Cyops ou opérations cyberpsychologiques


par Charles Bwele pour Alliance Géostratégique

À l’ère de l’internet et de la téléphonie mobile, les conflits se déroulent de plus en plus sur un théâtre virtuel imbriquant étroitement cyberguerre, guerre électronique, opérations psychologiques et couverture médiatique.

D’où la notion récente de « cyops » (cyber warfare + electronic warfare + psychological operations + information operations + media affairs) dans le jargon militaire anglo-saxon.

Aujourd’hui, états et non-états apprennent ou réapprennent à exploiter l’immense potentiel des technologies de l’information et de la communication en termes d’influence, de persuasion, de mobilisation, d’information, d’intoxication, de coercition et de manipulation. Parallèlement ou simultanément à la guerre réelle, les populations locales sont également sous l’influence d’une guerre psychologique sur les ondes et sur internet.

Les cyops sont caractérisées par leur vitesse, leur précision et leur degré de créativité. On peut aujourd’hui envoyer des SMS ou des MMS à certaines franges d’une population civile afin de terroriser, d’avertir, d’informer ou de désinformer celles-ci.

Durant ses campagnes contre le Hezbollah en 2006 et contre le Hamas en 2009, Tsahal expédiait des SMS et des messages vocaux en langue arabe aux populations libanaises et palestiniennes avoisinant une zone ciblée par l’aviation israélienne. Le Hamas, le Djihad Islamique et les Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa procédèrent également de la sorte en langue hébreue avant de tirer leurs roquettes sur le territoire israélien, repérant préalablement leurs zones de frappe grâce à Google Maps/Earth. Ces méthodes visaient à diminuer autant que possible les pertes humaines et/ou à démoraliser le camp adverse en propageant quelque sensation généralisée d’insécurité.

Au lieu des cyops, certains évoquent plutôt les PGM ou precision guided messages(à ne pas confondre avec les precision guided munitions) qui peuvent revêtir des formes nettement plus sophistiquées pour des fonctions plus étendues.

Lors de l’opération Plomb Durci, des sympathisants de la cause palestinienne – à l’accent égyptien, jordanien, libanais ou lybien – téléphonaient à des habitants de Gaza, se déclaraient longuement horrifiés par leur sort puis engagaient une abondante discussion autour de leurs conditions de vie, d’éventuels sympathisants du Hamas/Djihad Islamique dans leurs familles ou de la présence éventuelle de tireurs dans leur voisinage. Parsemée de ruelles et de tunnels, la dense ville de Gaza est un paradis de la guerre asymétrique en milieu urbain, remarquablement menée auparavant par les milices du Hamas contre celles du Fatah. D’où la nécéssité pour Tsahal de diversifier la collecte d’informations (PGM, drones aériens, agents infilitrés, etc) et de leurrer les combattants adverses sur ses futures actions.

Ayant beaucoup appris auprès d’un Hezbollah plutôt doué en guerre psychologique, le Hamas n’est guère resté muet durant le conflit avec Tsahal de l’hiver 2009. Peu avant la rupture de la trêve, des messages en hébreu annonçant la capture ou la mort d’un soldat israélien étaient régulièrement diffusés sur les ondes, notamment vers la frontière israélo-palestinienne. Dans ces mêmes émissions radio, le Hamas déclarait « réserver d’innombrables surprises » aux troupes israéliennes. Sans toutefois empêcher l’expédition militaire de Tsahal à Gaza, elles ont suscité la crainte d’un piégeux combat urbain chez les soldats hébreux qui furent d’autant plus prudents et optèrent pour un usage appuyé de l’appui-feu aérien et de l’escorte blindée… aux risques de pertes civiles élevées et, consécutivement, d’une dégradation durable et profonde de la notoriété d’Israël.

En 2006, lors de l’expédition militaire israélienne au pays du cèdre, de nombreux mobiles libanais reçurent des flashes d’infos – titrés News ou Headlines – émis par la défunte Voix du Liban. Numériquement ressucitée par l’état hébreu, la pseudo-radio diffusait des actualités sous une perspective israélienne. Nul doute que cette technique autorisant maintes innovations sera de plus en plus utilisée contre quelque population ou région informationnellement isolée, censurée ou « obscurcie » tous azimuts. En effet, lors de la campagne militaire russe en Géorgie ou celle israélienne à Gaza, la mise en « état de siège informationnel » de l’adversaire précédait ou accompagnait souvent l’assaut réel.

De par leur nature multimédiatique (texte, radio, télévision, téléphonie, internet) et donc hautement « pervasive », les cyops amoindrissent considérablement la possibilité d’un sanctuaire informationnel. Dans les prochaines années, nous assisterons certainement à leur prolifique diversification technique : flyers multimédia vers les mobiles, diffusion de stations radio ou de chaînes de télévision purement virtuelles, cyberpiratage des sonneries téléphoniques à des fins d’avertissement, d’intimidation ou de propagande, etc.

Au-delà de leurs seules dimensions tactiques, cyops et PGM deviennent les composantes d’un storytelling pluri-médiatique lors de la conduite d’une guerre conventionnelle, hybride ou irrégulière.

Charles Bwele

Le site Internet de Charles Bwele : Electrosphère

Source : Alliance Géostratégique

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