Secret à la Fed


par Mark Weisbrot pour CounterPunch

La sortie récente de documents montrant que la Réserve Fédérale avait prêté des dizaines, voire des centaines de milliards de dollars à des banques étrangères en 2008 et en 2009, a soulevé de nouvelles interrogations sur la présidence de Ben Bernanke à la FED.

Ces prêts étaient peut-être ou peut-être pas la bonne chose à faire à ce moment-là, étant donné la crise financière. Mais cela s’est fait en secret et la seule raison pour laquelle nous disposons maintenant de cette information est parce que Bloomberg News et Fox Business News [les deux principales chaînes d’information financière aux Etats-Unis] ont remporté une bataille judiciaire de deux ans, en utilisant le Freedom Information Act pour obtenir la communication de ces documents.

L’excuse officielle à propos de ce secret est que, au moment où ces prêts ont été accordés, les organismes de crédit pouvaient subir des « ruées bancaires » si leurs prêts avaient été rendus publics. Cela se discute, mais il n’y a aucune excuse pour avoir gardé cette information secrète pendant des années après que la crise fut passée.

Ce secret a été maintenu pour éviter d’avoir à rendre des comptes politiques, pas pour des raisons de stabilité financière. Ce genre de pratique est celui que l’on attend des gouvernements autoritaires, pas du gouvernement d’une république démocratique.

La responsabilité est vraiment le problème essentiel à la FED – s’il y avait quelque responsabilité significative, Ben Bernanke ne serait jamais devenu son président en 2006 et il n’aurait sûrement pas gardé son job après l’effondrement économique.

Bernanke était un des gouverneurs de la Réserve Fédérale, en 2002, lorsque la bulle immobilière avait déjà été identifiée par mon collègue Dean Baker. Bernanke n’avait pas conscience de cette bulle, alors qu’elle continuait à s’étendre, pour atteindre 8.000 milliards de dollars en 2006, avant son éclatement qui a provoqué la pire récession depuis la Grande Dépression [de 1929].

Bernanke aurait dû être au courant de l’analyse de Baker, qui observait l’évolution des prix de l’immobilier depuis la fin de la deuxième guerre mondiale et, en particulier, son envolée record de 70% – après ajustement sur l’inflation – entre 1996 et 2006. Avant l’éclatement de cette bulle, Baker était devenu, pour le New York Times, la source la plus citée concernant le marché immobilier. L’économiste Robert Schiller a pris la suite avec une analyse des données des prix de l’immobilier sur cent ans et arriva à la même conclusion – qu’il s’agissait d’une bulle qui finirait inévitablement par éclater. Il était également fréquemment cité dans les principaux médias.

Baker démontrait clairement que cette envolée des prix [immobiliers] ne pouvait s’expliquer que par une bulle des actifs – et que les autres explications attribuant cette bulle à la démographie, aux restrictions de construction ou à d’autres changements dans la demande ou l’offre n’étaient pas cohérentes avec ces données. Ce n’était pas une science d’une grande complexité hermétique pour un économiste du niveau de Bernanke. Celui-ci est très versé dans l’histoire économique, y compris celle de la Grande Dépression.

Pourtant, aussi tard qu’en juillet 2005, Bernanke a été directement interrogé sur la question de savoir s’il y avait une bulle immobilière et, il a répondu : « Je ne sais pas si les prix sont exactement ce qu’ils devraient être, mais je pense qu’il est juste de dire que beaucoup de ce qui se passe est soutenu par la force de l’économie. »

En mai 2007, juste sept mois avant que la Grande Récession ne commence, Bernanke déclarait : « … nous ne nous attendons pas à de grandes retombées du marché des subprimes sur le reste de l’économie ou sur le système financier. La vaste majorité des crédits hypothécaires, y compris même les crédits hypothécaires subprimes, continuent d’enregistrer de bonnes performances. »

Par conséquent, Bernanke a raté la plus grande bulle d’actifs dans l’histoire des Etats-Unis et il a ensuite échoué à anticiper la destruction inévitable que son éclatement provoquerait sur l’ensemble de l’économie. Ceci est analogue à l’affirmation des régulateurs nucléaires japonais, selon lesquels la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi était sûre et protégée de tout tsunami.

Le problème concernant la récompense de l’incompétence et de l’échec dans les hautes fonctions est que même un système financier bien régulé – que nous sommes toujours très loin d’atteindre – ne peut servir l’intérêt du public si les régulateurs en chef ne font pas leur boulot. Le secret, l’absence de responsabilité et l’incompétence sont les armes de destruction massive de l’économie […].

Mark Weisbrot

Article original : Secrecy at the Fed

Traduction : JFG

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