappelons ici que l’OTAN, en tant qu’alliance politico-militaire « pour la défense des démocraties », a compté, parmi ses membres fondateurs, le Portugal : la plus ancienne des dictatures fascistes d’Europe ; et que celle-ci ne disparut qu’à la suite des luttes de libération nationale des peuples de l’empire colonial portuguais. Ce sont eux qui, par leurs succès, amenèrent la rupture entre les bases et le Haut Commandement de l’Armée Portuguaise, et provoquèrent le retour à la démocratie, grâce au coup d’État des Capitaines, du 25 avril 1974. L’Europe sous contrôle des Etats Unis, au fur et à mesure qu’elle capitulait à chaque avancée de l’OTAN, s’affaiblissait chaque fois plus, politiquement, jusqu’à ce point curieux et même ironique où nous sommes parvenus aujourd’hui : l’Union Européenne considère l’OTAN comme la principale garantie de son unité. Le multilatéralisme est devenu une forme astucieuse pour obliger les alliés à financer les aventures des Etats-Unis, et le multilatéralisme s’appuie ainsi sur le commandement unilatéral des Américains : sur un puissant argument, sans appel.

Les guerres d’Afghanistan et d’Irak n’ont apporté que morts et destructions. Indépendamment de toute considération éthique et politique, elles ont abouti exactement au contraire des objectifs annoncés.

En Irak, après que l’État ait été complètement détruit, les élections – comme on pouvait le prévoir – ont donné la victoire aux chiites, c’est à dire à l’influence iranienne. C’est pourquoi on peut considérer comme une pensée un peu légère l’idée que le conflit entre l’Iran et États-Unis puisse aller très loin. Le contrôle du Moyen-Orient par Washington pourrait bien plutôt passer par des relations sans inhibition avec l’Iran en tant qu’État signataire respectueux du Traité de non prolifération des armes nucléaires (TNP), et ceci bien plus aisément qu’avec Israël, qui viole toutes les résolutions de l’ONU et le contenu de cet accord.

Quant à l’Afghanistan, son contrôle avait été l’un des objectifs des États-Unis depuis l’invasion soviétique. Mais le Nouveau Pearl Harbour – selon Rumsfeld – fut organisé de telle sorte que l’attaque sur le Pentagone eut lieu une heure après l’attentat des deux tours ! Quoi qu’il en soit, la guerre d’Afghanistan est une impasse. Comme toutes les guerres coloniales de nos jours, elle va se terminer par la défaite de l’envahisseur. L’Afghanistan est, comme on sait, le cimetière des envahisseurs : le grand romancier portuguais Eça de Sueiroz (qu’on considère comme le Balzac ou le Dickens portuguais) l’avait lui-même bien prévu naguère : les Britanniques, qui l’envahissent au moment le plus dynamique de leur conquête impériale, dans le dernier quart du XIX° siècle, durent finalement s’en retirer.

Les Taliban se sont transformés en une force de résistance populaire, avec appui populaire. Cela résulte aujourd’hui de la brutalité des seigneurs de la guerre, base sociale de la « démocratie » de Karzaï et des milices, récemment institutionalisées, qui ont leur propre programme de vol, d’extorsion et de violence. La coalition remporta une victoire, tout au début, mais il est bien impossible de répéter ce succès une deuxième fois. En se débarassant du gouvernement en place, grâce au peuple qui détestait les Taliban, les États-Unis furent en position d’imposer et de disposer à leur gré de l’avenir, mais ils ont ensuite commis âneries sur âneries, général après général.

La guerre américaine à franchi les frontières et gagne un Pakistan, déjà en feu ; et ce n’est donc pas pour un tâche accessoire que les troupes de l’OTAN ont été « invitées » à pénétrer ouvertement chez ce pays, nucléaire, pour y soutenir un pouvoir totament fragilisé : une armée et des services secrets compromis avec les Taliban depuis l’époque de la lutte contre les Soviétiques. L’OTAN en tant que première force militaire du monde, reste un instrument de menace et de domination entre les mains des États-Unis, dans cette nouvelle étape : celle de la globalisation économique et financière. Mais l’OTAN et ses armées régulières sont en train de se transformer, sans rencontrer d’opposition sérieuse, par une logique qui est celle de l’adéquation parfaite, en acceptant le statut d’une simple arrière-garde, servant à légitimer l’usage américain des armées privées, entreprises hautement lucratives dont les effectifs sur le terrain atteignent parfois un niveau supérieur à celui des forces régulières et qui sont dotées de moyens sophistiqués. La « guerre sans fin » contre les peuples constitue la stratégie militaire de la globalisation financière. Mais la « guerre sans fin » sous hégémonie des systèmes financiers, n’a qu’un seul objectif : la soumission des peuples et la prédation de ce qui constitue leurs richesses légitimes. C’est en cela qu’une telle guerre n’a pas de stratégie possible, ni rien qui puisse viser comme résultat une « conquête des cœurs et des esprits » d’un peuple. L’envahisseur ne les convaincra jamais et les peuples seront toujours finalement vainqueurs.

On assiste au requiem des stratèges : le monde globalisé, le capitalisme financiarisé, les nations qui se dissolvent dans un cosmopolitisme intégrateur ou qui se dipersent par l’inévitable émigration de la misère ; la patrie, réduite à un symbolisme chaque fois plus réactionnaire, l’évidence que la guerre épuise sa gloire dans la satisfaction des intérêts privés les plus étroits et les plus rapaces, tout cela tranforme la stratégie militaire en une caricature d’elle même. Quand la guerre prend la place de la politique c’est la politique qui en vient à être la continuation de la guerre par d’autres moyens (en référence à « La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens. » Carl von Clausewitz, ndlr).

Le nouveau concept stratégique de l’OTAN, tel qu’il fut approuvé à Lisbonne le 20 novembre 2010 possède deux objectifs fondamentaux :

  1. Se présenter, d’une manière élégante et subtile, comme une force de sécurité interne.
  2. Rallier les opinions publiques en prétendant au rôle de paladin de la défense du milieu ambiant, et de garantie d’une défense contre le crime cybenétique (s’agit-il de WikiLeaks ?) et contre le terrorisme. Bien entendu, le terrorisme est une tactique et non un ennemi, sinon les États-Unis ne l’utiliseraient pas eux mêmes contre les Taliban. Autrement dit l’OTAN défendrait un capitalisme vert, un C02 parfumé, des bombes souriantes.

Les États démocratiques sont comme éventrés et vidés des dernières ressources qui leur permettaient de produire encore l’illusion du pouvoir, face à la société et à la citoyenneté, par le secret ou la liberté de mensonge et par la corruption : ils vont se sentir plus faibles. Leur tendance au « totalitarisme démocratique » va s’accroître. La subversion par WikiLeaks de l’apparence d’honorabilité des États, du secret d’État, est la conquête la plus importante de la civilisation moderne, menacée par le crime et l’impunité. Les seigneurs de la guerre craignent avant tout une citoyenneté active, et sa capacité d’action, de mobilisation et donc craignent l’information libre et la liberté d’expression. L’interdiction de ces libertés a pourtant déja conduit au désastre la seconde plus grande puissance de l’histoire : l’URSS.

Aujourd’hui comme jamais, le courage civique, l’audace intellectuelle, l’honnêteté et le déchaînement du politique est devenu nécessaire, pour entamer une lutte qui, aujourdhui en dernière instance, peut être définie comme la lutte de la liberté contre l’aliénation, de l’exigence de vérité contre le règne du mensonge, et de l’exigence de réalité contre l’idéologie et le dogme. La réalité ce sont les faits et leurs conséquences factuelles. Il y en a qui disent avec un certain sens de la provocation, que contre les faits il n’y a que des arguments de fait. De facto.

Mario Tomé

OTAN : machine de guerre, machine de paix ?

1/4

2/4

3/4

4/4

Advertisements