Notes sur l’“amitié” USA-Israël


par Philippe Grasset pour Dedefensa

Dans une grosse décade, autour du 5 mars, le président Obama reçoit son “ami”, le Premier ministre Benjamin “Bibi” Netanyahou. Il s’agit d’une nouvelle passe d’armes entre les deux amis, unis dans leur opposition à l’Iran par une querelle épouvantable et quasiment sanglante.

Il y a déjà eu plusieurs épisodes remarquables dans la séquence actuelle (depuis décembre 2011, que la “crise iranienne” a commencé à se transformer en “crise haute”). Celui-ci est particulièrement gratiné et s’est concrétisé autour du jugement de Netanyahou, “fuité” vers Haaretz, que le général Dempsey, président du comité des chefs d’état-major US, est un “serviteur de l’Iran” (ou “un valet de l’Iran”).

Le terrain était bien préparé par l’échec de la énième mission US pour tenter de modérer Netanyahou, par le directeur du NSC et conseiller d’Obama pour la sécurité nationale Tom Donilon, en visite en Israël. Selon DEBKAFiles du 20 février 2012 :

« Le conseiller à la sécurité nationale de la Maison Blanche Tom Donilon a fait face à un Premier ministre acrimonieux Benyamin Netanyahou durant les deux heures d’une conversation orageuse à Jérusalem, dimanche le 19 février, selon les vastes dernières nouvelles des sources américaines haut placées à Washington. »

Cette attaque contre Dempsey est bien plus qu’un fait symbolique ou périphérique dans ce nouvel épisode de la querelle USA-Israël. Il a une dimension opérationnelle précise et renvoie à un aspect fondamental du problème du nucléaire iranien.

L’intervention de Dempsey

Apprécions, à l’avantage de la diffusion et de l’influence du site russe, que c’est par la reprise de l’information d’Haaretz par Russia Today, le 21 février 2012, que la nouvelle s’est le mieux diffusée, y compris aux USA…

« Le président du Comité des chefs d’États-majors interarmées le général Martin Dempsey a fait des nouvelles au cours de cette semaine en appelant l’attaque menée par Israël sur l’Iran d’idiote si elle était tentée dans un proche avenir. [...] Le général Dempsey a dénoncé une attaque sur l’Iran dans un proche avenir comme étant « déstabilisante » et « non prudente » en parlant à CNN pendant le week-end à l’égard de l’Amérique et l’effort d’Israël d’empêcher Téhéran de développer une tête nucléaire. Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a abordé à présent cette déclaration lui-même, en mettant en question les intentions de l’officiel des États-Unis.

Netanyahou suggère maintenant que les États-Unis adoptent des politiques qui favoriseront l’Iran et non pas leur allié historique : Israël. Le journal israélien Haaretz (« Le Pays ») rapporte que le Premier ministre Netanyahou avait des mots durs pour le commandant du JCS, disant que ses commentaires officiels sur la remise en cause de n’importe quelle attaque sont des remarques qui « ont servi les Iraniens ». [...] « Les Iraniens voient qu’il y a une controverse entre les États-Unis et Israël et que les Américains s’opposent à une action militaire. Cela réduit la pression sur eux », ajoute un officiel israélien haut placé au journal. »

La question de l’irrationalité

Nous serions de l’avis que la phrase de Dempsey, lors de son interview à CNN, qui a le plus irrité Netanyahou et provoqué son jugement de “serviteur de l’Iran” (“valet de l’Iran”), est celle où le président du JCS qualifie l’Iran d’“acteur rationnel” («… nous sommes de l’avis que le régime iranien est un acteur raisonnable. Et c’est pour cette raison, je pense, que nous pensons que le chemin actuel sur lequel nous sommes est le chemin le plus prudent à ce point »).

Qualifier l’Iran de “rationnel”, c’est réduire en charpie le fond même de l’argumentation de Netanyahou et de sa faction, qui est de présenter l’Iran comme une puissance irresponsable qui fabrique une arme nucléaire pour s’en servir pour anéantir Israël, et que c’est même cette volonté folle et maléfique d’anéantissement d’Israël qui est la cause essentielle de la fabrication de la bombe iranienne. Cette argumentation, où la part de l’émotionnel est considérable, est une sorte de théorie de l’“Holocauste-II”.

Cette irrationalité de l’Iran comme argument péremptoire ressort d’une vision manichéenne, maniaque et donc exaltée, du Premier ministre israélien. Netanyahou évolue, dans cette affaire, selon une tactique retorse mais, d’abord, fondamentalement, selon une “stratégie” qui est le fruit d’une vision manichéenne d’essence religieuse. La propension est alors irrésistible pour lui, selon cette logique, d’appliquer le même comportement, dans le sens négatif, à son adversaire… Cela ne garantit plus pour autant le succès, car la foi, aujourd’hui, dans ce cas de Netanyahou, ne semble plus suffire plus à soulever les montagnes.

Le précédent Abizaid

Mais il faut aller plus loin, avec audace, car l’audace paie (voir Danton)… Ce jugement d’un chef US (Dempsey) sur les Iraniens “rationnels” est d’autant plus important qu’il n’est pas nouveau. Le précédent à cet égard est effrayant pour Netanyahou parce qu’il ouvre une logique qui conduit à la conclusion qu’après tout, on peut bien “vivre avec un Iran nucléaire”… Cela fut déjà dit.

En septembre 2007, le général Abizaid, à la retraite après quatre ans de commandement à Central Command jusque début 2007, donna une conférence. Il y affirma que les dirigeants iraniens n’étaient pas “irrationnels” pour l’essentiel, et que, en fonction de ce constat, on pourrait s’arranger d’un Iran nucléaire puisque la logique de la dissuasion nucléaire jouerait son rôle. (Voir le 19 septembre 2007 et le 20 septembre 2007.) :

« Chaque effort devrait être fait pour empêcher l’Iran de se procurer des armes nucléaires, mais à défaut, le monde pourrait vivre avec le régime nucléaire de Téhéran, a déclaré, lundi, le commandant des forces américaines dans le Moyen-Orient récemment parti à la retraite.

John Abizaid, général à la retraite qui a dirigé le Central Command pendant près de quatre ans a dit, qu’il était convaincu que si l’Iran obtient des armes nucléaires, les États-Unis pourraient les dissuader de leur utilisation. « L’Iran n’est pas une nation suicidaire », a-t-il dit. « Je veux dire, ils ont peut-être certaines personnes à charge qui ne s’affichent pas à être rationnel, mais je doute que les Iraniens ont l’intention de nous attaquer avec une arme nucléaire. » »

Abizaid était de l’U.S. Army, comme Dempsey, et tous deux en service dans la zone comprenant l’Irak et l’Iran pendant la guerre en Irak. On comprend aisément que ce jugement sur l’“Iran rationnel” est une analyse générale de ce service (l’U.S. Army) et, sans doute, du Pentagone en général (l’U.S. Navy, dans tous les cas, a déjà montré, avec les amiraux Fallon et Mullen, qu’elle y souscrivait). Ainsi l’affirmation de Dempsey-2012 rejoint-elle, dans sa logique, l’exposé de Abizaid-2007.

Rien de pire pour Netanyahou, parce que cette logique de la dissuasion nucléaire (d’autant plus valable avec les 200 têtes nucléaires israéliennes) est imparable si les acteurs sont jugés comme y souscrivant (cas de l’“Iran rationnel”). C’est elle qui a tenu l’“équilibre de la terreur” durant toute la Guerre Froide ; elle tend à impliquer, justement, que l’absence du nucléaire chez l’un des acteurs du théâtre de confrontation est un facteur de déséquilibre nourrissant la tentation de l’agression et la possibilité, voire la probabilité de la guerre.

Fureur et optimisme

De ce point de vue rapidement exposé, la “fureur” de Netanyahou se comprend encore plus. C’est DEBKAFiles qui parle de “fureur” à propos de Bibi. Le site israélien, qui nous donne une sorte de “Radio-Mossad” souvent intéressante, explique à sa façon, le 18 février 2012, la querelle Israël-USA, du point de vue israélien.

L’état d’esprit “optimiste” d’Obama enrage Netanyahou, parce que cet “optimisme” est fondé sur la conviction que les sanctions marcheront, et même que les Iraniens s’arrangeront avec Washington. Pire encore ! Un Dennis Ross, relais privilégié de Tel Aviv et de l’AIPAC auprès de plusieurs administrations mais désormais dégagé des cadres, Ross lui-même semble passé de l’autre côté, qui nous annonce que l’Iran est “prêt à parler”…

« Il y avait des temps meilleurs…

Le président américain Barack Obama est convaincu que la reprise des négociations internationales sur le nucléaire qu’il a travaillé dur à installer préviendra non seulement la guerre, mais donnera du repos une fois pour toutes au problème du programme de la bombe nucléaire de l’Iran. Il a été mené à cette croyance secrète derrière le canal des échanges au plus haut niveau entre des représentants américains et turcs et les émissaires du Guide Suprême l’ayatollah Ali Khamenei qui a ouvert la voie à des pourparlers officiels.

Nos sources à Washington décrivent l’humeur de la Maison Blanche à un haut niveau d’optimisme. Ils pensent qu’ils ont une voie toute tracée pour la réussite : les États-Unis vont correspondre les concessions iraniennes sur son programme d’armes nucléaires avec la réduction échelonnée des sanctions. Ils laisseront tomber à zéro pour un accord concluant. Aucune confirmation de cette hypothèse ne peut être trouvée de n’importe quelles sources iraniennes. Cependant, l’ancien conseiller haut placé d’Obama et bien informé Dennis Ross était assez confiant pour qui les pourparlers étaient suffisament proches pour publier un article au New York Times, jeudi le 16 février, sous le titre « l’Iran est prêt à parler ».

La réponse furieuse aux nouvelles à Jérusalem est en contraste direct avec l’optimisme rose à Washington et une mesure du désaccord bâillant entre les deux administrations sur la question nucléaire. »

Le “groupe Dagan” riposte

La “fureur“ est partout, y compris en Israël, mais aussi contre Netanyahou. Le “groupe Dagan” est actif et milite sans se dissimuler contre les projets d’attaque prêtées à Netanyahou. Cette opposition va jusqu’aux démarches les plus extrêmes. On est tout de même peu habitué à lire, même dans Haaretz, un commentateur recommander aux pilotes de la force aérienne israélienne de désobéir aux ordres et de ne pas monter dans leurs F-15 et dans leurs F-16 si l’ordre d’attaquer l’Iran leur était donné.

Sefi Rachlevsky, qui donne cette recommandation, ne le fait pas au nom d’un pacifisme extrémiste, ou d’autres “déviations” de cette sorte, mais bien au nom d’une appréciation réaliste : il faut sauver l’alliance stratégique avec les USA que Netanyahou est en train de détruire (dans Haaretz le 21 février 2012). C’est donc quasiment un homme qui pourrait être proche du “groupe Dagan” qui donne cette sorte de conseil aux pilotes israéliens : “désobéissez…”

« Face à cet échec, tout le corps d’officier israélien doit devenir Eli Geva, qui a refusé de commander sa brigade dans Beyrouth pendant la Guerre du Liban en 1982. En venant d’un gouvernement qui a trahi ses obligations les plus basiques, un ordre aux avions de décoller serait un ordre clairement illégal. Il peut être mis en œuvre – peut-être – seulement par consentement personnel : les galons de rang doivent être laissés sur la table.

Quand Netanyahu lie Tel Aviv sur l’autel en démolissant l’alliance stratégique avec les États-Unis, peut-être il voit que le bâteau Altalena de l’Irgoun est submergé là plutôt que son fils. Mais aucune main céleste ne descendra pour empêcher cette folie, de la façon de l’ange empêchant Abraham de sacrifier Isaac. Une main israélienne doit donc être ce moyen pour refuser l’ordre et arrêter la folie. »

Juan Cole défend le Pentagone

Aux USA, également, il y a des réactions emportées. La plus remarquable, à notre sens, est celle de Juan Cole, qui défend avec alacrité le général Dempsey contre Netanyahou, le 21 février 2012… Il n’y va pas de main-morte puisqu’il demande une sorte de réprimande publique de Netanyahou par l’administration Obama. (Certes, il peut toujours attendre et il le sait, Cole, mais c’est pour mesurer l’intensité de la polémique.)

« Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou et le ministre de la Défense Nationale Ehud Barak ont commencé une attaque vicieuse contre le président du Comité des chefs d’États-majors interarmées le général Martin Dempsey, un héros de guerre américain, disant ses déclarations récentes « servant l’Iran »… [...] la charge de Netanyahu que Dempsey « sert l’Iran » est complètement inacceptable et mérite une réprimande sévère de l’administration d’Obama si elle ne veut pas se faire ressembler à un jeu complet de mauviettes… »

Juan Cole et son Informed Comment eut son heure de gloire comme “commentateur libre et indépendant” le plus avisé et le mieux document, notamment lors de la guerre en Irak. Nul ne mettait en doute, alors, son indépendance vis-à-vis des autorités du Système et ses engagements de dissident. Depuis, les choses se sont nuancées, il est apparu que Cole, qui semble s’être réconcilié avec le Système depuis qu’Obama est à la Maison Blanche, a été au centre de certaines polémiques (voir le 18 juin 2011).

Message discret mais péremptoire

Dans ce cas, Cole dénonce l’attitude de Netanyahou, rappelle l’aide US énorme (essentiellement militaire) à Israël, qu’il présente sans en critiquer le principe mais en critiquant l’usage qu’en fait Netanyahou en menaçant l’Iran selon une politique que n’approuve pas l’administration Obama. Quant à Dempsey, Cole substantive sa défense en en faisant un héros de la guerre en Irak, ce qui contraste avec la crique constante qu’il fit, dans les années 2003-2007, de cette même guerre.

« Dempsey a servi dans la Guerre du Golfe et été déployé deux fois en Irak pendant la Guerre d’Irak. « Les récompenses et décorations du général Dempsey incluent la Médaille de Service Distinguée à la Défense avec palme, la Médaille de Service Distinguée avec trois palmes, la Médaille de Service Supérieure à la Défense, la Légion du Mérite avec deux palmes, l’Étoile de Bronze avec « V » et palme, le Badge d’Action de Combat et le Badge de Parachutiste… ». »

Tout cela nous en confirme beaucoup sur Cole (à lire également l’étrange position de ce « dissident » vis-à-vis de la guerre de Libye et la lettre ouverte de WSWS à ses diffamations, ndlr) et ne nous en dit pas moins sur les réactions souterraines de l’establishment washingtonien, essentiellement militaire dans ce cas, aux propos de Netanyahou. En effet, dans ce cas, Cole s’en fait, plus ou moins inconsciemment (mais pas si “moins” que ça), le porte-parole. La circonstance (Cole porte-parole) est assez judicieuse, parce que Cole est largement lu dans les milieux qu’il faut et garde, chez les lecteurs peu informés de Informed Comment, une aura d’indépendance.

Il faut apprécier, dans ce contexte, cette intervention de Juan Cole selon les règles du monde discret et fortement codé des échanges israélo-américanistes (tout ce qui est trop public tombe immédiatement sous le tir de barrage l’AIPAC, des neocons et du Congrès qui suit aveuglément). Décodée et débarrassée de sa discrétion, l’intervention de Juan Cole nous informe de l’extrême mécontentement des milieux militaires et du Pentagone de l’attaque de Netanyahou. C’est le signe, via Juan Cole et Sefi Rachlevsky, d’une sorte d’“alliance objective” entre Dempsey et le “groupe Dagan”, contre les projets de Netanyahou.

Affrontements internes sans précédent

Il s’agit d’une situation inédite d’une extrême gravité pour le Système. Il y a déjà eu des signes évidents de désaccords entre le Pentagone et la politique extrémiste de la direction israélienne, essentiellement avec Netanyahou. Mais jamais la situation n’est apparue, à la fois si tranchée et si antagoniste, et si porteuse de confusion dans ses effets par conséquent, à l’intérieur même du Système, à l’intérieur même de l’“axe sacré” Washington-Israël.

• D’une part, la querelle intervient à un moment où la “crise iranienne” a pris le tour qu’on lui voit, en s’“internationalisant en crise haute, en devenant le relais explosif et direct de toutes les explosions et manigances du “printemps arabe” (Syrie, notamment). A un moment, aussi, où l’attaque directe contre l’Iran est exposée comme d’une brûlante actualité, en même temps qu’elle est liée directement, avant même qu’elle ait eu lieu, si elle a lieu, à la situation du détroit d’Ormouz, au prix du pétrole, à un déséquilibre supplémentaire du déséquilibre économique de la crise générale du Système. Tout se passe donc comme si elle avait commencé à avoir lieu avant même qu’elle ait lieu, si elle a lieu… Et l’on en arrive, pour la question d’une aggravation dramatique si l’attaque a réellement lieu, à l’état des lieux psychologiques de la clique Netanyahou ; il n’est pas brillant…

• Or, la “clique Netanyahou”, ce n’est plus qu’une partie de la partie israélienne de l’“axe sacré”. Netanyahou a pour lui le puissant appareil de propagande et de pression gangstéro-idéologique de l’AIPAC et des neocons, avec derrière lui le Congrès suivant en troupeau. Mais il a contre lui le Pentagone et un très puissant groupe israélien de dirigeants politiques et militaires de la sécurité nationale (“groupe Dagan”), insoupçonnables “faucons” défenseurs de la puissance d’Israël. (Et puis, des ralliements inattendus, comme celui d’un Dennis Ross, jusqu’ici impeccable agent de Netanyahou.) Cette rupture interne dans le Système est extrêmement dommageable pour le Système, parce qu’indémêlable selon les habituelles manœuvres de communication, à l’aide des habituels anathèmes sur les thèmes éculés qu’on connaît (terrorisme, antisémisme, etc.). A cet égard, traiter Dempsey de “laquais de l’Iran”, cela représente pour Netanyahou un pas de clerc, une maladresse témoignant de l’emportement du caractère et de l’atmosphère passionnelle qui règne dans cette affaire. La gravité de l’affrontement est mesurée, à l’inverse, par la suggestion d’un Sefi Rachlevsky faite aux officiers pilotes de la force aérienne d’Israël de refuser l’ordre d’attaque.

• Dans ces circonstances, Obama est un acteur secondaire. Il en est réduit à ses obsessions de sa réélection, à son auto-désinformation par son propre système et sa psychologie, à son intelligence si brillante qui produit une impuissance complète à figurer comme un acteur héroïque dans la pièce en cours. Obama suivra les normes de ses intérêts personnels, dans une situation où il dispose d’un certain choix grâce à cette division si effrayante pour le Système de l’“axe sacré”.

Fameuse “discorde chez l’ennemi

Ainsi l’évolution de la “crise iranienne” en “crise haute”, telle qu’on la décrit depuis quelques temps, l’est bien dans toutes les situations et dans toutes les positions. Une dimension nouvelle s’impose avec cette affaire Bibi-Dempsey.

L’évolution en crise haute se fait, comme on l’a vu souvent, dans l’élargissement du domaine vers d’autres acteurs et d’autres crises, dans une mesure telle que la crise embrasse effectivement toutes les puissances. Elle se fait désormais, aussi, comme on le voit aujourd’hui, dans le sens d’un approfondissement dramatique au cœur même du Système dans cette occurrence, en aggravant jusqu’au point de fusion des antagonismes fondamentaux entre factions dont la cohésion et la coopération furent et sont plus que jamais la condition sine qua non de l’efficacité du Système. La thèse fameuse de “la discorde chez l’ennemi” est aujourd’hui en mode de surpuissance, ayant pris à son compte cette dynamique ; cette situation alimente largement la transformation de cette dynamique de surpuissance en dynamique d’autodestruction.

Dans ce cadre, nous conclurons que nous ne sommes plus au stade où il faut tout faire pour réduire cette influence obscène d’Israël aux USA, et dénoncer la présence d’un tel caractère déséquilibré que celui de Netanyahou à la tête d’Israël. Au contraire, ces facteurs contribuent objectivement et puissamment au phénomène de “discorde chez l’ennemi”. Ils sont donc devenus paradoxalement vertueux dans leur effet, en contribuant à la transformation de la surpuissance du Système en son autodestruction. Il ne s’agit en aucune façon d’embrasser ou d’approuver l’esprit de la chose, qui est et reste détestable, obscène et immonde ; il s’agit d’en observer la paradoxale efficacité antiSystème et de souhaiter, et de faire en sorte, que cet effet se poursuive et prolifère.

Philippe Grasset

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Source : Dedefensa