Au sommet de Bruxelles l’OTAN affirme que les campagnes afghane et libyenne sont un succès


par Stephen Lendman pour Uruknet

Contrairement à ce que prétend l’OTAN, les Libyens résistent héroïquement malgré le massacre génocidaire qui les décime. L’OTAN mesure peut-être ses succès au nombre des cadavres.

Leur nombre excède 100 000 et il y a encore plus de blessés, certains entre la vie et la mort et d’autres très affaiblis. Dans un pays qui compte 6 millions d’habitants, cela fait un nombre de victimes épouvantable.

S’il y avait proportionnellement le même nombre de victimes aux USA qui a une population 50 supérieure à celle de la Libye cela équivaudrait à 5 millions de mort et environ 25 millions de blessés et ce serait un désastre sans précédent.

Au sommet des 5 et 6 octobre l’OTAN a parlé de succès.

Craig Whitlock, journaliste au Washington Post a publié un article intitulé : « L’OTAN repousse la possibilité de mettre fin aux opérations en Libye » dans lequel il dit, jeudi, les leaders de l’OTAN ont annoncé « qu’ils continueraient (leur massacre rituel) en Libye et qu’ils ne cesseraient pas de patrouiller le long de ses côtes à cause de la résistance des forces loyales au leader déposé » Kadhafi.

En fait les loyalistes résistent au blitzkrieg de l’OTAN dans des villes et villages de Libye, y compris Tripoli, Benghazi et autres lieux stratégiques dont les voyous appartenant aux principaux médias disent qu’ils sont pacifiés.

La campagne de l’OTAN en Libye va dont peut-être se poursuivre pendant des années comme en Afghanistan en dépit des déclarations du secrétaire général, Anders Fogh Rasmussen, selon lesquelles :

« Nos opérations en Libye, en Afghanistan et ailleurs montrent que l’OTAN est une alliance indispensable.

Le moment de mettre fin à notre mission (en Libye) est bientôt venu. Nous sommes prêts à nous retirer dès que les conditions politiques et militaires pour le faire seront réunies. »

Si les loyalistes de Libye continuent à avoir le dessus, l’OTAN devra choisir entre y rester pour longtemps ou renoncer et partir, vaincue par un peuple décidé à libérer son pays et à le reconstruire.

Le 6 octobre, Christof Lehmann de NSNBC a remarqué, dans ses derniers commentaires sur l’agression de l’OTAN en Libye, que les leaders de l’OTAN avaient dit peu de choses après le sommet de Bruxelles si ce n’est qu’ils s’étaient engagés à poursuivre leurs « fructueuses campagnes » en parlant de la guerre perdue en Afghanistan et de celle vers laquelle on se dirige sans doute en Libye.

En d’autres termes, les combattants de la résistance des deux pays l’emportent sur la puissance militaire tant vantée de l’OTAN. Tout ce que l’OTAN a à son actif, après des années de guerre, c’est un nombre incalculable de morts et de blessés et la disparition des milliers de milliards de dollars dont le pays aurait eu grand besoin pendant cette Dépression mondiale.

Selon NSNBC, « il y a eu une communication téléphonique par satellite en provenance de Syrte … ce matin dans laquelle il a été fait état d’un mouvement massif des mercenaires de CNT conduits par l’OTAN » qui se dirigent vers la ville assiégée de Syrte.

Le désastre humanitaire promet de s’aggraver. On s’attend à d’autres tueries massives. Les attaques aériennes ne cessent pas. Et les combats au sol ont repris après une brève accalmie.

Sur « (F)ree media » on peut lire dans les états membres de l’OTAN (sauf les USA) « des rapports inquiétants sur la situation en Libye…. Pas un mot sur l’état chaotique » des mercenaires du CNT. Aucune mention du désastre humanitaire à Syrte.

Pour la défense civile, le terme catastrophe « décrit une ou des situations où même » les structures de base comme « les services médicaux aux civils, les services sanitaires, l’eau potable et les fonctions les plus élémentaires qui garantissent » la survie des civils sont insuffisantes ou indisponibles.

Les conditions à Syrte, une ville qui comptait 100 000 habitants avant les bombardements de l’OTAN, sont catastrophiques. Personne ne sait combien de personnes sont mortes, combien se sont enfuies et combien il en reste. Ceux qui sont encore là « se préparent à d’autres massacres venant du ciel, de la mer ou de la terre« .

NSNBC a « des détails glaçants sur des mouvements massifs de troupe ver la ville… Les combattants du CNT renforcent leurs positions dans les faubourgs du sud et de l’est » de la ville. L’artillerie lourde et légère se positionne pour la bataille. « La ville se prépare pour une attaque sans merci… »

L’hôpital de Syrte est « ravagé« . Environ 1000 personnes sont mortes par manque d’antibiotiques, médicaments pour le coeur, insuline, anesthésistes et autres médicaments vitaux. Il n’y a plus de stocks. Et on ne peut pas en faire venir.

« Mille personnes supplémentaires seraient mortes, par manque de personnel médical (disponible) » d’oxygène, de pansements stériles et de médicaments de première urgence.

L’eau potable est « presque introuvable. L’électricité ne marche que par moments« . On manque d’essence pour les voitures et les générateurs. Les bombardements peuvent recommencer à tout moment.

A Tripoli la situation est très différente. Les combattants du CNT sont battus à leur propre jeu. « Des tireurs loyalistes contrôlent la plus grande partie » de la ville. Dans Green Square, les 8 combattants du CNT patrouillant en voiture ont été attaqués et tués.

Le 5 octobre, les mercenaires du CNT « ont évacué l’hôtel Bab Africa… parce que les combats s’étaient trop rapprochés pour leur confort« .

Les forces libyennes ont assiégé Benghazi. Hier, les loyalistes « ont détruit des installations de production du plus grand gisement de pétrole libyen« .

« Les services secrets russes… ont révélé… que des milliers de nouveaux combattants tribaux en provenance de (toute) l’Afrique du Nord » ne s’étaient pas mobilisés « dans les proportions attendues à cause d’énormes problèmes logistiques. »

L’OTAN n’aurait aucun mal à repérer et à attaquer les camps militaires et les larges mouvements au sol.

La fin des combats n’est pas en vue. Il faut se préparer à une guerre interminable à moins que l’OTAN ne renonce et ne parte. Si l’on en juge par la campagne afghane, il y a peu de chance. Quand l’OTAN débarque c’est pour longtemps, peu importe le coût en vies humaines, les destructions et les restrictions budgétaires.

Avant que ça ne se termine, l’Afrique du Nord toute entière sera peut-être entraînée dans une guerre générale dévastatrice. L’OTAN l’a peut-être programmée dans le but de contrôler tout le bassin méditerranéen et les territoires d’Asie centrale jusqu’aux frontières de la Russie

Lehmann s’en prend à de nombreux « penseurs, organisations et médias progressistes qui succombent à la propagande occidentale contre Kadhafi… »

La « réalité en Libye » et le projet de colonisation du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (MENA) de « l’OTAN post-moderne » pour s’approprier les richesses de ces deux régions et les contrôler, laissent présager des conflits de longue durée et des pertes humaines épouvantables, pas la libération.

On a fait croire, à force de manipulations, à des individus et des groupes de personnes par ailleurs bien intentionnés que Kadhafi était un bête féroce et non un homme soutenu par 97% des Libyens. C’est un « leader politique et révolutionnaire (qui) a brillamment démontré qu’on peut faire fonctionner la démocratie participative, libérer un peuple, le soustraire à la domination esclavagisante des ’banquiers-gangsters’ internationaux et apporter la prospérité à un pays et à son peuple. »

Il n’y a rien de comparable en Occident et surtout pas aux USA. Malgré la tragédie qui dévaste la Libye aujourd’hui, « Kadhafi (en dépit de ses failles) est lentement reconnu (pour) ce qu’il (est) — c’est à dire un des plus grands et des meilleurs révolutionnaires du monde. »

Autrement pourquoi les loyalistes libyens risqueraient-ils leur vie pour le ramener, lui et les avantages qu’il procurait et qui surpassent largement ceux de l’Occident. Ces avantages perdus, les Libyens veulent les retrouver.

Ils veulent aussi voir partir l’OTAN, ses marionnettes du CNT et ses mercenaires assassins, et ils ont l’intention de se battre jusqu’à ce qu’ils s’en aillent.

Le 6 octobre, Kadhafi s’est adressé aux Libyens et les encourageant à résister à l’agression de l’OTAN. Il a aussi averti les leaders mondiaux que les puissances impériales occidentales peuvent installer des régimes fantoches comme celui du CNT partout où ils veulent :

« On vous imposera des conseils nationaux de transition partout où vous êtes et vous tomberez les uns après les autres. »

En fait la Libye est affaiblie par des divisions internes. Beaucoup de gens l’ont quittée ou ont l’intention de le faire. Le 5 octobre, des éléments du Groupe de combattants islamiques (LIFG) ont essayé sans succès d’assassiner Mahmud Jabril, son chef exécutif. Sept de ses gardes du corps ont été tués.

Après le discours de Kadhafi, des manifestations spontanées se sont formées à Tripoli, Benghazi, Tobrouk, Bani Walid, Sheba et ailleurs dans le pays. On a agité les drapeaux verts emblématiques de son règne.

Pendant ce temps, la crise humanitaire s’aggrave à Syrte. Les organisations d’aide internationale ne peuvent pas y entrer pour apporter des médicaments de première nécessité, des fournitures médicales, de la nourriture et de l’eau propre. On doute qu’elles essaient vraiment de le faire.

Malgré tout, l’esprit de résistance est fort partout en Libye. Dans leur grande majorité les Libyens détestent l’OTAN et son armée de mercenaires et ne les supporteront pas.

Ils se préparent à une nouvelle attaque des rebelles « la ville est à nouveau solidement fortifiée« . Si fortifiée en fait selon le rapport « que Syrte peur déployer des unités pour libérer d’autres parties de la Libye » même si elle est quotidiennement bombardée par les avions et les drones.

Le 6 octobre, « de nombreux civils ont été tués quand des factions rebelles opposées se sont battues à Misrata. » A Benghazi, environ 140 combattants de Al Qaeda ont été tués. Les loyalistes y ont aussi pris d’assaut un entrepôt de munitions qatari « et capturé un officier et 40 soldats. »

Après Ras Lanuf, les forces américaines de la 82ième Airborne ont été attaquées et selon les rapports « plus de 380 » soldats ont été tués. D’autres ont été capturés.

Les troupes américaines ont été envoyées « pour sécuriser une raffinerie et des pipelines pétroliers« . A Sabha, en Libye, « un avion de transport Iliouchine fabriqué en Russie transportant 200 combattants a été descendu. Il n’y a eu aucun survivant. »

Les habitants de Baydah ont demandé aux combattants du CNT de partir. A Tobruk, les combats continuent. Là et à Adjdabiyah, « les checkpoints et les installations militaires ont été attaquées« . La province d’Al Jufrah a été libérée.

« La guerre en Libye ne finira pas » tant qu’il y aura des envahisseurs étrangers. D’autres pays d’Afrique du Nord sont impliqués. Leurs tribus voient la guerre en Libye comme une tentative de coloniser toute la région. Les politiciens et les chefs tribaux savent qu’eux aussi sont vulnérables du fait « qu’ils ont affaire à un empire prêt à tout » que seule la résistance peut arrêter.

Lehmann pense que l’agression de l’OTAN « échoue sur tous les fronts« , la marionnette libyenne, le CNT, est minée par les dissensions et le chaos. Il dit que CNT signifie « n’aie confiance en personne [1] ».

L’assassinat du général Abdel Fattah Younès, son chef d’opération semble avoir constitué un tournant. Il y a une semaine, le commandant de Tripoli, Abdelhakim Belhadj, a échappé de justesse au même sort. « Il y a deux jours, Mahmud Jibril, le président du conseil exécutif a fait l’objet d’une attaque. »

Le 7 octobre, « la nouvelle s’est répandue que Belhadj avait été tué par balle. D’autres ont dit qu’il se cachait à Tripoli ou au Qatar. » Une bombe aurait été trouvée sous sa voiture. En conséquence il ne fait plus confiance à personne.

C’est peut-être la stratégie du Pentagone. Recrutez des hommes de paille. Puis débarrassez-vous en pour les remplacer par un contrôle occidental plus efficace, assuré par les Casques Bleus paramilitaires comme partout où les « pacificateurs » s’installent. Le Conseil de Sécurité a donné son accord pour les déployer en Libye.

Belhadj, Jabril, et d’autres membres du CNT peuvent donc bientôt être déclarés scélérats et tués ou démis. En attendant, « les conflits intérieurs entre les rebelles du CNT et les quelques factions tribales qui soutiennent encore l’Occident sont la norme » partout où l’OTAN n’a pas le contrôle total.

En dépit du fait que les médias occidentaux et Al Jazeera confirment les succès de l’OTAN, on ne « peut pas nier » que l’OTAN recule devant les loyalistes. Ils contrôlent plus de 90% du sud de la Libye. « Toute la région de Jufrah a été libérée. »

A part quelques petites poches de résistance, les loyalistes contrôlent Bani Walid, malgré « des massacres épouvantables incluant l’usage (illégal) d’armes chimiques. »

« Kufra, Braga, Ras Lanuf sont des ville libres. Sabha est à 60% sous contrôle libyen, Benghazi à 80% et les troupes du CNT qui se battent entre elles sont encerclées par les forces libyennes. »

Des membres des forces rebelles ont été encerclés dans un faubourg de Syrte et on leur a donné le choix « de se rendre ou de se battre à mort. »

« Tripoli est à 80% sous contrôle libyen. » Les commandos loyalistes de Syrte « ont détruit plusieurs tanks, des véhicules blindés, un hélicoptère et un dépôt de munition. Syrte marche vers sa libération » malgré les bombardements féroces de l’OTAN et le manque de nourriture, de fournitures médicales et autres choses de première nécessité dus à son isolement.

En fait les bombardement terroristes de l’OTAN, ses tirs d’artillerie et ses attaques tous azimut se poursuivent dans toute la Libye, faisant toujours plus de morts et de blessés que les voyous des médias dominants se gardent bien de mentionner.

Lehmann insiste sur plusieurs autres points que l’auteur de cet article a déjà soulignés, à savoir :

Le projet impérial de Washington de coloniser le nouveau Moyen-Orient et de contrôler le bassin méditerranéen tout entier jusqu’aux territoires d’Asie centrale à la frontière de la Russie ; son projet de déstabiliser ses deux rivaux principaux sur la scène internationale : l’armée russe et la puissance économique montante chinoise qui est en passe de prendre la première place selon le FMI ; tout cela en se servant d’un système qui donne à un seul pays un droit de veto qui lui permet de passer outre la volonté de toutes les autres nations du monde dans une ONU « complètement discréditée et au fonctionnement hiératique » aux mains d’un outil des puissances impériales tel que Ban Ki-moon.

Aujourd’hui les Libyens sont quasiment seuls en face de la plus puissante et la plus criminelle machine de guerre du monde.

Et pourtant, malgré les massacres quotidiens dont ils font l’objet, ils ont réussi à reprendre la main et il demeurent déterminés à libérer leur pays et à garder leur indépendance.

Stephen Lendman

Stephen Lendman habite à Chicago. On peut le contacter à lendmanstephen@sbcglobal.net et sur [sjlendman.blogspot.com]. Il anime des émissions d’avant garde sur the Progressive Radio News Hour sur the Progressive Radio Network.

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Note

[1] TNC est l’acronyme de ’Trust No Colleague’

Article original : NATO Brussels Summit Claims Successful Afghan and Libyan Campaigns

Traduction : Dominique Muselet pour Info-Palestine

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