Pourquoi ils haïssent le Tea Party


par Maurice Gendre pour Scriptoblog

Les membres du Tea Party sont définitivement sortis de l’anonymat lors de leur première grande manifestation nationale le 15 avril 2009, lors du Tax Day, la date limite de paiement des impôts. Depuis, ils ont porté des candidats à l’assaut de la Chambre des Représentants et du Sénat et n’ont cessé de déclencher la fureur des éditorialistes des deux côtés de l’Atlantique.

Et la presse française comme à l’accoutumée n’est pas en reste…

« La volonté de récupération par les néocons est d'ailleurs bien visible lorsqu'on voit Glenn Beck et Sarah Palin sur le devant de la scène. »

Une fois encore la presse hexagonale s’est illustrée par son absence totale de nuances, son refus des paradoxes et des contradictions et par son incapacité à envisager une situation sous ses différents angles.

De quoi s’agit-il cette fois ? Du mouvement Tea-Party (1).

Qu’a-t-on pu lire ou entendre sur le Tea Party ? On peut le résumer à ces quelques slogans et ces quelques formules répétées jusqu’à plus soif : « mouvement ultra-conservateur, religieux extrémistes, incarnation de l’extrême-droite américaine, puritains, racistes parfois etc… » .

Un vrai mouvement croquemitaine-épouvantail donc au regard des obsessions dogmatiques des plumitifs de la place parisienne.

TF1 et Canal+ ne furent évidemment pas en reste niveau désinformation, mais la palme est remportée haut la main par Guy Sitbon de Marianne qui a la fâcheuse tendance à toujours se tromper (ou à tromper ses lecteurs c’est selon) et à la non moins ineffable Hélène Vissière du Point.

Car la réalité, comme souvent (comme toujours ?), présente une multiplicité de visages et un degré de complexité qui échappe totalement au rouleau compresseur médiatique. Il est impossible de donner une définition précise du Tea Party sans tomber dans la facilité, la caricature ou l’inexactitude.

Toutefois, si nous devions nous lancer dans une tentative descriptive, les rares points communs qui semblent réunir les partisans de ce mouvement très hétéroclite sont la colère contre l’Establishment de Washington et les plans de renflouement bancaire.

Pour le deuxième point, les raisons avancées par les membres du Tea Party peuvent varier : certains voient toute intervention de l’Etat dans l’économie comme une forme de socialisme larvée, d’autres ne supportent pas l’idée de venir en aide aux banquiers qui ont provoqué la crise, d’autres enfin (plus rares) préconisent une aide aux banques uniquement pour protéger les dépôts des ménages et pour permettre aux banques de continuer à accorder des crédits et ainsi favoriser la reprise en finançant les entreprises. En revanche, ces derniers ne veulent pas entendre parler d’un sauvetage des banques d’affaires, des fonds spéculatifs ou de faire porter sur les épaules du peuple américain le poids des titres toxiques.

Hormis ce socle commun, les patriotes du Tea Party ont des parcours de vie et politiques très différents les uns des autres.

Les scribouillards fatigués de la presse française ont pris un soin tout particulier à faire croire que le Tea Party movement ne serait composé que de Républicains prêts à déborder sur leur droite les caciques du GOP pour les forcer « à revenir dans le droit chemin« .

Seulement les choses ne sont pas aussi simples.

Si effectivement, cette description revêt une part de vérité, elle n’englobe nullement l’ensemble de l’esprit du mouvement.

On a pu voir notamment l’indépendant Jim Trafficant reçu comme un héros par les membres du Tea Party dans l’Ohio, des libertariens comme les Paul père et fils accueillis comme des sauveurs, le second a même été propulsé grâce à leur soutien candidat du Parti Républicain dans le Kentucky.

Plus éclairant encore, la candidate du Parti Démocrate dans la 22ème circonscription du Texas, Kesha Rogers, rooseveltienne et proche de l’économiste Lyndon Larouche, est appuyée officiellement par Pete Robertson, un des membres fondateurs du Tea Party. Ce dernier a déclaré que Kesha Rogers avait la stature et le courage pour s’attaquer à Wall Street et que tout cela n’a rien à voir avec l’appartenance à tel ou tel parti.

Le Tea Party a également attiré vers lui de nombreux constitutionnalistes inquiets du sort fait au Freedom of speech depuis le début de l’ère Bush-Cheney. Liberté d’expression et de parole qui reste très largement menacée depuis l’arrivée d’Obama à la Maison-Blanche.

D’autres sont soucieux pour la pérennité et la garantie du Deuxième amendement de la Constitution américaine (port d’armes) qu’ils estiment en grand danger. Leur angoisse se base sur les déclarations de quelques ténors du Parti Démocrate (Parti de l’Âne) et notamment de Rahm Emmanuel (2).

Plus généralement, le Tea Party est un mouvement conservateur classique opposé à l’avortement, au mariage homosexuel, à la légalisation des drogues, hostile à l’immigration (Tom Tancredo est très en pointe sur ce sujet), favorable aux mesures prises par le gouverneur de l’Arizona, Mme Jan Brewer pour lutter contre les arrivées massives de clandestins dans son État. On trouve aussi des climato-sceptiques qui doutent de la rigueur « scientifique » des « expertises » du GIEC ou encore des birthers (3).

Dans leur grande malhonnêteté, les journalistes ont essayé de discréditer ce mouvement aux yeux du public français en se focalisant sur les outrances haineuses de Rick Santelli de la chaîne financière CNBC ou sur les propos hostiles à la masturbation qui ont été prononcés par la candidate estampillée Tea Party, Christine O’donnell. Comme si être favorable ou non à l’onanisme justifiait ou pas de la validité de leurs positions sur Wall Street et le Big Government.

Évidemment, il ne faut pas non plus idéaliser dans sa totalité le Tea Party. Il percevrait plus ou moins directement des fonds du cigarettier Philip Morris, de l’assureur MetLife et beaucoup plus ouvertement des milliardaires frères Koch (Americans for prosperity) et de Steve Forbes. Sans parler de la volonté des « neocons » de faire main basse sur le mouvement. La volonté de récupération est d’ailleurs bien visible lorsqu’on voit Glenn Beck et Sarah Palin sur le devant de la scène.

Toutefois, il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Le Tea Party bien que victime de son succès n’en demeure pas moins un mouvement novateur et dont la dimension révolutionnaire est absolument indiscutable.

Comment expliquer cette haine du Tea Party en France ? Deux principales explications à cela : le Tea Party risque de coûter très cher au chouchou des média hexagonaux le sieur Obama lors des élections de mi-mandat du 2 novembre, mais surtout, pour un certain nombre d’analystes, le Tea Party est un mouvement populiste et grassroots qui a donné des sueurs froides aux hiérarques des deux grands partis (avant peut-être d’être instrumentalisé à des fins électoralistes par le parti de l’Âne). Imaginez si une telle chose jaillissait en France ou en Europe… Horreur !

Dans cette façon si partiale et si peu objective de présenter le Tea Party, la cléricature médiatique française a montré une fois encore sa haine du peuple, sa torpeur face à ce qui échappe à ses critères et ses canons idéologiques, mais surtout son incompétence chronique pour saisir ce qui fait la substantifique moelle des autres Nations de ce monde.

Les journalistes ne comprennent rien à la Russie de Poutine, au Venezuela de Chavez, à l’Iran d’Ahmadinejad, pas étonnant dans ce cas qu’ils ne comprennent rien non plus aux patriotes américains du Tea Party  et qu’ils les considèrent comme une simple anomalie et une bizarrerie malfaisante.

Une constante dans la médiocrité et l’aveuglement en quelque sorte.

Maurice Gendre

à lire également sur le même sujet :

USA : à l’ombre de la haine

Notes

( 1 )“Tea Party”, une référence à la révolte de 1773 des colons américains. Déguisés en Indiens, ils avaient jeté par-dessus bord les cargaisons de thé amenées par les navires anglais dans le port de Boston. Ils protestaient ainsi contre une nouvelle taxe sur le thé que la Couronne britannique voulait leur imposer, alors qu’ils n’étaient même pas représentés au Parlement de Londres.

( 2 ) Pour les Américains, la violence légale et légitime n’est pas uniquement entre les mains de l’Etat et des forces de l’ordre, elle relève aussi de la mobilisation de chaque citoyen. Cet attachement au port d’armes s’explique aussi par le souvenir de la Révolution américaine, l’esprit pionnier et l’idée bien ancrée que ce qui sépare un simple sujet d’un citoyen est l’arme à feu.

( 3 ) Des zones d’ombres très importantes planent sur le lieu de naissance de Barack Obama. Les birthers estiment que Barack Obama n’est pas né Américain et par conséquent n’aurait pas du être Président d’après les termes de la loi. Des poursuites judiciaires sont d’ailleurs engagées. Les birthers réclament que désormais chaque candidat s’engage à présenter son certificat de naissance avant de concourir pour la  Maison-Blanche.

Source : Scriptoblog

Publicités

3 réponses à “Pourquoi ils haïssent le Tea Party

  1. Vous connaissez vraiment Larouche ? Il ne merite que le sobriquet innocent d’economiste ?

    • Je ne suis pas l’auteur de l’article qui a été édité depuis le Scriptoblog. L’auteur est Maurice Gendre comme cela est indiqué en haut et en bas de l’article. 😉

  2. Pingback: « Les Etats-Unis semblent aspirés par la spirale du déclin » | MecanoBlog·

Les commentaires sont fermés.