Deux minutes avant minuit ?


par Tony Karon pour TomDispatch

Coupure à travers le pseudo débat des médias sur les aventures de la bombe iranienne.

Barack H. Obama cédera-t-il au chantage d'Israël ?

La marche de l’Amérique dans la désastreuse guerre en Irak a commencé dans les médias, où une invasion d’un pays arabe par les Etats-Unis non provoqué a été présentée comme une option politique légitime, puis débattue comme étant une option prudente et nécessaire. Maintenant, une propagande similaire des médias sur l’Iran gagne de l’élan.

Le mois dernier, Joe Klein, éditeur du Time, a été averti que des sources au sein de l’administration Obama ont raconté que le bombardement des installations nucléaires iraniennes était de « retour sur la table ». Dans une interview sur CNN, l’ancien directeur de la CIA, l’amiral Mike Hayden, a parlé d’une dynamique confrontation « inexorable », en prétendant que le bombardement était une option plus viable pour l’administration Obama qu’elle ne l’avait été sous George W. Bush. Le plat de résistance dans le roulement de tambour d’alertes à la bombe iranienne, est, toutefois, venue d’un article, « The Point of No-Return », de Jeffrey Goldberg mise en ligne sur le site de l’Atlantic Monthly. Goldberg est un influent journaliste dans les cercles pro-israéliens aux Etats-Unis, ayant également accès aux coulisses du pouvoir d’Israël. Parce que les sanctions ont été peu efficaces pour forcer à nouveau l’Iran à mettre un terme à son projet d’enrichissement d’uranium, Goldberg a invité les lecteurs à croire qu’il y avait plus d’une chance pour qu’Israël lance une attaque militaire contre l’Iran d’ici l’été prochain.

Son article, qui a suscité un débat considérable dans la blogosphère et dans les médias traditionnels, était certainement un article particulier. Après tout, malgré le ton dramatique qu’il a déployé, y compris des vives descriptions sur le plan de bataille israélien, et sa tendance à peindre l’Iran comme un nouveau Auschwitz, il a également précisé que bon nombre de ses principales sources israéliennes estiment que l’Iran pourrait lancer des armes nucléaires contre Israël, seulement si elle les a acquises.

Néanmoins, Goldberg averti, qu’en cas d’absence prochaine d’un abandon iranien, Israël voudrait quand même lancer cette guerre pour l’été 2011 et, à son tour, aurait la garantie de plonger la région dans le chaos. Le message : l’administration Obama devrait mieux en faire plus pour faire face à l’Iran ou Israël agira comme un fou.

Ce n’est pas perdu pour bon nombre de ses détracteurs progressives que, lorsqu’il est venu soutenir une éventuelle invasion de l’Irak en 2002, Goldberg s’est avéré être efficace dans le lobbying de l’Amérique libérale, en particulier par l’intermédiaire de ses rapports de « preuve » des liaisons de Saddam Hussein et Al-Qaïda. Tandis que maintenant, il se présente lui-même comme un interlocuteur qui n’a aucun point de vue. Dans son récent article de l’Atlantic Monthly, il professait une « profonde ambivalence paralysante » sur la question d’une attaque militaire sur l’Iran et par la suite, dans les entrevues à la radio, il a prétendu être « personnellement opposé » à une action militaire.

Faut-il toujours considérer les Etats-Unis comme le gendarme du monde ?

Son article, cependant, est opportunément ignoré sur certaines incohérences évidentes à ce que ses sources israéliennes lui ont révélé. En outre, il exclue des perspectives de dirigeants israéliens qui pourraient contester son récit dans lequel l’État juif sent qu’il y a plus aucune autre alternative au lancement d’une chevaleresque attaque militaire. Une telle attaque, comme il l’a présentée, pourrait limité l’espoir de faire plus que brièvement suspendre le programme nucléaire iranien, peut-être à un coût catastrophique, et ainsi, les dirigeants israéliens agiraient uniquement de la sorte parce qu’ils croient que les « goyim » ne souhaitent plus empêcher un autre Auschwitz. Ou comme mon ami Paul Woodward, rédacteur en chef du site War in Context, résume si brillamment le message israélien à l’Amérique : « Vous devez faire ce qui nous est impossible, car si vous ne le faites pas, nous le ferons. »

Goldberg insiste sur le fait qu’il est simplement l’instigateur d’un débat sur la façon de contrer l’Iran et que ce débat est déjà en cours sur ses conditions – c’est-à-dire, comme son prédécent article sur la guerre en Irak, selon un sens fabriqué de la crise et des termes arbitraires.

Vendredi dernier, le New York Times a rapporté que l’administration Obama avait convaincu Israël qu’il était inutile de se précipiter sur la question. Si l’Iran décide de construire une arme nucléaire (ce que l’Iran n’a pas fait), il devrait, d’après ce que les officiels de l’administration ont souligné, rapidement exprimé ses intentions claires en expulsant les inspecteurs de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) qui surveillent régulièrement ses activités nucléaires et quitter le Traité de Non-Prolifération (TNP). Après cela, il faudrait encore une autre année ou plus pour assembler sa première arme.

En d’autres termes, en dépit de l’horaire hystérique des deux minutes avant minuit de Goldberg, il n’y a aucune urgence que ce soit de débattre d’une action militaire contre l’Iran. Et puis, bien entendu, se pose la question des lieux à bombarder ou non dans les prémisses de guerre. Peut-être, après toutes ces années d’obsessionnelle manie nucléaire de l’Iran, c’est trop demander un moment de tranquillité d’esprit sur la question de l’Iran et de la bombe. Si, toutefois, nous n’avons plus que quelques années pour penser cela, commencons par poser trois questions cruciales, dont chacune d’entre-elles préfèreraient-elles être à éviter ou à ignorer par nos débatteurs ?

1. Est-ce que les États-Unis ont-il le droit de lancer des guerres d’agression, sans provocation, au mépris du droit international et d’un consensus international, simplement sur la base de ses propres soupçons sur les intentions futures d’un autre pays ?

Ou pour le dire crûment, comme les anciens employés du Conseil de Sécurité Nationale Flint Leverett et Hillary Mann Leverett l’ont dit : est-ce que les États-Unis ont le droit d’attaquer l’Iran car il enrichit de l’uranium ?

L’idée que les États-Unis aient le droit de prendre une telle démarche catastrophique basée sur les imaginations délirantes bibliquement inspirées par les extrémistes israéliens – Goldberg a déjà suggéré que le Premier ministre Netanyahou croit que l’Iran est la réincarnation des Amalécites selon les récits bibliques, ennemis mortels des anciens Hébreux qui les frapperaient – ou simplement pour conserver un monopole israélien sur la force nucléaire au Moyen-Orient est aussi bizarre comme téméraire. Même débattre de la possibilité de lancer une attaque militaire sur les installations nucléaires iraniennes comme une question de politique rationnelle, en l’absence de toute agression iranienne ou même de preuves solides que les dirigeants iraniens ont l’intention de mener leur propre version de guerre agressive, donne une respectabilité justifiée à ce qui devrait autrement être considérée comme des étapes au-delà des limites d’une discussion rationnelle de la politique étrangère.

Peut-être que quelqu’un dans notre serre chaude de médias pourrait prendre un instant pour demander pourquoi, en dehors des États-Unis et Israël, il n’y a aucun support – nada, zéro, que dalle – pour une action militaire contre l’Iran (vous remarquerez ici que les considérations de Bernard Kouchner ne sont pas prises en compte par l’auteur de l’article, ndt). Dans le monde de Goldberg, ce n’est peut-être rien de plus que la bête éternelle de l’antisémitisme élevant encore sa tête insupportable sous la forme de mépris pour la montée des Amalek, des Haman, des Torquemada, des Hitler. Une lecture plus sobre de la situation internationale suggère, toutefois, que la majeure partie de la communauté internationale ne partage tout simplement pas une vue alarmiste que le programme nucléaire iranien représente.

En effet, il est remarquable que, dans le monde de Goldberg, les arabes et les Iraniens ne parlent jamais. Les arabes, nous dit-on, souhaitent secrètement qu’Israël ou les États-Unis bombardent les installations nucléaires de l’Iran de peur que l’acquisition d’armes nucléaires enhardisent leurs rivaux persans. Ils sont, telle que l’histoire la raconte, tout simplement pas capable de le dire en public. Bien entendu, lorsque les dirigeants arabes expriment publiquement leur opposition à l’idée d’une autre guerre lancée au Moyen-Orient, elles sont ignorées dans le débat de Goldberg.

Extrait de l’interview du roi Abdallah II de Jordanie par Fareed Zakaria :

Roi Abdallah II : J’ai toujours dit que revenir sur la question principale est le problème israélo-palestinien, car toutes les routes dans notre partie du monde, tous les conflits conduisent à Jérusalem.

Aujourd’hui, l’Iran est mise elle-même comme les défenseurs de la cause palestinienne. Il y a plusieurs jours, Oussama ben Laden dans son message enregistrée aux États-Unis a à nouveau souligné la souffrance des Palestiniens. C’est l’injustice envers le peuple palestinien qui permettent à d’autres acteurs des Etats et des acteurs non étatiques à assumer le rôle d’être les défenseurs des Palestiniens.

Si nous résolvons ce problème, je pense que nous pourrons commencer à détendre tous les autres points de pression à l’intérieur du Moyen-Orient.

Fareed Zakaria : Mais vous en Jordanie, pouvez-vous vivre avec un Iran doté d’une arme nucléaire ?

Roi Abdallah II : Si nous résolvons le problème israélo-palestinien, pourquoi les Iraniens voudraient dépenser autant d’argent sur un programme militaire ? Cela n’a aucun sens.

Je veux dire, le pays a des défis sociaux. Il a des défis économiques. Pourquoi distribuer une enveloppe dans l’obtention d’un programme militaire ? Pour quelle raison ? Si vous permettez de résoudre le problème [israélo-palestinien], vous n’avez pas besoin de poursuivre ce chemin.

Fareed Zakaria : Personnes à Washington n’écoutent ce que vous dites, « ils sont fixés sur l’Iran ».

Roi Abdallah II : Le Président Obama a dit quelque chose qui était très, très critique sur l’avenir du Moyen-Orient. Il a dit que, pour la première fois – et je pense qu’il devrait se passer de nombreuses décennies – que l’Amérique veut voir une résolution du conflit israélo-palestinien, parce qu’il est dans l’intérêt vital de la sécurité nationale des États-Unis.

Combien de temps encore, combien de massacres encore avant la fin de l'impunité d'Israël ?

De même, leur rejet par Washington que la sécurité spéciale d’Israël doit être exemptée de toute discussion dans la création d’un Moyen-Orient dénucléarisé reste en dehors des limites de l’histoire du débat sur l’Iran. Et ne vous attendez pas à voir une quelconque mention de l’enquête annuelle sur l’opinion publique arabe de l’Université du Maryland faisant autorité. Après tout, elle a récemment signalé que, contrairement aux affirmations d’un monde arabe tremblant sous la menace du nucléaire iranien, 57 % de l’opinion publique arabe pense actuellement qu’une arme nucléaire iranienne serait une bonne chose pour le Moyen-Orient !

L’idée que le régime iranien puisse exister pour n’importe quelle autre raison que pour détruire Israël est largement ignorée évidemment. Assez bizarrement, les Iraniens ne participent effectivement pas beaucoup au débat américain (au-delà des citations des déclarations à la « Mad Mullah » par certains dirigeants iraniens qui souhaitent qu’Israël disparaîtrait). La relation entre Israël et la République islamique, longue, nuancée comme expliqué par Trita Parsi, auteur de « Treacherous Alliance : The Secret Dealings of Israel, Iran, and the United States », est tout simplement ignoré. De plus, c’est dans chacune des indications données par les dirigeants iraniens qu’ils disent n’avoir aucune intention d’attaquer Israël ou tout autre pays. En fait, dans le débat de Goldberg, la politique intérieure des États-Unis et d’Israël est comprise comme un facteur important des futures décisions ; l’Iran, avec le Mouvement Vert (opposition iranienne dirigée par les candidats à l’élection présidentielle de 2009 Mir Hossein Moussavi et Hojjat ol-Eslam Mehdi Karoubi qui est issue de la révolution colorée, ndt) actuellement supprimé, est réputé ne posséder aucune politique intérieure à tous les niveaux, uniquement des mauvais mollahs.

2. Même si l’Iran était en train d’acquérir les moyens de construire une arme nucléaire, est-ce que cela deviendrait une raison légitime ou prudente pour lancer une guerre ?

Si l’Iran poursuit réellement la capacité de construire des armes nucléaires, ses dirigeants pourraient être alors en réponse à un environnement stratégique dans lequel deux de ses principaux adversaires, les États-Unis et Israël, et deux de ses « tantôt amis, tantôt adversaires », la Russie et le Pakistan, ont des arsenaux nucléaires substantielles. Par tous les comptes sobres, le niveau de sécurisation de l’Iran est principalement axé sur la survie de son régime. Certains officiels militaires et du renseignement israéliens ont été cités dans les médias d’Israël disant que la motivation de l’Iran dans la recherche d’une arme nucléaire serait principalement en vue d’une menace d’intervention états-unienne visant le changement du régime.

La plupart des États ne recherchent pas des systèmes d’armes comme une fin en soi, et la plupart des États hiérarchisent leur propre survie. C’est à cette fin qu’ils acquièrent des systèmes d’armes – à protéger, améliorer ou faire progresser leur propre position stratégique, ou jusqu’à se donner une chance contre de plus puissants rivaux. En d’autres termes, les conflits pour le combustible des armes nucléaires sont plus dangereux que les armes elles-mêmes, et le problème de ces armes ne peut être résolu séparément de ces conflits.

Un Iran qui serait bombardé afin de détruire son programme nucléaire émergera probablement avec de l’expérience beaucoup plus dangereuse pour les États-Unis et leurs alliés dans les décennies à venir que d’un Iran qui avait des armes nucléaires à portée de main. Le seul moyen de diminuer le risque d’une escalade dans la confrontation avec l’Iran est à régler directement le conflit entre Téhéran et ses rivaux et à chercher un modus vivendi qui géreraient leurs intérêts conflictuels.

Malheureusement, un tel dialogue entre Washington et Téhéran a à peine commencé, même si, au milieu des avertissements alarmistes, Goldberg et autres insistent que ce dialogue soit réduit afin d’éviter que les Iraniens « jouent sur le temps ».

3. Est-ce que l’Iran développe réellement des armes nucléaires ?

Non. C’est la conclusion de la CIA, de l’AIEA dont les inspecteurs sont à l’intérieur des installations nucléaires iraniennes et de la plupart des agences de renseignement du monde, y compris les Israéliens. Le renseignement états-unien croit premièrement que l’Iran utilise un programme nucléaire civil pour assembler une grande partie de l’infrastructure qui pourrait, à l’avenir, être utilisée pour créer une bombe, et deuxièmement que l’Iran puisse également poursuivre les travaux théoriques sur la conception d’une telle arme.

Les grandes puissances pèsent-elles réellement les graves conséquences régionales et mondiales en cas de bombardement de la centrale nucléaire de Bushehr ? En d'autres termes, est-ce que le jeu en vaut la chandelle ?

Toutefois, les spectres de Washington et de son établissement de défense ne pensent pas que l’Iran développe actuellement des armes nucléaires, ni que son leadership a pris la décision ultime de le faire. En fait, le consensus semble être que les matières nucléaires iraniennes ne seront pas utilisées à des fins militaires, mais qu’ils s’arrêteront à ras de la « breakout capacity » – l’habilité, également disponible, par exemple, au Japon, à s’activer relativement rapidement pour construire une telle arme. Actuellement, selon le New York Times qui le rapporte, le délai pour les « breakouts », si tout s’est bien passé (et cela ne se peut pas), serait d’environ un an, après laquelle l’Iran aurait suffisamment de matière fissile pour une bombe. (Les Israéliens, par comparaison, auraient 200 à 400 armes nucléaires dans leur programme non déclaré, les Pakistanais entre 70 et 90 et les États-Unis plus de 5000). En outre, une force de dissuasion nucléaire crédible nécessiterait la production de pas une, pas deux bombes, mais d’un certain nombre, qui permettrait d’être testées.

Pour l’ex-directeur de la CIA, Hayden, une telle « breakout capacity » serait « comme un facteur de déstabilisation leur permettant effectivement d’avoir une arme ». C’est un bond logique qui est difficile à supporter, sauf si vous pensez qu’il est utile de lancer une guerre pour empêcher l’Iran, au pire, d’acquérir un atout défensif qui pourrait empêcher de l’attaquer.

Les activités d’enrichissement de l’Iran sont, bien entendu, une violation des résolutions du Conseil de Sécurité des Nations-Unies assorties de sanctions. Celles qui ont été imposées pour demander à l’Iran de suspendre son programme d’enrichissement jusqu’à ce qu’il ait satisfait concernent les préoccupations soulevées par les inspecteurs de l’AIEA sur sa conformité avec les exigences de divulgation et de transparence du TNP – surtout lorsque l’Iran est venu aux aspects de son programme, qui ont été développés en secret, soulevant des soupçons sur leur utilisation ultérieure.

Trois ans avant d’avoir été en mesure de tester une arme nucléaire, la Corée du Nord s’était retirée du TNP et avait expulsé les inspecteurs de l’AIEA. L’Iran demeure toujours dans le traité. Alors même que l’engrenage sur son programme nucléaire continue, des efforts renouvelés sont déployés pour négocier un accord de confiance afin d’échanger l’uranium enrichi iranien contre des barres de combustible produites en dehors du pays pour alimenter un réacteur de Téhéran qui produit des isotopes médicaux.

Rien de tout cela sera facile, bien entendu. Les deux principaux partis tentent d’imposer leurs propres conditions, mutuellement exclusives sur toute affaire : Washington veut que l’Iran renonce à son droit garanti par le TNP d’enrichir son propre uranium parce que cela signifie également le potentiel de produire du matériel pour créer la bombe ; l’Iran n’a aucune intention de renoncer à ce droit. Des piliers de longue date de la sobriété de la politique étrangère comme le sénateur John Kerry et Colin Powell, ancien président du Comité des chefs d’États-majors interarmées et secrétaire d’Etat, ont publiquement estimé que la position états-unienne est intenable.

Suggérer que l’actuel programme nucléaire iranien représente la sécurité équivalente à une horloge cochant jusqu’à minuit est calculée avec une hystérie qui ne porte aucun rapport avec la réalité. Ah, dit Goldberg, mais le point est que les Israéliens pense que c’est le cas. Oui, rétorque l’ancien analyste de l’Iran du Conseil de Sécurité Nationale Gary Sick, maintenant à l’Université de Columbia, mais les Israéliens et certains Américains ont revendiqué que l’Iran était juste à quelques années de posséder une arme nucléaire depuis 1992.

Les prémisses du débat seulement initiées par l’article de Goldberg sont manifestement fausses. Plus important, elles sont remarquablement dangereuses, depuis qu’il a sauté les trois questions fondamentales énoncées ci-dessus et passé directement à l’argumentation du cas de la guerre au milieu de visions d’anéantissement. Cette campagne de panique n’est pas une invention de Goldberg. Elle est avec nous depuis longtemps. Goldberg est simplement le véhicule présent pour une conversation américaine initiée par d’autres, parmi eux ceux connus dans les années Bush comme néocons, qui ont longtemps rêvé d’une guerre avec l’Iran et sont déjà, comme Juan Cole l’a récemment indiqué, en train de planifier une telle guerre sous une future administration républicaine, si pas plus tôt.

De même, parmi les Israéliens, le Premier ministre Netanyahou, en particulier, estime que les Américains sont politiquement faibles d’esprit ; il a dit à un groupe de colons israéliens dans une vidéo qui est apparue récemment : « Je sais ce qu’est l’Amérique. L’Amérique est une chose que vous pouvez déplacer très facilement, déplacez-la dans la bonne direction. Et ils ne seront plus sur notre chemin ».

A travers Goldberg, le leader israélien et ses collaborateurs cherchent à « déplacer l’Amérique dans la bonne direction » avec de sombres histoires d’Auschwitz et Amalécites, et de Netanyahou lui-même comme un otage, dans le sens freudien, d’un père féroce et funeste qui ne tolère aucun spectacle de faiblesse face aux menaces perçues par les Juifs. Les sources de Goldberg, y compris Netanyahou, disent clairement qu’ils ne croient pas que l’Iran voudrait attaquer Israël. Au lieu de cela, ils avertissent qu’une arme nucléaire iranienne pourrait enhardir le Hamas et le Hezbollah, bien que la logique tenue est en effet peu solide. Après tout, si l’Iran ne veut pas attaquer Israël sur ses propres terres avec une arme nucléaire, pourquoi le ferait-il afin de défendre ses alliés insurgés ?

Le Ministre de la défense israélien Ehud Barak a suggéré qu’une arme nucléaire iranienne pourrait inviter les meilleures et les plus brillants Israéliens à émigrer, parce qu’ils sont des personnes intelligentes qui peuvent avoir une bonne vie eux-mêmes n’importe où dans le monde. En effet, et c’est exactement ce qu’ils ont fait depuis de nombreuses années. Quelques 750 000 Juifs israéliens vivent maintenant à l’étranger – un Israélien sur six – précisément parce que l’antisémitisme n’est plus une menace pour la vie juive dans la majorité du monde industrialisé. Rien de tout cela n’a à voir avec une bombe iranienne. Il a à voir avec la frustration du leadership israélien que 63 % des Juifs du monde entier ont choisi de vivre ailleurs.

Malgré la prédiction d’incitation à la panique de Goldberg, il y a beaucoup de raisons de croire que, pour toutes ses paroles en l’air et menaces, Israël, en fait, ne veuille pas bombarder l’Iran l’année prochaine – ou à tout moment. Mais est-ce que les Israéliens souhaitent-ils voir les États-Unis s’en prendre à leur principal ennemi régional ? Vous pariez qu’ils le voudraient. En effet, Netanyahou insiste sans cesse sur le fait que les États-Unis ont l’obligation de prendre l’initiative de faire face à l’Iran.

Il est manifestement clair dans l’article de Goldberg que les Israéliens tentent de créer un climat dans lequel les États-Unis sont enfoncés sur le chemin de l’escalade, ajoutant de plus en plus de sanctions et gardant « toutes les options sur la table » au cas où les sanctions ne fonctionneraient pas.

Dans un excellent commentaire qui démantèle la logique de l’argument de Goldberg, David Kay – l’Américain qui a servi comme inspecteur du CSNU en quête d’armes de destruction massives en Irak après l’invasion états-unienne – laisse entendre que :

« Israël est engagé dans une guerre psychologique avec l’administration Obama – et il s’agit seulement d’une partie qui concerne l’Iran… Au-delà de l’Iran, ce qui est probablement d’une plus grande importance pour l’actuel gouvernement israélien est d’éviter que l’administration Obama le pousse dans un choix entre les colonies et des arrangements territoriaux avec les Palestiniens qu’Israël n’est pas disposé à faire et les dommages permanents à ses relations avec les États-Unis. Gonflant le programme nucléaire iranien, la nécessité d’une action militaire précoce est un bon outil de marchandage… Si les États-Unis veulent éviter une imminente attaque israélienne, ils doivent faire des concessions à Israël sur la question palestinienne. »

Créant un sentiment de crise sur le front de l’Iran, le rétrécissement des options états-uniennes dans l’esprit du public et excluant une véritable discussion de politique américaine envers l’Iran peuvent servir à plusieurs fins pour divers groupes intéressés. Prises ensemble, cependant, elles réduisent toutes discussions à une question : quand exercer cette option militaire conservée « sur la table », compte tenu de l’invraisemblable d’une cession iranienne ? La finalité du débat est de planter, dans l’esprit du public, l’idée qu’une marche de guerre avec l’Iran, comme l’amiral Hayden le mentionne sur CNN, « semble inexorable, n’est-ce pas ? »

Inexorable – uniquement si le média permet lui-même d’être dupe une deuxième fois.

Tony Karon est un éditeur senior de Time.com où il analyse les conflits moyen-orientaux et d’autres. Il blogue sur son propre site Rootless Cosmopolite.

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Article original : Two Minutes to Midnight ?

Traduction : Saïd Ahmiri pour le MecanoBlog

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