Sarkozy : « L’Europe doit être plus ambitieuse. » La France à l’avant-garde de la lutte anti-terrorisme


par Nicolas Gros-Verheyde pour Bruxelles2

Le discours aux ambassadeurs de Nicolas Sarkozy, cru 2010, était un discours d’offensive à l’international. Sarkozy s’est voulu largement ambitieux pour l’Europe, estimant qu’elle devait cesser d’être « naïve » et devenir une « puissance économique globale », appelant même à ce qu’elle utilise au besoin ses armes économiques. Il s’est voulu explicatif sur l’Afghanistan (nous y resterons « aussi longtemps qu’il faudra »), offensif sur l’Iran, décrit comme un ennemi. Mais, surtout, il a voulu placer dans la France à l’avant-garde de la lutte anti-terroriste mondiale, dans une posture très Georges Bush 2001.

« La France est prête à s’engager sur des projets concrets » après avoir imposé le Traité au Lisbonne aux Français, expulsé tous les Roms, augmenter l'âge des retraites...

Une ambition pour une Europe, puissance globale

L’Europe doit cesser d’être naïve…

Pour Nicolas Sarkozy, l’Europe est encore trop gentille et fluette dans ses relations internationales. « Avec 500 millions de citoyens et une puissance économique qui représente 30 % du PIB mondial, plus de 35 % du total mondial des investissements directs à l’étranger et même près de 60 % du total de l’aide publique au développement, l’Union européenne a en mains les cartes nécessaires pour s’imposer comme une puissance économique globale. (…) Nous n’avons aucun complexe à avoir. Mais n’hésitons pas à jouer de cela, avec exigence et avec fermeté pour nous ouvrir des marchés jusqu’à présent trop fermés ! » Et le président de ne pas hésiter à « dénonce(r) une certaine naïveté européenne dans les relations commerciales ».

… et utiliser les armes économiques

« N’hésitons pas à nous battre pour imposer le respect des règles d’une concurrence loyale ! Ce n’est pas du protectionnisme. » plaide-t-il. « N’hésitons pas à combattre le dumping fiscal, le dumping social et le dumping environnemental ! On ne peut pas continuer à imposer à nos industriels et à nos agriculteurs des règles, qui s’imposent à ceux qui produisent en Europe, et dont l’on exonèrerait à ceux qui produisent hors d’Europe, puisque l’on continuerait à importer des produits fabriqués sans respecter aucune règle sociale et aucune règle environnementale. Dire cela ce n’est pas porter atteinte à la liberté du commerce, c’est simplement demander à l’Europe d’engager ses négociations commerciales avec moins de naïveté. »

Une Europe de la défense calibrée sur les défis nouveaux

« L’Europe ne peut pas en rester aux seules questions économiques, quelle que soit leur importance » tempête-t-il. « Il y a toutes les questions de sécurité et de défense. On ne défendra pas l’Europe avec des murailles de procédures et des bataillons en papier ». Et de presser les Européens à prendre la mesure des défis nouveaux : la sécurité des mers, de l’espace et du cyber-espace. « Face aux menaces contre nos intérêts vitaux, nous avons la dissuasion nucléaire. Mais face aux défis nouveaux, les Européens prennent du retard, alors qu’il leur faut aussi participer à la sécurité des mers, essentielle pour notre commerce, à la sécurité de l’espace et, désormais, du cyber-espace. »

Des projets-franco-britanniques à venir

On peut remarquer qu’aucun projet concret n’est esquissé. « La France est prête à s’engager sur des projets concrets » note le président simplement. Et si propositions il y a c’est tout autant en bilatéral qu’au niveau de l’UE. « J’ai entendu les déclarations de nos alliés britanniques sur la coopération bilatérale avec la France. Nous en discuterons avec eux sans tabou et nous prendrons des décisions importantes en novembre lors du prochain Sommet franco-britannique. »

Un accord avec la Russie

Avec la Russie, précise Sarkozy, il y a des « intérêts communs (à) développer ». Là encore, la France entend être motrice. Elle « fera dès le mois prochain (NB: septembre) des propositions précises concernant les rapports de la Russie avec l’Union européenne et avec l’OTAN, ou dans le cadre de l’OSCE qui tiendra son sommet début décembre à Astana. »

Dégraisser l’OTAN

Sur l’OTAN, le dégraissage du mammouth (comme aurait dit Allègre quand il parlait de l’Education nationale) s’avère une tâche prioritaire : « Il faudra réformer nos structures, les dégraisser, les adapter à la nouvelle donne internationale ». Mais le président ne précise pas outre-mesure les relations avec l’UE : « Les nouvelles menaces appellent une relation renouvelée et plus étroite de l’OTAN avec l’Union européenne. »

La France reprend le flambeau de la lutte anti-terroriste

Un arc de crise du Pakistan au Sahel

Le président français décrit ainsi un « arc de crise qui s’étend des frontières du Pakistan aux confins du Sahel, en passant naturellement par l’Iran et le Proche-Orient ». Un arc qui ressemble furieusement à la théorie américaine de l’arc de crises évoqué par Zbigniew Brzezinski en 1978 (lire le Times de 1979), repris par Georges Bush dans son « axe du mal » puis un axe du terrorisme et dans le plan développé par le Pentagone en 2004 visant à disposer de bases autour d’un « arc de crises ».  Les mêmes mots, les mêmes pays sont ainsi décrits.

« La lutte contre le terrorisme demeure une priorité absolument majeure – explique le président. Toutes les analyses confirment que, depuis 2001, la capacité d’Al Qaïda de lancer des attaques dévastatrices contre les pays occidentaux a été fortement réduite. En revanche, Al Qaïda et ceux qui s’en réclament ont accru leur emprise dans certains Etats, dans un arc qui va du Pakistan au Mali. Chaque pays fait face à une situation spécifique. Il n’y a pas aujourd’hui de coordination opérationnelle entre les groupes qui agissent d’un bout à l’autre de cet arc de crise. Mais si la situation devait se dégrader, le risque serait immense de voir apparaître une chaîne continue liant les bases terroristes de Quetta et du Sud-afghan à celles du Yémen, à celles de la Somalie et à celles du Sahel. Il y a là une véritable préoccupation d’un arc de crise du terrorisme. »

La France prend le relais de la lutte anti-terroriste

Voilà pour l’analyse. Coté action, Nicolas Sarkozy promet toute son  aide « sans réserve » aux «gouvernements qui lui en font la demande à former, équiper, renseigner les forces mobiles dont ils ont besoin pour éliminer des groupes qui menacent de déstabilisation tout le Sahel ». Evoquant l’Algérie, le Maroc,  la Tunisie et la Libye, il ajoute : « leur combat contre le terrorisme est le nôtre, car leur sécurité ne peut être séparée de la nôtre ».

Nicolas Sarkozy a aussi promis « accentuer son effort en Somalie, en réponse aux demandes de l’Union africaine ». Car « La victoire (des milices islamistes des Shebab) à Mogadiscio transformait la Somalie en base de départ d’Al Qaïda, ce serait une catastrophe. Cela achèverait de déstabiliser toute une région déjà fragilisée par les déchirements du Soudan. »

Un ennemi : l’Iran

Mais l’ennemi, « au cœur de cet arc de crise », est connu, c’est « l’Iran ». Un Iran (qui) « alimente la violence et l’extrémisme dans la région et représente aujourd’hui la principale menace à la sécurité internationale dans un domaine majeur qui est celui de la prolifération ». Et Sarkozy de prévenir. « Si un accord crédible ne pouvait être conclu (sur le nucléaire), alors l’isolement de l’Iran s’accroîtrait inexorablement et face à une menace qui se préciserait, il faudrait aussi nous organiser pour protéger et défendre les Etats qui se sentiraient menacés. »

Au passage, Sarkozy endosse le cas Sakineh comme celui de la France, « la France considère qu’elle en a la responsabilité« .

En Afghanistan, chacun doit assumer ses responsabilités

Foin de « catastrophisme » en Afghanistan, le président veut remettre les choses à leur place : les Talibans « forts dans le Sud et dans l’Est », le « reste du pays (sans) violences majeures ». Cela semble un tantinet optimiste… En tout cas, le chef des Armées réaffirme : « La France restera engagée en Afghanistan, avec ses alliés, aussi longtemps que nécessaire et aussi longtemps que le souhaitera le peuple afghan. » Mais il dresse aussi un avertissement : chacun doit « assumer pleinement ses responsabilités ».

Il dresse ainsi la feuille de route des « alliés » : 1) « défendre les Afghans dans les régions où les Talibans menacent », 2) « former des forces de sécurité afghanes aptes à combattre par elles-mêmes », 3) « apporter à la population une aide civile adaptée à ses véritables besoins ». « Ce que la France fait dans sa zone de responsabilité, Kapisa et Surobi » ajoute-t-il. Autrement dit, à chacun de faire pareil.

Le gouvernement afghan, de son coté, « doit améliorer la gouvernance du pays, combattre la corruption, combattre la drogue et sans doute proposer la réconciliation à ceux qui renoncent à la violence et coupent tout lien avec Al Qaïda en respectant les institutions afghanes, (enfin) se préparer sérieusement à prendre en charge la sécurité des provinces et districts (…) jugés assez stables ».

Quant au Pakistan, il doit « vaincre le terrorisme chez lui » et avoir « moins (…) d’ambigüité sur l’engagement des forces pakistanaises contre le terrorisme ».

Une 2e conférence sur l’aide à la Palestine

Souhaitant se réinsérer dans le jeu du Moyen-Orient, dont pour l’instant la France est exclue, et où l’Europe joue un rôle mineur, Sarkozy estime que « Un accord de paix, dont tout le monde connaît les paramètres, peut être signé dans le délai d’un an » et propose d’accueillir la 2e conférence d’aide au peuple palestinien à Paris « pour financer l’achèvement de la construction de l’économie et des structures du futur Etat » et d’organiser le deuxième sommet de l’Union pour la Méditerranée à Barcelone fin novembre.

Voir le discours

Source : Bruxelles2

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