La croisade d’un géant aux pieds d’argile


par Danny Claes et Mohammed Hassan pour le PTB

Le 12 septembre 2001, la chasse à Oussama ben Laden était ouverte. Dix ans après, le 2 mai 2011, il a été tué. Pendant ces dix ans, le monde a été la proie d’une opération militaire sans précédent : une « guerre contre le terrorisme » qui a déjà coûté 4 000 milliards de dollars.

Début 2001, le gouvernement Bush, le plus antidémocratique de l’histoire des États-Unis, a accédé au pouvoir. L’année précédente, Bush avait été élu avec à peine 25 voix d’avance sur son adversaire, Al Gore, et une très faible participation électorale : seulement 10 % de la population américaine l’a soutenu. Avec lui, ce sont les représentants de l’industrie militaire et les barons du pétrole qui sont venus au pouvoir. Leur « Projet pour un Nouveau Siècle Américain » (PNAC) était une déclaration de guerre à tous ceux qui contestaient la suprématie américaine. Tout en haut de la liste figurait Saddam Hussein, qui avait le toupet de gérer lui-même le pétrole irakien et de le vendre au plus offrant.

Les attentats du 11 septembre 2001 ont été un traumatisme pour les citoyens américains, mais les membres du PNAC allaient pleinement s’en servir pour faire passer leurs plans bellicistes.

Du sable dans le moteur

En 2001, les États-Unis lancent la guerre en Afghanistan contre leurs anciens alliés, les Taliban, qu’ils avaient financés à l’époque pour déstabiliser l’Union soviétique. Les États-Unis mettent au pouvoir une coalition de seigneurs de guerre pour mettre les Taliban en fuite.

En 2003, les Américains tournent le gros de leurs moyens militaires vers l’Irak. Le plan du PNAC est alors de s’assurer la mainmise du pétrole dans la zone d’influence de la Russie. De la sorte, ils entendent l’affaiblir et obliger le reste du monde (en premier lieu, la Chine) à acheter son pétrole (en billets verts) aux États-Unis mêmes. Mais ce plan s’est heurté à la résistance irakienne. L’opération tourne en guerre de longue durée dans laquelle les Américains ont engagé de plus en plus de moyens. Et, alors qu’au début de la guerre contre l’Irak, le prix du baril de pétrole était encore de 35 dollars, il a grimpé à 70.

Les pays producteurs de pétrole, comme l’Algérie, le Venezuela, la Malaisie… se sont enrichis, affaiblissant ainsi le monopole américain sur l’énergie. Même la Russie a conforté sa position.

À pleines mains dans les caisses de l’État

Avec la venue d’Obama, il y a eu un bref instant un espoir de changement. Mais, même s’il l’avait voulu, un seul homme n’aurait pu changer le système. Les États-Unis ont besoin de la guerre. L’industrie militaire est à peu près le seul secteur qui permet des bénéfices constants. Et le pouvoir militaire des États-Unis est la seule façon dont ils peuvent forcer les autres pays à continuer à ouvrir leurs marchés aux multinationales américaines. Obama a donc poursuivi la politique militaire de son prédécesseur –avec plus de moyens encore – et a poussé la guerre en direction de l’Afghanistan et du Pakistan.

Obama a dû puiser profondément dans le trésor américain pour trouver de nouveaux moyens pour la guerre en Afghanistan et rester en bons termes avec l’armée pakistanaise. À cela vient aujourd’hui s’ajouter la guerre en Libye, qui risque aussi de se muer en conflit de longue durée.

Une grande puissance en déclin

Les guerres d’Irak et d’Afghanistan ont déjà coûté à la population américaine un montant qui correspond à 75 ans de budget de la sécurité sociale. Chaque mois, ces guerres coûtent entre 8 et 10 milliards de dollars. De plantureux bénéfices pour les riches actionnaires mais, en fin de compte, il faut bien présenter la facture quelque part. Cela a été le cas en 2008, quand il est apparu que la prospérité américaine reposait pour une bonne part sur de l’argent emprunté. De l’argent emprunté que ni les banques ni les citoyens ne pouvaient rembourser. Le krach devenait une réalité.

Dix ans après le 11 septembre 2011, les États-Unis sont toujours une grande puissance militaire, mais avec une capacité économique en déclin et un mécontentement croissant parmi la population. Population qu’il est de plus en plus difficile d’enthousiasmer vis-à-vis des « triomphes » que lui fait miroiter l’élite américaine. Et le monde a changé. La Chine devient un puissant acteur économique au niveau mondial. Les « économies émergentes » – les pays du BRIC[S] (Brésil, Russie, Inde, Chine (et Afrique du Sud, ndlr)) – défient l’hégémonie américaine. Les pays du Sud s’unissent dans des alliances régionales, comme l’ALBA en Amérique latine, afin d’être plus forts.

La guerre contre le terrorisme = le terrorisme de la guerre

Les succès que publie de temps à autre la presse sur la mort de l’un ou l’autre chef terroriste devraient nous faire oublier que les véritables victimes de la guerre sont et restent toujours les petites gens, par les « dommages collatéraux » dont on parle si peu.

En Irak, le nombre de victimes civiles s’élève à 1 445 000. En Afghanistan, les Nations-Unies rapportent pour 2010 le chiffre de victimes civiles le plus élevé : 2 412 en une seule année. Ici, on ne compte pas les victimes au Pakistan. Ce chiffre devrait certainement s’élever à 35 000 depuis le début du conflit.

Puis, il y a encore le coût du désarroi total dans lequel est plongée la société. Des millions de personnes en fuite devant la violence. 2 millions en Irak, 2 millions en Afghanistan, 600 000 en Somalie.

Danny Claes et Mohammed Hassan

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Source : PTB

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