Après le sommet du G20


par Joseph Kishore pour WSWS

Le sommet du G20 en Corée du Sud s’est achevé, comme il fallait s’y attendre, sans qu’un accord ait été trouvé entre les principales puissances pour résoudre des conflits monétaires et commerciaux de plus en plus tenaces.

« L’aristocratie financière américaine considère l’imposition à la classe ouvrière de mesures d’appauvrissement comme une condition clé du maintien de sa position sur la scène mondiale. »

Le communiqué final de vendredi a juste tenté de dissimuler les divisions en fixant un calendrier pour l’année prochaine afin d’accepter « des lignes directives » sur les déséquilibres de l’économie mondiale. Entre-temps, les principaux acteurs poursuivent leur politique « du chacun pour soi » qui menace de provoquer une guerre commerciale totale.

Le sommet a révélé l’incapacité des Etats-Unis à imposer sa volonté aux autres puissances. Le gouvernement Obama n’a pas réussi à obtenir un accord sur ses principaux objectifs, dont l’exigence que la Chine permette une réévaluation plus rapide de sa monnaie et que des restrictions plus sévères soient placées sur les exportations originaires de pays excédentaires (à savoir la Chine et l’Allemagne). Le gouvernement n’a pas réussi non plus à s’assurer un accord commercial bilatéral avec la Corée du Sud qu’il avait claironné au monde.

Avant comme après le sommet, les principales puissances tout comme les économies « émergeantes » ont critiqué la politique économique de plus en plus belligérante des Etats-Unis.

Un peu plus d’une semaine avant la conférence, la Réserve fédérale américaine avait annoncé un nouveau plan visant essentiellement à imprimer près de mille milliards de dollars, dévaluant le dollar et inondant une fois de plus les marchés financier avec de l’argent bon marché – ce qui est le moteur de la classe dirigeante américain. Cette mesure a été à juste titre dénoncée comme étant le type même de manipulation monétaire que les Etats-Unis accusent la Chine de pratiquer.

Le résultat du sommet est une preuve de plus que le crash financier de 2008 n’était pas un déclin provisoire et qui fera place à un nouvel équilibre. Un ajustement progressif des énormes déséquilibres des balances commerciales et des déficits s’est révélé impossible. Tout comme durant les années 1930, aujourd’hui l’effondrement de l’ordre existant s’exprime dans un conflit entre les Etats sur la question de savoir qui sera obligé de payer.

Les classes dirigeantes des différentes puissances capitalistes arrivent elles-mêmes à la conclusion qu’il n’y a pas d’assainissement économique rapide à l’ordre du jour. Depuis surtout le déclenchement, au printemps, de la crise de la dette en Europe lorsqu’il est apparu clairement qu’il n’y aurait pas de retour progressif à une croissance constante, la réponse a été double : 1) Prendre des mesures visant à reporter la crise sur les puissances rivales, et 2) Imposer une politique d’austérité de plus en plus drastique à la classe ouvrière.

Au moment même où le sommet avait lieu, deux événements ont permis de souligner le lien étroit qui existe entre les tensions mondiales et l’austérité sociale. Premièrement, les représentants européens du G20 ont été obligés d’interrompre leurs délibérations animées pour rassurer les marchés obligataires en Europe qui avaient fait monter en flèche les rendements des obligations dans plusieurs pays.

Les investisseurs étaient nerveux quant à la capacité de l’Irlande et des autres pays européens à imposer des mesures d’austérité suffisamment drastiques. Ils étaient également contrariés par les suggestions selon lesquelles les investisseurs privés pourraient être obligés de régler une part plus importante de la note des futurs plans de sauvetage. Pour empêcher une nouvelle crise d’endettement, au moins temporairement, les représentants européens ont été obligés de tenir une conférence de presse pour garantir aux acquéreurs d’émission obligataire que leur argent était sûr.

Deuxièmement, les présidents de la commission sur la réduction de la dette, mise en place par le gouvernement Obama, ont publié une liste de propositions pour venir à bout des déficits budgétaires américains et dont font partie des coupes drastiques dans le financement des programmes sociaux clé. Il est probable que le moment de la sortie du rapport des présidents a été choisi pour, en partie du moins, coïncider avec le sommet du G20 dans le but d’envoyer un signal aux autres puissances en montrant que les Etats-Unis sont déterminés à imposer leurs propres mesures d’austérité.

Obama s’est fait un devoir à la réunion du G20 de venir à la rescousse des présidents de la commission sur la réduction de la dette budgétaire en déclarant qu’il était nécessaire de « prendre des mesures difficiles » et de « dire la vérité au peuple américain. »

L’aristocratie financière américaine considère l’imposition à la classe ouvrière de mesures d’appauvrissement comme une condition clé du maintien de sa position sur la scène mondiale – par l’augmentation des exportations et la réduction de la dette américaine.

Un article paru dans la toute dernière édition de la revue Foreign Affairs (« La prodigalité américaine et la puissance américaine : Les conséquences de l’irresponsabilité fiscale » – « American Profligacy and American Power: The Consequences of Fiscal Irresponsibility ») souligne ce point. Richard Haas, le président du Conseil des relations étrangères, et Roger Altman, un ancien conseiller au Trésor, ont averti que le fardeau de la dette américaine pourrait se révéler être catastrophique pour les intérêts mondiaux américains en réduisant la capacité de Washington de financer l’armée, en augmentant le moyen de pression économique de créanciers des Etats-Unis – notamment la Chine – et en sapant l’influence des Etats-Unis à l’étranger.

« Ce ne sont pas les activités américaines à risque dans le monde qui mettent en danger la solvabilité américaine, » concluent les auteurs, « mais l’extrême prodigalité américaine dans le pays qui menace la puissance et la sécurité américaines. »

Le monde entre dans une phase nouvelle et plus dangereuse de la crise capitaliste. Derrière les conflits mondiaux grandissants se trouve le danger d’une guerre dans laquelle la manipulation des monnaies ouvre la voie à l’échange de bombes.

Parmi les principaux éléments qui sous tendent le déséquilibre mondial se trouve le déclin économique à long terme des Etats-Unis. Toutefois, la classe dirigeante américaine, qui est foncièrement impitoyable dans la défense de sa propre richesse matérielle, n’hésitera pas à recourir aux deux principaux instruments dont elle dispose – le dollar américain et la force militaire américaine – pour enrayer ce déclin.

Au cours du mois passé, et particulièrement depuis les élections, le gouvernement Obama a adopté une attitude nettement plus militariste – en indiquant une extension de l’occupation militaire américaine en Irak et en Afghanistan, en intensifiant ses menaces contre l’Iran et en faisant allusion à une guerre avec la Chine au sujet de son conflit territorial avec le Japon. Les Etats-Unis courtisent de façon agressive des alliés potentiels dans un conflit avec la Chine. Le fait que cette offensive coïncide avec un nouvel assaut contre la classe ouvrière américaine n’est pas le fait du hasard – l’impérialisme, remarquait Lénine, est réaction sur toute la ligne.

Dans le cadre du système économique actuel, il n’y a pas d’issue pacifique à l’impasse dans laquelle la classe dirigeante mène l’humanité. Au danger de la guerre, la classe ouvrière internationale doit apporter sa propre réponse : la révolution sociale.

Joseph Kishore

(Article original paru le 15 novembre 2010)

Source : WSWS

Publicités