Wall Street célèbre les profits record


par Tom Eley pour WSWS

« Plus d'une fois, j'ai pensé à Rahm Emanuel qui disait: "Il faut savoir profiter d'une bonne crise", en nous servant de la catastrophe économique croissante pour faire des changements et des sacrifices qui auraient été impossibles dans un autre environnement. » Steven Rattner

Le bilan, publié vendredi, des profits de JPMorgan Chase pour 2010 est devenu l’occasion, pour la ploutocratie américaine, de célébrer le retour du bon vieux temps d’avant le krach de Wall Street de 2008. Jamie Dimon, le PDG de JPMorgan, a résumé les sentiments de l’élite financière lorsqu’il a déclaré que les profits record de la banque étaient la preuve d’une « reprise économique à grande échelle », et ajoutant, « je crois que l’avenir est extrêmement prometteur ».

Que Dimon puisse s’exprimer ainsi au beau milieu de la pire crise sociale depuis la Grande Dépression, sans répercussion au gouvernement ou dans les médias, est une indication de l’immensité du gouffre qui sépare les aristocrates modernes du peuple.

De telles remarques – dans un contexte où le taux de chômage officiel avoisine les 10 pour cent, la pauvreté et la sous-nutrition augmentent rapidement, un nombre record de maisons sont saisies par les banques, la richesse des ménages est ravagée par l’effondrement du prix des maisons, les salaires sont en baisse, les fermetures d’écoles et les coupes dans les services sociaux se répandent à la grandeur du pays – ne peuvent venir que de quelqu’un qui est sait hors de tout doute qu’il a l’administration Obama, les deux partis politiques, le Congrès et toutes les autres institutions officielles dans sa poche.

L’annonce de JPMorgan marquait le début du dévoilement d’une série de rapports financiers qui devraient montrer que 2010 a été une année record pour les banques et les sociétés des États-Unis.

Le géant bancaire a rapporté que ses profits ont augmenté de 48 pour cent par rapport à 2009 et de 47 pour cent lors du quatrième trimestre de 2010 par rapport à la même période l’année précédente. Pour l’année, JPMorgan a fait des bénéfices totalisant 17,4 milliards de dollars, soit l’équivalent du produit intérieur brut de la Bolivie. Sa performance du quatrième trimestre a fait grimper la valeur des actions des autres grandes banques, y compris Bank of America, Citigroup et Wells Fargo, qui devraient publier leurs résultats financiers pour 2010 cette semaine.

Le New York Times a écrit que, « Dans toute la compagnie, les banquiers s’attendent à engranger les bénéfices » de « l’année la plus profitable de l’histoire de JPMorgan ». Des 102 milliards de dollars et plus en revenus, quelque 28,1 milliards de dollars ont été réservés pour les employés et « la plupart seront distribués en bonus ». Les employés de la division des services bancaires d’investissement de JPMorgan ont obtenu un revenu moyen de 370.000 $ en 2010, tandis que les hauts dirigeants « peuvent s’attendre aussi à recevoir des chèques de plusieurs millions de dollars en bonus ».

Les profits records du secteur financier surviennent dans le contexte plus large de la hausse marquée des bénéfices des sociétés, qui auraient selon les analystes augmenté de 27,1 pour cent au quatrième trimestre, soit presque le triple de la croissance médiane des bénéfices depuis 1988. Cela vient s’ajouter à la croissance record des bénéfices rapportée pour les trois premiers trimestres de 2010 (une augmentation de 37, 51 et 92 pour cent respectivement par rapport aux trimestres de l’année précédente).

Pour la très grande majorité de la population, les records à considérer sont bien différents. Le taux de chômage officiel a été supérieur à 9 pour cent pendant 20 mois consécutifs, soit la plus longue durée de ce type depuis la Grande Dépression. Le prix des maisons a chuté de 26 pour cent depuis juin 2006, battant le record de la baisse de 25,9 pour cent qui a eu lieu durant la dépression entre 1928 et 1933. La richesse des ménages a chuté précipitamment, et le taux de pauvreté officiel est aussi élevé qu’il l’était au milieu des années 1960.

Dès le premier jour, la politique de l’administration Obama a été d’utiliser la crise économique pour procéder à une vaste restructuration des rapports de classe en faveur de l’élite financière. En excluant toute mesure sérieuse pour donner du travail aux chômeurs, Obama a supervisé le transfert de milliers de milliards de dollars aux banques, est intervenu pour bloquer la législation limitant les bonus aux banques renflouées à même l’argent des contribuables, et a donné le coup d’envoi d’une campagne de réductions des salaires à travers le pays en imposant une réduction de 50 pour cent des salaires des travailleurs de l’automobile nouvellement embauchés dans le cadre du plan de sauvetage gouvernemental de General Motors et Chrysler.

L’administration a refusé de fournir une aide significative aux États et aux localités ayant de lourds déficits budgétaires dus à la récession, appuyant tacitement les suppressions d’emplois, de salaires et de pensions pour les enseignants et autres employés du secteur public et les coupes sauvages dans les services sociaux.

La Réserve fédérale a maintenu les taux d’intérêt à près de zéro, et a imprimé par voie électronique des centaines de milliards de dollars afin de fournir du crédit pratiquement gratuit aux entreprises puis d’augmenter les bénéfices des sociétés et favoriser les marchés boursiers. Depuis mars 2009, les indices boursiers américains ont grimpé de près de 80 pour cent. Les sociétés américaines ont amassé un magot de plusieurs milliards de dollars grâce aux subventions gouvernementales et à leur propre réduction des coûts, tout en refusant, sans se heurter à une opposition du gouvernement, d’utiliser leur montagne d’argent pour embaucher des travailleurs et accroître la production de base.

Les politiques du gouvernement ont permis aux grandes banques de resserrer leur emprise sur l’économie. Selon les données de la Réserve fédérale, seulement cinq banques, soit Bank of America, JPMorgan Chase, Citigroup, Wells Fargo et Goldman Sachs, contrôlent désormais 8,6 trillions de dollars d’actifs, soit 13,3 pour cent de la totalité des holdings des sociétés financières. Les trois plus grandes banques commerciales contrôlent 33 pour cent de tous les dépôts des États-Unis et plus de la moitié de toutes les commissions sur les prêts hypothécaires.

Dans son livre Overhaul, Steven Rattner, l’initié de Wall Street choisi par Obama pour diriger son Auto Task Force, reconnaît carrément la manipulation de la crise financière de 2008 et 2009. « Plus d’une fois, j’ai pensé à Rahm Emanuel (le chef d’état-major de la Maison-Blanche) qui disait: « Il faut savoir profiter d’une bonne crise », en nous servant de la catastrophe économique croissante pour faire des changements et des sacrifices qui auraient été impossibles dans un autre environnement », écrit-il.

Les attaques sur la classe ouvrière sont sur le point d’être intensifiées. Les politiques de droite d’Obama ont mené à un fiasco électoral pour le Parti démocrate lors des élections de novembre. Des dizaines de millions d’électeurs jeunes ou de la classe ouvrière, qui avaient voté pour Obama lors des élections de 2008, ne se sont pas rendus aux urnes. La réponse de l’administration a été d’aller encore plus à droite et, au nom d’une politique bipartite, a mené ses politiques propatronales de manière encore plus effrontée.

Les votes étaient à peine comptés que la Commission nationale pour la réforme et la responsabilité fiscale mise en place par Obama proposait des coupures dans l’aide sociale, dans Medicare et Medicaid, des licenciements et des baisses de salaire pour les fonctionnaires du gouvernement et de nouvelles taxes sur les biens de consommation et l’assurance-maladie des salariés – tout cela combiné avec des baisses drastiques dans les impôts payés par les entreprises et sur le revenu des riches.

Obama a ensuite, grâce au 111e Congrès contrôlé par les démocrates, put mettre en ouvre un programme fiscal qui élargissait davantage les baisses d’impôts de la période Bush sur les revenus des Américains les plus riches et qui réduisait radicalement le taux d’imposition sur la propriété immobilière des multimillionnaires. La Maison-Blanche a aussi indiqué qu’elle était prête à mettre de l’avant le programme de la grande entreprise en installant l’ancien secrétaire au commerce de l’administration Clinton et cadre de JPMorgan Chase, William Daley, comme nouveau secrétaire général de la Maison-Blanche.

L’écroulement du système capitaliste fait émerger à la surface de plus en plus en plus clairement les divisions fondamentales de classe dans la société. C’est aux États-Unis que le gouffre entre l’élite dirigeante et les masses de travailleurs est le plus marqué. L’administration Obama, le Congrès, l’establishment de la grande entreprise ou les médias font à peine semblant de s’inquiéter de la souffrance des chômeurs et de la destruction de l’avenir de toute une génération de jeunes de la classe ouvrière et plusieurs de la classe moyenne.

L’administration Obama démontre la banqueroute de toutes les affirmations selon lesquelles des réformes peuvent être obtenues en faisant pression sur le Parti démocrate. Quant aux syndicats, ils ont fonctionné à travers la crise plus que jamais comme des agents des entreprises et du gouvernement, redoublant d’efforts pour supprimer la résistance des travailleurs aux attaques sur leur niveau de vie. L’insolence ouverte et l’indifférence de l’aristocratie financière sont, en elles-mêmes, un indicateur des immenses luttes sociales à venir. La question cruciale est le développement de la direction révolutionnaire et de la perspective nécessaire pour unifier la classe ouvrière et la mobiliser afin de renverser le système de profit et construire le socialisme.

Le Parti de l’égalité socialiste tient une série de conférences publiques en avril pour discuter de la lutte pour le socialisme aujourd’hui. Nous encourageons tous ceux et celles qui voient la nécessité d’une telle lutte à s’inscrire aux conférences et à venir y assister.

Tom Eley

Source : WSWS

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