Un pas de Guéant dans l’histoire des civilisations


par Djamaldine Ben Chenouf pour Le Grand Soir

« Toutes les civilisations ne se valent pas. » Claude Guéant

On ne balance pas gratuitement de telles affirmations péremptoires, on ne peut plus discriminatoires, à un moment où on tente de ratisser large, pour repartir pour un autre tour, pour un autre cycle de privilèges exorbitants, de servilité à l’endroit des vrais maîtres du jeu, dans cette France opaque et si injustement frappée par le sort, parce qu’elle ne mérite pas d’être tombée si bas, d’avoir été livrée pieds et poings liés à une faune prédatrice qui se vautre dans les ors de la République, qui ne craint plus d’y faire ripaille, d’y frayer avec des requins exotiques, de s’y commettre dans de sombres connivences, avec des régimes criminels contre l’humanité, voire même contre des religieux français, de s’y livrer à toutes sortes de forfaitures, depuis le népotisme le plus grégaire, à un favoritisme qui se cache derrière des euphémismes atténués, en passant par des manipulations chafouines de toutes les Institutions de la République, y compris celle de la Justice elle-même, puisque celle-ci est désormais utilisé sans vergogne, pour renvoyer l’ascenseur à des régimes, ou plutôt à des associations de malfaiteurs, qui se montrent particulièrement généreuses en gros contrats salvateurs, et surtout en financements occultes. On ne balance pas ce genre d’affirmation pour le seul plaisir de chatouiller les petits égos, ballonnés de fausses certitudes, de tous les aigris de France, et de cette Europe qui se réveille avec la gueule de bois, après une si longue cuite. Ce n’est pas seulement de la démagogie de bas quartier, destinée à de pauvres gogos paumés, qui ne peuvent être rassurés sur leur piètre situation que par le seul fait de savoir qu’il existe des gens qui leur sont inférieurs. Non, c’est bien moins que ça, et plus vil, et autrement plus haïssable. C’est tout simplement de la méchanceté. De cette méchanceté de virus de grippe, dont c’est la nature intrinsèque, profonde, et constitutive que de faire du mal, de le transmettre, de l’inoculer. Une telle affirmation, dans la bouche de Monsieur Guéant, est une profession de foi, une déclaration d’existence, une banderille fichée sur le dos de la bête, en sautillant des deux gambilles. Cet homme aura beau protester, comme c’est de coutume après chaque éructation, après chaque vomi intempestif, que ses propos, si tant est qu’un tel jappement peut être qualifié de propos, ont été sortis de leur contexte. Il ne trompera personne, en réalité. Parce qu’en réalité, les gens, en leur for intérieur ne s’y tromperont pas. La méchanceté et le veulerie auront beau se parer de tous les meilleurs sentiments du monde, ils ne pourront jamais empêcher leurs griffes cruelles, ni leurs relents ignobles de signer leur vraie nature.

Il est facile, tout de suite après, de venir jurer ses grands dieux qu’on n’a voulu porter atteinte à personne, comme si les civilisations des autres étaient des maisons hantées, où ne vaquent plus que d’anonymes fantômes, d’un passé approximatif.

Mais c’est tellement facile, pour ces gens là, de se servir d’un tel fond de commerce. Ils jouent sur du velours, et règlent leur voilure au gré des vents. Parce que nous sommes insignifiants à leurs yeux. Nous avons le dos large, et le cul bien apprêté. Parce que les bourreaux n’existent que parce qu’il ya des bourreaux, et non le contraire. Ce n’est pas pour rien que la portée des herbivores est nombreuse, alors que celle de leurs prédateurs est moindre. Sinon, la diversité ne serait plus possible, n’est-ce pas ?

Aujourd’hui, s’il ya des Gueant, c’est parce que les Mohamed se font appeler Momo, que les Fatimatou sont devenues des Faty, et que les Fodhil ne se présentent plus que sous le très francisé Faudel. Notre malheur est qu’ils ont affaire à des gens comme nous, qui n’assumons pas suffisamment notre héritage culturel, qui tentons, de façon souvent pitoyable, de nous intégrer en reniant nos particularismes, voire notre identité profonde, issue pourtant d’une longue chaîne mémorielle. Comme si adhésion, communion de destin et regards tournés vers le même horizon signifiaient fatalement reniement de soi. Oui, nous sommes pour beaucoup dans notre propre mortification, par de tels énergumènes, par de tels soudards, parce que nous n’avons pas trouvé le chemin de l’union, de la dignité, et de l’honneur. En cherchant à nous diluer, corps et âme, dans une idée aux contours incertains, nous sommes redevenus les indigènes que nous n’avons jamais cessé d’être, dans l’imaginaire collectif. Non pas parce que la multitude dans laquelle nous vivions est foncièrement mal intentionnée à notre endroit, mais parce qu’elle a le sentiment confus que nous avons honte de nous-mêmes. Et il arrive ce qui doit arriver dans ce genre de situation. Le respect de soi-même est la première condition pour être respecté des autres. Il n’ya jamais de considération, ou alors juste de la condescendance, pour une personne qui ne se respecte pas, voire qui se méprise, et à plus forte raison lorsque cette attitude est celle de millions de gens, qui rasent les murs de la reconnaissance, en s’excusant presque de ne pas être ailleurs, ou alors en tombant dans l’excès inverse, qui consiste à se montrer odieux, en se roulant soi-même dans la merde.

Il est temps que tous ces peuples, trop longtemps asservis, broyés, opprimés, utilisés, puis jetés, comme autant de citrons pressés, se réveillent enfin, qu’ils assument le rôle qui leur est désormais dévolu par l’histoire, de se relever de l’ignominie où ils ont été précipités, de se hisser au seul rang qui soit digne d’eux, celui d’être humains à part entière, ni meilleurs, ni pires que tous ceux qui peuplent la planète, où qu’ils se trouvent, et quel que soit l’état de leur puissance actuelle. Une puissance, et une primauté sur d’autres peuples, souvent acquises, non pas au prix du seul mérite, du génie ou du labeur, mais bien souvent par l’exploitation éhontée des autres, de leur domination, de leur tromperie, parfois de leur extermination, et du pillage de leurs richesses. Et, toute honte bue, ils osent, après tant d’ignominies et de crimes contre l’humanité, venir se dresser sur leurs pitoyables ergots, pour pousser de bien pathétiques miaulements, qu’ils prennent pour autant de rugissements de victoires. Encore que les coqs, en principe, ca ne miaule même pas.

Djamaldine Ben Chenouf

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Source : Le Grand Soir

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