Le discours d’Obama aux Nations Unies ? Pathétique…


par Robert Fisk pour The Independent

Obama s’obstine à traiter les Israéliens et Palestiniens comme parties égales dans le conflit.

Aujourd’hui devrait être le moment le plus plaisant pour Mahmoud Abbas. Même le New York Times a découvert que « un homme gris portant des costumes gris et des chaussures soignées, peut lentement sortir de l’ombre ».

Mais c’est une absurdité. L’insipide chef de l’Autorité Palestinienne, qui a écrit un livre de 600 pages sur le conflit entre son peuple et Israël sans même mentionner une seule fois le mot « occupation », ne devrait avoir aucun mal ce soir à surpasser le discours pathétique et humiliant délivré par Barack Hussein Obama devant l’Assemblée Générale des Nations-Unies ce mercredi lorsqu’il a mis par-dessus bord la politique des Etats-Unis au Moyen-Orient pour s’aligner sur celle d’Israël.

Pour un président américain qui avait réclamé une fin à l’occupation israélienne de terres arabes, une fin au vol de la terre arabe en Cisjordanie – les « colonies » israéliennes comme il avait coutume de les appeler – et un Etat Palestinien d’ici 2011, la prestation d’Obama était pathétique.

Comme d’habitude, Hanan Ashrawi, la seule voix palestinienne éloquente à New York cette semaine, a trouvé le bon mot. « Je ne pouvais en croire mes oreilles » a-t-elle dit à Haaretz, le plus fin des journaux israéliens. « Cela sonnait comme si les Palestiniens étaient ceux qui occupaient Israël. Il n’a pas eu un mot de sympathie pour les Palestiniens. Il n’a fait que parler des problèmes des Israéliens… » C’est trop exact. Et comme d’habitude, les journalistes israéliens les plus raisonnables, dans leur franche condamnation d’Obama, ont montré que les princes parmi les journalistes américains n’étaient que des lâches. « Le discours mou et dénué d’imagination que le président Barack Obama a livré aux Nations-Unies… reflète à quel point le président américain est désarmé face aux réalités du Moyen-Orient », a écrit Yael Sternhell.

Et alors que les jours s’écouleront, nous verrons si les Palestiniens répondront à la lamentable prestation d’Obama avec un troisième Intifada ou par un haussement d’épaules de lassitude en voyant que les choses ne changent pas, que les faits continueront de prouver que le gouvernement des États-Unis demeure une marionnette aux mains d’Israël quand il est question du refus que les Palestiniens aient un État.

Demandons-nous comment est-il possible que l’ambassadeur des États-Unis en Israël, Dan Shapiro, ait voyagé de Tel Aviv à New York pour le débat sur l’État palestinien, dans le propre avion de Netanyahou, le Premier ministre israélien ? Comment se fait-il que Netanyahou était trop occupé à tailler une bavette avec le président colombien pour aller écouter Obama ? Il a juste jeté un coup d’oeil sur le document palestinien au moment il était en face à face avec le président américain. Ce n’était pas du « culot » [chuzpah]. C’était une insulte, pure et simple.

Et Obama l’a bien mérité. Après l’éloge du printemps/été/automne arabe, comme il voudra le nommer – courant encore une fois après tous ces actes individuels de courage des Tunisiens et des Egyptiens comme si il avait avait été tout ce temps à leurs côtés, le bonhomme n’a trouvé que 10 minutes sur son heure à accorder aux Palestiniens, les giflant au visage pour oser demander un statut de membre des Nations-Unies. Et Obama – et ceci était la partie la plus drôle de son absurde discours devant les Nations-Unies – a même oser suggérer que les Palestiniens et les Israéliens étaient deux parties « égales » dans le conflit.

Un martien qui écouterait ce discours penserait, comme Mme Ashrawi l’a suggéré, que les Palestiniens occupent Israël plutôt que le contraire. Aucune mention de l’occupation israélienne, aucune mention des réfugiés ou du droit au retour ou du vol de la terre palestinienne et arabe par le gouvernement israélien en opposition complète avec le droit international… Mais que de lamentations sur le peuple assiégé d’Israël, sur les tirs de fusées sur leurs maisons, sur les attentats-suicide – les péchés des Palestiniens, naturellement, mais sans aucune référence au carnage dans Gaza ni à l’énorme nombre de morts palestiniens – et même sur les persécutions historiques à l’encontre des communautés juives et sur l’Holocauste.

Ces persécutions sont un fait de l’histoire. Ainsi que l’Holocauste. Mais les PALESTINIENS N’ONT PAS COMMIS CES ACTES. Ce sont les Européens – dont Obama sollicite maintenant l’aide pour refuser un État aux Palestiniens – qui ont commis ce crime des crimes. Puis nous étions à nouveau dans les considérations sur« les parties égales », comme si les occupants israéliens et les Palestiniens sous occupation étaient sur une aire de jeu. Madeleine Albright avait l’habitude d’user de ce mensonge terrible. « Cela revient aux parties elles-mêmes », disait-elle, se lavant les mains comme un Ponce Pilate de toute cette affaire, dès qu’Israël menaçait d’avoir recours à son lobby au États-Unis. Le ciel sait si Mahmoud Abbas peut produire un discours historique à l’ONU aujourd’hui. Mais au moins nous savons tous qui est le conciliateur.

Robert Fisk

À lire/voir également sur la reconnaissance de l’État palestinien aux Nations-Unies et la crise turco-israélienne :

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Article original : A President who is helpless in the face of Middle East reality

Traduction : Info-Palestine.net

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