Si l’Iran est attaquée, quelles conséquences économiques ?


par Constant Pourpier pour Filefi

Les observateurs de l’économie mondiale ont tout intérêt à surveiller les tambours de guerre, car l’effet papillon d’une guerre en Iran pourrait faire vaciller le monde.

le détroit d'Ormuz, l'entrée hautement stratégique du Golfe Arabo-Persique par où transite 30 à 40 % du commerce mondial de pétrole

L’Amiral Mullen a un plan, mais il a aussi des doutes. Il s’est entre autres inquiété « des conséquences non voulues qui sont difficiles à anticiper dans une zone aussi incroyablement instable ». Des conséquences sur la zone, ça ne fait pas l’ombre d’un doute, mais nous aurions aimé avoir le détail de ces doutes, non seulement sur la zone, mais aussi sur le monde. Nous allons donc nous pencher nous-mêmes sur les probables conséquences économiques globales d’un tel conflit, et laisser de côté pour notre part les discussions politiques mouvementées d’Israël et des Etats-Unis, suffisamment commentées ailleurs.

Conséquences économiques déjà constatées

Les tensions ont déjà provoqué des conséquences économiques d’importance en Europe. Sous la pression de Washington, de grands groupes européens abandonnent leurs intérêts en Iran.

L’allemand Siemens a rompu ses liens commerciaux avec la République Islamique, tirant du même coup un trait sur 500 millions d’euros de chiffre d’affaires annuels. Quant au groupe français Total, il a cessé ses approvisionnements vers l’Iran : le pays importe paradoxalement du pétrole raffiné car ses infrastructures sont insuffisantes. Pour abandonner de tels intérêts, il faut que la pression ait été importante.

Une pression médiatique notamment. Exposer les facilitateurs de l’Iran : c’est le titre inquisiteur du New York Post pour dénoncer les entreprises qui font du business avec l’Iran. L’article cite celles qui ont déjà arrêté ou ralenti leurs relations : General Electric, Caterpillar, Ingersoll Rand, the Huntsman Corp., Siemens, Eni, BP et Reliance Industries.

La baisse d’influence de l’Europe au Moyen-Orient est également constatée. Selon les propos d’un spécialiste de l’Iran du German Institute for International and Security Affairs, “pour chaque contrat européen perdu, les asiatiques en gagnent un”. Mais la contre-argumentation est toute trouvée pour Weckerle, de l’organisation Stop the Bomb : “si vous faîtes du business avec l’Iran, vous empêchez la classe moyenne iranienne de se renforcer et d’influencer leur gouvernement”.

Le détroit d’Ormuz, un « chokepoint ».

L’Europe est donc déjà perdante d’une certaine façon. Mais les choses pourraient empirer.

Le pétrole est la grande question. En cas de guerre, la mise en place de checkpoints aurait sa contrepartie, qui fait à n’en pas douter partie des “conséquences non voulues” par l’Etat major américain : le chokepoint du détroit d’Ormuz. Un goulot d’étranglement (voir la carte de population data) et un point de tension par lequel transite le transport pétrolier. Près de 40 % des exportations mondiales de pétrole empruntent ce détroit.

Même si les approvisionnements européens dépendent plus largement du canal de Suez, l’Europe comme le reste du monde serait touchée par l’envolée des prix du pétrole. Pour être plus précis, 12% du pétrole brut utilisé aux Etats-Unis passe par le détroit d’Ormuz, 25% du brut utilisé en Europe et 66% de celui utilisé au Japon (source).

Comme chacun sait, le prix du pétrole a un impact sur la majorité des secteurs économiques, de l’agriculture aux transports, en passant par l’industrie et la distribution. Qu’avons-nous déjà constaté lorsque les prix du pétrole étaient au plus haut en 2008, et même dès 2007 ?

  • Le fameux “pouvoir d’achat” sérieusement malmené, et une Ministre de l’économie n’ayant rien d’autre à proposer aux français que de rouler en bicyclette pour contrer la hausse des prix du carburant.
  • Des agriculteurs au bord de la crise de nerfs.
  • Les pêcheurs français forcés de demander des aides publiques pour pouvoir pratiquer normalement leur métier.
  • Des pans entiers de l’économie malades de la hausse du prix du baril.

En réalité une promenade de santé en comparaison de ce qui nous attendrait si le détroit d’Ormuz était bloqué. Voilà qui éclaire bien mieux le petit nom de ce détroit : la carotide de l’Occident.

Panique financière ?

Dans un environnement financier déjà fragilisé, un conflit avec l’Iran aurait probablement des conséquences proches de la panique.

Les marchés seraient extrêmement volatils à l’heure où la peur domine déjà largement les prises de décision. Les « anti-guerre » américains avancent l’idée que les Etats-Unis attaqueraient en position de doute, et non comme une force sûre d’elle-même, de son droit et de sa capacité à finir un conflit rapidement. De quoi alimenter les incertitudes des marchés.

Escalade des dépenses militaires.

Les dépenses militaires des conflits en Irak et en Afghanistan ont déjà atteint des montants colossaux, comme en attestent les compteurs de Cost of War. Un conflit en Iran serait probablement un nouveau gouffre engloutissant des dépenses astronomiques.

Quant aux conséquences écologiques, sanitaires et humanitaires sur les populations du Moyen-Orient et du monde, nous laissons aux nombreux commentateurs le soin de les subodorer, en concluant sur une citation du Général de Gaulle : “la guerre, c’est comme la chasse, sauf qu’à la guerre les lapins tirent”.

Source : Filefi

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