Et si Fukushima et le Golfe du Mexique étaient une chance ?


par Laurent Horvath pour 2000Watts.org

« Est-ce que le monde se dirige tout doucement vers la fin de l’ère pétrole et nucléaire ? Ou faudrait-il encore d’autres Deepwater Horizon et d’autres Fukushima pour que les politiques prennent conscience de la nécessité d’adopter un changement ? »

Pendant plus de deux siècles, le monde moderne a profité d’une profusion énergétique sans égale pour soutenir une croissance et une démographie exponentielles. Depuis la première machine à vapeur, le coût de l’énergie n’a cessé de diminuer jusqu’à la rendre presque imperceptible voir invisible.

Mais en moins d’une année, bouleversant tous ces acquis avec une coïncidence qui n’a d’égale que sa violence, le pétrole et le nucléaire viennent d’ébranler les certitudes et les stratégies énergétiques mondiales.

Alors que les réserves s’épuisent et pour continuer de répondre à la demande croissante, l’industrie pétrolière a développé des prouesses technologiques dignes de la conquête spatiale et du premier homme sur la lune.

Il y a tout juste une année, à la recherche de cet or noir de plus en plus inatteignable, BP tenta de repousser les limites de l’impossible dans les abîmes du Golfe du Mexique. Inconscient des risques, les plans de BP n’avaient pas envisagé le scénario d’une catastrophe à 1’500 mètres sous la surface de la mer.

Face à l’ampleur du cataclysme, le monde hagard et incrédule suivait, en direct par webcams interposées, l’improvisation totale et maladroite du géant britannique pour colmater la plus grande marée noire de l’histoire. Le malaise fut amplifié par une communication désastreuse et rarement crédible. Cette cacophonie n’était qu’un révélateur de l’ampleur de cet accident qui avait dépassé l’échelle humaine.

Pourtant cet avertissement, hors norme, tourna court. Le monde retourna rapidement à ses exigences de croissance sans en tirer de leçon. C’est alors qu’à l’exact opposé de la planète, une nouvelle catastrophe secoua le laxisme ambiant: Fukushima.

Dans les deux cas, il ne s’agit pas d’une catastrophe naturelle, mais d’accidents créés par la main de l’homme

Aussi stupéfiante que soit la coïncidence, Tokyo Electric Power Company (Tepco), l’opérateur de la centrale se retrouve dans la même configuration que BP face à une catastrophe inédite, d’une importance jamais égalée et largement sous-évaluée. Dans les deux cas, il ne s’agit pas d’une catastrophe naturelle, mais d’accidents créés par la main de l’homme, lui-même.

A des milliers de kilomètres de distance et dans une culture totalement différente, nous assistons aux mêmes improvisations, impuissances et hésitations dans la gestion de la crise. Tout comme BP, la communication de Tepco tente de minimiser maladroitement les conséquences et les effets de ce désastre. Souvent surréalistes et inappropriées, les informations « officielles » sont décapitées par les réseaux sociaux en quête d’une vérité. La crédibilité de l’entreprise japonaise et de son énergie fétiche ont fondu aussi rapidement que sa valeur boursière. Enfin, comme pour la marée noire du Golfe du Mexique, il faudra à Tepco  des investissements colossaux et beaucoup de temps pour trouver une solution, si elle existe.

Le Printemps Arabe enfonce encore plus profondément le clou

Dans le monde entier, cette suite de catastrophes énergétiques a le mérite de remettre sur la table cette problématique globale. Pour ceux qui seraient tentés d’esquiver encore une fois la question, le Printemps Arabe enfonce encore plus profondément le clou en propulsant le pétrole à plus de 120$ le baril.

Identique au choc pétrolier de 1973, la situation actuelle déstabilise totalement les gouvernements et les hommes politiques qui tendent à classer les dossiers trop complexes. Paradoxalement, cette déstabilisation a redonné aux citoyens électeurs une nouvelle légitimité et force les partis politiques à se positionner clairement.

Aussi effrayante que soit la situation actuelle, elle offre des opportunités magnifiques pour des pays qui voudront innover. Mais il est nécessaire d’affronter frontalement, courageusement et sans tabou les questions énergétiques.

Il serait peut être opportun de trouver au fond de notre société une pointe de sagesse si bien décrite par Jean de la Fontaine dans sa fable : la Cigale et la Fourmi.

Ainsi dans quelques années, nous pourrions regarder Fukushima et la marée noire du Golfe du Mexique comme des évènements extraordinaires à la base de notre renouveau.

Laurent Horvath

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Source : 2000Watts.org

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