Pentagone et narcotiques, la boutique des horreurs


par Sabina Morandi pour A l’encontre

Les Américains l’ont suggéré et les Russes ont tout de suite été d’accord : le responsable du massacre des Tchétchènes et des otages qui a eu lieu au théâtre de Moscou est bien le Fentanyl, un puissant opiacé – environ 100 fois plus puissant de la morphine – qui ne figure pas dans la liste des substances interdites. Malgré les doutes qui persistent et les incohérences qui ont été enregistrées par des nombreux chercheurs internationaux, une question reste en suspens : d’où est-ce qu’elles viennent ces « armes » et qu’ est-ce les Américains connaissaient en la matière ?

« Nous avons besoin de quelque chose qu’aille au-delà des gaz lacrymogènes, nous avons besoin d’agents calmants ou anesthésiques, quelque chose qui fasse endormir les gens ou qui les mette de bonne humeur. »

Archive du 11 décembre 2002

Le programme secret

Il y a environ un mois, en s’appuyant sur la loi sur la liberté d’expression, le groupe pacifiste Sunshine Project a réussi à mettre les mains sur la documentation du groupe mixte du Pentagone concernant les armes non létales (Joint Non-Lethal Weapons Directorate – JNLWD) qui démontre l’existence d’un programme de recherche déjà très avancé sur les agents chimiques toxiques, y compris les anesthésiques et les substances psycho-actives.

Le projet, en flagrante violation de la Convention sur les armes chimiques, ne s’est pas uniquement focalisé sur la production d’agents hautement léthaux comme le VX ou le Sarin mais, au contraire, il se concentrait et se concentre sur la recherche de substances à utiliser « contre les civiles potentiellement hostiles dans les opérations antiterroristes » comme l’explique le rapport.

En utilisant les déclarations de l’actuel directeur de recherche du JNLDW on peut lire : « nous avons besoin de quelque chose qu’aille au-delà des gaz lacrymogènes, nous avons besoin d’agents calmants ou anesthésiques, quelque chose qui fasse endormir les gens ou qui les mette de bonne humeur ».

En effet, parmi les principaux projets de recherche menés par le JNLDW il y a des médicaments « calmants » ainsi que des agents convulsifs (c’est-à-dire qui provoquent des crampes et des convulsions paralysantes) et des substances hallucinogènes. Le Pentagone est en train d’étudier aussi bien les drogues que des nouvelles méthodes pour les administrer en prenant en compte l’objectif spécifique de leur utilisation : la non-collaboration du « patient ».

Voilà donc que des mortiers particuliers de 81 millimètres définis « non léthaux » sont en voie de construction, mortiers qui peuvent couvrir un rayon de deux kilomètres et demi ou bien des bombes lacrymogènes à large vaporisation. Les photos des tests des nouveaux mortiers, des aérosols et des autres diableries publiées dans le rapport du JNLDW, sont visibles sur le site web du Sunshine Project.

Bombarder les esprits

Le rapport JNLDW s’intitule « Avantages et limites de l’utilisation des calmants comme technique non léthale ». Il illustre dans les moindres détails les buts et l’état d’avancement d’un programme de recherche sur les armes psycho-pharmacologiques qui sont en harmonie avec les plus modernes innovations de la recherche pharmaceutique.

Certaines nouvelles substances, selon les affirmations des Américains eux-mêmes, ont déjà été utilisées par les Etats-Unis dans la guerre contre « le terrorisme », en particulier sur les prisonniers de Guantanamo, évidemment sans leur consentement.

Du reste l’ex-commandant du JNLDW, Andy Mazzara, aujourd’hui directeur du groupe de chercheurs qui travaillent au Applied Research Laboratory de l’Université de l’Etat de la Pennsylvanie, auteurs du rapport, a clairement déclaré d’avoir assigné un de ses consultants scientifiques auprès de la Marine états-unienne. Il y travaille comme assistant de « la guerre au terrorisme. »

L’Applied Research Laboratory est en train d’expérimenter pour le Pentagone une gamme très large de médicaments, depuis les anesthésiques aux « club drugs », les soi-disant drogues de disco. Selon le rapport « le choix de la méthode d’administration, soit par le biais de l’eau potable, soit à travers l’épiderme, soit par des gaz ou des projectiles spécifiques, dépendra de l’environnement dans lequel l’on se trouve à opérer ». Cet environnement pourrait être, toujours selon le rapport, « une foule de réfugiés qui seraient en train de s’emporter pendant la distribution de la nourriture », ou bien  » une population en révolte  » ou encore « une situation avec prise d ’otages ».

Le rapport du JNLDW, dans différents passages, comme le soulignent les pacifistes, tend, de manière évidente, à définir l’opposition comme étant un désordre psychique à soigner pharmacologiquement.

Les médicaments définis comme « calmants » par les militaires, dans le langage médical sont appelés dépresseurs du système nerveux central. Dans cette catégorie rentrent les opiacés, comme la morphine, et les benzodiazépines, comme le Valium. Mais l’équipe du JNLDW est aussi très intéressée par les anti-dépressifs et par d’autres trouvailles de la pharmacologie moderne, comme par exemple certains neurotransmetteurs capables de provoquer des attaques de panique sur des personnes saines.

Cocktail et diableries

Les médicaments classés Fentanyl ont des effets identiques à l’héroïne, mais ils sont entre cent et cent cinquante fois plus puissants. Utilisées dans des doses massives, ils peuvent rapidement conduire à l’arrêt respiratoire et à la mort. Et c’est un des problèmes qui rend l’opiacé difficilement utilisable en tant qu’arme non léthale, outre à la difficulté de vaporisation – chose, justement, qui alimente les doutes internationaux par rapport aux déclarations des autorités russes.

Un autre problème est relatif à la rapidité d’action. Si le Fentanyl a besoin de 30 secondes pour faire effet lorsqu’il est injecté, il est facile de supposer que son action soit plus lente s’il est inhalé. Or, c’est le temps suffisant pour déclencher un détonateur (de la part d’un terroriste). Enfin, la position des corps (à Moscou), comme cela a été montré par les télévisions du monde entier, ne laisse pas voir des traces de convulsions et de raidissement musculaire qui devraient être parmi les caractéristiques de l’overdose de Fentanyl.

Mais revenons aux diableries psycho-pharmacologiques du Pentagone. Au mois de mars 2002, le groupe était en train d’expérimenter un cocktail de spray au poivre (Oc) à mélanger avec un agent calmant non identifié. Ce spray est parmi les agents chimiques les plus puissants à disposition des forces de police américaines. Il est fortement contesté par les groupes se battant pour la défense des droits civils, et cela en accord avec les associations de médecins des Etats-Unis.

Si au dangereux spray Oc est ajouté un calmant, par exemple le Valium ou d’autres produits plus efficients, les conséquences pourraient être encore plus toxiques. Mais les chercheurs militaires ne s’arrêtent pas là. Ils suggèrent d’ajouter à ce cocktail, un puissant anesthésique « pour chevaux » qui circule, sous forme de pastille, dans les discos et que de temps à autre tue des adolescents.

De ce qu’il semble, les chercheurs du projet JNLDW observent les discos et ils se donnent à fond dans l’expérimentation de nouvelles méthodes afin d’ administrer des agents convulsifs, et pour injecter le Gamma-hydroxybutrate ou GHB, mieux connu comme « extasy liquide« , et le rohypnol et cela avec des « pistolets » semblables à ceux avec lesquels on anesthésie les bêtes féroces.

Il faut souligner qu’il s’agit de substances toutes fichées par la DEA, l’ autorité états-unienne chargée de la surveillance du « commerce » des drogues, des stupéfiants ou des narcotiques. Ceux et celles qui le diffusent risque d ’être condamnés à la prison à vie.

Mais la boutique des horreurs ne s’arrête pas là. Dans l’inventaire il y a aussi le Precedex, un médicament largement utilisé comme sédatif dans les hôpitaux américains. Le Pentagone s’est aperçu que le Precedex augmente la sensibilité des patients aux chocs électriques. Les chercheurs suggèrent donc de sensibiliser les personnes par le biais du Precedex avant d’utiliser les « armes électromagnétiques » comme les bâtons électriques déjà testés pendant les émeutes de rue à Quebec City, et largement utilisés avec la petite délinquance. Vaporiser des médicaments qui induisent la nausée et le mal de tête sur une foule qui proteste constitue une autre méthode, selon les chercheurs, pour gérer à la perfection l’ordre public. De toute évidence, les Russes ont peu à apprendre.

Sabina Morandi

à lire également sur le même thème :

Armes de guerre pharmacologiques

Source : A l’encontre

Publicités

8 réponses à “Pentagone et narcotiques, la boutique des horreurs

  1. mais ils sont complétement fous!, moi j’ai deux enfant ,et si ces produits sont ‘livrer’ pour 2km de rayon, que faire des tous les gens innocents tel que les enfants, les personne âgées ou même handicapées? Et je me dis que si notre « cher et tendre » président se penche sur la question, il voudras surement tester ça,vu qu’il opte sur la division pour mieux régner, on a de quoi se trouver en danger ! que faire contre et comment?

    • Peut-être seront-ils considérés comme des dommages collatéraux en cas d’utilisation de ces méthodes fascistes mais la France – si j’ai bien compris quel était votre pays – n’est pas les Etats-Unis. Je ne pense pas que les forces de l’ordre oseront vaporiser de cette manière. Les conséquences de cet acte (de folie) seront encore plus grave que les raisons de leur utilisation car ce serait attisé un mouvement de révolte, ce qui n’est pas le but recherché.

  2. Madame, Monsieur,

    Depuis 6 ans, je traduis régulièrement des articles parus dans les publications de plusieurs organismes spécialisés en économie, business, management, stratégie internationale et armements.
    Je vous propose de traduire vos documents de l’anglais au français et du français à l’anglais (authentiquement bilingue, comme l’attestent d’autres employeurs au CAPRI, AREION, CESIM et FRS, entre autres.

    Je traduis et/ou relis les travaux de recherche de nombreux collègues de l’université de Grenoble où j’enseigne, de même qu’au GSCM de Montpellier (joignable à cette adresse : y.barlette@supco-montpellier.fr, ainsi que Sciences Po Paris (Yves Déloye Département de Science Politique Institut Universitaire de France, yvesdeloye@hotmail.com) d’Amélie COURTINAT Université de Toulouse II Laboratoire « Psychologie du Développement et Processus de Socialisation amcourt@hotmail.fr, ou Rébecca Grollemund, Laboratoire dynamique du langage,soyer@enesad.inra.fr, valeriepallas@yahoo.fr (université Paris XII), dumazertj@esc-larochelle.fr, francesco.maiani@idheap.unil.ch, nferrari@excellency.fr, http://www.recherche-et-organisation.com, vida-editions@wanadoo.fr , Institut de la Méditerranée : g.desormiere@femise.org, etc.
    ,

    Vous trouverez des échantillons de traductions et quelques références sur mon site http://dominique.macabies.fr/ et d’autres références avec la requête « Dominique Macabies » sur Google. D’autres originaux de références peuvent être envoyées par la poste.

    Je suis disposé à effectuer une première traduction gratuite, pour faire connaissance (gratuite jusqu’à 1000 mots, dans la partie du document, égal ou supérieur à 2000 mots, de votre choix, ou 50% de gratuité pour un document inférieur à 2000 mots).

    Voici comment je travaille : mes tarifs ont été fixés par rapport aux prix du marché, et toujours en dessous. Traductions (et bien sûr relecture) sur la base de 0,09€/mot de l’original, et non de la traduction, qui est toujours plus longue (Vous pouvez calculer la dépense avant même de commander, sans craindre que la traduction s’avère beaucoup plus longue que l’original et donc plus coûteuse que prévu ).

    Et comme une traduction est le plus souvent effectivement plus longue, je vous demande, avant de commander, d’ajouter 20% forfaitaire au tarif de base, quelle que soit la longueur de ma traduction, et pour couvrir aussi les taxes Agessa et Ircec que je dois acquitter pour ma part (enregistré à la Chambre de Commerce, Siret 520 457 367 00016). Ainsi, mes tarifs ne sont pas des estimations mais sont fermes et définitifs ; en dessous du marché, sans toutefois brader mon travail, car lors de cette première collaboration, j’espère que vous en constaterez aussi la qualité.

    Même calcul pour la relecture seule, sur la base de 0.05€/mot, tarif très compétitif car, comme il est parfois aussi long de corriger que de traduire, certains traducteurs demandent le même tarif pour relire que pour traduire. Tarifs inférieurs à ceux (0.15 à 0.25€/mot) pratiqués à l’heure actuelle.

    Dans l’attente du plaisir de collaborer avec vous, croyez, Madame, Monsieur, en mes sentiments dévoués

    Dominique Macabies
    Professeur d’anglais UFR ESE
    Université Pierre Mendès France,
    BP 47, 38040 Grenoble cedex

    Domicile: Cidex 362
    38920 Crolles

    Tel: 04 76 08 06 61
    04 76 82 57 24
    06 80 777 503

  3. Pingback: Tweets that mention Pentagone et narcotiques, la boutique des horreurs « MecanoBlog -- Topsy.com·

  4. Pingback: Robots Sapiens : les hommes du futur I (vidéo) « MecanoBlog·

  5. Pingback: Le désarmement en demi-teintes « MecanoBlog·

  6. Pingback: Le futur de la défense nucléaire américaine « MecanoBlog·

  7. Pingback: Fabriquer le vivant (vidéo) « MecanoBlog·

Les commentaires sont fermés.