La persécution des Roms – sous les nazis et aujourd’hui (+ vidéo)


par Peter Schwarz pour WSWS

« Au total, 20 923 noms de prisonniers rom d'Europe ont figuré sur les registres du camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau. »

La tentative de la commissaire de l’Union européenne, Viviane Reding, de rendre le gouvernement français responsable de ses déportations de masse de Roms s’est arrêtée net après seulement quelques heures.

Après que le dirigeant de la Commission européenne, José Manuel Barroso et un certain nombre de chefs d’Etat ont critiqué son choix de mots, Reding s’est excusée d’avoir dressé un parallèle avec les déportations effectuées par les nazis. Le président français, Nicolas Sarkozy, a rejeté avec indignation les accusations faites par Reding en soulignant que son gouvernement ne céderait pas sur sa politique de déportation. L’attitude de Sarkozy a immédiatement bénéficié du soutien du chef du gouvernement italien, Silvio Berlusconi.

Lors du sommet européen de jeudi, Sarkozy s’en est alors vivement pris à Barroso, incident que la plupart des observateurs ont considéré être un nouvel affaiblissement de la Commission par les Etats membres les plus puissants. A présent, les 27 chefs d’Etat et de gouvernement ont accepté de discuter, lors de leur prochaine réunion, « d’une stratégie à long terme pour résoudre le problème. »

C’est pourquoi, il y a fort à craindre que le conflit au sujet des Roms ne soit que le point de départ de la suppression de l’une des rares libertés octroyées jusque-là par l’Union européenne aux travailleurs – la libre circulation, le droit de vivre et de travailler dans n’importe quel pays membre de l’UE. Même avant que n’éclate le conflit, le président de la Commission de l’UE Barroso avait déclaré le 9 septembre au journal espagnol El Pais, « C’est une erreur de dire que la libre circulation est absolue. »

Il semble que le nationalisme, ainsi que la xénophobie et le racisme qui y sont associés, sont en train de progresser inlassablement à travers l’Europe, nonobstant les réserves exprimées par les représentants individuels de l’élite dirigeante comme Reding. Ce faisant, les droits humains et les droits des citoyens sont sacrifiés. Pourquoi ?

Les attaques de Sarkozy contre les Roms ne sont pas populaires. Sa cote dans les sondages est à son plus bas, comme c’est le cas de son collègue italien Berlusconi. La campagne de Sarkozy contre une infime minorité de Roms – sur les 65 millions d’habitants que compte la France, à peine 15.000 Roms détiennent des passeports étrangers – ainsi que sa discrimination des Musulmans représentent une tentative méprisable de faire dévier les tensions sociales grandissantes vers des canaux racistes.

Jusque-là, Sarkozy n’a pas réussi. Des dizaines de milliers sont descendus dans la rue pour protester contre les déportations des Roms. Et à peine quelques jours plus tôt, trois millions de personnes ont manifesté contre sa réforme des retraites.

Et pourtant, les efforts pour attiser le racisme et les sentiments anti-musulmans se multiplient – et pas seulement en France. En Hollande, au Danemark, en Suisse, en Autriche, en Italie, en Hongrie et dans d’autres pays, des partis racistes sont en mesure, grâce au soutien de partisans financiers bien nantis, d’exercer une influence considérable. En Allemagne, la récente publication à grand renfort de battage médiatique du livre de Thilo Sarrazin, a été utilisée pour attiser les préjugés racistes contre les Musulmans.

En dernière analyse, cette vague de nationalisme et d’obscénités racistes ne peuvent être expliquées par la position personnelle de tel ou tel politicien réactionnaire. Cette tendance est bien trop répandue pour cela. C’est la conséquence du déclin et de la pourriture de la société capitaliste, d’où les vices du passé émergent et croissent comme des vers.

L’accroissement de l’inégalité sociale – l’accumulation de privilèges et de richesses d’une infime minorité et la hausse considérable du chômage et de la pauvreté pour les masses – n’est  pas compatible avec des droits démocratiques et humains. La classe dirigeante recourt à la xénophobie et au racisme comme un alcoolique à sa bouteille – même si dans ses moments de sobriété il reconnaît que cela le mène au désastre.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, Léon Trotsky avait expliqué de manière précise le lien entre la pourriture du capitalisme et l’accroissement de l’antisémitisme dont il avait anticipé les conséquences meurtrières : 

« Le monde du capitalisme décadent est surpeuplé… La période du dépérissement du commerce extérieur et du déclin du commerce intérieur est en même temps la période de l’intensification monstrueuse du chauvinisme et particulièrement de l’antisémitisme. A l’époque de son ascension, le capitalisme a sorti le peuple juif du ghetto pour l’utiliser comme instrument de son expansion commerciale. Aujourd’hui, la société capitaliste en décrépitude essaie de presser le peuple juif par tous ses pores : dix-sept millions d’individus sur les deux milliards qui habitent la terre, c’est-à-dire moins de un pour cent, ne peuvent plus trouver de place sur notre planète ! Au milieu des vastes étendues de terres habitables et des merveilles de la technique qui a conquis pour l’homme le ciel ainsi que la terre, la bourgeoisie a réussi à faire de notre planète une abominable prison. »

Aujourd’hui, la chasse aux sorcières contre les Musulmans remplace l’antisémitisme (quoique, dans certains pays comme la Hongrie, l’antisémitisme est également à l’ordre du jour). Les travailleurs musulmans originaires de Turquie et du Maghreb ont été incités à venir en Europe comme main-d’œuvre à l’époque du boom économique. Aujourd’hui, ce sont les premiers à perdre leur emploi et à être assujettis à l’exclusion voire même à être renvoyés chez eux.

La persécution des Roms, toutefois, est restée constante. Après les Juifs, ils furent le groupe le plus important à être ciblé pour le génocide nazi. Les nazis les définirent comme race inférieure en leur faisant subir des stérilisations forcées, en les enfermant dans des « camps pour tsiganes », en les soumettant au travail forcé et en les tuant systématiquement dans les camps de concentration.

Environ un million de Sinti et de Roms vivaient en Europe avant la Seconde guerre mondiale. Il n’a jamais été établi avec précision le nombre de ceux d’entre eux qui furent tués. Des évaluations modestes estiment qu’un quart d’entre eux fut tué par les nazis et leurs alliés. D’autres évaluations avancent le chiffre de 500.000 victimes.

Le fait que les Roms sont une fois de plus devenus la cible de la campagne raciste menée par Sarkozy et son gouvernement montre à quel point les choses ont peu changé depuis. Même le crime le plus abominable du vingtième siècle ne suffit pas à les dissuader de répandre leur poison raciste.

La commissaire de l’Union européenne Reding a qualifié la politique française de « honte ». Le terme est faible au regard de ce qui est réellement en train de se produire. Et pourtant, elle a été obligée de s’excuser sous la pression des gouvernements européens. Ceci démontre que l’élite européenne n’a rien appris. Il n’existe aucun soutien notable dans ses rangs en faveur des droits élémentaires du citoyen et des droits humains dont la France fut jadis le berceau à travers sa révolution.

L’Europe est une fois de plus en train d’être transformée en cette « abominable prison » décrite par Trotsky, avec toutes les horreurs qui y sont associées. Seule une offensive de la classe ouvrière pour une Europe socialiste peut mettre fin à cette évolution fatale.

Peter Schwarz

(Article original paru le 18 septembre 2010)

Source : WSWS

Bonus vidéo : débat sur les Roms entre Todd, Bauer et Attali

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