« Déshumanisons-nous ! »


par Saïd Ahmiri pour le MecanoBlog

« L’Homme est une chose abjecte et vile, s’il ne s’élève au-dessus de l’humanité. » Sénèque. Aux yeux de la majorité endoctrinée, il semble loin le temps des grandes déshumanisations comme des noirs d’Afrique, de l’esclavage par l’arabe à l’ère coloniale par le blanc, ou du peuple juif d’Europe par les nazis du Troisième Reich. Bien que de nos jours, nous assistons à une vague d’attaques organisées contre le monde musulman, sa femme voilée donc soumise intégralement à son homme barbu cachant un terroriste en puissance et amateur de vierges au paradis pour énumérer les clichés sordides et grotesques les plus répandus, la déshumanisation au XXIe siècle ne concerne plus la marginalisation d’une communauté en particulier, mais l’être humain en général, et peu importe que sa peau soit blanche, noire ou basanée.

« Aucun animal ne fait cela à d'autres animaux. Seul l'être humain le fait aux humains, et, bien sûr, aux animaux. »

Définition

La déshumanisation est la perte du caractère humain de quelqu’un ou de quelque chose. Ce n’est pas une perversion qui introduit un caractère malsain. La déshumanisation est une corruption psychologique qui a pour but de dénaturer et d’ôter les émotions ressenties par quelqu’un pour quelqu’un ou pour quelque chose et celles émises par quelque chose dans le but de pousser l’individu à la désensibilisation. En mécanisme comportemental, il s’agit des processus d’acceptation et de consentement.

La déshumanisation par la domestication

L’indifférence fait partie intégrante de la nature humaine, et encore plus chez l’individu, le commun des mortels, d’une société postmoderne. L’indifférence n’est pas un état de déshumanisation car les émotions peuvent être refoulées au fond de soi-même pour ne laisser qu’une apparence apathique mais par contre, la déshumanisation s’exprime par un caractère indifférent prononcé. C’est un vrai jeu d’enfant d’exploiter cet état temporaire chez les uns, permanent chez les autres, non pas en s’en donnant les moyens pour y parvenir mais en offrant à l’individu ayant chéri des passions ce qu’il désire pour l’habituer à détourner son attention des préoccupations primordiales. Des désirs exacerbés qui lui ont été influencés très tôt, depuis la plus tendre enfance. Et si je précise que c’est un vrai jeu d’enfant, c’est uniquement parce que c’est l’individu lui-même qui réclame ce à quoi il aspire, et en redemande, depuis qu’il est consciemment habitué ou a été inconsciemment habitué à assouvir pleinement la satisfaction personnelle de ses désirs et passions jusqu’à la jouissance de pulsions enivrantes et la transe extatique.

L’odyssée de la déshumanisation de l’être humain commence par la domestication de l’être humain par l’être humain ou en d’autres termes, le « dressage » de l’Homme par l’Homme bien avant l’école maternelle. La domestication est un processus de modifications des caractères physiques et mentales, et donc du comportement de l’individu. Pour rappel, l’eugénisme a pour vocation d’améliorer le patrimoine génétique de l’espèce humaine. La déshumanisation par la domestication est un symptôme compassionnel qui ne produit que des effets négatifs sur l’intellect de l’individu, modifiant les facultés de son esprit vers un état végétatif, malléable et dangereusement maniable. L’individu prend l’apparence d’une vulgaire enveloppe charnelle obéissant aux principes directeurs et moeurs subjectifs et superficiels de la société qui lui sont soumis, tantôt chuchottés, parfois observés et souvent martelés. Le danger majeur réside dans la manipulation et dans la volonté de guider l’individu domestiqué vers une voie choisie par un mouvement ou une idéologie.

« La domestication n'a d'autre objectif que de maintenir un auto-contrôle sur l'individu, ou plus vulgairement, de le pousser à mettre lui-même un collier autour de son cou en le transformant ainsi en une parfaite entité obéissante. »

L’éducation de l’homme par l’homme est censé apporter des bienfaits lorsque le but recherché est l’amélioration de la société humaine ainsi que des conditions de vie de l’individu par le travail et l’effort d’autres individus à différentes échelles de la société, tout en gardant à l’esprit que tous les individus naissent égaux et libres même si la réalité est tout autre. Je précise, l’éducation de l’homme par l’homme n’est pas de la domestication mais la domestication de l’être humain impose une éducation, un « dressage », terme choisi par Peter Sloterdijk à l’origine d’une vive polémique outre-Rhin chez les philosophes et théologiens et qui s’est poursuivie en France au début des années 2000. Cette domestication n’a d’autre objectif que de maintenir un auto-contrôle sur l’individu, ou plus vulgairement, de le pousser à mettre lui-même un collier autour de son cou en le transformant ainsi en une parfaite entité obéissante. « Leur vertu est ce qui rend modeste et docile ; ainsi du loup ils firent le chien, et de l’homme même la meilleure bête domestique au service de l’homme. » Ainsi parlait Zarathoustra, Friedrich Nietzsche.

Il existe principalement deux méthodes pour atteindre cet objectif de domestication : le dressage par la force (processus d’acceptation) ou le dressage par la complaisance (processus de consentement).

  • Dans le premier cas, l’autoritarisme d’un maître sur un individu qui se définit notamment par la sévérité dialectique et la privation de liberté, de bonheur, de choix, de nourriture, de plaisir, etc, modifie l’individu en une entité brutale conditionnée qui acceptera de faire tout ce qui lui sera réclamé, sans réfléchir, pour obtenir un peu de réconfort et tout ce qui lui a été privé.
  • Dans le second et c’est le cas dans les nations occidentales, en offrant quelques libertés d’expression et d’opinion réglementées par une censure étatique, en offrant quelques choix illusoires comme les élections politiques, en offrant quelques bonheurs issus de fugaces futilités à l’individu qui évolue dans un climat serein où tout est à portée de main, enfin, plutôt à portée du portefeuille, il est nettement plus serviable, docile et discipliné. De ce fait, il consent à être beaucoup plus productif et cette servitude volontaire à la fois inconsciente et interdépendante est tout ce qui importe dans cet actuel système hypercapitaliste et productiviste de quête outrancière de profits.

« Peter Sloterdijk pose la question de l’humanité et il demande : comment devient-on humain ? Il constate que notre histoire en tant qu’espèce est un effort permanent pour inhiber la part animale qui est en nous. « Celui qui s’interroge aujourd’hui sur l’avenir de l’humanité et les médias de l’humanisation veut savoir au fond s’il existe un espoir de juguler les tendances actuelles qu’a l’être humain à retourner à l’état sauvage ». Cette domestication de l’être humain est obtenue par la culture, elle est la culture présente tout au long de l’élevage du petit d’homme. C’est elle qui opère notre « dressage » physique et mental, de bête violente et brutale elle nous transforme en être civilisé ou tente de le faire et de fait elle n’y arrive pas toujours. Il parle d’inhibition pour la culture classique et de désinhibition pour les courants de pensée, les idéologies qui favorisent la violence, comme l’a fait le nazisme. Il essaie de comprendre comment nous nous domestiquons nous-mêmes, parce que nous sommes nos propres dresseurs-euses. Il s’agit d’une auto-domestiquation selon Sloterdijk. Pour rester humains, nous devons nous produire comme humain et c’est nous-mêmes qui devons faire cela. Cette opération est recommencée à chaque génération et pour chaque enfant. Il s’agit bien d’une entreprise biopolitique, bio-culturelle au niveau de notre espèce. La discipline en question concerne autant le corps que l’âme. Il insiste sur la position assise, qui est requise pour devenir cultivé-e.

Il constate que nous sommes à une époque charnière. Les nazis ont inventé la mort industrielle, la technoscience a expérimenté les bombes nucléaires à Hiroshima et Nagasaki après avoir permis la destruction de Dresde par les bombardements massifs de bombes « classiques ». La visée d’émancipation est devenue barbarie avec le stalinisme, la technoscience contemporaine est en train d’inventer la vie industrielle avec le clonage. L’autre aspect de notre développement qui bouleverse les acquis de la modernité, selon son approche, c’est la diffusion massive de la culture multimédia. Cette culture multimédia est basée sur le son et l’image, les émotions, l’intuition, sur la rapidité, l’immédiateté, la réactivité, l’appréhension globalisante. Cette culture est en train de disqualifier la culture écrite, et peut-être même de la détruire. Pour acquérir un peu de culture écrite, il faut du temps, s’astreindre à lire, se plonger dans les textes, les décortiquer, intégrer les thèses, s’exercer à refaire les argumentations, les analyses, comprendre les nuances, les emprunts, les continuités et les discontinuités, entrer en communication intellectuelle avec des auteur-es mort-es depuis longtemps. Il faut beaucoup de temps avant de voir les résultats de tout ce travail. L’importance grandissante de la culture multimédia est un phénomène d’autant plus dangereux, qu’il arrive et se constitue de l’intérieur même de la culture.

[…] Cette façon de voir l’hominisation lui permet de revenir sur notre vie contemporaine, où nous côtoyons régulièrement l’apocalypse. Selon son analyse, nous n’en sommes pas responsables ni coupables. Cette affirmation se discute à mon avis, elle est effectivement valable pour ce qui concerne beaucoup d’humains de « base ». Par contre, un certain nombre d’humains ont, de mon point de vue, une responsabilité dans le développement et la reproduction du système de domination actuel, soit parce qu’ils décident de l’assumer ou parce qu’ils restent passifs et en profitent sans trop s’inquiéter. Sloterdijk note donc que le monstrueux fait partie de notre vie maintenant. On le constate souvent ces temps ci. Il est exact que la culture humaine, dans sa variante idéologique, essaie de nous faire vivre ce coté monstrueux de notre monde, de nous le faire accepter tout en ayant une identité raisonnable. Il me semble que ça ne fonctionne pas trop bien en ce moment, puisque aucune raison ne peut plus justifier l’organisation de la domination, si ce n’est avec le rapport de force qui s’appuie sur le relativisme et l’individualisme. Je pense que c’est là une des raisons qui explique pourquoi l’idée libertaire rencontre à nouveau le destin de l’espèce humaine. La conscience de la crise du sens devient un phénomène assez répandu, me semble-t-il. » ? [1]

La déshumanisation par l’individualisation

Une fois domestiqué, l’individu est ou doit être individualisé. Selon la définition en sociologie et psychologie donnée par Wikipedia : « L’individualisation est un processus consistant pour un individu à s’approprier sa vie et à ne dépendre que de ce qui lui semble juste pour agir. »

L’individualisation n’est pas qu’une simple prise de conscience de ses désirs et ses passions, comme une poussée soudaine de nombrilisme, pour permettre d’assouvir les satisfactions personnelles et d’exprimer par des signes extérieures les aspirations de son égocentrisme et les aspects les plus bas de son âme. La déshumanisation par l’individualisation est un vicieux processus intégrant une sociopathie passive qui s’inscrit dans le cadre de la dégradation des émotions de l’individu relatives aux rapports sociaux à l’échelle de son milieu et aux rapports humains à l’échelle du monde. Une cause provoquant comme conséquences des transformations sociétale et civilisationnelle avec pour objectif assez paradoxal d’uniformisation des sociétés puis du monde. Un nouvel ordre moral pour un Nouvel Ordre Mondial.

L’individualisation est un moteur de la fracture de l’humanité et de l’humanisme. Elle est une racine pourrie constamment nourrie par celles et ceux qui ont notamment développé le choc des civilisations, et qui souhaitent à présent l’aggraver pour en faire une guerre des civilisations alors que les vrais combats sont une guérilla intellectuelle, une lutte de classes et un conflit ouvert contre l’élitisme mondialiste. Le choc des civilisations, vu par ses théoriciens, est la domination occidentale de leur modèle civilisationnel sur l’ensemble des sociétés du monde n’impliquant pas forcément la destruction des autres civilisations mais une limitation de leur expansionnisme mondial et un arrêt voir une rétro-évolution dans les régions dont les phases de transition de l’occidentalisation sont sur le point de s’amorcer ou sont déjà entamées comme au Moyen-Orient, le Maghreb et en Asie du Sud-Est.

Selon ses détracteurs, la culture américaine est soit une sous-culture, soit une culture trop jeune, soit une culture impérialiste, ou encore un mélange des trois. Sur l'image, on peut voir un bébé chinois atteint d'obésité, résultat d'un mode de vie à l'Américaine, se diffusant partout dans le monde. (source photo et texte : Mondialisation et Culture)

Pourquoi est-ce paradoxal ? Individualiser l’individu qu’il soit à Bruxelles, à Rio de Janeiro, à Casablanca, à Tokyo ou à Moscou, en lui miroitant monts et merveilles, en lui permettant de laisser libre cours à son imagination créatrice avec des limites parfois définies, en faisant ressortir ses goûts et ses couleurs prononcés par de multiples stratagèmes commerciaux très habiles et ciblés et surtout, en l’amenant à penser qu’il est seul dans son monde permettent de l’attirer là où quelqu’un ayant un bénéfice à en tirer le désire. Par conséquent, l’individualisation permet de mieux asservir l’individu, de conditionner son mental, de formater sa volonté et de l’endoctriner à accepter de nouveaux dogmes. Le caractère indifférent de la déshumanisation s’anime lorsque l’individu perd de vue sa propre réalité et la réalité du monde et accepte sa servitude sans réellement se préoccuper de l’état de ses conditions de vie de plus en plus déplorables qui sont maquillées par des leurres chatoyants, bling bling et autres effets de mode. L’image égocentrique l’emporte sur son humanité et c’est le basculement de l’individu dans un monde obscur d’illusions fait de marionnettes et régi par des marionnettistes. C’est la soumission.

Dans le fond, l’individu domestiqué et individualisé n’est guère différent d’un autre individu domestiqué et individualisé, seulement dans la forme. De l’individu à la société jusqu’au monde est peut-être considéré comme un paradoxe sophiste, il existe une possibilité que, comme une attaque simultanée sur plusieurs fronts, la mondialisation, l’acculturation, la standarisation des normes réunies à une escalade du choc des civilisations entraînent l’auto-destruction de toutes les civilisations par l’affaiblissement structurel et croissant de l’identité nationale d’un pays, de son mode de vie, de sa culture, de ses idéologies précédant le remplacement du vieux modèle civilisationnel par une nouvelle forme mondialisée qui est d’ors et déjà entrée dans les moeurs par la mondialisation. La mondialisation, que certains nomment l’occidentalisation du monde ou encore l’américanisation du globe, ne cache pas le dessein de l’uniformisation de l’ensemble des sociétés du monde. C’est le processus général de l’avènement du Nouvel Ordre Mondial. « Nous irons ensemble vers le Nouvel Ordre Mondial, et personne, je dis bien personne ne pourra s’y opposer. » Nicolas Sarkozy. Ensemble, ils ont été et continuent à être endoctrinés pour faciliter le changement de la multipolarisation en cours vers un polycentrisme – plusieurs centres dans une même organisation – à l’échelle mondiale via des pôles de compétence, de développement, de compétitivité et d’excellence aux pouvoirs transnationaux au sein de blocs continentaux. Ensemble, les citoyens du monde sont devenus des masses sociétales domestiquées et individualisées à guider dont certains nourissant une grande ambition deviendront les leaders de demain. Des êtres humains nouveaux créés par un vieux système, dépendant de ce système d’asservissement et n’oeuvrant que pour la survie du système qui n’est pas sous leur contrôle mais dont ils sont les aiguilleurs de leur société.

La métamorphose intentionnelle du comportement des individus transforme leur vision de la société, la société par leurs choix, leur vision du monde et le monde par leurs actes même le plus anodin comme acheter une simple canette de Coca-Cola. En somme, c’est pour ainsi dire l’extrapolation de cette citation très connue du Mahatma Gandhi : « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde. » Un changement de soi-même exploité par autrui à ses propres fins, ce stratagème étant un moyen pour changer le monde. Des manipulations mentale, comportementale et sociétale à l’état pur pour créer l’être humain nouveau créant la société nouvelle d’un monde nouveau qui restera géré par un ordre ancestral de dominateurs comme l’expliquait déjà La Boétie à son époque.

« Étienne de La Boétie est un écrivain français, né en 1530 à Sarlat et mort en 1563. Un de ses ouvrages majeurs est « Le Discours de la servitude volontaire » qui a été publié en 1576.

Or, ce texte nous démontre que notre condition d’esclave n’est pas nouvelle et que la domination a toujours existée.

La Boétie aborde ainsi (au XVIème siècle) un thème plus que jamais d’actualité : la servitude volontaire ! Ce faisant, il affirme que le peuple est traité comme un animal, un troupeau d’esclaves plus exactement ! « S’ils arrivent au trône par des moyens divers, leur manière de régner est toujours à peu près la même. Ceux qui sont élus par le peuple le traitent comme un taureau à dompter, les conquérants comme leur proie, les successeurs comme un troupeau d’esclaves qui leur appartient par nature. »

[…] Il démontre de plus que quel que soit le régime en place, y compris la démocratie, la tyrannie règne : « Il y a trois sortes de tyrans. Les uns règnent par l’élection du peuple, les autres par la force des armes, les derniers par succession de race. »

En effet, plus tard, le philosophe Jean le Rond D’Alembert (1717-1783) sera celui qui définira le mieux ce qu’est la loi : « par la loi de nature, le droit réside dans la force », ce qui s’applique à merveille à notre système économique, un système de domination qu’Alain Minc lui-même appelle « la loi de la jungle » et qui a son reflet mathématique, la loi de Pareto (loi de puissance). » [2]

La déshumanisation par l’abrutissement

La fameuse formule « du pain et des jeux » (panem et circenses) date de l’Antiquité et est une expression de Juvénal relative aux moeurs du peuple sous l’Empire romain vivant alors dans une grande misère. La distribution de farine gratuite permit d’éviter les émeutes et les révoltes populaires. Certes, l’époque a changé et avec elle la forme des besoins fondamentaux de la plèbe.

Cet été 2010 été notamment marqué par la Coupe du Monde d’Afrique du Sud. La plupart des sites proposant une information à caractère alternative ou considérée en tant que telle ont posté un ou plusieurs articles sur le sujet. S’éterniser là-dessus ne serait sans doute que faire de la surenchère après tout ce qui a déjà été dit ici ou ici, ou encore . Fort heureusement que cet événement sportif est rare car en matière d’abrutissement, je pense qu’il est difficile de faire pire que la téléréalité qui s’évertue depuis près de deux décades à élever la conscience humaine et la dignité de l’être humain à un degré avancé d’immoralité et d’indécence naturellement normale, acceptable et tolérable par le commun des mortels.

Comme chaque année, les chaînes télévisées offrent leur pathétique lot de téléréalités estivales telles que « L’île de la tentation » ou « Secret Story » pour les plus connues de ce côté de l’Atlantique francophone. Guère original au fil des années puisque si ça cartonne, le spectateur en redemande et les chaînes télévisées obéissent en ne changeant rien. Le décor est planté, un « zoo humain » paradisiaque niché quelque part dans le Pacifique ou une superbe « cage à rats » de haut standing avec chambres communes, jacuzzi, sauna et piscine, de parfaits lieux pour s’adonner à des orgies filmées en direct qui alimenteront la presse people et feront quelques buzz sur le net. Les acteurs entrent en scène. Look hollywoodien oblige, c’est la norme donc ni moche ni obèse, ce sont des nanas très excitantes en bikini ou robe moulante et un beau blond pour deux bruns ténèbreux au physique dessiné comme dans une réclame de sous-vêtement, bref un patchwork reflétant l’image trompeuse de la société dont le spectateur y croit aveuglément. Le spectateur a besoin de cette illusion de rêve pour s’échapper de son contexte social, a besoin de cette illusion de rêve pour s’évader et mieux oublier sa servitude, a besoin de cette illusion de rêve pour involontairement délaisser la réalité implacable et sanguinaire du monde actuel.

Entre un reportage sur les conditions de vie exécrables dans la prison à ciel ouvert de Gaza – qui ne sera jamais diffusé en prime time bien sûr mais en seconde voir en troisième partie de soirée – et l’épisode de téléréalité où l’innocente Tina, folle dingue du séducteur Bobby lui-même amoureux de la nymphe Jessica s’entendant très bien avec la lesbienne Monica, va annoncer qu’elle plaque son playboy de petit ami Jason ayant couché avec Jessica la veille, et avant avec la sulfureuse Lisa qui a été éliminée la semaine dernière à 51 voix pour et 49 contre, il n’y a pas photo, le spectateur domestiqué et individualisé va s’intéresser à ce qui se rapproche le plus de sa vie, à cette situation alambique qu’il peut ou espère vivre un jour ou l’autre et non ce qu’il ne connaîtra jamais, à ce qui lui apporte du plaisir plutôt que de la tristesse, à ce qui l’intéresse vraiment et non ce qui l’indiffère totalement, à ce qui l’abrutit plutôt que l’informe, à du rêve plutôt que de la réalité. Ce n’est pas la téléréalité qui est trash, c’est le désir de voir la téléréalité qui est moralement malsain.

« L’individualisme, la trahison, la dévalorisation d’autrui, les atteintes à la dignité et le harcèlement moral font alors partie des règles du jeu puisqu’il s’agit d’exploiter au maximum toutes les faiblesses d’autrui. Les « moments forts » de l’émission sont les crises de larmes, les colères et les disputes, c’est-à-dire les moments où les candidats « craquent » moralement et physiquement. On peut s’interroger sur les répercussions futures de ces émissions télévisées sur la vision du monde et les comportements sociaux des jeunes, surtout des adolescents, qui en sont les cibles principales. Faut-il y voir une forme de barbarie culturelle ? Un reflet de notre société ? Ou l’encouragement d’un modèle systémique de division et de compétitivité à outrance au sein des relations sociales ? » [3]

La quintessence de l’abrutissement est la participation du spectateur dans le spectacle. « L’inclusion du spectateur dans le spectacle, devise de toutes les nouvelles technologies (des jeux interactifs à la production d’images virtuelles), finalement devenu programme télé, avait déjà été analysée par les situationnistes : il s’agissait, d’après eux, de l’ultime étape de l’aliénation de l’individu dans la société du spectacle. » [4]

« A la fin des années 90, en réponse à une crise du divertissement, « Le maillon faible » (TF1), format apporté par la BBC et dont le ressort est « l’élimination de l’homme par l’homme », prépare le terrain pour l’avènement de la téléréalité au début des années 2000. Et c’est l’effondrement de la bulle Internet, qui va pousser M6 à franchir le pas en acquérant les droits de « Big Brother ». Au printemps 2003, TF1, dont le cours en Bourse est toujours en chute libre, s’engouffre dans la brèche avec « Secret Story ». Désormais, la télé encourage le passage à l’acte et surfe sur le narcissisme, la cupidité, le sadisme ou le cynisme, pour accroître son audience et prendre le contrôle sur nos comportements d’achat, sans vergogne. La fameuse phrase de Patrick Le Lay, l’ex-PDG de TF1, « ce que TF1 vend à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible », prend tout son sens. Stiegler parle, lui, de « temps de cerveau sans conscience ».

Rien de nouveau sous le soleil ? En fait si. Parce que la téléréalité s’est banalisée. A un point tel que pour parvenir à capter encore un public qui intègre ces transgressions comme des normes valables, les chaînes doivent aller toujours plus loin. A l’écran, cela se traduit par une dissection de cadavre le samedi soir sur Channel 4. De quoi exciter cette fois notre pulsion de mort. « On est arrivés à un point de l’histoire de l’humanité extrêmement inquiétant, qui prône l’exploitation des pulsions », met en garde une nouvelle fois Bernard Stiegler. « Être civilisé, c’est ne pas aller au bout de ses pulsions. » Et être capable, comme l’explique Freud, de différer la satisfaction de ses pulsions, de les transformer en investissement social.

Le risque, avec une téléréalité poussée à l’extrême, c’est de produire de l’hyperviolence, de la guerre civile et, in fine, de détruire la société. Christophe Nick enfonce le clou: « La télé est devenue folle, en particulier les télés commerciales gratuites qui sont représentatives d’une société décadente. Les programmes mis à l’antenne sont de plus en plus transgressifs, comme ces jeux japonais humiliants que les gros producteurs de flux sont en train d’acheter. En France, pays de l’exception culturelle, il y avait encore une pudeur. Mais quand les cours de Bourse se sont effondrés à l’été 2000, on est passés à une autre télé. » Dans « Le jeu de la mort », le documentariste montrait que le pouvoir de la télé est devenu immense, au point de pousser, sur le plateau, les individus à tuer.

Faut-il laisser la télé continuer à exploiter la pulsion comme un automatisme qui conduit au crime ? Si les Français ont le sentiment d’avoir perdu leur identité, ce n’est pas à cause des Maghrébins, des Africains ou des Asiatiques qui s’installent en France, c’est parce que le marketing les a privés de leur culture, c’est parce que les parents n’ont plus de rapport à leurs enfants, c’est parce que les profs ne peuvent plus concurrencer la télé, qui capte l’attention beaucoup plus efficacement qu’eux. La pensée du philosophe Bernard Stiegler nous emmène loin dans Le temps de cerveau disponible, une réflexion aussi passionnante qu’inquiétante autour de la téléréalité et de programmes de plus en plus extrêmes qui vont susciter artificiellement le sordide, flatter les penchants les plus scabreux, les plus grégaires chez le téléspectateur. » [5]

Est-ce une salle de torture ou un plateau d'une téléréalité ? Réalité ou fiction ?

La télévision d’aujourd’hui, l’outil d’abrutissement par excellence pour des individus domestiqués, n’a pas pour objectif de pousser le spectateur à s’engager dans des actions au service du bien commun de la société et de l’humanité mais uniquement de pousser l’individu à l’inaction, à gangrener sa léthargie et à poursuivre la modification des facultés de son esprit vers un état végétatif, malléable et maniable. C’est sans doute le plus éloquente observation du résultat des effets négatifs de la domestication de l’être humain par l’être humain. Inutile de rappeler que tout a été soigneusement calculé pour que le spectateur achète les produits présentés lors de ces agaçantes pages publicitaires dans un moment intense de suspense et de révélations.

Et dans la mission de contrôle de l’opinion publique pour détourner l’attention des vérités sur la réalité, la régularité de divers moyens de pression psychologique (les images) ou le martèlement indéfini des mêmes affirmations (les sons) a la capacité à dissoudre tout esprit critique chez celui qui les subit. Les desseins cachés derrière ces régressions mentale et comportementale – les dégradations cérébrale et morale par le biais d’illusions, le consumérisme ou la soif de superficialité, l’hédonisme ou la recherche de plaisir – visent la désolidarisation et la déshumanisation de la masse sociétale offrant ainsi le contrôle de la vie des individus et de leur société à une forme d’intelligence auto-proclamée supérieure mais toujours d’essence humaine.

Abrutir le spectateur c’est distraire son attention pour l’empêcher de s’interroger et se poser les bonnes questions sur certaines préoccupations d’ordre mondial. J’ai exposé le cas de la téléréalité mais cela s’applique à de nombreuses autres distractions comme les jeux vidéos ou les sports. Il est vrai que l’individu nourrit le besoin de se distraire de temps à autre mais il ne faut pas qu’une accoutumance entrave son émancipation. L’addiction provoque l’abrutissement et la distanciation de l’individu à l’égard de la réalité.

Dans l’un de mes précédents billets intitulé De la chute du système à la fin de l’humanité, je posais la question suivante : « Que représente réellement la valeur d’une vie humaine aux yeux des téléspectateurs ? Ces mêmes spectateurs lobotomisés par des générations de navets hollywoodiens à qui la vue du sang des vraies victimes innocentes des luttes armées du pouvoir, aperçues pendant quelques secondes à peine au journal télévisé, est littéralement devenue un spectacle d’une effarante insignifiance, un banal fait divers. Plus de réactions émotionnelles, ni de pitié, que du mépris, un manque d’empathie à l’égard des souffrances d’autrui et l’absence quasi complète de sensibilisation entraînant presque une sociopathie passive. »

Peut-être que la réponse est « absolument rien du tout », peut-être pas. La télévision n’est même plus une connexion entre l’individu et le monde, seulement un bref instant où le spectateur quitte son rêve illusoire pour recevoir un encouragement à l’inaction face aux grands défis de notre époque par une dose quotidienne de terreur, de haine et d’inhumanité : bains de sang civils, bavures policières, bombardements militaires, charniers maquillés, croisades eschatologiques, expulsions de sans-papiers, gouvernements corrompus, infanticides monstrueux, massacres interethniques, pandémies paranoïaques, pédophiles ecclésiastiques, trahisons financières, tortures secrètes, tueries scolaires, usines délocalisées, vagues d’attentats et viols collectifs qui sont, chaque jour, au menu des journaux télévisés comme dans les gros titres de la presse. Des chroniques d’un règne de la peur qui illustrent quelques lueurs du crépuscule d’une époque d’un monde malade, peut-être en phase terminale. Quoi de plus normal après ces débauches gratuites de peur et de terreur que de se réfugier dans son petit monde sûr et confortable, de s’isoler dans une bulle, de se planquer dans une illusion. Si une enseigne aux portes de l’enfer stipule : « Abandonnez tout espoir vous qui entrez ici. », alors à Babylone, l’écriteau d’usage serait : « Oubliez toute humanité vous qui vivez ici. » De ce requisitoire sarcastique, les mauvaises langues penseront peut-être que dire à outrance que le lot du quotidien envisageant que la civilisation humaine court à sa perte revient à faire du catastrophisme typiquement hollywoodien. Que prétendre que le monde est en péril correspond à prêcher un fatalisme apocalyptique en énumérant brutalement de la sorte cette dure réalité des faits très loin d’être des cas isolés. Que propager uniquement ces visions chaotiques de la noirceur de nos vies exprime le mal-être sans vergogne de l’auteur se lamentant du sort des hommes. Dans le fond, est-ce vraiment ce discours cyniquement sinistre le réel problème dont il faut débattre ? Converser est évidemment d’une grande importance mais dans l’œil du cyclone, agir doit être impérativement sans équivoque.

Le déni est la non-considération d’une partie de la réalité. Se résoudre inconsciemment à accepter la terreur pré-fabriquée vendue sur les chaînes sensationalistes CNN ou TF1 sans même chercher à comprendre la véritable cause du problème mais se contenter des conséquences calculées longtemps à l’avance par les analystes, experts et spécialistes, pour bâtir une caricaturale opinion, c’est adhérer volontairement à ce déni de la réalité. Se résoudre machinalement à ne point porter de regard au-delà de son environnement habituel pour ne pas s’en mêler car sa personne n’est pas impliquée, preuve tangible de l’indifférence; car c’est trop compliqué à comprendre, preuve indéniable de la paresse; car il n’y a de toute façon rien à faire, preuve flagrante du pessimisme; car il n’y a surtout rien à gagner, preuve évidente de la cupidité; c’est consentir à bon escient que ce déni de la réalité perdure. Mais aussi se résoudre sciemment à prôner continuellement le pacifisme dans l’espoir d’une évolution miraculeuse du genre humain, à rester coûte que coûte exalté d’euphorie présomptueuse, à flatter sans cesse l’égo d’autrui pour avoir dénoncé cette réalité amère et se satisfaire humblement de partager ses mêmes opinions, bref, afin d’éviter de basculer dans la torpeur du défaitisme agaçant, tout cela équivaut à la fois à méconnaître la gravité de la situation et à oser se salir les mains. A celles et ceux qui vivent en marge de l’humanité et ne ressentent pas plus ses souffrances au plus profond de leur être qu’ils ne parviennent à diagnostiquer ses blessures profondes, « l’ignorance mène à la peur, la peur mène à la haine et la haine conduit à la violence. Voilà l’équation. » Michael Moore.

La déshumanisation par la bestialisation

« À nos yeux, les Afghans n’étaient pas des hommes, et nous n’en étions pas non plus pour eux. Nous ne pouvions pas nous permettre de voir des êtres humains en face de nous. Sinon nous n’aurions pas pu les tuer. » Un soldat artilleur-pointeur, in Svetlana Alexievitch, Les Cercueils de zinc, 2002 [6].

La déshumanisation du soldat a pour objectif de le transformer en une parfaite machine à tuer n’éprouvant aucun remord ni regret et cela ne consiste pas à lui interdire d’éprouver une once d’empathie pour l’adversaire mais de lui amputer tout mécanisme psychologique d’éprouver le moindre sentiment et la moindre émotion.

Propagande de guerre israélo-états-unienne, la bestialisation de Mahmoud Ahmadinejad dans la diabolisation de l'Iran. (L'image originale du National Geographic a été truquée.)

Parmi les techniques de déshumanisation du soldat, il y a la bestialisation à distinguer de l’animalisation et qui consiste à rendre l’adversaire semblable à une bête, à lui faire croire tacitement que cet ennemi à abattre n’est pas/plus un être humain. « L’adversaire doit être l’objet d’une répulsion, d’une exécration, conduisant au bellicisme. Pour cela il va être accusé du pire. La propagande va s’appliquer à en construire une image exécrable, lui faisant endosser les crimes les plus odieux, des actes inqualifiables. Ces violences apparaîtront d’autant plus ignobles, qu’elles seront perpétrées contre d’innocents enfants. Elles seront au besoin « inventées », ou grossies, pour révulser les consciences et justifier l’extrême sévérité de la réaction. » [6]

Mais en reprenant les considérations du soldat artilleur-pointeur, qui est vraiment le plus bestial des deux ? Est-ce l’Afghan défendant son territoire en toute légitimité face à un agresseur colonial et qui est victime de la machination de bestialisation ou ce soldat ne pouvant se permettre de voir un être humain face à lui et démontrant son monstrueux penchant pour la bestialité ?

La réponse à cette question n’est qu’une conséquence d’une décision prise dans de plus hautes sphères du pouvoir. Le soldat exécute, le général ordonne et le chef de l’Etat réclame. Mais si les politiciens transatlantiques ont pris cette décision pour des êtres humains à l’autre bout du monde, que doivent-ils penser de leurs propres concitoyens ? Ne représentent-ils qu’un vulgaire troupeau d’esclaves ?

« Quoi qu’il en soit, « il est facile », en remontant « dans le passé, de voir que l’œuvre accomplie par la France n’est que la continuation d’un fait immense : le refoulement de l’islamisme par le christianisme autrefois menacé et maintenant vainqueur », affirme le général Lacretelle. La conquête et la colonisation de l’ancienne Régence d’Alger sont ainsi replacées dans le cours d’une histoire multiséculaire et prestigieuse qui a vu ces deux religions s’opposer violemment, et les conflits actuels ne sont donc que la poursuite, sous des formes nouvelles, des combats engagés depuis le Moyen Age par les courageux « Roland » et « Martel » qui sauvèrent l’« Occident ». (…)

Le sauvage est animalisé, écrivions-nous ; le barbare, lui, est bestialisé, comme le prouve le vocabulaire couramment employé pour désigner les « Arabes ». Précisons que la distinction animalisation/bestialisation est idéal-typique et qu’elle ne doit pas être absolutisée. S’il se révolte, en effet, le Noir devient une bête fauve qu’il faut traquer et abattre si nécessaire ; du moins a-t-il la possibilité, en fonction de son comportement, de changer de catégorie en étant un bon ou mauvais « nègre », qui se verra donc appliquer des traitements différents. (…)

L’« indigène » algérien est, lui, constamment nuisible, et à cause de cela il est toujours bestialisé. Sauf à user d’une expression qui aurait été aussitôt jugée aporétique, nul contemporain n’aurait pu écrire ou dire d’un barbare qu’il était bon, car les représentations contenues dans le sens commun ou plus savant de ce vocable excluaient cette possibilité ; il en est de même aujourd’hui. Par définition, le barbare est ennemi de la civilisation, et à ce statut sont associées des pratiques particulières qui visent à l’anéantir d’une façon ou d’une autre.

Toujours comparé à un animal sauvage, sournois et dangereux, l’« Arabe » doit être pourchassé et souvent repoussé vers les confins pour assurer le triomphe des Français. C’est une « hyène » ou une « bête féroce » qu’il faut « refouler au loin » et rejeter « pour toujours dans les sables du Zahara (sic) », affirme Hain, fervent défenseur d’une politique brutale de déplacements massifs et forcés des populations d’Algérie. (…)

Selon Sauclières, l’« indigène » est un « rapace » dont il faut se méfier, car ses attaques sont à la fois rapides et meurtrières. Sous la plume du capitaine Lapasset, il est un « animal » qui, « comme le chacal », ne s’apprivoise jamais, et, si l’on « peut le terrasser », il n’est cependant pas possible de se l’« attacher », écrit-il en citant un proverbe turc qui doit être « un guide pour notre ligne de conduite à tenir vis-à-vis de cette race ». Pour le général Bugeaud, les « indigènes » sont des « renards » que l’on doit « fumer à outrance » lorsqu’ils fuient dans des cavernes pour échapper aux armées françaises lancées à leur poursuite. (…)

De même, le capitaine de la Légion étrangère La Vaisonne voit en Abd el-Kader une « bête fauve » et un « marabout sanguinaire » qu’il faut traquer pour venger « les mânes de nos frères assassinés », puisque « le sang veut le sang ». Avec Lasnaveres, nous ne sommes plus dans le seul domaine du bestiaire, mais dans celui de l’imputation d’une caractéristique étonnante et terriblement inquiétante. « Les Arabes, affirme-t-il en effet, doivent à la nyctalopie la faculté de se diriger sur nos camps en rampant comme des serpents et en enlevant, pendant le sommeil de nos troupes si souvent harassées de fatigue, des armes, des vêtements et notamment des chevaux au piquet. » Cette capacité singulière de voir dans l’obscurité révèle une anomalie morphologique, puisque la plupart des hommes en sont privés ; elle ajoute la diabolisation à la bestialisation en faisant de l’« indigène » une sorte de monstre d’autant plus étrange et redoutable qu’il emprunte à l’humanité et à l’animalité certains de ses pouvoirs, mobilisés pour résister plus sûrement aux colonisateurs.

Quels que soient les orientations et les moyens défendus par ceux qui viennent d’être cités, la bestialisation de l’« Arabe » est presque toujours articulée à des prescriptions et à des conduites qu’elle autorise et légitime. Il n’est plus question désormais de domestication, mais de guerres, de chasses et de battues impitoyables. Nous ne sommes pas ici dans le registre de la pure métaphore ou de l’emphase pamphlétaire utilisées à des fins esthétiques ou stylistiques dénuées de toute visée pratique, mais dans celui de la politique. Politique que l’on qualifiera de naturelle, car pour ses défenseurs elle se présente comme une conséquence nécessaire de la lutte des races, assimilée à une lutte à mort contre des prédateurs dangereux qui ne peuvent être apprivoisés. (…) Face aux barbares qui font peser sur la civilisation une menace mortelle, tout est permis, puisqu’ils ne laissent d’autre alternative que de les détruire ou d’être détruits par eux. » [7]

Conclusion

« Mais ces mots — “contrôler”, “manipuler”, “informer”, tout comme “éduquer”, “éclairer” ou “communiquer” —, ne paraissent guère suffisants pour expliquer les modifications du comportement humain. Le projet d’“émancipation” de l’humanité s’inscrit peut-être dans le cadre d’une résistance à la “domestication” de l’être humain, à cet affaiblissement de la “volonté” de rester libre et autonome, sans le contrôle d’une quelconque structure institutionnelle. Finalement, doit-on se résigner à l’existence d’un “instinct de troupeau”, pour reprendre l’image de Friedrich Nietzsche ? » [8]

Peut-on considérer que l’humanisation de l’être humain par l’éducation est un fiasco ? Peut-on croire que la déshumanisation est en voie rétrograde par la prise de conscience des individus sur les guerres impérialistes, juste elles, alors que les différents processus de domestication, d’individualisation et d’abrutissement demeurent omniprésents ? Ces processus de déshumanisation de l’être humain appartiennent aux techniques huxleysiennes d’une époque orwellienne. Des stratagèmes du mondialisme pour l’aboutissement d’un Nouvel Ordre Mondial qui sont à identifier, à répertorier et à bannir.

Un individu domestiqué, individualisé et abrutisé est une marionnette utile qui ne sent pas ses fils, qui fait avec un grand zèle ce que l’on lui a appris à faire en pensant avec une grande ferveur que c’est pour le bien de la société. Il passera du statut d’individu domestiqué à individu domestiquant. Tout individu transmet toujours son savoir, volontairement ou involontairement notamment par l’observation de sa personne par autrui. La domestication de l’être humain par l’être humain est un héritage perpétuel légué de l’être humain à l’être humain, de génération en génération. Par ces mots, je ne prône aucunement l’anarchisme mais la désobéissance lorsque la dignité de l’être humain qui tient à son émancipation étant complémentaire à sa liberté est entravée par les chaînes de l’asservissement, la dégénérescence et la régression.

« On ne naît pas Homme, on le devient en se cultivant. » disait Erasme. Comme tant d’intellectuels qui se sont un jour penchés sur la question de l’humanisme dont Martin Heidegger avec sa célèbre « Lettre sur l’humanisme » en réponse à la question « Comment peut-t-on redonner du sens au mot « Humanisme » ? » posée par Jean Beaufret dans une lettre datée du 10 novembre 1946 et à laquelle Peter Sloterdijk a écrit, en 2000, l’essai philosophique inachevé par la polémique « Règles pour le parc humain », sous-titré « Une lettre en réponse à la Lettre sur l’Humanisme de Heidegger », l’érudition a la capacité de rappeler à l’individu sa nature humaine. Cette humble quête de sagesse conduit à de la tolérance, amplifie l’empathie, pousse à l’humanisme et éveille l’esprit au constat que tout individu peut devenir la goutte d’eau qui provoque les vagues d’un changement. « L’Homme ne devient pas ce qu’il est mais il est ce qu’il devient. » Pic de la Mirandole, J. Llapasset.

Comme le souligne remarquablement Gilles de Bonafi :

« Malgré tout, pour La Boétie, il reste cependant un espoir, car, bien sûr, ces lois sont faites pour l’homme, mais l’homme n’est pas fait pour ces lois : « Toujours en est-il certains qui, plus fiers et mieux inspirés que les autres, sentent le poids du joug et ne peuvent s’empêcher de le secouer ; qui ne se soumettent jamais à la sujétion […] Ceux-là ayant l’entendement net et l’esprit clairvoyant, ne se contentent pas, comme les ignorants encroûtés, de voir ce qui est à leurs pieds, sans regarder ni derrière, ni devant; ils rappellent au contraire les choses passées pour juger plus sainement le présent et prévoir l’avenir. Ce sont ceux qui ayant d’eux-mêmes l’esprit droit, l’ont encore rectifié par l’étude et le savoir. Ceux-là, quand la liberté serait entièrement perdue et bannie de ce monde, l’y ramèneraient ; car la sentant vivement, l’ayant savourée et conservant son germe en leur esprit, la servitude ne pourrait jamais les séduire, pour si bien qu’on l’accoutrât ». [2]

Notes

[1] : Note de lecture sur Peter Sloterdijk « Règles pour le parc humain » et « La domestication de l’Être », Philippe Coutant, 16 juin 2001

[2] : La « servitude volontaire » par Étienne de La Boétie, Gilles Bonafi

[3] : Analyses et critiques de la téléréalité, Wikipedia.

[4] : « Reality shows : le sujet et l’expérience. Variations sur quelques thèmes benjaminiens » Maurizio Lazzarato, mars 1992

[5] : « Le temps de cerveau disponible » écrit et produit par Christophe Nick, réalisé par Jean-Robert Viallet

[6] : Bestialisation et déshumanisation des ennemis, La Esméralda (pdf)

[7] : Les précurseurs du « choc des civilisations ». Sur la guerre et l’Etat colonial, Olivier Le Cour Grandmaison, Le Monde diplomatique, janvier 2005

[8] : Le syndrome Tarzan. L’Émancipation et la domestication de l’être humain, Larry Portis

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13 réponses à “« Déshumanisons-nous ! »

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  2. buon giorno,
    Je n’apporte ici qu’un regard Freudien (registre pulsionnel)sur la déshumanisation.

    -« Et être capable, comme l’explique Freud, de différer la satisfaction de ses pulsions, de les transformer en investissement social. »

    « -Être civilisé, c’est ne pas aller au bout de ses pulsions »

    La pulsion est, d’une manière générale et dans sa dynamique, un vecteur entre la psyché et le processus somatique on peut donc
    agir sur la source d’excitation interne ( prenant naissance dans le somatique), le but (éliminer la tension, donc chercher le retour à l’état antérieur de quiétude), ou l’objet (c’est ce par quoi le but est atteint.)

    L’idée d’une finalité de la vie entraîne chez l’homme une souffrance menaçant:
    -le corps, condamné qui ne peut se passer de la douleur comme signal d’alarme
    -le monde extérieur
    – d’autrui (peut-être est-ce la menace la plus douloureusement ressentie)

    Stratégies psychiques possibles pour déprécier cette souffrance
    – Satisfaction sans restriction de tous les besoins ; tentant mais imprudent
    – Attaquer la nature menaçante par la technique et la science
    – Refaire le monde : paranoïa (corriger un aspect insupportable du monde), religion
    – Agir sur l’appareil sensitif : intoxication chimique (drogues).
    – Agir sur la source intime du besoin par certains processus animiques. Cas extrême : mise à mort des pulsions.
    – Même voie plus modérée : domination des pulsions par les instances psychiques supérieures qui se sont soumises au principe de réalité
    – Déplacement de la libido par le travail : déplacement des buts pulsionnels vers un travail psychique (intellectuel ou artistique) ou ordinaire qui n’est pas exposé au monde extérieur (sublimation).
    – Tourner le dos à la réalité, s’isoler des autres (ermite)
    – Se centrer sur l’amour. Problème : risque de perdre l’objet aimé.
    – Se centrer sur la jouissance de la beauté (humaine, naturelle, artistique, scientifique).

    Conclusion : il n’y a pas de solution universelle : chacun doit chercher sa solution adaptée à son cas : l’homme principalement érotique privilégie les relations de sentiment avec d’autres personnes, l’homme narcissique cherche dans ses processus animiques internes les satisfactions essentielles, l’homme d’action ne lâche pas le monde extérieur sur lequel il peut éprouver sa force.

    Culture et renoncement pulsionnel

    Le développement de la culture entraîne une restriction de la liberté individuelle : la culture est édifiée sur du renoncement pulsionnel ; d’où l’hostilité de certains individus à la culture.
    Amour et culture s’opposent : d’une part l’amour s’oppose aux intérêts de la culture, d’autre part la culture menace l’amour de restrictions sensibles.
    Il y a dans l’homme un penchant à l’agression. L’intérêt de la communauté de travail n’assurerait pas la cohésion de la société car les passions pulsionnelles sont plus fortes que les intérêts rationnels.
    A côté de la tendance expansive de l’Eros (tendance à rassembler la substance vivante en unités de plus en plus grandes, à créer des sociétés humaines de plus en plus vastes en liant libidinalement les individus), il doit y avoir une autre pulsion, opposée à elle, qui tend à dissoudre ces unités : la pulsion de mort. Cette pulsion destructrice est au service de l’Eros (elle détruit autre chose que soi).

    La culture est un procès au service de l’Eros. À ce programme s’oppose la pulsion destructrice, rejeton principal de la pulsion de mort (Thanatos). Le développement de la culture est donc le combat vital de l’espèce humaine (à partir d’un certain événement historique en tout cas).

    Culture, surmoi et morale

    Par la culture (éducation) l’agression est intériorisée, renvoyée là d’où elle est venue, dirigée contre le moi propre. Le moi se divise en un moi et un surmoi, le surmoi étant l’instance qui dirige l’agression contre le moi. La tension entre le surmoi sévère et le moi qui lui est soumis est la conscience de culpabilité ; elle se manifeste comme besoin de punition. Ce conflit est attisé par la vie en commun : la culture accroît le sentiment de culpabilité.
    Le mal est au début ce pour quoi on est menacé de perte d’amour ; c’est par angoisse devant cette perte qu’il faut éviter le mal. Cette angoisse devant la perte d’amour est l’angoisse « sociale ».
    Tant que tout se passe bien pour l’homme, sa conscience morale, est clémente et passe au moi toutes sortes de choses ; quand un malheur l’a frappé, il fait retour sur lui-même, reconnaît son état de péché, s’impose des abstinences et se punit par des pénitences. Le malheur entraîne l’autopunition ou la punition d’un fétiche.

    – Ainsi, la conscience morale est la conséquence du renoncement pulsionnel. Le renoncement pulsionnel qui nous est imposé de l’extérieur crée la conscience morale, laquelle exige ensuite un nouveau renoncement pulsionnel.
    Dans le procès culturel, le but principal est de former une communauté, le bonheur des individus est relégué à l’arrière-plan. L’humanité aussi produit un surmoi, qui pousse au développement de la culture.
    Ce surmoi-de-la-culture a des exigences, qui se manifestent sous la forme de l’éthique. L’éthique est une tentative thérapeutique, un effort pour atteindre un commandement du surmoi.

    – Mais l’éthique est trop exigeante, elle se soucie trop peu du moi : elle édicte un commandement sans se demander s’il est possible de l’observer. La directive « aime ton prochain comme toi-même » est impraticable.
    – L’éthique dite naturelle n’a ici rien à offrir si ce n’est la satisfaction narcissique d’être en droit de se considérer comme meilleur que ne sont les autres. L’éthique qui s’étaye sur la religion fait intervenir ici ses promesses d’un au-delà.
    « Les jugements de valeur des hommes sont dirigés inconditionnellement par leurs souhaits de bonheur, ils sont donc une tentative pour appuyer leurs illusions par des arguments. »

     » -Dans « Le jeu de la mort », le documentariste montrait que le pouvoir de la télé est devenu immense, au point de pousser, sur le plateau, les individus à tuer. »

    Dans La Mort en direct le film dramatique franco-germano-britannique réalisé par Bertrand Tavernier en 1980. Dans un futur proche où la science a réussi à vaincre les plus grandes maladies, Katherine Mortenhoe, une écrivain à succès, apprend qu’elle est atteinte d’une maladie incurable et qu’il ne lui reste plus que quelques semaines à vivre. Elle est contactée par une chaîne de télévision qui souhaite la filmer pour son émission La Mort en direct. Refusant l’offre, elle sera filmée à son insu par Roddy, un cameraman, grâce à une caméra implantée dans son cerveau.

    « -Abrutir le spectateur c’est distraire son attention pour l’empêcher de s’interroger et se poser les bonnes questions sur certaines préoccupations d’ordre mondial. J’ai exposé le cas de la téléréalité mais cela s’applique à de nombreuses autres distractions comme les jeux vidéos ou les sports. Il est vrai que l’individu nourrit le besoin de se distraire de temps à autre mais il ne faut pas qu’une accoutumance entrave son émancipation. L’addiction provoque l’abrutissement et la distanciation de l’individu à l’égard de la réalité. »

    Le principe de réalité ne remplace pourtant pas le principe de plaisir, mais en est la continuité. Il y aura toujours recherche du plaisir, le désir cherchera toujours à obtenir au plus vite gain de cause. Plus encore, le principe de réalité ne s’affirme pas une fois pour toutes. Par exemple, le sommeil est compris comme nécessité quotidienne de se livrer plusieurs heures au principe de plaisir.
    L’origine du principe de réalité se lit dans la déception. Dans le principe de plaisir, l’hallucination est tout d’abord aussi satisfaisante que la satisfaction en acte. Elle est réinvestissement des traces mnésiques d’une expérience de satisfaction : cette satisfaction est revécue. Par la suite, le réinvestissement se montre moins satisfaisant, et la pulsion nécessitera un autre moyen de réalisation.
    Selon un autre modèle, complémentaire, le principe de réalité se voit construit alors que le sujet a besoin d’emmagasiner l’énergie pulsionnelle. La modification du principe de plaisir en principe de réalité lie la pulsion, la fait passer d’énergie libre à énergie liée. Ce besoin d’entreposer la libido proviendrait de la mise en œuvres de l’attention, de la conscience, de la mémoire, qui supposent une dépense pulsionnelle élevée, et représentent donc la première forme de sublimation.

    On peut faire à ce sujet la remarque suivante : les troubles de l’attention sont présents dans la totalité des psychopathologies. De même, pour Freud, l’oubli ne pose pas la question de capacités cognitives mais renvoie nécessairement au trouble de la mémoire
    Pour autant, le statut du réel en psychanalyse demeure complexe. L’accès à un principe de réalité ne signifie pas la connaissance du monde tel qu’il est. Si le psychotique remplace la réalité par le délire, le névrosé de même ne peut accepter un fragment du réel et s’en voit barré l’accès.
    Le statut de la représentation lui-même permet d’imaginer l’individu comme prisonnier de sa subjectivité.

    « -Plus de réactions émotionnelles, ni de pitié, que du mépris, un manque d’empathie à l’égard des souffrances d’autrui et l’absence quasi complète de sensibilisation entraînant presque une sociopathie passive. »

    « Les Arabes, affirme-t-il en effet, doivent à la nyctalopie la faculté de se diriger sur nos camps en rampant comme des serpents et en enlevant, pendant le sommeil de nos troupes si souvent harassées de fatigue, des armes, des vêtements et notamment des chevaux au piquet. »:(((( (affligeant)

    Sur le racisme

    L’illusion a beaucoup d’avenir, dit Freud. Et une illusion chasse l’autre : « Les hommes sont maintenant parvenus si loin dans la domination des forces de la nature, qu’avec l’aide de ces dernières il leur est facile de s’exterminer les uns les autres jusqu’au dernier. Ils le savent, de là une bonne part de leur inquiétude présente, de leur malheur, de leur fond d’angoisse. Et maintenant il faut s’attendre à ce que l’autre des deux « puissances célestes », l’Eros éternel, fasse un effort pour s’affirmer dans le combat contre son adversaire tout aussi immortel. Mais qui peut présumer du succès et de l’issue ? ». La dernière phrase est émouvante : elle date de 1930, pour la seconde édition du livre. Comme on le voit, elle est lourde de prémonition.

    L’adversaire « immortel » d’Eros n’est autre que la pulsion de mort Thanatos, dont Freud, déjà sacrilège avec sa révélation de la sexualité infantile, a le plus grand mal à convaincre jusqu’à ses disciples ou élèves. Elle travaille silencieusement, cette pulsion, elle vise sans cesse à détruire l’autre et soi-même, dans un besoin comme inextinguible d’agression et d’autopunition. Dieu est une illusion, le « narcissisme des petites différences » propage sans cesse un racisme increvable (on en voit tous les jours les effets, la xénophobie et l’antisémitisme ont de beaux jours devant eux), et quant à la civilisation américaine, elle est malheureusement fondée sur « la misère psychologique de la masse ».

    Résumons : l’agressivité est inguérissable, l’homme est un loup pour l’homme (comme le prouvent « les atrocités de la migration des peuples »), les socialistes méconnaissent la nature humaine, et tout le monde ment, sauf peut-être les poètes (Schiller, Goethe, Heine) :

    « Qu’il se réjouisse,
    Celui qui respire en haut dans la lumière rose !
    Car en dessous, c’est l’épouvante.
    Et l’homme ne doit pas tenter les dieux
    Ni jamais, au grand jamais, désirer voir
    Ce qu’ils daignent couvrir de nuit et de terreur. »

    Ces vers de Schiller, cités par Freud en 1929, sont extraits d’une ballade de 1797, Le Plongeur. Nous savons, nous, que l’épouvante est venue, et que seule la vérité vraie pourrait en protéger. Rien à faire : l’humanité est une névrose. Voilà qui n’est pas gentil de la part du voltairien Freud. « Je m’incline devant leur reproche de ne pas être à même de leur apporter du réconfort, car c’est cela qu’au fond tous réclament, les plus sauvages révolutionnaires pas moins passionnément que les plus braves et pieux croyants. »

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  13. Bsr. Ces analyses sur le comportement humain et sa déshumanisation ne peut servir que des esprits rêvant de mettre leurs congénères sous cloches.Il n’y aurait donc pas d’élévation spirituelle chez l’humain qui serait un super animal,bien plus malin que les autres espèces l’accompagnant? Nous savons bien pourtant que la force dynamique qui nous guide est l’esprit à travers l’âme condensée de la conscience et subconscient. Nous commençons à nous apercevoir de ces capacités immenses constructrices élevées des mondes. Les hautes âmes représentent pour l’humanité le semblable à la reine d’un essaim guidant les insectes sociaux. Le physique et l’âme sont deux entités bien séparées et il serait temps de nous ressaisir car il y a plus de 2500 ans que nous le savons. Nous pouvons nier en fonction de ce qui nous arrange, mais les niveaux spirituels ne sont pas imagination d’hommes ivres. Un enfant qui arrive ,c’est le monde qui se refait et renaît! Merci de m’avoir donné un espace d’expression. Bien cordialement vôtre!

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