Chine : l’Empire du Milieu tente de canaliser la pression intérieure vers la scène internationale


par JGP pour Mon Blog Défense

J’ai lu avec intérêt l’article d’Olivier Kempf intitulé Le temps court de la Chine, qui vise à tordre le coup de certaines idées reçues relatives à l’Empire du Milieu, et notamment cette vision à long-terme que l’on lui prête naturellement, Sun Zi et esprit oriental obligent.

« Constatons tout simplement que les Chinois sont animés actuellement d'un profond orgueil, renforcé d'un ressentiment aigu. Fiers d'être célébrés partout comme le plus grand marché du monde, la plus grande puissance commerciale, le prêteur universel, une grande puissance, que dis-je, une hyperpuissance, le seul rival des Américains, en attendant de devenir la nouvelle "puissance indispensable". » Olivier Kempf

Force est de constater que les agissements de la Chine sur la scène internationale s’écartent de plus en plus ouvertement de l’objectif affiché de promotion d’un « monde harmonieux » (sous-entendu, sans vague). Olivier Kempf va jusqu’à employer le terme d’hubris, sorte de maladie de la puissance ; et qui pour le coup ne peut se contenter de soft power (Un ouvrage sur le soft power chinois). Ce dernier étant avant tout un affichage à l’intention des « non alignés« , destiné à se démarquer des Occidentaux néo-coloniaux donneurs de leçons. Ceci dit, la Chine n’est pas fondamentalement différente, dans sa stratégie de puissance : affirmation musclée dans sa zone régionale, sécurisation de ses approvisionnements énergétiques, recherche de débouchés industriels et de retour sur investissement.

C’est ce que montre aussi, au moins autant que l’émigration d’ingénieurs et d’ouvriers sur les chantiers sud-américains, africains ou européens (cf. l’offensive sur le port du Pirée), l’étude des cibles étrangères que privilégient les Chinois, pour le moment plus financières qu’opérationnelles (voir à ce sujet Business Made in China d’Olivier Marc).

Pour autant, cette posture porte ses fruits principalement auprès des régimes peu en odeur de sainteté en Occident : Soudan, Iran, Venezuela…

Un facteur n’est pas à négliger pour expliquer cet état de fait très « court-termiste » : la pression induite par la situation intérieure sur les prises de position sur la scène internationale. Olivier Kempf le rappelle, la surchauffe guette en interne. D’ailleurs les chiffres de l’inflation ne sont pas bons, conséquence, entre autres, du gigantesque plan de relance suite à la crise et de la spéculation immobilière. Les déséquilibres sont marqués, notamment examinés au travers du prisme géographique, malgré les efforts du pouvoir. La valeur ajoutée des chaînes de valeur sur lesquelles se positionne la Chine reste principalement à l’étranger. Le futur proche pourrait révéler des tensions de grande ampleur. Le PCC déploie donc des efforts très importants pour rediriger de possibles mécontentements vers l’extérieur, notamment auprès des petits empereurs, ces enfants uniques dont les garçons largement excédentaires devront à terme se trouver une femme.

Et les cibles désignées ne manquent pas : Japon, Etats-Unis, France, Comité Nobel… Le nationalisme, soupape de sécurité du régime, est exacerbé (mais gardé sous contrôle pour éviter tout débordement trop préjudiciable à une « société harmonieuse« ) au moindre semblant de crise sur le front international. La Chine est passée maître dans l’art de l’astroturfing, que ce soit sur le Web ou dans la rue. Pensez donc, un pays auquel on promet la première place mondiale depuis plus d’une décennie ne peut souffrir de voir les jaloux décadents lui mettre des bâtons dans les roues. Après tout, « la parenthèse occidentale s’est refermée » comme s’est vu rétorquer DSK par le ministre des finances chinois.

Bien sûr, tout le bon peuple de Chine n’est pas dupe, et on sent bien ce décalage entre la situation intérieure, où toute critique est interdite, et l’international, où l’on est relativement libre de se défouler. Ainsi Han Han, célèbre et influent blogueur (certainement l’un des plus lus au monde d’ailleurs), souligne, à propos de la querelle sino-japonaise autour des îlots Senkaku :

Qu’on ne me dise pas que je dois me sentir blessé par ces questions patriotiques. Dans notre pays, le peuple ne possède pas la moindre parcelle de terre, pour laquelle il paye un loyer aux dirigeants. C’est pourquoi, de la place où je me trouve, ce problème ressemble à une controverse entre mon propriétaire et son voisin, à propos d’une tuile tombée du toit dans la tempête. Mais mon propriétaire, qui a peur de son voisin, n’ose pas récupérer la tuile.

Quant à moi, qui ne suis que locataire, en quoi tout cela me concerne t-il ? Pourquoi quelqu’un comme moi, privé de terre, irait-il se battre pour récupérer la terre d’un autre. Pourquoi un locataire, à qui on n’accorde aucune dignité, irait-il se battre pour celle de son propriétaire ? (…)

Des protestations contre des étrangers par ceux qui, chez eux, ne sont pas autorisés à protester, n’ont aucun poids. Elles ne valent pas plus qu’un exercice de danse organisée.

Et l’on sait, notamment depuis la cérémonie d’ouverture des JO de Beijing en 2008, que la Chine sait organiser de somptueuses danses !

Ceci dit, attention, car même fragilisée, la Chine s’affirme de plus en plus dans son désir de faire mentir, de façon plus crédible peut-être que d’autres « prétendants« , Francis Fukuyama et sa fin de l’histoire.

JGP

Source : Mon Blog Défense

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