L’Afrique et le Moyen-Orient dans la Matrice


par Charles Bwele pour Alliance Géostratégique

Ne sous-estimons jamais le rôle majeur des technologies de l’information et des médias sociaux dans les révoltes populaires… surtout quand elles ont lieu en Afrique et au Moyen-Orient où les marchés de la téléphonie mobile et de l’internet enregistrent des croissances à deux chiffres.

« À l’ère de Facebook, de Youtube, de Twitter et de Wikileaks, les ennemis de l’information ouverte n’ont plus le sommeil tranquille... » Charles Bwele

Dans les grandes et moyennes villes d’Afrique et du Moyen-Orient, adolescents et jeunes adultes sont à l’affut du dernier smartphone à la mode, en quête permanente d’un mobile made in China/India ou d’un produit local d’assemblage intégrant de nouvelles fonctions : caméra, baladeur FM/audio/vidéo, navigateur internet, webmail, messagerie instantanée, média social, etc. Dans des régions où les infrastructures télécoms et le courrier postal relèvent souvent de la préhistoire ou de la science-fiction, l’usage combiné de la téléphonie mobile et de l’internet n’est guère un luxe.

Dans les cybercafés d’Abidjan, de Douala, du Caire ou d’Amman, on voit des rangées de cybernautes concentrés sur leurs écrans d’ordinateurs pendant que leurs téléphones mobiles ne cessent de biper. À la moindre brutalité policière, des centaines de vidéophones entrent aussitôt en action pour filmer la scène. Pour les autorités, la contestation d’un incident grave ou d’une réalité macabre devient d’autant plus difficile lorsque la preuve par l’image circule sur la toile.

À l’ère de Facebook, de Youtube, de Twitter et de Wikileaks, les ennemis de l’information ouverte n’ont plus le sommeil tranquille…

La convergence média inhérente aux smartphones (téléphonie, internet, radio, audio, vidéo, médias sociaux) et les coûts décroissants d’accès à la téléphonie mobile et à l’internet contribuent à une élevation drastique du degré de connectivité des populations urbaines. Fortes de leurs ordinateurs de poche, elles vivent une véritable révolution technico-sociétale en-dessous de la couverture radar des médias internationaux… et des chancelleries occidentales.

NB : Un téléphone mobile conçu en 2010 est plus puissant qu’un ordinateur portable fabriqué en 1990

La chute du régime Ben Ali était donc relativement prévisible à tout observateur attentif de l’univers cyberculturel tunisien. Outre des facteurs savamment expliqués par les blogs alliés EGEA, la Plume & le Sabre, Mon Blog Défense et Cyberstratégie Est-Ouest (transition démographique, transition sociale, économie émergente, etc), la révolution du jasmin a bénéficié d’un environnement technologique hautement favorable : la Tunisie figure dans le peloton de tête des pays africains les mieux équipés en infrastructures télécoms/internet, et drainant d’énormes vagues d’étudiants sci-tech et d’entrepreneurs techno venues de toute l’Afrique. Malgré une cyber-censure féroce, les Tunisiens sont très probablement les citoyens les plus connectés d’Afrique et/ou du monde arabe. D’où une redoutable capacité de mobilisation des masses et une infoguerre permanente opposant gouvernement et cyberactivistes.

Au sujet de cette « Tunisie 2.0 », Fabrice Epelboin (Readwriteweb.fr) a eu le ton juste :

« A l’intérieur du pays, tout se passe sur Facebook. […] le géant américain si tancé pour ses atteintes aux libertés, est là bas le seul espace de liberté. Adolescents, lycéens, étudiants, homme de la rue, universitaires, journalistes, avocats, écrivains : tout le monde est sur Facebook.

Imaginez que vous croisiez, en France et sur Facebook, la plupart des grands professeurs d’universités, des avocats de renom, des poètes célèbres, des icones culturelles de la scène locale… Imaginez la richesse de la vie qui s’y développerait… Ajoutez à cela l’angoisse, la paranoïa, l’obligation de cacher son identité de peur d’être reconnu et harcelé, le soupçon permanent d’un délateur potentiel, caché parmi un groupe, la coupure de l’accès à votre compte Facebook comme une épée de Damoclès, qui peut vous couper de tout contact culturel et social (autre que la télévision d’Etat, bien sûr), et vous avez une idée de ce à quoi ressemblait Facebook en Tunisie jusqu’ici […]

Sur Facebook, bien avant la révolution tunisienne, une vie culturelle prolifique s’est déployée malgré un climat littéralement étouffant […]

Pour les Tunisiens, Facebook a non seulement été leur seul espace de liberté d’expression dans un cadre public et semi public, mais il a aussi été un espace de rencontre avec d’autres personnes, dont ils partagent les goûts et la langue sans partager la nationalité. Il a aussi probablement été une alternative au rêve de l’exil pour les plus jeunes, qui comme tous ceux de cette génération, se prennent à imaginer un monde où des règles si naturelles sur internet auraient cours dans la vraie vie. […]

Facebook a très profondément structuré la société tunisienne, en grande partie parce qu’il n’y avait rien d’autre pour le faire, et il aura à l’avenir un rôle essentiel dans le développement de cette nation ».

N’oublions point que le siècle des lumières, la révolution française et la révolution industrielle doivent beaucoup à l’impression et à la diffusion en masse d’encyclopédies, de pamphlets et de manuels scientifiques.

En Iran, en Arabie Saoudite, en Egypte, en Côte d’Ivoire et au Zimbabwé, l’irruption des médias sociaux favorise l’émergence de sociétés civiles et soumet les régimes politiques à une pression constante, à de profondes contradictions internes, et ce, malgré leurs résistances tous azimuts. À mesure que la téléphonie mobile et l’internet inonderont l’Afrique et le Moyen-Orient, les autocraties délirantes et leurs multiples mécènes seront régulièrement embusqués par de violentes éruptions populaires.

Charles Bwele

Le blog de Charles Bwele : Electrosphère

Source : Alliance Géostratégique

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