Crise syrienne : le « plan en six points » de la Chine


par Nicolas Gros-Verheyde pour Bruxelles2

Les Chinois sont-ils en train d’évoluer sur la Syrie. En tout cas, le ministère chinois des Affaires étrangères vient de prendre une initiative et de présenter un « plan en six points ». Un plan qui trace ainsi les contours d’une nouvelle résolution au Conseil de sécurité balançant entre demande d’arrêt des violences « d’où qu’elles viennent », ouverture d’un dialogue « inclusif » avec l’opposition, libre accès de l’aide humanitaire à condition qu’elle ne soit pas guidée par des motifs politiques, résolution de la crise au sein des Nations-Unies mais aussi refus de l’ingérence, d’appel à un changement de régime ou d’action unilatérale. La Chine reste « engagée à respecter l’indépendance, la souveraineté, l’unité et l’intégrité territoriale de la Syrie, la paix et la stabilité au Moyen-Orient, la paix et la tranquillité du monde entier », précise un responsable des Affaires étrangères.

Un plan qui semble justifié par deux faits : bien entendu, l’aggravation des violences – « La situation en Syrie reste grave » précise le communiqué du ministère. Mais pas seulement. Il y a la situation géopolitique : la Chine semble avoir entendu le message de la Ligue arabe et ne veut pas se couper des pays du Golfe persique, si précieux stratégiquement, et entend préserver son influence dans la région. « La Chine est un pays responsable et un ami des peuples arabes, y compris le peuple syrien » est-il indiqué.

Le message à ne pas diviser la communauté internationale et le Conseil de sécurité peut se lire à double sens, envers les occidentaux ou les arabes d’abord, mais aussi, et surtout, envers la Russie. Une Russie qui commençait juste à voter (du moins à l’extrême est du pays) et qui pourrait, elle aussi, évoluer dans la prochaine semaine, après la proclamation des résultats. Du moins c’est ce que tout le monde espère.

Le plan en six points des Chinois :

•1. Le gouvernement syrien et toutes les parties concernées doivent immédiatement, intégralement et sans condition cesser tous les actes de violence, en particulier contre des civils innocents. Les diverses factions en Syrie devraient exprimer les aspirations politiques par des moyens non violents.

•2. « Le gouvernement syrien et les différentes factions devraient (…) lancer immédiatement un dialogue politique inclusif sans conditions préalables fixées ou les résultats prédéterminés par l’intermédiaire de la médiation impartiale de (Kofi Annan) l’Envoyé spécial conjoint de l’Organisation des Nations Unies (ONU) et la Ligue arabe (AL), un accord sur une feuille de route complet et détaillé et un calendrier pour la réforme à travers la consultation et la mise en œuvre dès que possible d’un accord en vue de restaurer la stabilité nationale et l’ordre public. »

•3. « La Chine soutient le rôle leader de l’ONU dans la coordination des efforts de secours humanitaires. (…) A condition de respecter la souveraineté de la Syrie, l’ONU ou un organe impartial acceptable par toutes les parties devrait procéder à une évaluation objective et complète de la situation humanitaire en Syrie, s’assurer la livraison et la distribution de l’aide humanitaire. La Chine est prête à fournir une assistance humanitaire au peuple syrien. Nous nous opposons à toute personne de s’ingérer dans les affaires intérieures de la Syrie sous le prétexte de question « humanitaire ». »

•4. « Les parties concernées de la communauté internationale devrait sérieusement respecter l’indépendance, la souveraineté, l’unité et l’intégrité territoriale de la Syrie et le droit du peuple syrien à choisir indépendamment son système politique (…). La Chine n’approuve pas de l’ingérence armée ou pousser à un « changement de régime » en Syrie, et croit que l’utilisation ou la menace de sanctions ne contribue pas à résoudre ce problème de manière appropriée. »

•5. La Chine (…) soutient la nomination d’un envoyé spécial et l’appelle « à jouer un rôle constructif en vue de la résolution politique de la crise. La Chine soutient les efforts actifs déployés par les États arabes et de l’AL pour rechercher une solution politique à la crise. »

•6. « Les membres du Conseil de sécurité doivent se conformer strictement aux buts et aux principes de la Charte des Nations Unies et aux normes fondamentales régissant les relations internationales. En tant que membre permanent du Conseil de sécurité, la Chine est prête à remplir effectivement ses responsabilités, à s’engager dans une consultation placée sur un pied d’égalité, de façon patiente, avec toutes les autres parties (pour trouver) la solution politique à la crise syrienne, dans un effort pour sauvegarder l’unité du Conseil de sécurité. »

Le texte (en anglais) est relayé par l’agence Chine nouvelle.

Nicolas Gros-Verheyde

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Source : Bruxelles2

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