Interview de Jacques Borde sur la mort de Ben Laden


Irib : Jacques Borde, vous êtes spécialiste des questions internationales. Considérez-vous l’annonce de la mort de Ben Laden comme une victoire pour les États-Unis ?

Jacques Borde : Oui et non. Oui, dans la mesure où les Américains se sont débarrassés d’un dossier encombrant. La mort d’Oussama Ben Laden, c’est quelque part le licenciement sec du principal personnage du réseau Al-Qaïda, cette mouvance née pendant la guerre des Moudjahidins contre les Soviétiques. Je crois qu’ils sont débarrassés opportunément d’une personne dont ils n’avaient plus besoin. Du moins, de la même manière.

Non, dans la mesure où Oussama Ben Laden était plus un croquemitaine qu’un véritable danger. À un moment donné, il faut savoir passer à autre chose.

Cela a été fait au moment le plus opportun pour l’administration Obama. L’actuel locataire de la Maison Blanche, a toujours eu le souci de pouvoir apparaître un chef de guerre par rapport à ses prédécesseurs. Désormais, et dans les perspective des prochaines élections, ce problème est réglé. En outre, cela donne à Obama une certaine liberté de manœuvre par rapport aux différents dossiers en suspens, au Moyen-Orient tout particulièrement.

Irib : Si je vous suis bien, aux États-Unis les Républicains ne sont pas les plus satisfait de l’annonce de la mort d’Oussāma Bin-Lāden parce qu’ils croyaient leur victoire aux présidentielles en 2012 assurée. Mais maintenant ils sont inquiets ?

Jacques Borde : Tout à fait. Il y a un problème dans cette affaire. Le problème pour Obama qui l’avait sous la main, en quelque sorte, mort ou vif importe peu, était de s’en débarrasser au bon moment. Pas trop tôt. Mais pas trop tard ! Trop proche des élections, le ficelle aurait été un peu grosse. Ils se sont débarrassés d’Oussama Ben Laden, de leur obligé, au moment où ça pourrait passer pour un geste fort.

Cela va, peut-être, permettre de faire bouger les choses en Afghanistan. Voire sur le dossier libyen. Obama, le nouveau héros de l’Occident, a tué l’ennemi de l’Amérique, le héraut du terrorisme. Désormais, s’il lâche du lest sur d’autres dossiers : Afghanistan , Libye, il ne passera pas pour un lame duck vis-à-vis des électeurs et de la classe politique US.
 
Irib : On dit que Ben Laden a été tué sur le territoire pakistanais. Pensez-vous que les Américains vont accroître des pressions sur le gouvernement pakistanais ?
 
Jacques Borde : Tout à fait. Je pense que cela fait partie de leur politique dans la région. Avec l’arrivée d’Obama il y a eu net un changement de ton par rapport à l’administration Bush vis-à-vis du pouvoir en place en Islamabad. Le US Secretary of State (chef de la diplomatie), la Sénatrice Hillary D. Rodham Clinton, avait clairement laissé entendre à ses interlocuteurs pakistanais, que les choses devaient changer. Les pressions vont s’accentuer. Les Américains ne vont certainement pas lâcher la main, suite à ce premier succès. Même s’il est, à l’évidence, très artificiel.

Source : Géostratégie.com

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