Notes sur les fausses menaces et les vrais dangers


par Saïd Ahmiri pour le MecanoBlog

Dans notre but de partager quelques réflexions et quelques questionnements par notre perception des événements s’inscrivant toujours directement dans la volonté profonde d’être du MecanoBlog de vous fournir une certaine vision de la compréhension de la nature du Système, de ses mécanismes modifiant ses structures fondamentales et le tropisme du système international, mutant d’un unipolarisme vers un multipolarisme, nous reprendrons ici et résumerons très brièvement les trois nouvelles de la crise syrienne developpées, ce 13 février 2012, par Dedefensa [1] pour ensuite tâcher d’analyser deux points considérés intéressants, le premier étant l’évolution antinomique d’Al-Qaïda et la seconde sur l’élasticité des menaces existentielles pour Israël. Nous concluerons ce développement de notre opinion par l’état de dislocation géopolitique mondiale et du désordre régnant dans les relations internationales en absence de tout système dirigeant ces relations internationales en s’appuyant sur les crises syrienne et iranienne ainsi que sur l’interventionnisme humanitaire.

Ces trois nouvelles, résumées très brièvement, sont :

• Al-Qaïda proclame qu’il est absolument engagé dans la lutte pour la chute du régime Assad.

• la Ligue Arabe ne présente pas un caractère d’unanimité de ses membres : l’Irak, l’Algérie, le Liban et l’Egypte sont en désaccord avec, ne le cachons pas, la volonté de l’Arabie Saoudite, du Qatar et de la Jordanie d’entrer en guerre contre la Syrie/de chasser les chiites pro-iraniens au pouvoir.

• Israël ne peut déclarer ouvertement qu’il est quelque part « partisan » du régime Assad et craint surtout l’après-Assad avec l’avènement d’un pouvoir islamiste au sommet de l’Etat, et peu importe si cela signifie la chute d’un allié de l’Iran.

Al-Qaïda 2.0

Le premier point intéressant qui n’est certainement pas une nouveauté puisque nous avons déjà pu le constater durant la guerre de Libye, c’est la convergence d’intérêts de la nébuleuse Al-Qaïda avec les intérêts du bloc BAO, du moins à court terme en s’attaquant aux vieux régimes arabes et non-alignés au bloc BAO. L’international djihadiste post-Ben Laden, que nous désignerons par « nouvelle Al-Qaïda » pour la distinguer de l’« Al-Qaïda originelle » de l’ère Ben Laden, ne semble plus manifester cette aura diabolique en comparaison avec toute la véhémence dégagée à l’égard de l’« Al-Qaïda originelle » durant presque dix années d’« intense persuasion » des médias traditionnels et par le travail de communication des psychopolitiques occidentales lorsque cela concernait les campagnes afghane et irakienne des Etats-Unis, puisque les intérêts de la « nouvelle Al-Qaïda » vont dans le même sens que les intérêts du bloc BAO, et par extension du Système.

Comme l’attestent les événements en Libye et cet appel, dans une vidéo de huit minutes, du « successeur d’Oussama ben Laden », Ayman al-Zawahiri, « aux musulmans de Turquie, d’Irak, du Liban et de Jordanie de rejoindre l’opposition syrienne dans leur volonté d’évincer le président Bashar el-Assad, d’aider les rebelles syriens » et poursuivant en « invitant les Syriens à ne pas compter sur les gouvernements occidentaux et arabes souhaitant imposer un nouveau régime subalterne à l’Occident », la nouvelle orientation stratégique d’Al-Qaïda post-Ben Laden ou « nouvelle Al-Qaïda » de s’ingérer dans les révolutions arabes se distingue totalement de l’« Al-Qaïda originelle ».

Le combat de la « nouvelle Al-Qaïda » contre les régimes non-alignés au bloc BAO de la Libye et de la Syrie, et auquel, pour ce dernier, l’on peut adjoindre contre les alaouites, la minorité chiite syrienne qui domine dans l’armée et les services secrets et fidèle au président Bashar el-Assad, a pris le dessus sur le combat de l’« Al-Qaïda originelle » accusée de divers attentats, notamment contre les ambassades états-uniennes de Nairobi au Kenya et Dar es Salaam en Tanzanie en août 1998, du 11 septembre 2001 à New York et Washington D.C., du 16 mai 2003 à Casablanca, du 11 mars 2004 à Madrid et ceux du 7 juillet 2005 à Londres.

Cet Al-Qaïda « qui existe toujours ou n’existe plus depuis longtemps, ou n’a jamais existé c’est selon », n’est que très officieusement présenté sous un nouveau jour et n’est donc plus représenté ni comme un axe de résistance à l’hégémonie états-unienne, à la domination occidentale du monde, et tous les ennemis de l’Islam, ni comme un système antiSystème, ce qui, au fond, il n’a jamais réellement été étant donné sa capacité à produire des effets « néfastes » pour leurs adversaires provoquant des conséquences nécessitant des actions de rétorsion considérés « bénéfiques » ou à servir de prétexte idéal pour telle ou telle initiative sécuritaire en terres occidentales comme dans les pays à majorité musulmane du Proche-Orient à l’Extrême-Orient.

Il l’est sans doute toujours, un système antiSystème, dans l’inconscient de certains de ses partisans d’ici ou d’ailleurs et de ses membres ayant un état d’esprit djihadiste, probablement occidentalophobe et certainement américanophobe avant tout livrant un combat, une « guerre sainte », une « croisade » – appelez cela comme vous voulez -, avec ces idéaux de renouveau islamique, d’instauration de la charia, d’établissement d’un Califat sunnite et de purification systématique des terres musulmanes de tous ses ennemis de l’intérieur comme de l’extérieur en passant donc par une purge de ses « infidèles » et « apostats » ainsi que l’expulsion, par la force si nécessaire, des « croisés » et « juifs » souillant les terres saintes de l’Islam.

Nous laisserons le soin aux éminents « experts et spécialistes » des prestigieuses instituts de relations internationales, autres anciens attachés d’ambassade de ces régions si hostiles et politiciens de la trempe de Claude Guéant, habitués des plateaux télévisés et beaux discours, de répondre aux interrogations de leur refus d’épouser ces valeurs occidentales qui sont, deviennent ou encore sont devenues par l’ordre « fasciste » des choses les valeurs mondiales et universelles du fait de la réussite de leur quasi totale domination sur le monde et de la supériorité civilisationnelle de l’Occident sachant ce qui est bon, juste et moral pour toutes les autres civilisations et n’ayant d’autre choix que d’influencer leur population et leur gouvernement à adopter ces valeurs ou à les leur imposer « de gré ou de force », toujours au nom de la paix, de la sécurité et de l’équilibre du monde car l’infériorité stricto sensu de ces civilisations attardées, enfantines et moyen-âgeuses ne leur permet apparemment point de comprendre toute la riche profondeur et la grande nécessité de ces valeurs élevées au-delà du rang divin à cause de quelques malheureuses carences intellectuelles si ce n’est relevant de l’ordre racial.

Dans le cas du conflit confessionnel entre sunnites et chiites, les questions qui pourraient venir naturellement à l’esprit sont pourquoi combattre dans des pays majoritairement sunnites (Libye, Syrie) plutôt que directement en Iran ? Est-ce que l’Iran de 2012 est-il un adversaire plus corriace que l’étaient les Etats-Unis de 2001 ? Est-ce que l’« Al-Qaïda originelle » a effectivement perdu de sa puissance en Afghanistan et en Irak pour ne plus être en mesure de pouvoir combattre directement les intérêts des Etats-Unis et du bloc BAO mais indirectement, et qui signifierait que la guerre contre le terrorisme a porté de sérieux coups durs à l’organisation ? Est-ce que la nouvelle orientation stratégique de la « nouvelle Al-Qaïda » est de pouvoir influencer les nouveaux régimes d’« islamistes modérés » post-Kadhafi et post-Assad, en cas évidemment de chute du régime syrien ?

Dans le cas du conflit djihadiste entre musulmans et les occidentaux et, selon l’idéologie djihadiste, les alliés/collabos musulmans des occidentaux, les questions qui se posent sont pourquoi la « nouvelle Al-Qaïda » a opté pour le combat en Libye et en Syrie et non pas au Bahreïn ou au Yémen ? Bahreïn et Yémen, et particulièrement le Yémen que l’on sait déjà être, ou avoir été, un terreau pour l’« Al-Qaïda originelle », sont deux pays plus vulnérables et ne représentant pas de réels intérêts énergétiques mais demeurant hautement stratégiques, le Yémen notamment pour le détroit de Bab el-Mandeb (voir photo 1) – reliant la Mer Rouge et le Golfe d’Aden et l’Océan Indien à la Mer Méditerrannée via le Canal de Suez – avec son pont pour Djibouti reliant la Péninsule arabique à l’Afrique (permettant le convoi de troupes) et le Bahreïn, « qualifié de « 14ème province iranienne » par Ali Akbar Nateq Nouri, responsable de bureau de l’ayatollah Ali Khamenei », abritant le quartier général de la Cinquième Flotte de l’U.S. Navy (Naval Support Activity Bahrain) et rattaché à l’Arabie Saoudite par le pont « Jisr al-Malik Fahd » (« Chaussée du roi Fahd » en français et « King Fahd Causeway » en anglais (voir photo 2)) et bientôt rattaché également au Qatar par le pont le plus long du monde appelé le « Pont de l’Amitié Qatar-Bahreïn » (« Qatar-Bahrain Causeway » en anglais). Pourquoi pas l’Arabie Saoudite, les plus connus parmi les collaborateurs musulmans du bloc BAO ? Est-ce que l’« Al-Qaïda originelle » qui semblait donner tant de fil à retordre à la coalition ISAF en Afghanistan a tant perdu de sa superbe et connait en tant que système une déstructuration comme le Système que la « nouvelle Al-Qaïda » n’est-elle plus contrainte d’être qu’un protagoniste secondaire, dans les guerres de basse intensité comme en Libye et dans la crise syrienne, plutôt qu’un acteur de premier plan comme c’était le cas en Afghanistan et relativement en Irak ?

Il ne s’agit nullement de témoigner une preuve de naïveté de notre part, ni de nier les volontés tacites du bloc BAO de maintenir une division confessionnelle entre les sunnites et les chiites ainsi que la confusion au Moyen-Orient, mais de poser les bonnes questions existentielles voire retourner contre eux-mêmes les affirmations fallacieuses des psychopoliticiens du bloc BAO sur la nature exacte d’Al-Qaïda, « qui existe toujours ou n’existe plus depuis longtemps, ou n’a jamais existé c’est selon », peut-être ou pas l’ennemi d’hier et l’allié ou le rival d’aujourd’hui partageant des intérêts semblables mais ayant visiblement des desseins différents comme le laisse sous-entendre Ayman al-Zawahiri en « invitant les Syriens à ne pas compter sur les gouvernements occidentaux et arabes souhaitant imposer un nouveau régime subalterne à l’Occident ».

Des menaces plus ou moins dangereuses

Le second point qui est un peu plus intéressant mais guère surprenant au fond est l’image véhiculée de l’Iran dans la crise syrienne avec le regard des dirigeants israéliens. La République islamique d’Iran ne représente ainsi plus non plus et plus du tout une menace pour l’existence d’Israël, cette vive inquiétude du couple Netanyahou-Barak, pas plus qu’une influence au moins aussi néfaste pour les intérêts israéliens au Moyen-Orient qu’une Syrie post-Assad ayant sombrée dans la folie d’un extrémisme islamique, antisémite par essence sans dire son nom.

Les dirigeants de l’entité sioniste préfèrant de loin, depuis le début et assez logiquement à vrai dire, le statu quo en Syrie, adoptant officieusement la position sino-russe, ne s’opposant guère ouvertement à une intervention dite humanitaire mais ne partageant pas forcément l’option militaire et cachant à peine leur souhait de voir un échec des opérations clandestines de la coalition anti-Assad plutôt qu’un encerclement de « nouvelles théocraties » plus ou moins modérées selon l’imaginaire et la rhétorique occidentales, mais surtout l’allégeance de ces Etats au bloc BAO, et par extension au Système.

Il apparait ainsi que la déstabilisation du régime de Bashar el-Assad et son éventuel remplacement par un régime islamiste est une préoccupation majeure pour Tel Aviv qui pourrait devenir ultérieurement une « réelle » menace existentielle pour Israël, tandis que l’Iran, avec son programme nucléaire hitlérien « voulant rayer Israël de la carte » et ses alliances relatives et éparses avec le régime syrien, le Hezbollah et le Hamas, représentant l’actuelle menace existentielle pour Israël n’en soit pas une, peut-être « moindre », sans nul doute « fausse » mais quoi qu’il en soit très largement galvaudée par le couple Netanyahou-Barak, à l’instar de ce qu’a été l’« Al-Qaïda originelle » pour la sécurité nationale pour les Etats-Unis, toujours selon le discours officiel.

Ce point nous permet de faire un parallèle avec la gestion du dossier iranien où l’administration Obama ne veut pas, dans l’immédiat, d’une nouvelle guerre. Nous noterons notamment les points developpés, le 31 janvier 2012, par Dedefensa [2] :

– L’embargo des Etats-Unis et de l’Union européenne sur le pétrole iranien devrait être effectif en juillet, juste après la fin des modifications d’un LPD (navire de transport de forces amphibies) prévue pour mai, le USS Ponce « récupéré « d’urgence » pour être transformé en une sorte de navires porte-commandos, avec possibilité de soutien d’hélicoptères démineurs », ce qui évoque le possible début des hostilités pour l’été 2012.

– Les manoeuvres militaires américano-israéliennes Austere Challenge 12 qui devaient avoir lieu et annulées  en dernière minute, apparemment dans un commun accord, ne sont plus reportées à l’été 2012 mais à l’automne 2012, ce qui évoque le possible début des hostilités pour le dernier trimestre de cette année.

– Les élections présidentielles aux Etats-Unis auront lieu en novembre 2012, et tout laisse envisager qu’aucun POTUS (President Of The United States) – que ce soit à nouveau Barack H. Obama ou un candidat républicain remportant l’éléction – n’oserait se lancer dans une telle aventure avant au moins le début de l’hiver 2012-2013. Et rien ne permet d’identifier et d’affirmer que l’administration Obama se lance dans une nouvelle et variante de la « Surprise d’Octobre » où, en 1980, « l’entourage de Ronald Reagan a négocié secrètement avec les Iraniens pour empêcher la libération des otages avant la défaite de son rival Jimmy Carter » permettant à Ronald Reagan de devenir président.

– La bombe GBU-57 MOP (Massive Ordnance Penetrator), une bombe massive (13 600 kg) anti-bunker guidée avec précision beaucoup plus grosse que la GBU-28 (2 270 kg), la bombe anti-bunker qui pénètre le plus profondément actuellement, serait insuffisante pour percer la roche au-dessus des installations nucléaires iraniennes. À l’heure actuelle la bombe GBU-57 MOP ne peut percer « que » 38 mètres de roche mais ces infrastructures sont enfouies à 60 mètres de profondeur et certaines auraient été fortifiées tel que le centre d’enrichissement de Fordow prés de la mosquée de Qom, un site sacré pour les chiites, ce qui réclame un doublement complexe (à cause des facteurs de densité du terrain, type de roche, etc) de cette capacité par le constructeur Boeing Co. mais dont le résultat, après essais, n’est prévu que dans un avenir incertain. Selon les dires du secrétaire à la Défense Léon Panetta dans un entretien avec le Wall Street Journal, publié le 28 janvier 2012 [3], « même avec une capacité de pénétration renforcée les MOP pourraient endommager sérieusement les installations nucléaires souterraines de l’Iran mais pas les détruire complètement ». Ce que semble avoir confirmé un officier supérieur du Pentagone ayant déclaré que « les Etats-Unis avaient d’autres options en plus du MOP pour retarder le programme nucléaire de l’Iran. Les « Massive Ordnance Penetrator » ne sont en aucun cas la seule capacité à notre disposition pour traiter avec des menaces nucléaires potentielles en Iran » et que « même renforcées les MOP ne pourront pas détruire leur cible et la seule option est le recours à des bombes nucléaires tactiques. » L’article indique que Israël disposerait bel et bien dans son arsenal de bombes Bunker-Buster mais que les Etats-Unis n’auraient fourni de MOP à aucun pays.

L’administration Obama semble volontairement et involontairement mettre tout en oeuvre pour retarder le plus possible, de pousser l’allié israélien à se soumettre à sa direction de la gestion de la crise iranienne, voire empêcher l’allié israélien de faire cavalier seul alors que certains officiels de l’administration Netanyahou ne « rêvent » que de cela, sans manifester de vives inquiétudes pour les conséquences primordiales pour la région, pour les intérêts de son allié états-unien dans la région et pour le monde en général, du moins sans donner d’importance et du crédit aux mises en garde domestiques du camp de Meir Dagan, parmi lesquels Ephraim Halevy, Tzipi Livni, Benny Gantz, Amnon Lipkin-Shahak, Gabi Ashkenazi, Yuval Diskin, et d’autres grosses pointures aux mains pleines de sang palestinien. Des mises en garde que l’on ne doute pas être prises au sérieux par l’administration Netanyahou mais qui ne sont pas manifestées dans les discours officiels, pas peur évidente de manquer de crédibilité pour le camp va-t-en-guerre et pour témoigner le reflét d’un camp soudé et uni dans cette même cause qu’est, officiellement, d’empêcher l’Iran de parvenir au bout de son programme nucléaire et d’acquérir la bombe.

S’il est relativement rassurant de savoir que des anciens directeurs du Mossad ne sont pas les seuls à s’opposer ouvertement aux frappes préventives contre les installations nucléaires iraniennes, et donc s’opposant à la volonté du couple Netanyahou-Barak, mais également des généraux en activité et à la retraite de Tsahal/IDF [4], il est dangereux de constater que pendant que le camp de Meir Dagan livre une certaine résistance à l’autre camp guidé par le couple Netanyahou-Barak, les forces extrémistes religieuses, abondamment critiquées par des partisans du camp Dagan, poursuivent leurs efforts de radicalisation de Tsahal/IDF, et de la société israélienne en général.

Si, d’un premier abord, nous pouvons entrevoir un certain point intrinsèquement lié à la dislocation géopolitique mondiale dans les crises syrienne et iranienne avec cet immense désordre dans les relations internationales qu’elles provoquent aussi bien en Israël qu’aux Etats-Unis, entre eux deux, à l’intérieur même de la « communauté internationale » et avant tout pour le Système, son effondrement en cours par déstructuration et autodestruction, plus largement, nous émettons l’hypothèse du commencement de l’émergence d’une inquiétante ombre dangereuse et orageuse se profilant à l’horizon et pour le futur des relations internationales au Moyen-Orient et étrangères mais concernant le Moyen-Orient ; pour les populations avant tout et entre des Etats gouvernés par des régimes au « faciès religieux » qu’il devienne salafiste intégriste dans le cas de certains pays arabes ou sioniste extrémiste dans le cas israélien avec psychopoliticiens pire que Benyamin Netanyahou ou Ehud Barak comme Moshe Feiglin parvenant à se hisser aux plus hautes sphères du pouvoir à Tel Aviv, dont il a récemment été question suite aux élections à la tête du parti Likoud le 31 janvier.

« [Moshe Feiglin] a salué « l’acte de résistance » que représente, selon lui, le meurtre par l’extrémiste juif Baruch Goldstein, en févier 1994, de vingt-trois fidèles musulmans qui priaient dans la mosquée de Hébron. Bien évidemment, il est favorable à l’annexion de tous les territoires palestiniens et prône le transfert des Palestiniens, comme l’indique la devise de son site prônant de transformer la terre en « pays juif ». La solution est d’autant plus facile que, pour lui, comme d’ailleurs pour les candidats républicains à la primaire aux Etats-Unis (Newt Gingrich et Mitt Romney), les Palestiniens n’existent pas : il n’y a que des gens parlant arabe qu’il faut encourager à aller s’installer dans un pays arabe. Pour cela, rien de plus facile : couper l’eau et l’électricité aux habitants non juifs de la Cisjordanie.

Dans un entretien au quotidien Haaretz, en 1995, il disait : « Hitler était un génie militaire inégalé. Le nazisme a fait passer l’Allemagne d’un bas niveau à un niveau physique et idéologique fantastique. Les jeunes loqueteux ont été transformés en une catégorie propre et ordonnée de la société et l’Allemagne a disposé d’un régime exemplaire, d’un système de justice adéquat et de l’ordre public. Hitler aimait la bonne musique. Il pouvait peindre. Les nazis n’étaient pas une bande de voyous. » [5]

Pérenniser une logique criminogène

À nouveau, les crises syrienne et iranienne présentent des éléments qui ne peuvent être examinés avec les clefs d’analyse géopolitique classique, notamment par l’observation de ses alliances paradoxales mais quelque peu habituelles selon deux des concepts directeurs du système westphalien qui n’est plus aujourd’hui et dont nous avons récemment publié une analyse d’Alain Blin [6], en l’occurence l’inviolabilité de la souveraineté nationale et le principe de non-ingérence dans les affaires d’autrui.

À propos du viol de la souveraineté nationale, comme ce fut le cas au Pakistan lors de l’opération Neptune’s Spear et l’assassinat extra-judiciaire du cheikh Oussama Ben Laden, ce n’est plus un secret pour personne que des forces étrangères, pas forcément uniquement arabes, soutiennent l’Armée Libre Syrienne, et plus que probablement opèrent en quasi « toute liberté » sur le terrain. Et à propos du principe de non-ingérence dans les affaires intérieures de la Syrie, ce qui avait commencé par une contestation populaire entrainant une répression des forces de sécurité s’est très vite transformée, ou, plutôt, a littéralement dégénérée en une obscure guerre civile avec une opposition apparemment construite sur le même schéma qu’en Libye, avec l’instauration d’un conseil de salut national parlant au nom de toute la population et sachant ce qui est moralement le mieux pour elle, sans la moindre distinction, ainsi que d’une force armée composée de soldats de fortune du peuple et d’anciens militaires s’étant désistés et plus que largement appuyée par l’étranger violant ainsi le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures selon l’ancien système westphalien. La répression des forces de sécurité entraina de ce fait un devoir d’ingérence, ce fameux interventionnisme humanitaire guidé par des principes éthiques universels et réclamé au Conseil de Sécurité des Nations-Unies par certaines superpuissances occidentales n’appliquant pas ce sacro-saint universalisme paré de ses vertus et sa moralité humanistes.

« Tout commence souvent par des images : une femme qui fuit un bombardement en emportant un bébé dans ses bras, des cadavres étalés devant les caméras de télévision, le visage d’un dictateur qui menace. Viennent ensuite les mots entrelardés de chiffres alarmistes : dans la bouche des intellectuels ou sous la plume des éditorialistes, ils exhortent la « communauté internationale » à agir pour « éviter l’irréparable ». Une guerre de propagande obscurcit alors le dialogue diplomatique, tandis que monte la pression de l’urgence, l’appel des uns à éliminer un « nouvel Hitler » (Saddam Hussein, Slobodan Milosevic, Mouammar Kadhafi…) répondant à la dénonciation de l’impérialisme des grandes puissances par les autres.

Parfois, les crimes dénoncés sont réels, parfois exagérés ou carrément imaginaires. Souvent, ils ne constituent que des prétextes dans le jeu des puissances qui s’abritent derrière les organisations internationales. Les pays dominants cherchent à marquer des points sur l’échiquier géoéconomique mondial, à liquider un dirigeant peu accommodant… Les bonnes intentions donnent souvent de mauvaises idées, disait Machiavel. » [7]

Si ces principes éthiques universels sont bons et justes pour (le discours de) ces superpuissances occidentales et dominantes, par sa nature dite universaliste ces principes éthiques le sont obligatoirement pour toutes les autres nations, même si cela doit outrager leur culture, leur religion, leurs moeurs sociétales, etc, qui sont ainsi bafouées sur l’autel d’un droit international à géométrie variable ; bafouant la souveraineté nationale et l’autodétermination, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, le choix libre et souverain de déterminer la forme de son régime politique, indépendamment de toute influence étrangère selon l’article 1, alinéa 2 de la Charte des Nations-Unies [8].

En absence de tout système dirigeant correctement, proprement et honnêtement les relations internationales et d’acteurs assez influents pour faire respecter les concepts directeurs, c’est la loi du plus fort qui règne. Dans l’attente de voir concrètement un monde multipolaire pleinement effectif et donc la fin du rééquilibrage des puissances, cette loi du plus fort est malheureusement bien trop souvent celle de l’« American Way of War ».

Est-ce qu’un certain paradigme néo-clausewitzien de « guerre limitée » par de violentes sanctions économiques, le gel des avoirs des piliers du régime, l’émission de mandats d’arrestation internationaux à l’égard des membres politiques et militaires du régime et, enfin, l’anéantissement des forces ennemies (troupes, armement, logistique…), objectif suprême à atteindre pour asseoir plus facilement sa volonté sur l’ennemi vaincu allant jusqu’à la mise à mort impitoyable du chef de l’Etat par un peloton d’exécution suite à un procès expéditif, la pendaison sous des cris de haine (« Va en enfer ! ») voire, bien pire encore, le lynchage filmé par ces forces adverses soutenues par les interventionnistes humanitaires, est-il, à notre époque, approprié à toutes les situations de crise ? Respectant véritablement le droit international ? Et exprimant le caractère profondément humain des principes éthiques d’universalisme ?

Maintenant que la guerre d’Irak est finie, est-ce que les grandes puissances bellicistes jugent-elles encore efficaces et sans conséquences le modèle doctrinal « Choc et Effroi », une « décapitation instantanée de cibles militaires ou civiles choisies pour obtenir le choc et l’effroi » selon Sun Zi, et l’utiliseraient à nouveau si elles l’estiment nécessaire car sans autre alternative tout en se cachant derrière les beaux discours emplis de principes éthiques universalistes ? La logique criminogène de domination du monde par une nation à caractère impérialiste et aux aspirations hégémoniques ou par un groupe de nations réunies sous l’étiquette civilisationnelle le requiert. Face au Système en plein effondrement (Système dominé par le bloc BAO homogène) ou en pleine mutation (Système changeant par l’influence du bloc BRICS hétérogène), cette logique criminogène fait peser la menace d’une guerre à l’échelle planétaire, une menace que l’on qualifiera ici, certes, d’alarmiste mais surtout conjecturale.

On s’attardera un peu, toutefois sans tomber dans un « sévère réquisitoire contre les bombardements massifs pratiqués par les États-Unis au motif d’une « guerre juste » » qu’est l’ouvrage « La bombe. De l’inutilité des bombardements aériens » d’Howard Zinn, en rappelant tout de même que cette sorte de « système néo-douhetiste » de « domination rapide » a été mise en application par l’administration néoconservatrice de George W. Bush en Irak qui a fait un usage disproportionné de l’« Air Power », un emploi massif de bombardiers dans l’espoir de terminer rapidement le conflit en donnant, aux premières heures de la guerre, aux forces aériennes le rôle de bombarder avec une très grande puissance de feu et une certaine « précision chirurgicale » les cibles militaires – les dégats matériels et les pertes civiles dans les zones alentours ne sont considérés que comme de vulgaires dommages collatéraux sans grande importance et pouvant être compensés par quelques liasses d’argent – avec pour objectif de briser le moral tant des combattants que de la population mais surtout la destruction quasi systématique de tous « les moyens de communication, de transports, de production alimentaire, de distribution d’eau, et toutes les autres infrastructures provoquant […] un sentiment de menace et de peur d’agir, qui peuvent abattre totalement ou en partie la société adverse, ou réduire considérablement ses capacités de combattre par la destruction des moyens matériels » [9] et, cela, afin de paralyser la perception du champ de bataille par l’adversaire et d’annihiler toute volonté de combattre.

On notera que cette destruction souhaitée (ou dans certains cas l’occupation militaire du lieu) concerne également les géosymboles, ces symboles géographiques (statue, monument, édifice, bâtiment, pont, etc) de relation psychologique socio-affective et collective entre la population et le territoire ayant une forte dimension identitaire. En Irak, la mise en scène soigneusement préparée de démantelèment d’une statue de Saddam Hussein entrait dans ce cadre, et de manière spectaculaire, tout comme, quelques années plus tard durant la « débaasification » qui, bien qu’elle « visait initialement à débarrasser l’Irak des organes et des acteurs de l’ancien régime, s’est ainsi traduite par une purge aveugle de toutes les administrations et de tous les personnels civils, encore aggravée par le démantèlement brutal de l’armée et de l’appareil sécuritaire, dont beaucoup des membres ont ensuite rejoint les rangs du soulèvement armé » [10], s’est aussi traduite par la poursuite de la volonté de portée atteinte à la dimension identitaire comme en témoigne une fresque où la partie arborant Saddam Hussein a été soigneusement découpée. A l’inverse, la tentative de détruire un géosymbole peut être habilement exploitée à des fins diverses, comme en Libye où feu le colonel Mouammar Kadhafi avait pris soin de ne pas renover certaines parties du géant complexe présidentiel, servant à la fois de bunker et de résidence (aujourd’hui totalement rasé et devenu une immense place de marché), de Bab al-Aziziah au coeur de Tripoli, avec la célèbre statue du « Poing broyant un avion américain » qui trônait devant le QG (aujourd’hui ramené à Misrata en guise de trophée) suite aux bombardements états-uniens d’avril 1986 pour insister sur l’acte de résistance et la victoire sur les représailles militaires des Etats-Unis sous l’administration Reagan.

Avant de clore cette parenthèse, il n’est pas superflu de mentionner que l’urbicide (destruction des villes), le mémoricide (destruction de la mémoire collective), le sociocide (destruction des sociétés) et le spatiocide (destruction d’un espace habité) ont de très profonds impacts psychologiques et identitaires sur la population. Si certains effets attendus sont visibles immédiatement, d’autres effets visent le moyen et long terme et ciblent particulièrement les futures générations qui n’auront pas connues la guerre. La volonté de nuire à la dimension identitaire a parmi quelques buts de reduire l’attachement à l’histoire, la culture, les moeurs, etc, du pays par sa propre population afin qu’elle soit plus malléable face à des idéologies étrangères (néolibéralisme par exemple) et plus encline à accepter un autre mode de vie (mode de vie états-unien par exemple), et également de nuire au nationalisme et au patriotisme pouvant ainsi varier avec une population âgée n’étant plus en état physique de combattre, ni représentative pour pouvoir diriger la vie politique et une population jeune en état physique de combattre, occupant la scène politique et aux rennes de l’économie.

Les chemins de l’endoctrinement sont nombreux. À noter aussi que la perte de repères d’une population peut être un facteur de déclenchement de repli sur soi et de réveil identitaire pouvant aller jusqu’à l’extrémisme religieux. C’est à se demander alors si tous ces efforts déploiés, toute cette souffrance dont la population en a été la première victime et toute cette débauche de violence gratuite sont véritablement productives.

« Même présentée comme « humanitaire », une guerre reste une guerre, comme le savent — mieux que d’autres — les militaires. S’il est impossible de demeurer simple spectateur des violences faites aux populations, sans doute faut-il prendre garde à ne pas endosser dans la précipitation le costume du gendarme ou celui du boute-feu. Car, une fois la guerre jugée nécessaire, rien n’empêchera plus les armes de parler, les hommes de tomber. » [11]

Pour en finir avec l’interventionnisme humanitaire, peu importe l’emballage de la guerre, celle-ci ou celle-la ne résout pas certaines questions laissées en suspens ou mises à l’écart qui peuvent cycliquement être envenimées à nouveau, replongeant le pays (après la signature de contrats) dans la même guerre civile qui avait conduit à la guerre humanitaire.

Sans revenir en détail sur les notes des collabos musulmans de l’Occident [12], les contre-révolutions arabes partagées et mises en exécution par le CCG (Conseil de Coopération du Golfe) et d’autres nations arabes et musulmanes, avec l’appui des grandes puissances occidentales, n’est certes pas une volonté expansionniste d’une idéologie mais un court-circuit dans les aspirations populaires manifestées durant les révolutions arabes et une tentative de maintenir un statu quo cachant le voeu du maintien du système actuel de la MENA (Middle East et North Africa), du Maghreb au Mashreq et la Péninsule arabique et les forces à l’oeuvre dans l’endiguement de l’Iran.

La lente dissolution de la crise syrienne dans la crise iranienne, ou leur fusion, témoigne de l’entêtement à double tranchant du bloc BAO à poursuivre dans sa logique criminogène de domination du monde, de son attitude habituelle à gérer des dossiers explosifs avec une vision à court terme, à s’ingérer continuellement dans les affaires intérieures au nom de principes vertueux et moraux qui n’ont, dans l’immédiat, que pour résultat d’alimenter la déstructuration du Système et de révéler leur véritable nature autodestructive entretenant l’effondrement du Système par leurs propres agissements.

« Nous parlons bien de « la crise iranienne » en tant que telle ; comme détachée de l’Iran lui-même et des autres protagonistes (Israël, USA, UE, Russie, Chine, Moyen-Orient, etc.) ; comme détachée du programme nucléaire de l’Iran selon ce qu’il est et ce qu’on en fait, qui ne semble plus être là que comme une référence lointaine et presque désuète ; comme détachée de la dimension géostratégique (pétrole, etc.) dont la raison affecte de la couvrir, – non, « la crise iranienne » en tant qu’entité autonome des relations internationales, qui aurait été choisie comme un centre grondant où s’allument les brandons incandescents de la crise du monde… C’est en effet ce qu’est devenue la crise iranienne, dans ces dernières semaines, dans une soudaine accélération du changement de sa signification, de son essence même, comme si cette chose était commise à soudain entrer dans le domaine de la métahistoire pour représenter la crise du monde. La crise iranienne semble être devenu, comme n’aurait peut-être pas dit Teilhard, le point Oméga de la crise du monde. » [13]

Saïd Ahmiri

Notes

[1] : La Syrie, de al Qaïda à DEBKAFiles…

[2] : L’agenda de la guerre

[3] : Pentagon Seeks Mightier bomb vs.Iran

[4] : Les généraux israéliens, face à l’Iran ou face à Netanyahou ?

[5] : Feiglin, Hitler et Netanyahou : compétition au Likoud

[6] : Le désarroi de la puissance : les Etats-Unis vers la « guerre permanente » ?

[7] : « Manière de voir » n° 120 — Décembre-janvier 2011

[8] : Charte des Nations-Unies

[9] : Shock & Awe. Achieving Rapid Dominance, chapter 5

[10] : La transition irakienne a-t-elle eu lieu ?

[11] : « Manière de voir » n° 120 — Décembre-janvier 2011

[12] : Notes sur les collabos musulmans de l’Occident

[13] : De la crise iranienne

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