Jean Ziegler contre l’ordre du monde (vidéo)


Synopsis : Ce film nous emmène à la rencontre de Jean Ziegler, intellectuel engagé, auteur d’une oeuvre radicale contre « l’ordre cannibale » du monde. Le film explore, met en scène la pensée en action de cet homme de 76 ans, plus que jamais en prise avec la réalité du monde. Il l’accompagne sur le terrain de ses combats : ONU, émissions de télévisions et revient sur sa trajectoire d’homme de gauche, ami de Sartre, compagnon de route des mouvements de libération d’Afrique, des guérillas d’Amérique Latine; sur les innombrables combats qu’il a menés, d’abord dans son propre pays, la Suisse.

En 2008, au moment où Wall Street touchait le fond, je proposais à Jean Ziegler de faire un film sur son parcours intellectuel et personnel. Depuis des années, ce sociologue suisse dénonce l’ordre injuste et inégal du monde, la violence structurelle qui sévit à l’égard des pays les plus pauvres ; affirmant que la misère extrême, le sous-développement et surtout la faim qui touche 1 milliard de personnes à travers le monde, n’ont rien de phénomènes conjoncturels mais découlent directement d’un système économique mondial ayant pour principe dérégulation, privatisation, réduction des dépenses publiques. Dans son dernier livre, « La haine de l’Occident », il va encore plus loin, écrivant qu’aux yeux des femmes et des hommes du Sud, la mondialisation s’inscrit dans la filiation directe des systèmes d’oppression mis en place par les Occidentaux depuis cinq cents ans : la conquête, l’esclavage, la colonisation. Il cite Aimé Césaire : « J’habite un long silence, j’habite une blessure profonde », certain que ce silence est aujourd’hui terminé, que la blessure se rouvre…

Aujourd’hui que le capitalisme financier reprend toutes ses aises, alors même que les chiffres du chômage et de la misère explosent, sa pensée critique prend plus de relief encore.

Comment Hans Ziegler, issu de la bourgeoisie calviniste bernoise, est-il devenu Jean Ziegler, penseur marxiste et tiers-mondiste ; l’auteur « Des vivants et la mort », de « Main basse sur l’Afrique » et d’« Une Suisse au dessus de tout soupçon », livre qui longtemps lui valut le qualificatif de « l’homme le plus détesté de Suisse » ?

Il y a deux sortes d’opposants : ceux qui puisent leur colère, leur révolte dans leur propre histoire et dans celle de leur peuple. Puis ceux, beaucoup plus rares, qui se retournent contre leur classe et entrent en rébellion contre leur famille d’origine. Jean Ziegler appartient à cette seconde catégorie.

Dans l’intimité de son bureau, détendu, au milieu de ses livres, il raconte sa rupture précoce avec sa famille comme avec son pays, une Suisse protestante, immuable et laborieuse, qui fait encore sienne cette devise de Calvin : « Ora et Labora », prie et travaille. Il revient sur ses années de formation à Paris, au début des années cinquante, auprès de Sartre, des communistes du groupe Clarté ; sur le Congo, où il débarque à 27 ans pour le compte de l’ONU. Nous sommes en 1961, Lumumba, le tout nouveau chef de la nation indépendante, vient d’être assassiné. Le pays offre alors un spectacle inouï de famine, de mort et de chaos. Loin de Saint-Germain-des-Prés, Jean Ziegler découvre brusquement le faux semblant de la décolonisation.

Il évoque un autre souvenir, aujourd’hui célèbre, qui a marqué sa vie. Cet évènement se déroule en 1964. Cette année-là, Che Guevara vient en Suisse pour assister à la première Conférence internationale sur le sucre. Jean Ziegler s’est porté volontaire pour être son chauffeur. Un soir, il lui faire part de son désir de rejoindre la révolution cubaine. Après une nuit de discussion, le Che, regardant l’aube se lever sur Genève lui dit : « Tu vois cette ville ? Tu es ici dans le cerveau du monstre. Ton champ de bataille est ici !« .

Un souvenir qui le pousse à écrire, en 1977, « Une Suisse au dessus de tout soupçon », qui pulvérise l’image lumineuse de la Suisse pacifiste, vertueuse et généreuse pour faire place à la sombre réalité d’une nation dominée par une oligarchie bancaire qui contribue à affamer le Tiers-monde. Il subit les foudres de la bourgeoisie. Jean Ziegler est déclaré « traitre à la patrie », subit l’opprobre, la haine, les menaces.

Les images d’archives de la TSR et de l’INA nous replongent dans cette époque et témoignent des attaques très violentes dont il était la cible.

Cette phrase du Che lui inspire aussi une méthode : l’intégration subversive, un entrisme assumé, revendiqué et transparent. Méthode qu’il continue d’appliquer au sein du Comité consultatif du Conseil des droits de l’homme de l’ONU dont il est le Vice-président. Nous suivons le combat qu’il y mène pour la défense du droit des paysans, paradoxalement premières victimes de la faim dans le monde, aujourd’hui frappés d’une nouvelle tragédie : le vol des terres agricoles des pays du Sud par des multinationales ou des États étrangers.

Documentaire d’Élisabeth Jonniaux (2011, France, 52′)

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